CHAPITRE XIII
Lord Elgin, gouverneur. — Élections et parlement. — Démission de Baldwin et de • LaFoJitaine. — Louis-Joseph Papineau. — Ministère Hincks-Morin. — Ministère MacNab-Morin. — Réserves du clergé protestant. — Tenure seignemiale. — Événements religieux. — Université Laval. — Mgr Bedini. — Communautés de femmes. — Gavazzi . — Typhus.— Calamités. — Départ d'Elgin.
Lord Elgin, gouverneur. — -Nommé gouverneur le 16 septembre 1846, à l'âge de trente-cinq ans, James Bruce, comte à' Elgin, n'arriva à Montréal qu'en janvier suivant. Le nouveau gouverneur, issu d'une famille des plus illustres, avait un cœur noble et généreux, possédait des talents et une maturité d'esprit qui donnaient lieu d'espérer une utile et brillante carrière. Il était gendre de lord Durham, et désireux d'exécuter le programme laissé par son beau-père.
En arrivant, Elgin comprit l'isolement de la race française, et voulut y remédier en appelant au pouvoir quelques-uns de ses chefs. lia session s'ouvrit le 2 juin 1847. L'adresse souleva de vifs débats, à propos d'un amendement qui déclarait que le Canada était redevable £ lord Durham du gouvernement responsable, et que la chambre espérait le voir fonctionner sous lord Elgin avec autant de succès qu'en Angleterre. Baldwin, dans un chaleureux discours, blâma vertement toutes les nominations injustes qui avaient été faites: " Plu- Sfieurs ministres, dit-il, peuvent s'adresser ce reproche : '' J'ai sacrif é mon pays, j'ai sauvé le ministère." L'adresse fut votée par deux "Voix de majorité. Une loi instituant une seule municipalité dans cha- C^Oe comté remplaça celle de 1845, qui en autorisait plusieurs. Alors
494 LE CAJy.VDA UNITAIRE
quelques comtés trop étendus fureiïit' divisés en deux ou trois municipalités^ La libre navigation du Saint-Laurent fut ouverte à toutes les nations ; un tarif uniforme de 7^ po"ur cent fut adopté pour les produits de l'Angleterre et ceux des autreL=i nations. Cette mesure activa considérablement le commerce^.
Élection et Parlement. — Elgin comprit qu.e le ministère possédait à peine la confiance de la chambre et résolit de la dissoudre afin d'en appeler au peuple par de nouvelles élections, qui furent agitées (1847-48). Le résultat fut écrasant pour les ministériels ; les libéraux ou réformistes des deux provinces l'emportèrtent d'emblée. L'assemblée du peuple n'avait jamais eu un si grand nombre d'hommes distingués. Cependant elle avait perdu Neilson^, un de ses membres les plus éminents. Elgin convoqua le troisième parlement (25 février 1848). M. Morin fut élu président par acclamation. MM. LaFontaine et Baldwin, deux de nos plus grands hommes d'État, devinrent pour la seconde fois les chefs du nouveau ministère. Caron, Taché, Viger^, Leslie, Aylwin, reçurent les portefeuilles du Bas-Canada; Sullivan, Hinks, Brice, Camero7i et Blake, ceux du Haut-Canada.
La session de 1849 restera la plus mémorable dans nos annales politiques, tant par l'importance des questions qu'elle régla que par les luttes parlementaires qui la signalèrent . A la satisfaction et au grand
1 Malgré l'opposition de plusieurs députés, cette loi fut adoptée et maintenue pendant huit ans. Ce système municipal, mal accueilli du peuple, était le troisième depuis sept ans. Ces changements amenaient de graves inconvénients.
2 En 1S46, la métropole, en établissant le système de commerce libre ou le libre-échange des produits avec toutes les nations, retirait en même temps la protection jusqu'alors accordée aux produits canadiens, à l'exception des bois de construction, et donnait au Canada le pouvoir de rappeler les droits différentiels. Jusqu'à cette époque, les Canadiens, favorisés de certains avantages pour leurs prod'ùts agricoles sur le marché anglais, étaient cependant obligés de payer un droit différentiel de TJ^ pour ceQt, s'ils employaient des vaisseaux étrangers, ou s'ils importaient des marchandises étrangères autrement que par l'entremise d'une maison de commerce anglaise. Cette nouvelle orientation mettait le Cauada, sur le même pied que les autres pays qui commerçaient avec l'Angleterre, et le faisait entier en conc irrence avec des peuples plus riches et plus avancés que lui. Pour lutter avec avantage, il fallait dcnc lever tous les obstacles qui pouvaient entraver son commerce et accorder l'entrée libre, dans les po'ts canadiens, à tous les vaisseaux étrangers. D'ailleurs, l'Angleterre ne protégeant plus les produ-ts de ses colonies, ne devait plus forcer celles-ci à acheter les siens. Dans une adresse à la reine V-ctoria, la législature demanda à Sa Majesté d'accorder à toutes les nations le libre usage de la na'"!gation du Samt-Laurent ; et, pour parvenir à cette fin, de révoquer les lois de navigation relati' es à la colonie.
