‹ Histoire du CanadaChapitre 64 sur 120 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Craig, gouverneur. — Rigueurs de Craig. — Ryland. — Ordonnances de l'Angleterre.— Le "Canadien". — Élargissement de Bédard. — Mgr Plessis et Craig. — Session de 1810.— Départ de Craig.

Craig, gouverneur. — Sir James-Henry Craig arriva à Québec en qualité de gouverneur général le 18 octobre 1807. Les nouvelles qu'il apportait d'Europe n'étaient pas rassurantes pour l'Angleterre. La victoire d'Iéna^ avait donné beaucoup de prestige à Napoléon, et il paraissait bien fondé que la bonne entente régnait entre le cabinet de Washington et les Tuileries. Les trônes d'Europe se courbaient tour à tour devant Napoléon, et mille points noirs obscurcissaient l'horizon.

La guerre empêchait le commerce de l'Angleterre avec quelques pays étrangers, notamment avec les États-Unis. Le Canada en bénéficia, et l'on vit, pendant l'été de 1808, sortir du port de Québec, trois cent trente-quatre vaisseaux chargé? de produits de toutes sortes.

Craig, venu avec beaucoup d'argent, en employa une grande partie aux travaux publics et aux fortifications. Le souvenir de cette ère de prospérité s'est conservé parmi nous sous le nom de bonnes années.

Les Canadiens d'alors prêtaient encore leur argent aux parents et aux amis sans intérêts, de la main à la main, sans témoin ni contrat ; ils le rendaient de même. L'argent était gardé dans le traditionnel bas de laine, et ne sortait guère de cette redoutable prison que pour achat de terre. Il n'y avait pas encore de banques dans le pays. On achetait aussi à crédit, et tout en se faisant parfois longtemps attendre, les débiteurs payaient bien. Ces coutumes, et d'autres qui ressemblaient aux mœurs patriarcales, changèrent bientôt : on voulut trancher du grand. Au lieu de vivre au manoir, de se plaire au milieu des champs, de recevoir les habitants avec urbanité, d'avoir pour plaisir les joies de la famille, la pêche et la chasse, de se contenter d'une' vie active, frugale et paisible, de raconter au coin de l'âtre.

1 Ville du grand-duché de Saxe-Weimar, près de laquelle Napoléon vainquit les Prussiens, en 1806.

pendant les longues soirées de l'hiver, les combats et les ravages des Iroquois, les victoires et les défaites dans les guerres avec l'Angleterre, ou de chanter quelques complaintes qui faisaient verser des pleurs, on se mit à imiter le luxe effréné des familles anglaises. Les vieux manoirs retentirent bientôt de fêtes brillantes et d'amusements de toutes sortes ; le luxe régnait partout : tables, voitures de gala, bals, repas somptueux menèrent bien vite à la pauvreté, et plusieurs familles, pour couvrir la honte de leur déchéance, se virent dans la pénible obligation de changer même leur nom ou d'abandonner leurs seigneuries.

Rigueurs de Craig.- - Craig croyant, comme le lui assuraient les Chouayens, que le Canadien n'était soutenu que par un petit nombre de mécontents, ne tarda pas à se mettre en lutte avec ce journal. Dès la première année de son gouvernement, des dissensions éclatèrent entre lui et les représentants du peuple. La majeure partie des séances parlementaires se passa à discuter l'exclusion des Juifs et des juges du corps législatif, pour faire comme en Angleterre. Les Juifs furent déclarés inéligibles. Les juges le furent aussi par une loi que la chambre vota à la majorité de vingt-deux voix contre deux. Le conseil, au grand mécontentement du public, rejeta ce bill. Cette mesure, par rapport aux juges, avait été surtout prise pour se débarrasser des créatures du gouvernement, et en particulier du juge de Bonne, appelé l'âme damnée des Anglais. Ce bill, considéré par le gouverneur comme une rébellion et une vengeance, fut cause de ^'évincement de M. Panet, président de l'assemblée, comme lieutenant-colonel de la milice (14 juin 1808). Craig était d'autant plus irrité contre M. Panet qu'il le croyait l'un des propriétaires du Canadien. Néanmoins, à la surprise de bien du monde, Craig ratifia la réélection de M. Panet à la présidence de l'assemblée, lors du cinquième parlement, en 1809. Quatre officiers de milice : Bédard, Taschereau, Blanchet et Borgia, furent démis de leur charge. Après cet acte de rigueur, la position devint tout à fait tendue, et le gouverneur multiplia les tracasseries et les mesures violentes ; il alla même jusqu'à réprimander l'assemblée législative et à la dissoudre deux fois coup sur coup, espérant que les élections lui donneraient des députés plus soumis : mais' les mêmes hommes revenaient sans cesse en conservant toujours la même attitude.

