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SUITES DE L'INSURRECTION DE

Conseil spécial. — Lord Durham gouverneur.- — Seconde levée d'armes dans le Bas-Canada. — Soulèvement dans le Haut-Canada.- — Proclamation de l'état de siège. — Sort des prisonniers politiques.- — Mesures prises par l'Angleterre après l'insurrection.— Lord Sydenham, gouverneur.

Conseil spécial. — Les troubles de 1837 eurent du retentissement non seulement en Angleterre, mais même en France et aux États-Unis. L'ancienne mère-patrie tourna les yeux au-delà de l'Atlantique et se rappela qu'autrefois elle avait eu des enfants au Canada. Des journaux républicains parlèrent même de la formation d'une légion auxiliaire pour venir à notre secours. Aux États- Unis, le gouverneur retint difficilement les centaines d'aventuriers qui se portèrent sous les drapeaux de Mackenzie, pour inquiéter le Haut-Canada pendant l'hiver de 1837-38.

Afin de prévenir toute nouvelle sédition, le gouvernement impérial, malgré les protestations de quelques ministres de la chambre haute, suspendit la constitution de 1791 ; il chargea Colborne de former un conseil afin de pourvoir aux mesures administratives les plus pressantes. Sur vingt-deux membres, onze étaient Canadiens. La Fontaine regarda toujom-s, et avec raison, comme injuste et tyrannique la suspension de notre législature.

Lord Durhatn, gouverneur, — 'Après de longs débats, le parlement de Londres décida d'envoyer au Canada lord Durham comme

gouverneur général et commissaire royal. Il comptait sur lui pour faire respecter la suprématie de l'Angleterre, en rendant une égale justice aux deux partis. Le nouveau gouverneur, partisan du faste et du luxe, se rendit à son poste sur un riche vaisseau de guerre avec une suite nombreuse (mai 1838), et déploya à Québec une opulence jusque-là inconnue. Pour se soustraire à toute dépendance locale, il congédia le conseil spécial formé par Colborne et en rétablit un autre composé des gens de sa suite, qu'il chargea d'expédier les affaires les plus urgentes.

Dans une proclamation adressée au peuple, Durham fit beaucoup de promesses qu'il ne sut pas tenir. Il travailla cependant à empêcher le parti anglais de s'emparer de la seigneurie des MM. de Saint-Sulpice, comme il l'avait fait pour les biens des Jésuites et des Récollets. En général, cet homme, qui avait été ambassadeur à Saint-Pétersbourg (1833) et avait aussi occupé en différents endroits de son pays natal des positions importantes avec autant de succès que d'éclat, ne se distingua pas au Canada.

Sa diplomatie consistait à louer démesurément les Canadiens français tout en cherchant à noyer leur nationalité par l'union des deux Canadas. Pour se soustraire aux embarras des procès politiques, il accorda une amnistie presque générale aux malheureux prisonniers des deux provinces. Ce pardon, qui occasionna une grande joie aux Canadiens, fut proclamé le jour même fixé pour le couronnement de Sa Majesté la reine Victoria (28 juin 1838). Il n'y eut d'exception que pour vingt-quatre détenus, qui, sans procès, furent jugés coupables et envoyés aux Bermudes. Six membres de l'ancienne chambre, parmi lesquels se trouvait M. Papineau, étaient au nombre des proscrits et durent s'enfuir aux États-Unis. Cette amnistie fut blâmée par le gouvernement impérial, et la condamnation à l'exil sans forme de procès fut déclarée illégale. Le désaveu de sa conduite blessa profondément lord Durham. Il démissionna aussitôt et s'embarqua pour l'Angleterre avec sa famille (1er novembre 1838). N'ayant pu, à Londres, faire entendre sa prétendue justification, il mouiut de chagrin peu après.

Comme résultat d'une enquête qu'il fit sur le Canada, lord Durham a laissé un célèbre mémoire dans lequel il loue la noble résistance de nos hommes politiques à tout ce qui pouvait entraver nos droits,

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il signale les défauts du système colonial, et reconnaît aux Canadiens le droit de jouir d'un ministère responsable, à condition qu'on fasse du Bas-Canada une province anglaise en l'unissant d'abord au Haut- Canada, puis ensuite aux autres provinces : il avait trouvé le vrai moj^en d'atteindre le but poursuivi par l'Angleterre depuis sa prise de possession du Canada.