3 Neilson mourut le 4 février 1848. Originaire d'Ecosse, il vint jeune au Canada et rédigée la Gazette de Québec jusqu'à sa mort. Il avait la confiance du peuple et du clergé. Les intérêts cajadiens lui étaient chers. Il s'opposa à l'acte d'union, et protesta contre la proscription du français d.vns le parlement. Il appartint jusqu'à sa mort au conseil législatif oïl il avait été appelé en 1814.
4 Louis-Michel cousin de Denis-Benjamin Viger.
LordElgin (1846-1854)
Sous son administration habile et éclairée, le Canada jouit d'une grande prospérité. Les lois restrictives de la navigation du Saint-Laurent sont levées, les franchises du commerce accordées. Il s'occupe activement du progrès de l'éducation. Sa prudence, sa sagesse et sa loyauté lui attirent l'estime et le respect de tout le peuple canadien.
étonnement des libéraux, Elgin prononça le discours du trône en anglais et en français. La clause proscrivant la langue française dans les procédures de la chambre (1840) fut abolie. Une amnistie générale fut accordée aux prisonniers politiques. La chambre vota $480,000 pour les canaux du Saint-Laurent et l'ouverture de chemins propres à la colonisation. L'élan fut donné pour la construction des chemins de fer. Les lois judiciaires subirent des modifications. Les nouvelles lois sur l'éducation, les municipalités, l'université de Toronto, l'administration des postes, le commerce, etc , acquirent à la chambre la reconnaissance des Canadiens.
Le vote d'une indemnité de $500,000 afin de dédommager les Canadiens du Bas-Canada des pertes éprouvées pendant l'insurrection de 1837-38 et aussi pour contrebalancer la somme de $200,000 votée précédemment (1845) pour la même fin en faveur des Haut- Canadiens, souleva de vifs débats. Le parti anglais manifesta son fanatisme en termes vigoureux et haineux. Il menaça même de s'annexer aux États-Unis plutôt que d'accepter une telle humiliation. Le vote fut adopté par quarante-huit voix contre vingt-trois. Vingtquatre Anglais, reconnaissant l'acte de justice du ministère, votèrent avec la majorité.
Au moment où Elgin sanctionnait l'acte, les prétendus conservateurs jetèrent des vociférations qui couvrirent les applaudissements des libéraux. Au départ d'Elgin et de son état-major de la chambre d'assemblée (25 avril), ils lancèrent des pierres et des œufs pourris . Le parlement, où s'était réuni le conseil législatif, fut assiégé le soir ; une grêle de pierre obligea les membres à quitter la salle précipitamment. Le feu fut mis à la bibliothèque, qui renfermait vingt-deux mille volumes, parmi lesquels se trouvaient les seize cents volumes de la belle collection de Faribaud sur l'Amérique : la perte s'élevait à $400,000. LaFontaine fut brûlé en effigie et on tenta d'incendier sa maison. Les journaux des conservateurs outrés^ affirmèrent qu'ils s'agissait d'une guerre entre les deux races, et que l'une d'elles devait disparaître. De son côté, sir Allan MacNah, pâle de colère, s'écriait : " Le ministère a proclamé que la loyauté était une farce, que l'insurrection était permise ; il recueille maintenant le fruit de ses doctrines."
1 La Gazelle de Montréal et le Morning Courier.
1846-1854 LORD ELGiN 497
Dans ses actes de vandalisme, le fanatisme insensé des loyalistes surpassa tout ce qu'on avait vu pendant les troubles de 1837-38. Dans ces circonstances pénibles, une adresse portant plus de 200,000 signatures, provenant des réformistes ou libéraux des deux provinces, qui formait les trois quarts de la population, fut présentée au gouverneur pour le féliciter de son attitude en faveur des Canadiens du Bas- Canada, et lui exprimer des regrets à l'occasion des actes de bassesse qu'elle lui avait attirés.
De leur côté, les ultra-conservateurs demandaient à la reine le rappel d'Elgin, la dissolution du gouvernement et le désaveu de la loi d'indemnité. Leurs plaintes mal fondées ne furent pas écoutées; la couronne loua la conduite d'Elgin, le maintint dans ses fonctions et lui assura son appui.
Les excès de violence des ultra- conservateurs firent perdre à Montréal le siège du parlement. La législature décida que le gouvernement serait transféré à Toronto, et que de quatre ans en quatre ans il passerait alternativement de cette ville à Québec (octobre 1849). Cet état de choses dura jusqu'à ce que le siège du parlement fût définitivement établi à Ottawa (1866).