Dans des débats violents, M. P. Bédard}, reprenant les idées de DuCalvet, demanda le ministère responsable. Il fut surtout combattu par le juge de Bonne, qui avait déserté le parti canadien français pour se faire l'organe du despotique Craig. M. J. Papineau^, reparut à la tribune dans cette circonstance solennelle, et éleva bien haut sa voix élociuente, qui déjà tant de fois avait remué le pays. M. L. Bourdages^ , par ses harangues admirables, se révéla orateur distingué. M. P.-D. Dehartzdâ surprit les Anglais par sa parole indépendante et mesurée. M. D. Viger" embarrassa les Chouayens par des questions savantes et habiles. M. J.-J. Tachereau^ eut contre les abus du pouvoir le langage d'un patriote et d'un homme d'honneur.

Ryland. — Ryland, ancien miUtaire de la guerre d'Amérique, venu au Canada comme secrétaire de Craig, devint conseiller législatif et fut envoyé en mission officielle par le gouvernement canadien auprès du parlement impérial. Les instructions dont il était porteur concordaient parfaitement avec sa haine vouée aux Canadiens et au clergé catholique, et son désir ardent d'angliciser la population pour l'amener à la religion d'Elisabeth. Craig l'avait surtout chargé d'obtenir un gouvernement indépendant du peuple, avec l'autorisation de s'emparer des biens des communautés religieuses, notamment de ceux des Sulpiciens et des Jésuites, pour payer les députés. Il demandait aussi que le pouvoir exécutif eut le droit de nommer les curés. Malgré ses efforts réitérés, Ryland revint au Canada sans avoir rien

1 Pierre-Stanislas Bédard (1763-1827), né à Québec, député au parlement (1799), l'un des fondateurs du journal le Canadien, s'opposa aux violences de Craig et à la nomination des juges à la chambre d'assemblée. Jeté en prison par l'ordre de Craig, il y resta quelques mois. Georges Prévost le nomma juge aux Trois-Ri\-ières, où il mourut.

2 Joseph Papineau (1751-1841), célèbre jurisconsulte sous Craig, soutint courageusement les droits du peuple, en voulant empêcher les juifs et les juges d'être membres de la chambre d'a.ssemblée.

3 Louis Bourdages, d'abord aide-major de la milice de Chambly (1797), puis notaire (1805), ntra au parlement, sous Craig, et s'oppoïa à l'admission des Juifs et des juges à la chambre d'assemblée. Après avoir figuré comme colonel dans la guerre de révolte des États-Unis, il entra de nouveau à la chambre (1822), et moiirut en 1833.

4 Pierre-Dominique Debartzch, msmbre de l'assemblée législative (1810), servit comme capitaine durant la guerre, la caase des Canadiens, combattit l'acte d'union et mourut en 1848.

5 Denis-Benjamin Viger (1774-1861), avocat, orateur, publiciste, grand politique, né à Montréal, élu député à la chambre d'assemblée par sa ville natale (1808), membre du conseil législatif et délégué à Londres avec Cuvillier et Neilson, pour exposer les griefs des Canadiens en présence du Parlement, emprisonné (1838) durant dix-neuf mois, chef de l'administration avec Draper (1843), perdit sa popularité — ce qui amena sa chute— en consentant à ce que le gouverneur nommât aux emplois.

6 Jean-Thomafs Taachereau (1778-1832), juge et vengeur des droits des Canadiens, emprisonné sous Craig avec B^-dard et Papineau.

obtenu. Le chancelier Eldoji paralysa ses tentatives. Lord Liverpool, ministre des colonies, lui dit que le gouvernement s'opposerait à la suspension de la constitution, et reconnut que Craig n'avait pas toujours su respecter la loi. Le ministre Gipps avoua qu'on n'aurait osé agir en Angleterre comme on l'avait fait au Canada à l'égard de Bédard ; il voj^ait dans l'écrit qu'on lui attribuait, un libelle, mais non pas un acte de trahison. Robert Peel blâma la conduite de Craig, et fit remarquer à Ryland qu'il était impolitique d'agir contrairement aux intérêts de la majeure partie de la population.