Sir John Colborne, élevé à la pairie sous le nom de lord Seaton, remplaça Durham par intérim (1838-39).

Les exilés des Bermudes, devenus libres par le désaveu de la proclamation de Durham, se trouvèrent à New-Yolrk (14 octobre 1838), le jour même où, par une singulière coïncidence, y arrivèrent Dodge et Theller, qui avaient pu s'esquiver de la citadelle de Québec. Ces déportés politiques, aidés des membres d'une société secrète, appelée V Association des Chasseurs, et d'Américains exaltés, soulevèrent de nouvelles émeutes dans le? deux Canadas à la fois.

Robert Nelson, le frère de celui qui avait commandé les insurgés de Saint-Denis, proclama une déclaration d'indépendance. Ses partisans réussirent à gagner quelques Canadiens du district de Montréal

Seconde levée d'armes dans le Bas-Canada. — ^Le 30 mai, Johnson, à la tête d'un parti de séditieux, aborda un bateau à vapeur canadien, près de NelUs Island, s'empara de l'argent et des effets des passagers, qu'il fit ensuite débarquer, puis brûla leur bateau. Le gouverneur, affligé de cette nouvelle, offrit $1000 à ceux qui pourraient s'emparer des délinquants. Mais Johnson et ses partisans, s' étant réfugiés dans les Mille-Îles, échappèrent aux autorités anglaises et américaines, au moyen de bateaux excessivement légers qui leur permettaient de voyager d'une île à l'autre avec grande vitesse.

Beauharnois, Terrebo7ine, Châteauguay, Rouville, Varennes, Contrecœur et plusieurs villages de la rivière Richelieu furent témoins d'insurrections partielles. Une levée d'armes, à Montréal devait avoir lieu quand les troupes seraient à l'église, ou au moins quand elles ne se trouveraient pas sous les armes ; mais l'habileté de Colhome sut prévenir le coup.

Beauharnois devint le théâtre de l'action (3 novembre). Une couple de cents patriotes surprirent les partisans du gouvernement et les constituèrent prisonniers. M. Ellice, fils du seigneur de Beauhar-

nois et ancien secrétaire privé de Durham eut le même sort. Mme Ellice elle-même fut arrêtée, mais on la traita avec bonté et courtoisie. Un corps du 71e régiment, soutenu de 1,000 hommes du régiment de Glengary, rendit la liberté aux prisonniers de Beauharnois (10 novembre).

Une faction de quatre cents hommes, détachée de Napierreville, se mesura avec un parti de volontaires du gouvernement. Les insurgés, battus ou faits prisonniers, perdirent un canon et trois cents armes de guerre. Les vainqueur se cachèrent ensuite dans l'église d^OdeUtoivn, pour y attendre le docteur Robert Nelson, l'un des chefs les plus actifs du parti populaire, qui fut défait avec une perte de cinquante hommes. Colborne, à la tête de sept à huit mille hommes, s'avança de ce côté et promena la torche incendiaire partout ; l'innocent ne fut pas plus épargné que le coupable. Nelson fut battu une seeonde fois avec une perte de cent hommes.

Soulèvement dans le Haut-Canada. — ^Pendant que le parti populaire troublait Montréal et ses environs, une troupe de réfugiés du Haut-Canada et d'Américains — 'environ quatre cents en tout — • firent voile de Saskett' s-H arhor à Prescott, où ils débarquèrent. Le colonel Young et le capitaine Fowell les délogèrent. La plupart se retirèrent dans un moulin à vent et dans une maison de pierre attenante, où ils se défendirent courageusement. Les assiégeants furent obligés d'attendre l'arrivée du canon pour renverser les murs. Tous les insurgés furent faits prisonniers. Une cour martiale, tenue à Kingston, fit subir le procès à cent cinquante-six d'entre eux.