Les ultra-conservateurs, ne voulant pas se tenir pour battus, formèrent la Ligue Britannique de l'Amérique du Nord, dont le but était d'obtenir l'indépendance ; mais le manque d'entente parmi les membres amena un mouvement annexionniste qui demeura également san-, résultats
M. Baldwin résigne.— Vers la fin de la session de 1851, Mackenzie- proposa la suppression de la cour de chancellerie (Court of Chancery) du Haut-Canada ; mais Baldwin, fondateur et soutien de cette œuvre, qui, dans son opinion, devait être un haut tribunal judiciaire, s'y opposa. On en vint aux votes, et la majorité des membres du Haut- Canada se prononça en faveur de la proposition Mackenzie. Baldwin, vivement blessé de ce vote de blâme, remit son portefeuille. Les
1 Un manifeste signé par plus de trois csnts citoyens demandait l'annexion ; Papineau était dunombre.
2 William-Lyon Mackenzie (1795-1861), né en Ecosse, v-int au Canada (1820). Député d'York (1820), il fut expulsé de la Chambre pour insulte à la majorité des membres dans son journal le Colonial Advocate. Il de\'int maire de Toronto (1836), puis chef du parti réformiste dans le Haut- Canada (1833-38). Délogé par les Anglais de Navy Island, il se réfugia aux États-Unis. Revenu en 1850, on le trouve membre du parlement canadien de 1850 à 1858.
Canadiens, sans distinction de races et de partis, déplorèrent sa retraite. Sir Allan MacNab, son adversaire acharné, eut assez de loyauté pour faire son éloge. Ses adieux au parlement, faits en des termes émus, touchèrent singulièrement ses collègues.
M. Baldwin, une de nos plus belles figures pohtiques, se montra sans défaillance l'ami sincère et dévoué du Bas-Canada. Son désir ardent de voir triompher le gouvernement constitutionnel, l'a fait surnommer le Père du gouvernement responsable.
Malheureusement, pour lui comme pour la plupart des hommes illustres, ses services n'eurent pour tout retour que l'ingratitude. S'étant présenté aux élections de 1851, dans le comté d'York, il vit ses anciens électeurs se tourner contre lui pour élire un homme connu seulement par sa médiocrité. Un j ournal anglais manifesta des sentiments plus courtois en disant de lui : " Nul homme public n'a commandé dans son temps un respect aussi général que l'honorable M. Baldwin. Son intégrité était tellement au-dessus du sou^j;on, que jamais la calomnie n'osa souffler sur cette pure renommée. Il commandait le respect de tous les partis ; son nom était une véritable puissance, il eût pu servir de ralliement aux débris dispersés du grand esprit de la réforme." Baldwin fut créé commandeur civil de l'ordre du Bain en 1854, et mourut en 1858^, emportant avec lui les regrets universels.
LaFontaine se retira de la politique en 1851. Ce qui le porta à donner sa démission fut le troisième échec du bill concernant le nombre de représentants que, vu l'accroissement de la population, il voulait porter à soixante-quinze pour chaque province au heu de quarante-cinq 2. LaFontaine n'avait alors que quarante-quatre ans. Le Bas-Canada regretta cette démarche de la part de celui qui avait tant de fois lutté avantageusement pour reconquérir nos droits et nos libertés. Montréal, en reconnaissance des services que ce grand homme d'État avait rendus, donna un banquet en son
1 Baldwin, né à Toronto en 1804, avocat ardent du gouvernement responsable, devint membre du conseil exécutif (1836), solliciteur général (1840), deux fois fut chef de ministère avec LaFontaine (1842 et 1848), mourut à Spadina, Ontario, en 1858.
2 Le vote de Papineau, dans la première et la troisième circonstances, fit avorter le projet par manque d'une voix.
1846-1854 LORD ELGiN 499
honneur. Ajnpère, de l'Académie française, étant de passage au Canada, y assista.
Après sa démission, LaFontaine fut nommé juge en chef de la cour d'appel (1853 )^ Il bril'a dans cette nouvelle carrière, et la reine, pour rendre témoignage à son mérite, lui conféra le titre de baronnet. Cet homme illustre avait des goûts littéraires et était érudit en histoire nationale. L'étude occupait ses loisirs ; il favorisait de ses leçons et de ses conseils les jeunes gens livrés à a politique. On doit reconnaître qu'un grand nombre des plus importantes mesures pour le développement du pays s'effectuèrent sous son ministère. Malgré ses opinions quelquefois controversées, on a le droit d'avancer que sous l'égide de cet esprit cuit vé, de ce cœur noble et de ce vrai patriote, le Canada fit un grand pas vers le progrès.
Sa mort causa des regrets universe s (1864). Les chefs de tous les partis déplorèrent sa perte et se plurent à rendre hommage au mérite et aux qualités éminentes de l'illustre baronnet^.
En 1853, Elgin prit un congé de quelque mois pour visiter l'Ang eterre. La même année, il reçut du gouvernement impérial l'importante mission de négocier avec les États-L'nis un traité de réciprocité commerciale, et la question des pêcheries, qu'il mena à bonne fin, en conservant l'intérêt des deux paj^s.