Craig écrivait aussi au ministre des colonies : "J'ai dû agir énergiquement pour sauver le Canada, où un parti démagogique répandait les pires doctrines : ce parti devenait d'autant plus audacieux que Bonaparte remportait de grands succès en Europe ; il était dans l'intention de relever le drapeau français ; pour lui tenir tête il fallait abolir la constitution, réunir les deux Canadas, prendre les biens du séminaire de Montréal et mettre les curés à la nomination du roi ; si le roi ne nomme pas les curés, disait-il, la colonie est perdue ". Car alors les prétendus émissaires de Napoléon inquiétaient le gouverneur, tout comme ceux des Girondins, des Jacobins, du Directoire et du Premier Consul avaient inquiété l'administration de Québec depuis 1792. Le ministre trouva ces plaintes exagérées et n'en tint pas compte.

Ordonnance de l'Angleterre. — Le parlement de Londres ordonna à Craig d'exclure les juges du gouvernement, à condition que la loi serait votée par la chambre d'assemblée. Par le fait même la conduite du gouverneur était blâmée. A l'ouverture de la session, les députés protestèrent énergiquement contre les paroles blessantes dont s'était servi Craig pour proroger les chambres en 1809\ Ils les déclaraient comme essentiellement contraires à la constitution et aux libertés du pays. La coterie de certains officiers subalternes, se mêlant aux menées des oppresseiu's, fut aussi censurée sévèrement. Pour attirer le respect sur la députation du Canada, la chambre résolut de faire voter le salaire des officiers publics au moyen du budget. Elle déclara aussi que le pays était en état de faire face à toutes les dépenses civiles. Elle vota une adresse au par-

1 Les discours de Craig, remplis de reproches arners pour les Canadiens et ds complimïnts pour ses créatures, fomenta entre lui et les électeurs qu'il voulait coisulter un nouveau sujat de discorJe.

lement de Londres pour Finformer de cette décision et le remercier de son attitude favorable envers les Canadiens.

Les favoris de Craig se soulevèrent comme un seul homme pour s'opposer à toutes ces propositions, mais l'offre inattendue de la chambre fut bien accueillie à Londres, où Ton ne vit en cela que la déroute de l'oligarchie coloniale.

Le "Canadien". — 'Craig, exaspéré par l'éKmination de son ami de Bonne, jura de s'en venger. Pour cet effet, il cassa de nouveau le parlement et se détermina à tout mettre en œuvre pour obtenir une chambre plus docile à ses ordres. Afin d'intimider les électeurs, une escouade de soldats vint saisir les presses du Canadien et arrêter son imprimeur comme coupable de haute trahison.

Tous les papiers des bureaux furent confisqués. On arrêta en même temps MM. Bédard, Taschereau, Blanchet^ et Borgia^, tous membres de la chambre et propriétaires ou correspondants du journal. Des mandats furent lancés, mais sans succès, contre MM. Viger, La Force et autres citoyens notables de Montréal. Toutes ces mesures étaient prises sous prétexte de s'emparer des chefs d'une prétendue conspiration ourdie contre l'Angleterre (17 mars 1810.)

Trois articles du Canadien, dont l'un portait le titre assez piquant de : Prenez-vous par le haut du nez, avaient occasionné cette effervescence judiciaire. Cependant, malgré les recherches les plus minitieuses, les juristes ne purent trouver le moindre signe de trahison ; au contraire, en réprouvant les agissements du pouvoir exécutif, les députés professaient résolument la fidélité à l'Angleterre. Les détenus demandaient à être jugés, mais Craig, prouvant par là qu'il avait agi tyranniquement, aima mieux les relâcher l'un après l'autre plutôt que de leur intenter des procès. Néanmoins Bédard, chef du parti, refusa sa liberté avant d'avoir subi le jugement du jury et sauvegardé ainsi sa réputation au-dessus de toute atteinte. Il devenait vraiment embarrassant pour le conseil. De nouvelles élections eurent lieu et ramenèrent les mêmes députés au gouvernement. Le gouverneur se vit obligé de céder et de faire ses excuses.

1 François Blanchet, médecin et membre de la chambre, emprisonné sous Craig, pour des articles acerbes publiés dans le Canadien (1810); mort en 1830.

2 Joseph.-L. Borgia, d'origine italienne, membre du parlement à deux reprises, destitué do son grade militaire sous Craig (1810).