Une autre incursion s'opéra sur Sandwich, près du Détroit. Les insurgés mirent le feu à quelques vaisseaux et tuèrent de sang-froid plusieurs individus. Le docteur Hume, qui avait pris les factieux pour des troupes provinciales, tomba sans armes entre leurs mains : on trouva son corps meurtri de coups de hache et de couteau. Le colonel Prince, informé de ces atrocités, força ces brigands à prendre la fuite, laissant derrière eux vingt-cinq morts et vinpf-t-six prisonniers. Le gouvernement, fatigué de ces invasions, prit des mesures impitoyables ; plusieurs chefs furent mis à mort, d'autres punis sévèrement.

Près de Niagara, 1,200 insurgés traversèrent le fleuve pour engager les habitants à prendre les armes. En mettant le feu à une auberge,

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ils firent prisonniers quatorze lanciers provinciaux. Les troupes régulières pourchassèrent les rebelles et en capturèrent quarante. La cour, pour tempérer ce souffle révolutionnaire, condamna à la potence les trois meurtriers de Hume et six des prisonniers de Prescott.

Proclamation de l'état de siège. — ^L'état de siège fut de nouveau proclamé à Montréal. Pendant que des soulèvements nombreux remuaient les frontières du Canada, sept cents Canadiens étaient écroués dans les prisons sous le simple soupçon d'avoir été de connivence avec les insurgés.

Sort des prisonniers politiques. — -L'oligarchie anglaise, mécontente de ce qu'aucune condamnation à l'échafaud n'avait eu lieu en 1837, dut se réjouir de voir les choses marcher bon train l'année suivante.

Le rageur Herald de Montréal disait cyniquement : " Pour avoir la tranquillité, il faut que nous fassions la solitude. Balayons les Canadiens de la face de la terre !... " La cour martiale fut alors établie à Montréal (20 novembre) par Colborne.

Les infortunés Joseph-Narcisse Cardinal, notaire de Châteauguay, et son clerc Joseph Duquel furent condamnés à la potence et exécutés le 21 décembre. Ces deux malheureuses victimes, éprises d'un zèle fanatique moins éclairé que pervers, subirent leur sort avec la fermeté et la résignation des martj'rs d'une grande cause. Joseph UÉcuyer, Jean-Louis Thibert, Jean-Morin Thihert, Léandre Ducharme, Joseph Guimond, LeBlanc, Dussault, Antoine Côté et François-Marie Lepailleur, devaient aussi subir la peine de mort ; mais l'intervention du gouverneur fit changer leur sort, et ils furent en conséquence condamnés à l'exil, aux Bermudes.

Comme on le voit, l'année 1838 s'éteignit dans le sang de nos compatriotes. Sur les échafauds dressés depuis deux ans dans le Haut-Canada, périrent un grand nombre d'infortunés de cette province et des États-Unis.

Les cours martiales marchaient à grands pas vers les pénalités ; celle de Montréal, la plus modérée, ne semblait condamner qu'avec regret des individus moins coupables que les chefs qui les avaient poussés de l'avant, puis traîtreusement abandonnés à la vindicte des lois.

Le tribunal ne tenait compte que des rébellions et des crimes politiques arrivés après le 4 novembre 1838. Dans le Bas-Canada, douze incriminés furent conduits à la potence^ et cent cinquante et un dans les deux Canadas, à l'exil aux Bermudes et en Australie. Ces déportés politiques s'embarquèrent sur le Buffalo (27 septembre 1839) pour se rendre à destination-.

Rien n'étonne dans cette sévérité. Si, en 1775, on vit l'Angleterre nous faire des concessions, c'est parce qu'elle eut besoin des Canadiens français pour défendre le Canada contre l'attitude menaçante des États-Unis. Au temps des troubles de 1837-38, l'intervention des États-Unis n'était pas à craindre, et la masse des Canadiens resta soumise. Pourquoi le lion d'Angleterre atirait-il adouci ses coups ? Aussi, aucun moyen de répression ne fut ménagé : potence exil, incendies, brutalités, tout fut permis.

La sévérité presque barbare de Colborne envers les prisonniers politiques fut condamnée en Angleterre et dans tout le Canada. Dans cette orageuse circonstance, M. Etienne Parent, publiciste distingué, eut le courage d'écrire que les actes de vengeance exercés par les troupes anglaises dans le district de Montréal étaient un autre genre d'excès aussi réprouvables que la levée de boucliers des patriotes. Sa hardiesse de parole le fit arrêter, mais son procès n'eut pas lieu^.

