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Campagne de 1812, 1813 et 1814.- Environs du lac Érié

Perry défait Barklay sur le lac Érié. — -Les forces navales anglaises sur le lac Erié, confiées au capitaine Barklay, engagèrent la lutte avec le Commodore américain Perry, à Put-In-Bay (10 septembre ), à l'ouest de la baie de Sandusky. Le combat dura quatre heures, et les chances furent partagées. Le vent, devenu tout à coup favorable à Perry, obligea tous les vaisseaux anglais à baisser pavillon. Barklay tomba lui-même, tout couvert de blessures, entre les mains des vainqueurs. - Cet échec força Proctor d'évacuer le fort du Détroit et les villages de Sandwich et d'Amherstburg, pour se replier vers le lac Ontario.

Moraviantown. — -Harrison attaqua Proctor à Moraviantown, sur la rivière Thamcs, et l'obligea à se retirer avec une poignée de soldats ; les autres devinrent prisonniers (5 octobre). Tecumseh, ennemi des Américains, fut tué dans cette rencontre. La fidélité de ce

chef indien envers les Anglais, son éloquence et son influence sur les sauvages de la contrée, ont fait de lui un héros de cette guerre. La grande voix de Tecumseh avait soulevé les Cris ; mais cette nation, après ciuelques exploits sanguinaires, subit une suite de revers désastreux qui finirent par l'exterminer presque entièrement.

Harrison retourna au Détroit, et pendant le reste de la guerre, les Américains furent maîtres de la frontière, à l'ouest du lac Êrié. La bataille de Moraviantown acheva de ruiner la réputation militaire de Procter.

La sévérité du climat suspendit momentanément les hostilités. Dès que la glace le permit, le capitaine McDonnell traversa le fleuve pour attaquer la garnison américaine d'Ogdensburg. La place fut enlevée. Il brûla deux goélettes et deux canonnières, s'empara de onze pièces d'artillerie et d'une grande quantité d'effets de milice.

Prise d'York (Toronto).— Au printemps de 1813, les généraux américains Dearborn et Pike tentèrent de prendre York, capitale du Haut-Canada. Sheaffe commandait à cet endroit un détachement de réguliers anglais. Les Américains effectuèrent une descente à Humber Bay, à l'ouest de la ville, arrivèrent par derrière les Anglais et, marchant à l'est, prirent le fort situé à l'embouchure du port. Vers la fin de l'assaut, il y eut une explosion qui tua un bon nombre d'hommes des deux armées et en blessa plusieurs. Le général Pike, qui se trouvait parmi les blessés, mourut à bord d'un vaisseau quelques heures après.

Sheafïe marcha ensuite vers Kingston avec ses réguliers, laissant aux autorités locales le soin de régler la capitulation. Les historiens américains assurent que leurs troupes trouvèrent à York un homme scalpé, pendu près du fauteuil des orateurs de la chambre législative, ce qui les porta à brûler incontinent un certain nombre de maison, à titre de r-eprésailles ; d'ailleurs ils ne voyaient en cette ville qu'un point stratégique inutile. La flotte américaine retourna à Sackett's Harbor où se trouvait son arsenal.

Stony Creek. — 'Ne pouvant pas résister tout à la fois aux forces américaines par terre et par eau, le général Vincent fit sauter le fort Georges (27 mai 1813). Il se dirigea ensuite vers Queenston d'où, après avoir retiré toutes les forces de la frontière, il s'enfuit sur les hauteurs de Burlington, à l'ouest du lac Ontario. Un détachement

américain commandé par les généraux Winder et Chandler, qui marchaient à sa poursuite, s'arrêta à Sto7iy-Creek, et fut défait par Harvey, pendant la nuit (5 juin). Les deux généraux américains, constitués prisonniers avec cent vingt des leurs, laissèrent aux Anglais quatre canons et d'autres munitions de guerre,

Beaver Dams. — -Entre les forces opposées, il y eut une escarmouche à Beaver Dams, poste situé à quelques milles à l'ouest de Queenston, où s'arrêta un petit détachement anglais commandé par Fitzgibhon ; cinq cents Américains, traînant deux canons, résolurent d'aller les déloger.