Élargissement de Bédard. — -Bédard fut élargi sur la demande du gouverneur à son conseil. Craig aJÊrmait ne l'avoir .fait emprisonner que par mesure de prudence, pour le temps de la session, et qu'il n'y avait plus de raison de prolonger sa captivité, vu que tous les députés avaient regagné leurs demeures. Lorsqu'on signifia à l'opprimé qu'il était libre, il répondit : " Je ne sortirai d'ici que lor qu'un corps de jurés aura bien et dûment déclaré mon innocence." Pensant lasser sa patience, on le laissa tranquille une dizaine de jours, miis voyant qu'il ne s'exécutait pas, le geôlier le somma définitivement de quitter la prison, ou que, selon les ordres reçus, il allait le flanquer à la portée Alors Bédard s'exécuta et s'achemina lentement vers sa demeure. Peu de temps après, il eut le courage de dire à ses électeurs que les Canadiens devaient, à force de loyauté et de sagesse, faire tomber les préventions de l'Angleterre.

Monseigneur Plessis et Craig. — ^Intelligent, instruit, grand patriote, habile diplomate, Mgr Plessis comprit la position du clergé et les dangers qui le menaçaient. Ayant été obligé de baisser pavillon devant la chambre, Craig essaya de gagner le clergé, en commençant par l'évêque, qu'il avait en haute estime à cause de ses éminentes qualités. Il eut plusieurs entrevues avec l'illustre prélat au château Saint- Louis, et, dès la première, l'autocrate gouverneur put se convaincre que son adversaire serait aussi ferme à défendre l'Église catholique que l'assemblée législative l'avait été à soutenir ses droits. Pour tâcher de le gagner il lui dit : " Les curés ne sont pas autorisés à poursuivre pour leur dîme ; et vous-même, quel maigre revenu avezvous " ? Mgr Plessis lui répondit noblement : " Les revenus sont la dernière chose qu'un ecclésiastique doive rechercher : le clergé catholique a souvent prouvé qu'il savait faire des sacrifices de ce genre. Quelque pauvre et précaire que soit ma situation, j'aimerais qu'elle le fût encore davantage, plutôt que de donner lieu à mes diocésains de dire que j'ai vendu mon épiscopat."

Malgré les démarches infructueuses de Ryland auprès du gounement impérial, Craig (1809) signifiait à l'évêque de Québec son intention de s'adresser à la cour de Rome, pour revendiquer en. faveur

1 "Comme plusieurs membres de sa famille, nous dit M. de Gaspé, M. Bédard était un profond mathématicien". Il charmait par l'étude les loisirs forcés de sa prison. Quand le geôlier vint avec ses aides lui signifier qu'on allait le mettre à la porte : "Laissez-moi terminer mon problème", dit Bédard.

MgrPlessis (1763-1825)

.... Quelque pauvre et précaire que soit ma situation, j'aimerais qu'elle le fût encore davantage plutôt que de donner lieu à mes diocésains de di e que j'ai vendu mon épiscopat." — {Fière réponse à Sir James Craig, qui voulait le gagner à sa cause.)

de Georges IV le privilège accordé aux rois de France par le concordat, de nommer ceux qui devaient occuper les sièges épiscopaux, les abbayes et le? cures ; il lui offrait en retour un traitement considérable et la reconnaissance de son titre d'évêque de Québec. Pour ne pas entraver la liberté de l'Église, Mgr Plessis repoussa avec vigueur les réclamations et les offres du gouverneur. Sa prudence et sa modération contribuèrent puissamment à calmer l'agitation générale. Le rôle brillant qu'il joua dans la politique en fait l'une de nos gloires nationales.

Session de 1810-1811. — La dernière session sous le gouvernement de Craig s'occupa surtout du système postal et des impôts. Le service des postes se faisait alors au moyen de voitures, avec des relais déterminés. La loi devait sauvegarder les intérêts et la commodité tant des voyageurs que des postillons. L'assemblée vota aussi certaines taxes pour aider au gouvernement civil à payer ses dépenses. Le conseil, voyant en cela un acheminement au patronage et redoutant de se voir enlever ce moyen d'influence, n'accepta cette loi qu'après une lutte assez vive. En somme, les délibérations de la chambre furent plus calmes que celles des sessions précédentes. Le gouverneur s'en montra satisfait et remercia les députés d'avoir décidé que les juges ne devraient plus siéger parmi les représentants du peuple. Il trouva ensuite quelques paroles de remerciement pour les Canadiens. " J'ai, dit-il en terminant, votre prospérité à cœur, c'est là le dernier legs de celui qui vous parle , et s'il vit assez longtemps pour revoir son souverain, il se présentera devant lui avec la certitude de recevoir son approbation s'il pouvait lui dire : " Sire, j'ai trouvé les sujets que vous m'avez confiés se regardant avec jalousie, je les ai laissés cordialement unis." Craig avoua à Charles Lanaudière, l'un de ses conseillers intimes, qu'on l'avait effrontément trompé et qu'il agirait bien différemment si son administration était à recommencer.