Louis-Joseph Papineau. — -De retour de son expatriation (1845), Louis- Joseph Papineau vécut quelque temps dans la solitude. Il regarda d'abord, sans prendre part à la lutte, l'antagonisme de ses deux parents, Viger et D.-B Papineau, avec leurs compatriotes, puis après beaucoup d'hésitation, il passa du rôle de simple spectateur à celui d'acteur, en acceptant un mandat de député (1847). Rentré en chambre, il se prononça carrément en faveur du rappel de la loi d'union et contre le gouvernement responsable ; il se montra aussi favorable à la représentation répartie d'après le chiffre de la population, sans distinction de Haut et de Bas-Canada. On le vit ensuite se séparer du cabinet LaFontaine-Baldwin pour se mettre à la tête d'une jeunesse brillante qui épousa ses idées et le choisit comme chef d'un nouveau
1 Ce poste était devenu vacant par la mort de sir James Stuart.
2 Louis-Hippnlyte LaFontaine (1807-1864), remarquable par ses luttes en faveur du gouvernement responsable, forma les deux cabinets LaFontain'>-Baldwin (1842 et 1848), se retira de la politique (1851), fut nommé juge en chef du Bas-Canada (1853), et président de la Cour seigneuriale (1864).
parti, appelé 'parti démocrate, dont V Avenir, journal dangereux à cause de ses principes avancés, fut le vigoureux et enthousiaste organe.
Le parti libéral se trouva divisé en deux camps ayant pour chefs LaFontaine et Papineau. Ces grands hommes d'Etat, également chers au peuple, d'amis qu'ils étaient, devinrent des antagonistes déclarés. Le peuple canadien trouvait malheureux d'entendre Papineau blâmer ouvertement la loi d'union alors qu'on voyait la couronne abandonner es clauses injustes qu'elle avait maintenues si longtemps. Par le fait, Papineau tendait à détruire les droits conquis par plusieurs années de luttes. Dans un discours plein d'amertume prononcé devant la chambre, il avança " qu'il trouvait la constitution extrêmement fautive, tyrannique, démoralisatrice." LaFontaine répliqua: "J'ai renoncé à des emplois largement rémunérés pour soutenir les droits du pays, et si en 1842 je n'eusse pas été dans l'administration, M. Papineau n'aurait pu revenir dans sa patrie : voilà, cependant, l'homme qui, obéissant à son ancienne habitude de déverser l'injure et l'outrage, ose en présence de ces faits m'accuser, ainsi que mes collègues, de vénaHté, d'amour sordide des emplois, de servilité devant le pouvoir."
Papineau, toujours opposé à LaFontaine, quitta la politique (1854) pour se retirer au milieu de sa famille dans son manoir de Montebello, sur les bords de l'Outaouais ; il y vécut dans l'étude et l'isolement et s'éteignit en 1871.
Malheureusement la deuxième partie de la carrière politique de cet homme d'État remarquable n'a rien ajouté à sa gloire ^
Ministère Hincks-Morin. — 'LaFontaine et Baldwin disparus du ministère (1851), Elgin chargea Hincks^ de former un nouveau cabinet. Ce politicien rusé et expert dans les finances, s'allia Morin^, l'homme le plus en vue parmi les Canadiens, plus brillant néanmoins dans la magistrature que dans la politique.
1 Louis-Joieph Papineau (1786-1871), avocat, entra à la cbambre d'assemblée (1812), en fut élu président (1815), porta à Londres la requête de 60,000 Canadiens opposés à l'union (1822), marcha à la tête de l'insurrection (1837-38), s'expatria puis revint au pays (1845), abandonna la politique en 1854 et mourut en 1871, après avoir exercé une grande influence sur les destinées du Canada.
2 Francis Hincks (1807-1885), né en Irlande, appartint à l'administration LaFontainc-Baldwin (1848-1851), devint chef du cabinet Hincks-Morin (1851-1854), gouverneur des Bermudes (1855-1862),
de la Guyane anglaise (1862-69), ministre des finances dans le gouvernement MacNab (1869-1873).
3 Auguste-Norbert Morin (1803-1865), député au parlement (1830), prépara les quatre-vingtdouze résolutions (1831), fit partie du ministère Lafontaine-Baldwin (1842-1843), fut président de l'assemblée législative (1848-1851), chef du cabinet d'abord avec Hincks (1851), puis avec MacNab, juge et codificateur des lois du Bas-Canada.
Avec ces deux chefs du ministère, et de plus Rolph et Cameron, politiques remuants du parti ultra-libéral ou cJeargrit, commence une représentation qui, quoique brillante, n'aura pas le prestige de la précédente ^
Après les élections générales, le parlement s'ouvrit (19 août 1852), et parmi les nouveaux députés, l'on vit des figures et pleines d'avenir comme celles de J.-C. Chapais, U.-J. Tessier, et L.-V. Sicotte. Dans l'opposition se trouvaient aussi des hommes d'une grande valeur, tels que Cauchon, J.-A . Macdonald, Georges Brown, et surtout Papineau, avec lequel il fallait le plus compter. Les trois années du ministère Hincks-Morin apportèrent un regain d'activité et de prospérité dans tout le pays. Ce fut pendant la session de 1853 que M. Morin réussit à faire passer son bill^ pour augmenter la représentation. Il fut arrêté que chacune des deux provinces aurait à l'avenir soixantecinq députés au lieu de quarante-deux. La question de la représentation proportionnelle souleva de vifs débats qui n'aboutirent encore à rien.