Mesures prises par l'Angleterre après l'insurrection. — -Les Canadiens attendaient avec anxiété les mesures de la métropole, après les scènes tragiques qui venaient de se dérouler. Le long rapport de Durham exerça une grande influence sur la couronne. Le célèbre diplomate, pour arriver à angliciser tout le pays et mettre un terme aux discussions politiques, penchait pour l'union fédérale de toutes les colonies anglaises de l'Amérique du Nord ; mais en attendant que ce plan fût réalisable, il suggérait l'union des deux Canadas sous un seul gouverneur, avec un nombre de représentants pour chaque province, basé sur le chiffre de la population, prévoyant que les

1 Voici les noms de ceux qui furent exécutés : Joseph-Narcisse Cardinal, Joseph Duquette, Pierre Théophile Decoigne, François-Xavier Hamel, Joseph-Jacques Robert, Ambroise Sanguinet, Charles Sanguinct, Aimable Daunais, François Marie-Thomas, Chevalier de Lorimier, Cha'Ios Hindelong, Pierre-I?enii Narbonne, Françoip Nicolas.

2 Ces exilés et les réfugiés politiques aux États-Unis purent revenir au Canada cinq ans après leur départ.

3 Pour plus de détails voir : Les événements de 1837-3S, seconde édition, par L.-H. Carrier.

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Canadiens français seraient vite noyés par le flot d'immigrants anglais. Il suggérait aussi un conseil législatif mieux composé, un ministère responsable. C'était le moyen de donner au parti anglais la prépondérance dans les affaires du pays.

Dans les débats des chambres, sous l'Union, on entendra souvent les Anglais évoquer le rapport de Durham, afin de rappeler, sans doute, qu'il a considéré les Canadiens comme une race inférieure et qu'ils partageaient ses sentiments. L'infériorité dont a parlé Durham ne pouvait se rapporter qu'à l'agriculture, au commerce et à l'industrie ; mais il est aisé de concevoir ciue les Canadiens de cette époque, n'ayant pas à leur disposition de forts capitaux, ne pouvant pas compter comme les Anglais sur les secours de la métropole, ne s'étant pas, comme eux, emparés du domaine public -et ne puisant pas si largement au trésor du pays, il leur était difficile de prendre des développements dans les mêmes proportions. Les choses ont changé depuis, et si le grand homme politique revenait au milieu de nous, il serait étonné du progrès de la race française dans les sphères commerciales et industrielles. Quant à la culture intellectuelle, nous constatons avec orgueil que nos hommes d'État n'ont jamais eu à pâlir en face des Anglais ; loin de là, ils ont souvent, par leur politique et leur éloquence, provoqué l'admiration de leurs adversaires.

L'acte d'union des deux provinces passa malgré les deux pétitions adressées à la reine : l'une de Québec, portant 40,000 signatures, et l'autre du clergé de Montréal. Le gouverneur prévint John Russell, alors ministre des colonies, contre ces pétitions, en lui disant qu'elles portaient moins de signatures qu'on ne le croyait, que le gros de la population se montrait en faveur de l'Angleterre, et que le clergé, au fond, se prononçait pour le maintien du conseil spécial, tout en demandant le rétablissement de la constitution de 1791. De plus, malgré l'avis de Durham, on donna à chaque province le même nombre de représentants, c'est-à-dire quarante-deux à chacune. Wellington et Gosford s'opposèrent fortement à cet article. Le premier représenta qu'il fallait attendre, pour prendre une décision finale, que les provinces se fussent calmées, et, qu'aux États-Unis, il y eût moins de disposition à les encourager à la révolte. Il condamna le peu d'honnêteté que les torys du Haut-Canada avaient montré pour obtenir le consentement des chambres au sujet de l'union. Le second dit qu'il regardait l'union comme une entreprise dangereuse; que les Canadiens

tenaient à rester dans les mains de la métropole; que les combats que les intéressés s'étaient plu à qualifier des mots sonores de révolte et d'insurrection n'avaient eu lieu que dans un petit coin du district de Montréal, sur la rivière Richelieu; que l'animosité s'était surtout ameutée pendant les élections, et qu'un clan d'Anglais était condamnable pour avoir toujours aspiré à posséder le pouvoir à l'exclusion des habitants d'origine française. Après un tableau raccourci des différentes émeutes, il terminait en disant qu'il regardait l'union des deux provinces comme un acte des plus injustes et des plus tyranniques, qu'il n'y avait rien de plus arbitraire et de plus opposé à l'équité que de donner le même nombre de représentants aux deux provinces, dont l'une, le Bas-Canada comptait 650,000 âmes, et l'autre, le Haut-Canada, 450,000.