Départ de Craig. — Telle fut la fin de la carrière gouvernementale de sir James Craig, qu'une maladie grave minait et conduisit vite au tombeau. Son gouvernement a laissé de si tristes souvenirs dans le pays, que le peuple le qualifie du nom significatif de régne de la terreur.

Craig était un homme à la physionomie agréable, au port imposant, au maintien mâle et plein de dignité. On l'appelait en Angleterre le petit roi Craig, parce qu'il aimait la pompe et le faste. Sa voix était aigre, et quand il causait, son œil, perçant comme celui d'un faucon, semblait fouiller jusqu'au fond de l'âme de son interlocuteur pour en découvrir les pensées les plus secrètes. Sociable, poli, affable et littérateur distingué, il était néanmoins opiniâtre, tranchant et surtout irritable : c'est ce mélange de qualités et de défauts, et surtout la perfidie de ceux qui étaient opposés aux Canadiens français et qui l'avaient indignement trompé, qui lui attira tant de choses désagréables pendant son administration. Il quitta Québec le 19 juin 1811. La population anglaise traîna son carrosse jusqu'à l'embarcadère de VAmelia, vaisseau qui le transporta à Londres, où il mourut en janvier 1812.

LECTURE.— Adminidration de Craig.— A son arrivée au Canada, Craig trouva les esprits en effervescence. Les débats du parlement au sujet des subsides, de l'instruction publique, des biens des Jésuites et surtout de l'éligibilité des juges à l'assemblée législative, avaient fomenté la discorde entre les représentants des deux nationalités.

Des esprits tiarbulents et fanatiques, à la tête desquels se trouvait l'audacieux Ryland, montèrent la tête de Craig, en lui parlant sans cesse d'une conspiration des Canadiens français contre la souveraineté. Ces pertiu-bateurs de l'ordre public visaient surtout le clergé, représentant le catholicisme, et l'assemblée du peuple, entraînant ceux qui leur avaient donné leurs mandats. Bédard, Panet, Papineau et Bourdages combattaient victorieusement l'oligarchie anglaise sur le terrain des luttes politiques. La presse luttait ardemmment de son côté, et l'on vit bientôt surgir de tous ces imbroghos des antipathies nationales. Craig usa de procédés violents que l'histoire a enregistrés avec un vif regret. Il avait sans doute oublié la conduite loyale des Canadiens français envers l'Angleterre pendant la révolution américaine.

Les démêlés entre Craig et Mgr Plessis ne se déroulèrent pas au grand jour comme ceux de la poli ique. La ténacité inébranlable du grand évêque fit triompher la cause de l'indépendance du clergé vis-à-vis de la couronnne. Si l'illustre prélat eût faibU dans cette circonstarce orageuse, qu'en serait-il advenu pour l'Église cathohque au Canada ?

La sauvegarde d'un principe a souvent des résultats marqués dans l'ordre de choses auquel il appartient

Après le départ du tjTannique Craig, on vit George Prévost, son successeur, faire preuve d'une loyauté rappelant les heureuses administrations des Murray et des Carleton. La guerre anglo-américaine éclata. "Les Canadiens, dit Garneau, coururent aux armes. Ce que Sir Georges Prévost promit à leurs députés et à leur clergé fut interprété de la manière la plus large et la plus généreuse. Le peuple ne se demanda

point si, lorsque le danger serait passé, l'Angleterre n'enverrait pas un autre Craig pour recommencer sa politique spoliatrice ; tout le monde songea à faire son devoir, et l'ennemi put se convaincre que la défection qu'il attendait ne se réaliserait pas." En considérant les alternatives de l'Angleterre par rapport au Canada depuis la cession, Garneau conclut : " En religion comme en politique, l'Angleterre attendait toujom-s l'impulsion des circonstances. Tantôt elle paraît vouloir laisser les Canadiens jouir de tous leurs droits religieux et politiques ; tantôt elle cherche à assujettir les catholiques aux protestants ; et c'est cette dernière pensée, qui s'étend à tout son système politique et religieux, qui explique les oscillations causées par les obstacles qu'éprouve sans cesse la tendance vers l'anglicisation et le protestantisme."

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