Ministère MacNab-Morin.— De nouvelles élections eurent lieu en 1854. Le ministère Hincks-Morin, battu dans le choix du président de l'Assemblée, démissionna. Pour concilier les choses, Macdonald suggéra l'alliance du parti tory ou parti conservateur du Haut- Canada, représenté par Mac-Nab'^, avec le groupe des anciens libéraux du Bas-Canada, à la tête duquel figurait Morin. Georges-Etienne Cartier travaillait dans le même sens que Macdonald. Sans s'être entendus, Macdonald et Cartier organisaient un parti dont ils devaient être, pendant vingt-cinq ans, les chefs puissants et incontestés.
Dans le ministère, le Haut-Canada était représenté par MacNab, J.-A. Macdonald, W. Cayley, R. Spence et John Ross ; le Bas-Canada par Morin, Drummond, Chauveau, Taché et Chabot. Le parti conservateur ou libéral-conservateur venait de naître sous d'heureux auspices en assurant le triomphe de la politique du vieux parti libéral. Autour de son berceau, on trouvait pour le défendre : Cartier, Sicotte,
1 Composition du ministère Hincks-Morin : Bas-Canada: Drummond, Young, Caron, Taché et Chauveau ; Haut-Canada : Rolph, Cameron, Richards, Morris et Ross.
2 L'échec de ce bill, en 1851, avait amené la démission de LaFontaine.
3 Allan Napier MacNab (1798-1862), entra au parlement (1829), fut président de l'assemblée (1844-1848), chef du cabinet avec Morin (1854), avec Taché (1855), et chef du Family Compact dans le Haut-Canada.
Turcotte et Caiichon. Cette coalition souleva des débats dans les journaux et les cercles politiques. Avec le temps, le mot libéral se détacha du mot conservateur pour ne laisser que ce dernier nom au parti qu'il désignait. Le parti opposé, appelé libéral, quoique né du parti démocrate (1854), a généralement rejeté les idées que ce dernier avouait alors.
C'est sous le ministère MacNab-Morin que furent réglées définitivement les grandes questions de la sécularisation des réserves du clergé, de l'abolition de la tenure seigneuriale et le traité de réciprocité douanière avec les États-Unis ^
Réserves du clergé protestant. — La constitution de 1791 avait réglé que le septième des concessions des terres de chaque province était destiné au soutien du clergé protestant. Le Haut-Canada avait 2,395,687 acres de terre ainsi réservés, et le Bas-Canada 934,000. Ces réserves donnèrent bientôt matière à discussion, car l'Église anglicane prétendait qu'elle seule devait jouir, tandis que les autres sectes, surtout celle des Presbj'tériens, réclamaient leur part. Les réformistes voulaient employer ces bénéfices à des fins scolaires et municipales. L'esprit judicieux de Sj'denham fit adopter par les chambres que les réserves seraient appliquées aux différentes dénominations religieuses protestantes reconnues par la loi. Ce vote ne servit qu'à augmenter l'agitation. L'Angleterre se chargea de résoudre la question, et, après des tergiversations, autorisa le gouverneur à vendre les réserves (1840), ordonnant que le produit des ventes serait distribué comme suit : les deux tiers à l'Église d'Angleterre et l'autre tiers à l'Église d'Ecosse. Les autres sectes n'avaient pas de part au partage. Cet arrangement souleva de nouvelles dissensions. La question se régla définitivement en 1854. Il fut décidé que les bénéfices provenant de la vente
1 Lord Elgin, après l'abolition de la loi des céréales, l'ouverture des ports canadiens aux navires étrangers, et la destruction soudaine des industries et du crédit par le rappel des droits préférentiels, chercha d'autres débouchés pour les produits du Canada et les provinces maritimes. Avec l'agrément do l'Angleterre, il entreprit de négocier un traité de réciprocité (1854), afin d'entretenir des rapports avec les États-Unis. Ce traité établi.ssait le libre échange des productions maritimes, agricoles, forestières et minières, et assurait ainsi de grands avantages aux cultivateurs, aux forestiers et aux mineurs canadiens. En retour il accordait à nos voisins le libre accès des riches pêcheries de l'Atlantique et leur permettait l'usage des canaux et des rivières navigables du Canada. L'habile gouverneur s'acquitta de sa tâche ardue avec succès. Ce traité tripla presque le progrès matériel du Canada dans l'espace de dix ans. De $24,000,000 qu'il était en 1854, le commerce s'élevait à $09,1.50,000 en 1865. Les provinces arrangèrent leurs tarifs de façon à traiter sur un même pied la Grande-Bretagne et les États-Unis.
des terres seraient distribués en parts proportionnelles aux municipalités de villes et de comtés pour les fins d'éducation et d'améliorations locales. Les traitements annuels et allocations précédemment octroj'és aux ministres du culte furent maintenus, leur vie durant ; l'État, en cessant toute liaison avec l'Église établie, ne se crue pas autorisé à la dépouiller.
