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CHAPITRE XVIII

Les gouverneurs sous la Confédération. — ^Les lieutenants-gouverneurs de la province de Québec— Premiers ministres du parlement fédéral.— Premier parlement fédéral. — Élections de 1872. — Le Pacifique-Canadien. — Traité de Washington. — Élections. de 1886. — Tarif préférentiel britannique. — ^Traité de Qu'Appelle. — Conférence coloniale. — Noces de diamant de la reine Victoria. — Défaite des libéraux. — Tendances politiques.

Les gouverneurs sous la Confédération. — ^Les gouverneurs, sous la Confédération, depuis le vicomte Monck (1867) jusqu'à 1912, ont été sir John Young (1868), devenu, deux ans plus tard, lord Lisgar ; le comte Dufferin (1872), homme de science et de lettres

Lord Dufferin (1872-1878)

Homme d'État distingué, il sut par sa science et la sagessse de son administration gagner l'estime de toutes les classes de la société.

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qui, par ses éminentes qualités et son habile politique, sut gagner l'estime des Canadiens des différentes origines ; le marquis de Lomé (1878), marié à la princesse Louise, fille de la reine Victoria ; le marquis de Landsdoivîie (1883) ; lord Stanley (1888) ; le comte d'Aberdeen (1893) ; lord Mi7ito (1898) ; lord Greij (1904) ; son Altesse Royale le duc de Coîinaught (1911); son Excellence le duc de Devonshire (1916).

Les lieutenants-gouverneurs. — Sous la Confédération, la province de Québec a eu jusqu'à 1916, comme lieutenants-gouverneurs : sir N.-F. Belleau (1867) ; R.-E. Caron (1873) ; Luc Letellier de St- Just (1876) ; T. Robitaille (1879) ; L.-F.-R. Masson (1884) ; sir A.-R. Anger (1887) ; sir J.-A. Chapleau (1892) ; sir L.-A. Jette (1898) ; sir C.-A.-P. Pelletier (1908); sir F. Langelier (1911); P.-E. Leblanc (1915).

Premiers ministres du parlement fedéraL — La pér ode de la Confédération a eu, jusqu'à nos jours, comme premiers ministres, des hommes dont le prestige s'est exercé non seulement au Canada mais même dans la Grande-Bretagne. Au début, on remarque sir John A . Macdonald, chef du parti conservateur, dont le nom est lié à deux grands événements : la formation de la Confédération et la construction de notre premier chemin de fer transcontinental. L'adversaire politique de Macdonald fut Alexander Mackenzie, que l'on voit à la tête des libéraux de 1873 à 1878 : c'est en cette dernière année que Macdonald et son parti revinrent au pouvoir. Quatre courtes administrations, représentées par John Ahbott (1891), sir John Thompson (1892), sir Mackenzie Bowell (1894), et sir Charles Tupper (1896), suivirent celle de Macdonald. La longue durée des conservateurs au parlement (1878-1896) se termina pour faire place au parti libéral, ayant à sa tête sir Wïlfrid Laurier, qui donna une grande expansion au commerce du Canada, En 1911, le parti conservateur est revenu au pouvoir et a pour chef sir Robert Borden.

Premier parlement fédéraL — -Lord Monck, gouverneur du Canada depuis 1861, fut le premier gouverneur général sous la Confédération (1867). Le premier parlement fédéral, ouvert le 6 novembre 1867, dura jusqu'au mois de mai 1868, avec une interruption de trois mois^ Sir John Macdonald, décoré du titre de chevalier de

1 Cette interruption fut accordée afin de permettre aux membres qui avaient deux mandats de pouvoir assister aux délibérations des législatures provinciales.

Duc de Connaught (1911-1916)

Le bonheur fait de paix, de calme et de repos, A qui le devons-nous après la Providence ? Si ce n'est à la fière et libre indépendance Qui règne sous les plis de tes nobles drapeaux.

Louis Fbéchette.

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l'ordre du Bain (R. C. B.), pour la part active qu'il avait prise dans l'organisation de la Confédération, fut chargé de former le ministère, comprenant sept conservateurs et six libéraux. Le sénat se composa d'un nombre égal de conservateurs et de libéraux. Les délibérations de la chambre roulèrent sur l'organisation des départements fédéraux, les tarifs des douanes, les règlements de la milice et du service postal, l'acquisition du territoire du Nord-Ouest et la question des chemins de fer.