Le rapport de Durham l'emporta sur le bill de Pitt. Le but du grand homme d'État avait été d'amener les Canadiens à se faire Anglais, pas de nom, mais d'affection ; et c'est pour cela qu'il leur avait laissé leur liberté, leurs lois, leur religion, leur jurisprudence, leur langue et letirs coutumes.

M. Foulett Thompson, gouverneur. — ^M Poulett Thompson, depuis lord Sydenham, membre du parlement impérial, succéda à Colborne, qui avait remplacé lord Durham par intérim. Le Canadien, dans un style mordant, salua ainsi le départ de Colborne : "Sir John s'embarque aujourd'hui (23 octobre 1839). Sa mémoire durera longtemps au Canada. Si les villages brûlés peuvent sortir de leurs cendres, les habitations i3illées connaître de nouveau l'abondance, l'échafaud politique se déteindre du sang dont il a été inondé, le banc judiciaire se relever des coups donnés à son indépendance ; si le sentiment des souffrances des mères, des épouses, des pères et des enfants peut s'adoucir par le temps et s'éteindre par la mort, il restera ce monument d'ineptie et de dévergondage, connu sous le nom à^Ordonnances du conseil spécial de sir John Colborne. Sans contredit, sir John a gagné l'immortalité parmi nous."

Sydenham arriva à Québec en octobre 1839. Il se rendit presque aussitôt à Montréal (11 novembre 1839), où il réunit à la hâte le conseil spécial, pour lui faire approuver le projet de l'union législative. Neilson, Cuthbert et Quesnel s'y opposèrent (13 novembre).

Le bill d'union, sanctionné le 23 juillet 1840, mettait fin à la constitution de 1791, établie surtout pour soustraire la population

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anglaise du Haut-Canada à la domination des Canadiens français. Il était particulièrement bâclé pour payer la dette d'environ un million de louis que le Haut-Canada avait contractée envers les banquiers de Londres^. Le Bas-Canada n'avait pas de dette à cette époque. La somme due par le Haut-Canada devait être paj^ée par les revenus communs des deux provinces réunies.

Les chefs politiques du Bas-Canada protestèrent vainement contre l'acte d'union. Présentée au parlement impérial, cette mesure fut d'abord votée par la chambre des communes. Sir Robert Peel et Gladstone l'approuvèrent ; Daniel O'Connell, O'Brien et Hume s'y opposèrent. La chambre des lords nous donna de chaleureux défenseurs, entre autres: le duc de Wellington, lord Ellenhorough, Brougham, le comte de Hardwick, lord Gosford. Ce dernier, ancien gouverneur du Canada, qui pouvait mieux que personne parler avec autorité des affaires de la colonie, s'exprima ainsi : " Je ne puis m'empêcher de regarder l'union des provinces comme un acte des plus néfastes et des plus tyranniques, privant le Bas-Canada de sa constitution^ pour les actes de quelques hommes malintentionnés, et la livrant pour être noyée par ceux qui, sans cause, lui ont montré tant de haine ; car ce projet ne peut que la noyer. Vous donnez à 300,000 ou 400,000 âmes, la même représentation qu'au Bas-Canada, qui a une population d'au moins 700,000 âmes ; ensuite vous imposez la dette du Haut-Canada, laquelle, dit-on, excède un million de louis, à une province qui n'a presque aucune dette. Peut-il y avoir rien de plus arbitraire ? etc. ..."