Tenure seigneuriale.— Le système de la tenure seigneuriale existait au Canada selon les coutumes de la féodalité française. Il est incontestable que ce système, apporté sur nos plages par la France, avec sa langue et sa religion, avait rendu de grands services.
Les seigneurs, dotés de vastes domaines par les rois de France, à cause de services signalés, divisaient leurs terres en lots qu'ils léguaient aux soldats qui, sous eux, s'étaient distingués dans les guerres contre les Anglais et les sauvages. On donnait aus^i des seigneuries à des personnes riches qui s'engageaient à faire venir de France des colons agriculteurs.
Ces seigneurs, souvent des héros, tenaient à s'installer sur les bords du Saint-Laurent et à y être entourés de ceux cjui les avaient si vaillamment aidés à accomplir leurs exploits glorieux.
Après la cession, la plupart des seigneurs, ruinés par la mollesse et le luxe, perdirent leur prestige et virent souvent leurs biens passer en des mains étrangères.
Le poids des charges onéreuses des censitaires finit par se faire trop sentir ; nos plus grands hommes d'État, comprenant que ce système seigneurial paralysait le progrès de l'agriculture et de l'industrie, résolurent de le supprimer avec justice et prudence, en tenant compte des droits acquis.
Georges-Etienne Cartier fit à la chambre (1851) un discours magistral sur ce sujet ; il démontra que, dans l'intérêt même du seigneur et du censitaire, on devait à tout prix abolir ce régime. En 1854, il fut résolu que tous les droits seigneuriaux, à part les cens et les rentes, seraient rachetés.
Des experts furent alors chargés de faire le cadastre des seigneuries, d'évaluer les lods et ventes^ et la banalité- d'après le rendement
1 Les lods et ventes forçaient le censitaire à payer au seigneur, à chaque mutation de sa propriété, le douzième de la valeur de cette propriété.
2 La banalité donnait au seigneur le droit exclusif do bâtir des moulins, d'y moudre les grains de ses censitaires et de retenir le quatorzième minot.
annuel. Les cours d'eau non navigables, que les seigneurs avaient seuls droits d'exploiter et d'utiliser, furent concédés au domaine public.
Un comité d'hommes compétents, nommés pour examiner la question, fixa que les colons ayant reçu leurs terres gratuitement auraient à payer annuellement une rente de six pour cent, selon la valeur de la propriété, ou bien qu'ils pourraient paj^er au seigneur un capital convenu, que celui-ci devait accepter. Personne ne se récria contre cet arrangement. Le rachat de la tenure seigneuriale coûta au trésor dix millions de piastres.
Cette modification de tenure est regardée comme le plus grand événement arrivé sous l'Union.
Événements religieux. — ^Nous avons vu que la province de Québec, érigée en siège métropolitain (1844) par Grégoire XVI, eut pour premier archevêque, portant officiellement ce titre, Mgr Signay. A la mort de ce vénérable prélat (1850), l'Église du Canada, passée par de douloureuses épreuves, était florissante et possédait un archevêque, quatre évêques, cinq cent soixante-douze prêtres, neuf cent mille catholiques, onze collèges classiques, treize écoles modèles, trois ordres religieux pour l'éducation des jeunes gens, quarante couvents pour celle des jeunes filles, et quatorze maisons pour le soin des malades et des orphelins.
Suivant le mot profond de Bossuet, l'Église ne demande qu'une chose pour faire ses conquêtes : la liberté de passage. Pour acquérir cette liberté, elle ne se sert pas de l'épée mais de la prudence, de la sagesse, du zèle, de l'abnégation de ses apôtres, qui, s'il le faut, ne reculeront pas même devant le martyre pour faire triompher l'étendard du Christ.
Mgr Turgeon remplaça Mgr Signay sur le siège archiépiscopal de Québec (1850), et le curé de la cathédrale, M. Baillargeon, fut nommé son coadjuteur et sacré sous le titre de Tloa. Ottawa, érigé en diocèse (1847), eut pour premier évêque Mgr Guignes, oblat de Marie- Immaculée.
Mgr Charbonnel se trouvait évêque de Toronto. Deux nouveaux diocèses, Trois-Rivières et Saint-Hyacinthe, furent aussi formés (1852), et eurent pour premiers évêques NN. SS. Cooke et Prince.
Les deux Canadas avaient aussi chacun un évêque protestant.
Sous Mgr Turgeon fut tenu le premier cona7e provincial de Québec
(1851), auquel prirent part dix évêques de l'Amérique britannique.
L'Église du Canada n'avait pas encore été témoin d'une aussi solennelle et vénérable assemblée.