Le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse s'élevèrent contre le principe des députés fédéraux munis en même temps d'un mandat pour la législature provinciale, et réussirent à abolir cet état de choses. Plus tard, le Québec et l'Ontario suivirent cet exemple. En 1872, un acte du gouvernement mettait un terme à cette double représentation. Le ministère fut appuyé par une forte majorité dans cette session. L'opposition, a3^ant pour chef Alexander Mackenzie, n'était pas encore bien organisée.

Elections de 1872.— Le premier parlement, sous la Confédération, s'ouvrit dans le calme et l'espérance et se termina dans l'agitation et l'inquiétude. Il y eut des élections en 1872. Le ministère de Macdonald triompha, quoique en minorité dans la province de l'Ontario ; il pardit aussi quelques voix dans la province de Québec. Sir Gaorges-Êtienne Cartier fut battu dans la division est de Montréal, par L.-A. Jette, le chef du parti national. Cartier rentra au parlement, grâce à Louis Riel, qui lui céda le comté de Provencher, au Manitoba. Pcirmi les jeunes députés, on remarquait Honoré Mercier, qui devait tant se distinguer dans sa carrière politique ; Wilfrid Laurier et Adolphe Chapleau, deux autres Canadiens français appelées aussi à briller par leur éloquence dans les parlements. Messieurs Mackenzie et Blake marchaient à la tête des députés libéraux de l'Ontario. Quand la loi abolisant le double mandat fut passée (1872), ils renoncèrent à leurs portefeuilles provinciaux pour se lancer dans l'arène fédérale. L'administration de la province de l'Ontario fut confié à Mowat, qui, par son habileté, se maintint au pouvoir pendant près d'un quart de siècle.

Le Pacifique-Canadien. — 'La tâche la plus considérable du parlement fédéral, depuis la Confédération, a été l'affaire de la construction du Pacifique-Canadien, premier chemin de fer transconti-

nental de l'est à l'ouest. On a vu (P. 556) que la Colombie-Britannique était entrée dans la Confédération à condition que cette gigantesque entreprise commençât dans deux ans (1871). La charte fut accordée à la compagnie du Chemin de fer du Pacifique-Canadien {Canadian Pacific Railway Com-pany).

L'affaire marchait bien lorsque M. Lucius-L. Huntingdon, membre du parti libéral, accusa en pleine chambre le gouvernement d'avoir vendu le contrat de la construction de ce chemin de fer à sir Hugh Allan et à ses amis, parmi lesquels se trouvaient plusieurs hommes des États-Unis, moyennant une somme considérable destinée aux élections. L'accusation, soumise à un comité, n'amena aucun résultat. Le délai apporté à trancher la question augmentait les soupçons et fortifiait le parti opposé. Un second comité, nommé par le gouverneur général, au lieu d'examiner la cause, se contenta d'exposer simplement les faits recueillis, devant les membres du parlement. A la suite de vifs débats, Macdonald prévoyant la chute du gouvernement si la chose était mise au vote, donna sa démission. Le chef de l'opposition, Alexander Mackenzie\ fut chargé de former un nouveau ministère (1874). Pendant ce temps, la compagnie résilia sa charte et la Colombie-Britannique se trouva grandement désappointée. Mackenzie, convaincu que le nouveau gouvernement ne pourrait tenir la promesse du ministère précédent, proposa de construire la voie ferrée graduellement, à mesure que les ressources du pays le permettraient. La Colombie se prononça énergiquement contre ce procédé, insista sur la promesse qui lui avait été faite, et envoya même une députation à Londres pour protester au bureau colonial contre le délai en perspective. Afin de résoudre la difficulté, le secrétaire lord Carnarvon, proposé et accepté comme arbitre, fit consentir le gouvernement à construire sans retard un chemin à wagons selon le projet conçu, à poser une ligne télégraphique le long de ce chemin, et à compléter, en 1890, la voie du Pacifique jusqu'au lac Supérieur, où se ferait la jonction avec les voies des États-Unis et les steamers canadiens. Le délai du gouvernement Mackenzie soumit à une rude épreuve la loyauté de la Colombie et lui attira d'abondantes compensations pécuniaires.

1 Mackenzie était un homme de caractère, de principe et d'une grande culture intellectuelle. n resta au pouvoir, avec une forte majorité, jusqu'en 1«'78.