• Lord Brougham justifiait la révolte de 1837-38 dans le langage suivant : " Vous vous récriez contre la rébellion des Canadiens, quoique vous ayez pris leur argent sans leur agrément, et anéanti les droits que vous vous faisiez un mérite de leur avoir accordés. Vous énumérez leurs autres avantages : Ils payent i3eu de taxes ; ils reçoivent des secours considérables de ce pays ; ils jouissent de précieux privilèges commerciaux qui nous coûtent cher, et vous dites : Toute la dispute vient de ce que nous avons pris 20,000 livres sans le consentement de leurs représentants. Vingt mille livres sans leur consentement ! Eh bien ! ce fut pour vingt schellings qu'Hampden résista, et il acquit

l Le Haut-Canada avait fa't la majeure partie de ses emprunts à la maison B'iring de Londres. L'influence de cette ma-son éta't grande, et elle en usa pour enlever un vote qui lui assura le recouvrement de ses avances. Beaucoup de marchands de capitalistes et de membres du parlement lui aidèrent puissamment.

par sa résistance un nom immortel, pour lequel les Plantagenets et les Guelfes auraient donné tout le sang qui coulait dans leurs veines. Si c'est un crime de résister, de s'élever contre un pouvoir usurpé et ses libertés attaquées, quels sont les plus grands criminels ? N'est-ce pas nous-mêmes qui avons donné l'exemple à nos frères d'Amérique ? Prenons garde de les blâmer trop durement de l'avoir suivi... "

LECTURE. — La colonisation. — Pour arrêter l'expatriation des Canadiens aux États-Unis, le gouvernement crut que le meilleur m.oyen était d'ouvrir des chemins pour favoriser la colonisation, et c'est alors que l'on vi une expansion se produire dans le régions intérieures du Canada. Les cultivateurs se portèrent d'abord sur les rives de l'Outaouais et par delà les Laurentides. La riche vallée du haut Saguenay et les fertiles plaines qui entourent le lac Saint- Jean, offrirent aussi un vaste champ aux colonisateurs. Des voies de communication permirent bientôt l'abord de ces régions. Les côtes septentrionales du golfe Saint-Laurent, jusque-là désertes, commencèrent aussi à voir des établissements formés par les caboteurs du bas du fleuve et les Acadiens des îles. Les habitants de ces parages partageaient leur temp? entre la pêche et le travail des champs.

Sur la rive du fleuve, les comtés de Bellechassc, Dorchoster, l'Islet et Lotbinière, étail peu habités, pouvaient recevoir une nombreuse population. L'obstacle à la colonisation de ces cantons était le manque de chemins, qui empêchait absolument de créer des fermes dans ces terres fertiles.

La région sud est progressait considérablement. L'augmentation des Canadiens français dans ces pays nouveaux était surtout due aux naissances et aux nombreux immigrants venus des anciennes seigneuries. Ce mouvement .se fit particulièrement sentir dans les comtés de Mégantic, de Drummond et de Shefford. Notre race forme en ces parages la majorité de la population ; la proportion est moindre dans Sherbrooke, Missisquoi et Stanstead. Les Acadiens progressèrent dans le Madawaska et sur les côtes du Nouveau-Brunswick.

Le comté de Bonaventure, n'ayant guère de communication que par eau,- et retenant d'ailleurs sur ses rivages tous les Canadiens de la contrée pour la culture et la pêche, dut son accroissement à l'excédent des naissances sur les décès.

L'émigration se porta nombreuse aussi dans l'est, au sud du fleuve, sur les confins du Haut-Canada, du New- York et du Vermont. En somme, le groupe des Canadiens, en 1851, s'élevait au chiffre de 716,954. Ceux-ci n'ont rien perdu depuis. Loin de là, ils ont porté partout un mouvement d'expansion d'une grande énergie, et dans plusieurs comtés habités autrefois par des Anglais seulement, ils sont aujourd'hui dominants ou tendent à le devenir en peu d'années.

Le gouvernement de Québec peut actuellement livrer à la colonisation environ 6,547,582 acres de terres arpentées et divisées en lots de ferme (191 1 ) . La majeure partie de ces vastes territoires est accessible à la culture ; de bonnes routes y conduisent.

Les principales régions à coloniser sont sur le versant septentrional des Laurentides : le Témiscaming, la région Labelle, la Matawanie, la vallée du lac Saint- Jean ; sur la rive sud du Saint-Laurent : la région de Témiscouata, la vallée de la Matapédia et la région do la Baie-des-Chaleurs.

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