La femme d'un militaire blessé, Laura Secord^, ayant eu vent du mouvement des Américains, se fraya un chemin à travers leurs pelotons et fit vingt milles à pied pour avertir Fitzgibbon du projet de l'ennemi. Les Anglais se dirigèrent du côté de Queenston. A quelque distance de cette place, ils trouvèrent les Américains rangés en bataille et combattant contre une bande d'Indiens, sous les ordres du capitaine Kerr et du jeune Brand. Fitzgibbon sortit du bois portant en main un drapeau parlementaire, et demanda aux Américains de se rendre, ce qu'ils effectuèrent après un court pourparler.

Le dévouement de Laura Secord et le stratagème de Fitzgibbon figurent parmi les beaux exploits de 1813. En juillet, les forts Schlosser et Black-Rock furent pris par les Anglais ; les Américains opposèrent peu de résistance.

Les Américains se retirent des frontières de Niagara.— En

décembre, le général anglais Drummond fut envoyé sur la frontière de Niagara pour y prendre l'offensive. Le général américain McClure, avant d'abandonner le fort Georges, pour se retirer dans les parages américains, commit un acte odieux en mettant le feu au village de Newark (Niagara), et en exposant ainsi le peuple à la plus rigoureuse misère. Pour se venger de cet acte inhumain, les Anglais se fixèrent à Buffalo, sur la rive opposée de Niagara, et incendièrent plusieurs villages américains. Le général Drummond condamna par une proclamation la conduite des siens, tout en la justifiant comme représailles de la brutalité de McClure.

1 En 1911, un monument, à Laura Secord a été élevé sur les hauteurs de Queenston.

Combat naval. — Vers la même époque, le général sir George Prévost essuj'ait un échec à Sackett's Harbor. On y vit ensuite les flottes opposées livrer un combat naval (28 septembre), devant York (Toronto). Après deux heures de lutte, sir James Yeo fut complètement battu par le commodore américain Chauncey. Cette défaite mettait le Haut-Canada entre les mains de l'ennemi. Grisés de ces exploits, les Américains tentèrent de faire définitivement la conquête du Canada. Pour cet efïet, ils réunirent l'armée du centre à celle du nord, qu'ils devaient diriger sur Montréal et ensuite sur Québec. La première, comptant huit à dix mille hommes sous les ordres de Wilkinson, s'embarqua à French Creek^, descendit le fleuve Saint-Laurent dans des barges qu'une flottille armée escortait et défendait, le tout suivi sur la rive canadienne par un gros bataillon.

Après avoir débarqué une partie de ses troupes au Long saut, Wilkinson poursuivit sa route sur le fleuve jusqu'à Chrysler' s-Far m, où il livra bataille et essuya une défaite (11 novembre) après deux heures de combat. Cette victoire, qui fit honneur au colonel anglais Morrison, n'empêcha pas Wilkinson de poursuivre sa route jusqu'à Cornwall. Il y apprit que Hampton, commandant l'armée du nord, venait d'être battu à Châteauguay. Sans cette nouvelle, Wilkinson, s'avançant vers ^Montréal, y serait entré.

Victoire de Châteauguay. — -Hampton, après avoir passé l'été aux environs du lac Champlain, se mit en marche au mois d'octobre, pour opérer sa jonction avec Wilkinson. Son armée comptait 7,000 hommes^. Salaberry^, avec trois cents Canadiens, l'attendait sur les bords de la rivière Châteauguay, où il s'était retranché au moyen d'abatis d'arbres fortement liés, formant quatre lignes de défense : les trois premières étaient situées à six cents pieds l'une de l'autre ; la quatrième, placée à un demi-mille en arrière, aboutissait à un gué qu'il fallait à tout prix défendre. Le 26 au matin, une forte colonne de l'armée de Hampton s'avança, précédée d'un officier de haute

1 Situé à sept lieues au-dessus de Sackett's Harbor.

2 Hampton et Wiikiason, envahissant le Bas-Canada pour prendre Montréal, avaient les deux plus belles armées formées par les Américains depuis le commencement de la guerre.