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Les conservateurs, rejetés du pouvoir à cause du scandale du Pacifique, ne restèrent pas oisifs ; deux ans après cet échec, avant les élections, on vit sir John A. Macdonald devenir l'avocat de la politique nationale, qui consistait à protéger nos industries et à en créer de nouvelles. Une baisse considérable dans l'activité industrielle et commerciale avait alors diminué les revenus du Canada. Le gouvernement, en face d'un déficit toujours croissant, depuis 1870 jusqu'à 1880, proposa de hausser le tarif des droits d'entrée sur les produits étrangers, donnant par là même une impulsion au développement industriel du pays^ Les conservateurs adoptèrent pour mot d'ordre : Le Canada aux Canadiens. Les élections roulèrent sur la question de protection et du libre échange. Les libéraux se montraient en faveur du libre-échange, tandis que les conservateurs se prononçaient pour un tarif protecteur. Les derniers arrivèrent de nouveau au pouvoir. Sir John- A. Macdonald remplaça Mackenzie (1878).

Sous la nouvelle administration, sir John-A. Macdonald s'occupa du transcontinental dont il confia la construction à un sj^ndicat de capitalistes, portant le nom de compagnie du Pacifique-Canadien. Deux des principaux actionnaires de cette compagnie étaient ]VL Georges Stephen, marchand de Montréal, et M. Donald- A. Smith, fonctionnaire de la compagnie de la Baie-d'Hudson, tous les deux avantageusement connus aujourd'hui sous les titres de lord Mount Ste-phen et lord Strathcona et Mount-Royal. Cet immense réseau devait être terminé en 1891. Deux équipes, une à chaque extrémité, se mirent au travail et le poussèrent avec une telle activité qu'elles se rencontrèrent dans les montagnes Rocheuses, cinq ans avant l'échéance du terme. Lord Strathcona posa le dernière cheville en novembre 1885.

Le Pacifique-Canadien eut pour bon effet de favoriser le commerce et de cimenter l'union entre les populations, de l'est à l'ouest de la Confédération-.

1 Dans la seule province de Québec, 149 manufactures ou maisons de gros disparurent, 92 faillirent, et 3 banques tombèrent.

2 II y eut d'énormes difficultés à vaincre pour la construction du Pacifique-Canadien. La section au nord du lac Supérieur employa au moins 10,000 hommes et 3,000 chevaux. Trois cents milles de cette voie ferrée sont percés dans le roc vif des montagnes Rocheuses. On y remarque aussi plusieurs tunnels, des centaines de ponts et de nombreux canaux souterrains pour faire dévier le cours de quatorze ruisseaux profonds. Le Pacifique-Canadien, mesurant 3,243 milles de longueur, a coûté $150,101,923. Sur cette somme, le gouvernement du Canada a payé $02,004,535.

Traité de Washington. — Le traité de Washington, négocié dans la ville de ce nom par des représentants des États-Unis, du Canada et de l'Angleterre, régla les différends qui existaient entre les deux nations au sujet des pêcheries, des Féniens, de TAlabama et des frontières (1871).

Par l'abrogation du traité de réciprocité, les Américains perdirent le droit de pêche à Terre-Neuve et dans le golfe Saint- Laurent, à cause de certains règlements qu'ils n'observaient pas. Les États-Unis durent alors payer à l'Angleterre une indemnité de $500, 000 ^ Selon la volonté de l'Angleterre, le Canada renonça à ses réclamations auprès des États-Unis, pour les dommages causés par les Féniens. Quant à VAlahama, vaisseau britannique qui avait balayé des mers le commerce américain, l'Angleterre fut condamnée par un tribunal d'arbitres de diverses nations, réunis en Suisse, à payer aux États-Unis $15,000,000 de dédommagement.

Elections de 1886. — -Des élections eurent lieu dans toutes les provinces, en 1886. Celles de Québec soulevèrent une tempête d'agitations politiques, à cause de la pendaison de RieP. Le gouvernement Ross-Taillon fut renversé ; Mercier, à la tête du parti national, arriva au pouvoir. Dans les autres provinces, presque tous les mêmes députés furent réélus.

L'exécution de Riel occasionna aussi des récriminations aux élections fédérales (1887) ; le parti conservateur put tout de même se maintenir au pouvoir.

Tarif préférentiel britannique. — -En 1897, le Canada accordait une réduction douanière de | sur les importations venant de pays dont le tarif favorisait les produits canadiens. Cette préférence, fixée à î du tarif ordinaire, s'éleva à ^ en 1900. Cette réciprocité de tarifs fut remplacée, en 1906, par un tarif préférentiel pour les produits de la Grande-Bretagne importés au Canada. Un nouvel acte, passé en 1907, altéra cette disposition en fixant un droit spécifique ou ad valorum sur chaque article britannique sujet aux droits.