Université Laval. — -Dans leurs assises imposantes, les pères du concile décidèrent l'érection de Vuniversité Laval à Québec ; Mgr Turgeon prit une part très active à l'organisation de cet établissement, destiné à jouer un si grand rôle dans les hautes sphères de l'enseignement des sciences sacrées et profanes, auprès de ceux surtout qui sont destinés à gouverner l'ÉgUse et l'État. Le premier recteur de l'université, M. Louis Casault, avec la haute recommandation de lord Elgin, obtint facilement de Sa Majesté la reine Victoria, une charte royale avec tous les privilèges des universités européennes (8 décembre 1852). Pie IX autorisa l'érection de chaires théologiques avec le droit d'y conférer des degrés. On ouvrit aussi des cours de droit et de médecine. La faculté des arts se compléta quelques années plus tard. L'inauguration de cette brillante institution se fit avec éclat (1854). Lord Elgin, tous les évêques de la province, un nombreux clergé, les membres de la législature et un grand concours de citoyens y prirent part. Aujourd'hui la bibliothèque de l'université ne compte pas moins de cinquante mille volumes. Les musées, le cabinet de physique et le laboratoire, ne sont pas inférieurs à ceux des grandes institutions américaines. La galerie de tableaux est considérée comme l'une des collections les plus précieuses de l'Amérique. Ces tableaux ont été rafraîchis dernièrement par M. Carter, habile peintre et connaisseur émérite.
Montréal travailla plus tard à fonder une université indépendante. Des luttes, qui firent grand bruit, s'engagèrent entre les autorités ecclésiastiques et civiles de cette ville et le séminaire de Québec, mais ce dernier ne voulut pas assumer seul la lourde charge des dépenses occasionnées pour le soutien de cette œuvre importante. D'ailleurs la devise de l'université Laval était : Une seule université pour le Bas- Canada.
Les débats prirent le chemin de Rome, et Léon XIII régla la difficulté en accordant à Montréal une université presque indépendante.
Mgr Bedini. — ^En 1853, Mgr Bedini, archevêque de Thèbes et nonce apostolique du Brésil, visita le Canada. Les autorités de l'Église et de l'État le reçurent avec pompe ; elles profitèrent de son
passage pour témoigner de leur attachement au Saint-Siège. La foule du peuple se joignit à ces démonstrations enthousiastes.
Communautés de femmes.^En 1850, Vaudreuil devenait le berceau des sœurs de Sainte-Anne, et Saint-Grégoire (1853), dans le comté de Nicolet, celui des sœurs de V Assomption. Ces deux communautés ont beaucoup progressé et se livrent avec succès à l'enseignement.
Gavazzi. — -Les prédications d'un moine apostat, l'italien Gavazzi, patronné par des ministres protestants de différentes sectes, excitèrent des troubles graves à Québec et à Montréal. Il y eut une émeute dans cette dernière ville ; les troupes intervinrent, tirèrent imprudemment sur le peuple et blessèrent ou tuèrent plusieurs personnes. Le passage de ce triste personnage au milieu de nous ne laissa que de pénibles souvenirs (1853).
Typhus.- — -L'horrible famine survenue en Irlande (1846-47), amena sur nos rives hospitalières soixante-dix mille émigrants venant nous demander du pain et la liberté de conserver la foi de leurs ancêtres. Ces malheureux, jetés sans vêtements et sans nourriture, dans les vaisseaux, furent livrés à une misère extrême qui engendra le typhus. Beaucoup moururent en mer ou en quarantaine à la Grosse île. Pour échapper au danger, on distribua ceux qui ne furent pas atteints immédiatement dans les différentes villes du Bas-Canada , mais le virus de la maladie, qu'ils emportaient avec eux, fit qu'un grand nombre succombèrent bientôt sous les coups de l'horrible fléau. L'épouvante régnait partout. Le clergé s'empressa de donner les secours religieux à ces infortunés. Plusieurs prêtres devinrent victimes de leur zèle. Les sœurs de la Charité et de la Providence se succédaient à l'envi, au mépris de la mort, pour prodiguer leurs soins les plus dévoués à ces malheureuses victimes. Des laïques se portèrent également au chevet des m.alades.
Les rangs des apôtres de la charité ne se vidèrent pas. Il était touchant de voir chaque matin dans les rues de nos villes, des groupes de prêtres, de religieuses et de laïques voler au secours des moribonds avec plus d'empressement que les amateurs de jouissances ne courent aux fêtes et aux spectacles. Un tel dévouement attira les plus grands éloges du gouverneur et des chambres. Le nombre des morts, parmi les immigrants, est évalué à treize mille huit cents.
Cette épidémie laissa un grand nombre d'orphelins que les curés placèrent dans des familles canadiennes. Celles-ci les entourèrent de soins affectueux comme leurs propres enfants. Plusieurs de ces fils adoptifs devinrent plus tard des citoyens honorables et marquants.
Calamités. — -En 1845, à Québec, un incendie considérable jeta sur le pavé plus de vingt-cinq mille personnes. Sept ans plus tard, deux conflagrations dévastèrent, à Montréal, les populeux faubourgs de Griffintown et de Saint-Laurent. Parmi les centaines de propriétés réduites en cendres, on comptait la cathédrale, le palais de l'évêque, l'église épiscopalienne et la brasserie de Molson.