3 Charles-Michel d'Irumberry de Sataberry (1778-1829), appelé le Léonidas canadien, naquit à Beauport, servit onze ans sous Prescott aux Antilles, vit le fameux siège du fort Mathilde (1794), commanda une compagnie de grenadiers dans l'expédition de la Martinique (1795), et fut nommé aide de camp du général Rottenburg, pendant le siège de Flessingue (1809). Revenu au Canada, sirGeorge Prévost le mitàlatH^d'uncorpsdevol.igeurs canadiens qu'il commanda valeureusement.

stature qui cria en français aux voltigeurs : " Braves Canadiens, rendez-vous, nous ne voulons pas vous faire de mal." Pour toute réponse, il reçut une balle qui le renversa raide mort ; ce fut le signal du combat. Malgré les décharges vigoureuses que firent de tous côtés les Américains, ils ne purent cependant réussir à entamer les retranchements des Canadiens. Les soldats de Salaberry visaient juste, et chacun d'eux était sûr que chaque coup de fusil culbutait un ennemi.

Après une lutte acharnée de quatre heures, Hampton battit en retraite. Il avait éprouvé des pertes considérables. Les Canadiens ne comptèrent que deux morts et quatorze blessés. C'est ainsi que trois cents des nôtres remportèrent sur sept mille Américains une brillante victoire, que nos poètes ont chantée à bon droit ; c'est notre combat des Thermopyles^.

La bataille de Châteauguay fit échouer le plan de campagne le mieux conrÉ)iné des Américains, et mit un terme aux invasions de 1813.

Hampton se retira à Plattshurg , où son armée fut affaiblie par la maladie et la désertion.

En apprenant la nouvelle de ce fameux exploit, Wilkinson, dont les troupes étaient à Cornwall, abandonna le projet de s'emparer de Montréal et prit ses quartiers d'hiver.

Le général en chef remercia de Salaberry, le prince régent le décora de l'ordre du Bain, et l'Angleterre fit frapper une médaille pour immortahser cette victoire. Sur le champ de bataille, on a élevé une modeste colonne, avec l'espoir que le jour n'est pas loin où l'on verra se dresser un monument plus digne de ce fait glorieux.

La victoire de Châteauguay fut pour les Canadiens français le dernier exploit de la guerre américaine. L'ancienne bravoure de leurs ancêtres s'était manifestée une fois de plus chez eux pour la défense du pays. Si les batailles se fussent livrées dans le Bas-Canada, au lieu de 4,000 hommes de notre race dans ses rangs, l'Angleterre en eût sans doute compté un nombre beaucoup plus considérable.

Campagne de 1814. — 'Les hostilités, recommencées de bonne heure en 1814, eurent surtout pour théâtre les lacs Êrié et Ontario. Les deux armées éprouvèrent alternativement des succès et des revers. On se

1 Thermopyles, célèbre défilé des montagnes do la Grèce, où trois cents Spartiates combattirent glorieusement contre une nombreuse armée de Perses, 480 ans avant J.-C.

te

Allier Léonidas canadien, ta valeur,

Comme un foudre guerrier, commande au champ d'hovneur

A sept mille assiégeants trois cents des liens font face,

Sans faiblir un instant ils emportent la place :

Chantons avec transport ce geste audacieux,

Qui, du fond des tombeaux, fit frémir les aïeux.

battait avec bravoure, on mourait avec gloire, mais le sang répandu de part et d'autre n'était pas suffisant pour assurer à aucun des partis un triomphe définitif.

Des forces inférieures, à la fin de mars, repoussèrent Wilkinson, au moulin fortifié sur la rivière de Lacole, près du lac Champlain. Cet échec porta les Américains à concentrer leurs forces dans le Haut-Canada.

Pendant que les troupes se dirigeaient vers le lac Ontario, le général anglais Drummond parut inopinément devant Oswégo, qu'il incendia (6 mai). Les Américains, au nombre de 1,900, sous les ordres du général Brown, prirent leur revanche à Chippewa, où 2,000 Anglais commandés par les généraux Riall et Drummond essuyèrent une sanglante défaite. Ces derniers, à leur tour, furent victorieux à Lundy's Lane (Ontario), après une lutte acharnée. Les Américains se retranchèrent au fort Ërié ; Drummond y courut aussitôt. Il était près de les déloger quand le magasin des poudres sauta, mit en désarroi ses soldats, qui prirent la fuite ou posèrent les armes.