Départ de lord Elgin.— En quittant le Canada (30 janvier 1854), lord Elgin se rendit en Chine, en qualité de ministre plénipotentiaire, et de ce poste il passa à celui de vice-roi des Indes (1861), où il mourut (1863).
Dans les circonstances difficiles de son administration au Canad.-'., Elgin fit fonctionner le gouvernement de manière à se montrer neutre et loyal vis-à-vis dés partis. Le progrès du pays trouva en lui un puissant promoteur. La loi de l'indemnité et les questions des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale soulevèrent d'ardentes luttes entre les partis, au cours desquelles Elgin demeura spectateur impassible, sans se compromettre. Il favorisa le commerce par le traité de réciprocité avec les États-Unis.
Sous lui encore, les canaux furent terminés et agrandis, des phares érigés pour favoriser la navigation du Saint-Laurent, des remorqueurs mis à la disposition des bateaux pour accélérer leur vitesse. Une des choses les plus remarquables fut le rappel des lois de la naviga^ tion, lequel permit aux nations étrangères d'établir des relations commerciales avec le Canada. On vit alors s'établir une première ligne de vapeurs océaniques, des hgnes télégraphiques mettre toutes les parties du pays en communication avec les États-Unis et les provinces maritimes, et les chemins de fer s'étendre dans diverses directions^ Toutes ces entreprises amenèrent la prospérité du pays. Le mouvement du commerce, en 1854, atteignit le chiffre de S50, 000,000. Les revenus provinciaux, qui n'étaient que d'un million en 1841, atteignaient le chiffre de quatre millions, en 1854. Les industries diverses,
1 A la fin de 18.54, huit cent milles de chemins de fer étaient achevés.
les pêcheries, rexploitation des mines, le commerce du bois de construction furent mis sur un haut pied. L'immigration et la colonisation firent aussi de rapides progrès. La population qui n'était que d'un million en 1841, en comptait deux en 1854. Tous ces faits parlent éloquemment en faveur de l'administration d'Elgin-, qui reçut maintes fois des autorités royales et de toutes les parties de la province les témoignages les plus flatteurs de la confiance et de l'estime que sa sagesse, sa prudence, sa sagacité et sa haute diplomatie lui attiraient.
LECTURE. — Mouvement opposé à V émigration. — Vers 1851, le mouvement d'émigration des Canadiens aux États-Unis commença à diminuer considérablement. A part l'ouverture de routes et la construction de chemins de fer un peu partout, plusieurs autres causes contribuèrent à ce résultat. La fondation de manufactures, en augmentant la demande de main d'œuvre, multiplia les centres de population ouvrière. La concession des terres pour de modiques sommes engagea les cultivateurs à s'en procurer. L'enseignement agricole pénétra un peu partout, et plusieurs collèges s'en occupèrent au point de vue théorique et pratique. La presse canadienne s'associa aussi à ce mouvement pour montrer combien peu des nôtres avaient fait fortune à l'étranger, et l'avantage immense que l'on trouve à demeurer au milieu des siens, d'y vivre de leur vie et d'avoir des relations communes avec les hommes et les choses du pays où l'on a vu le jour. Tous ces efforts réunis pénétrèrent dans les masses et rendirent très impopulaire l'idée d'émigration. Sous cette généreuse influence, n'a-t-on pas vu des Canadiens préférer le sol froid et rocailleux des montagnes du nord au climat plus doux et plus fertile des contrées du sud, pour être plus rapprochés de la souche ancestrale et travailler plus efficacement avec leurs coreligionnaires à la prospérité de la patrie ?
Pour changer la men' alité existante, on s'est adressé à l'intelligence et au cœur de l'homme ; on a fait vibrer les cordes les plus sensibles de l'âme humaine ; on a fait appel à la foi religieuse, au patriotisme, à l'amour du foj'er domestique, et les âmes émues ont répondu par de généreux efforts à ces nobles sentiments.
Les grandes richesses et l'ext ême pauvreté sont edoutables dans la société ; les premières engendrent l'oisiveté, qui produit la mo lesse et rend une existence inutile ; la seconde occasionne l'insouciance, paralyse tout effort pour vaincre les difficultés qui peuvent faire sortir de la m'sère. Le milieu entre ces deux états de vie est une honnête aisance, qui se trouve presque toujours chez les cultivateurs laborieux.aux mœurs simples et paisibles, aux habitudes patriarcales, se contentant d'une vie frugale, et laissant comme héritage à leurs enfants la vigueur de l'âme et du corps. L'abus des richesses est le plus grand danger menaçant une .société. L'égoïsme, dont il est la source, endurcit et dessèche le cœur à l'égard du pauvre ; il déprime le salaire de l'ouvrier, se fait sourd aux cris des enfants qui demandent du pain et suscite ces grèves désastreuses qui se terminent quelquefois ]iar l'effusion du sang. En prenant pour devise industrielle : travail et économie, les Canadiens s'assureront une large part d'influence dans le nouveau monde.