Troupes régulières anglaises au Canada. — L'abdication de Napoléon à Fontainebleau (1814) permit à l'Angleterre d'envoyer au Canada 14,000 hommes pour envahir les Etats-Unis. La flotte anglaise devait en même temps bloquer tous les ports américains, depuis la Nouvelle-Ecosse jusqu'au Mexique. Le général Prévost, mis à la tête de l'armée, franchit la frontière à Odelltown et atteignit Plattsburg (6 mai). Mais la flotte anglaise, anéantie sur le lac Champlain par le commodore MacDonough et sur laquelle il comptait beaucoup, le fit battre en retraite, afin de ne pas éprouver le sort de Burgoyne. Pendant ce temps, les troupes anglaises obtenaient de beaux triomphes en Virginie.

Le général Ross, à la tête de 5,000 hommes, marcha sur Washington, capitale de la république ; il s'en empara, brûla le capitole et les principaux édifices publics, par mesure de représailles pour les dommages causés sur la frontière de Niagara, l'incendie de York et celui de Newark. Ross fut renversé mort par une balle, près de Baltimore, en regagnant la flotte stoppée dans la baie Chesapeake.

Les Américains remportèrent des succès à la Nouvelle-Orléans. Le général Jackson, commandant 6,003 hommes, repoussa 12,000 Anglais, en leur faisant essuyer une perte de 1,700 hommes tués ou

blessés. Le général anglais Packenham y trouva la mort, et les généraux Gihhs et Keene y furent blessés.

Tels furent, en somme, les principaux événements de la guerre anglo-américaine durant l'année 1814. Il est bon de signaler aussi que les villages situés sur les bords de l'Atlantique, dans les provinces maritimes, eurent beaucoup à souffrir des flibustiers américains, et que des pirates commirent toutes sortes de déprédations dans les bourgs des côtes de la baie Fitndy et de la rade Hall (Hall's Harbor). Les habitants des vallées de Cornwallis et de Grand-Pré, furent souvent l'objet de semblables persécutions.

Traité de Gand, — ^La paix conclue (24 décembre 1814) à Gand, en Belgique, entre toutes les puissances de l'Europe, mit aussi un terme au conflit américain, et stipula la restitution des conquêtes réciproques faites pendant la guerre. Le tracé des frontières entre le Maine et le Nouveau-Brunswick, incertaines jusque-là, fut laissé au jugement de commissaires, et reçut une solution temporaire en 1818^

Population. — En 1811, le Haut-Canada comptait 77,000 âmes ; en 1814, 85,000. Cette dernière année, le Bas-Canada avait une population de 335,000 âmes.

Rappel et mort de sir G. Prévost. — 'Sir George Prévost réunit les chambres en janvier 1815. J.-A. Panet, nommé au conseil législatif, fut remplacé à la présidence de la chambre d'assemblée par M. Papineau, fils, âgé de vingt-huit ans, plus ardent que son père, et qui devait aussi porter ses principes beaucoup plus loin que lui.

Le parti anglais, ne pouvant pardonner à Prévost d'avoir été juste et bienveillant envers les Canadiens, l'accusa d'avoir été cause que la campagne de Plattsburg avait été manquée. Prévost passa en Angleterre pour se disculper. Avant son départ, il reçut des citoj^ens de Québec et de Montréal les adresses les plus flatteuses. Peu après son arrivée à Londres, il succomba sous le coup du chagrin et de la fatigue ; sa mort désarma ses accusateurs et sa mémoire fut respectée. D'ailleurs, Wellington, le ministre de la guerre, qui avait flairé l'intrigue, dans les accusations portées contre Prévost, avait rendu le plus beau témoignage de la conduite sage et prudente du gouverneur pendant la campagne. Plusieurs officiers qui s'étaient mal conduits dans le combat de Plattsburg, furent condamnés par une cour martiale.

1 Le compromis à' Ashhurlon donnera la solution définitive en 1842, à l'avantage de nos voisins.

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