Ce tarif est divisé en trois colonnes : 1° le tarif préférentiel britannique ; 2° un tarif intermédiaire dont les taux sont plus bas

1 Le traité de Washington, concernant les pêcheries de Terre-Neuve et du golfe Saint-Laurent, fut mis de côté par les États, en 1888.

2 Chef des Métis au Nord-Ouest lors des troubles de 1870 et de 1885.

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que ceux du tarif général et plus élevés que ceux du tarif préférentiel britannique : c'est un instrument de négociation ; 3° un tarif général.

En 1904, des droits supplémentaires furent imposés sur les articles exportés au Canada, à un prix moindre que le prix sur le marché du pays protecteur.

Traité de Qu'Appelle.— En 1874, le traité de Qu'Appelle fut signé par les Indiens du sud de la Saskatchewan et le gouvernement canadien. Les Indiens abandonnaient ainsi un immense territoire à condition de recevoir de grandes réserves et des présents annuels. Le traité de Qu'Appelle ouvrit la porte à la colonisation du Nord-Ouest, et un flot d'immigrants, encouragés par le gouvernement, vinrent s'établir en cette contrée. Pour maintenir l'ordre dans ces régions lointaines, des magistrats furent nommés et la police à cheval établie.

Conférence coloniale. — 'L'événement politique le plus considérable depuis la Confédération est peut-être la conférence coloniale tenue à Ottawa, en 1894. Les gouvernements coloniaux de la Nouvelle-Galles du Sud, de la Colonie du Cap, de la Nouvelle-Zélande, du Victoria, du Queensland et du Canada avaient leurs représentants. Le but principal de cette imposante réunion était de favoriser le commerce et de consolider l'union entre les colonies et l'empire britannique. Un des résultats de l'assemblée fut d'établir une ligne télégraphique entre le Canada et l'Australie, complétant le câble entièrement britannique. Le Canada, l'Australie et la Grande-Bretagne se partagèrent les dépenses de cette grande entreprise. En 1902, sir Sandford Fleming, d'Ottawa, transmettait d'Australie, par le câble du Pacifique, un télégramme de féhcitations au gouverneur général du Canada.

Les noces de diamant de la reine Victoria (1897). — ^Le soixantième anniversaire de l'avènement au trône de la reine Victoria provoqua partout le plus vif enthousiasme et contribua à resserrer les liens des colonies avec la Grande-Bretagne.

En cette occasion, les premiers ministres de toutes les colonies se rendirent à Londres, et se réunirent pour conférer sur les intérêts du commerce intercolonial. La construction de la voie du Pacifique- Canadien exerça beaucoup d'influence sur l'expansion du Canada, et augmenta considérablement l'importance de l'empire britannique.

Le transcontinental et les lignes de steamers sur l'Atlantique et le Pacifique établissaient entre la Grande-Bretagne, l'Australie et

La reine Victoria (1837-1901)

" Pour le peuple, en effet une aurore avait lui. Tu dis : Le souverain, ce n'est pas moi, c'est lui !

Et pour maintenir l'équilibre.

Tu mis dans le plateau le livre de la loi, Sachant qu'on n'est jamais grande reine ou grand roi Qu'en régnant sur un pays libre." Louis Fréchettb.

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les Indes une route qui, dans une guerre avec une puissance orientale, deviendrait d'un inestimable secours pour l'empire britannique.

Le tarif de deux sous l'once pour les lettres, obtenu par sir William Mulock et adopté aujourd'hui par toutes les possessions britanniques, contribua puissamment encore à augmenter le prestige de l'Angleterre.

Défaite des libéraux. — Le gouvernement libéral, qui était au pouvoir depuis 1896, fut renversé dans les élections du 21 septembre 1911. Le chef de la nouvelle administration fut sir R. Borden, qui remplaça alors sir Wilfrid Laurier.

Deux grandes questions furent chaudement débattues dans la campagne électorale : la réciprocité douanière entre le Canada et les États-Unis^, et la marine de guerre, déjà en voie de formation, avant que le gouvernement eût consulté le peuple. En général, l'est du Canada était opposé à la réciprocité et plus ou moins sympathique à la marine de guerre, tandis que la majeure partie de l'ouest, à part la Colombie-Anglaise, voulait la réciprocité et s'opposait à la marine de guerre.

L'Ontario, considérablement influencé par des préjugés religieux relatifs au décret papal " Ne Temere ", chercha à se défaire d'un premier ministre catholique.

A l'ouverture des chambres, la majorité des conservateurs sur les libéraux était d'environ cinquante membres, c'est-à-dire qu'elle se trouvait à peu près égale à celle des libéraux sur les conservateurs, avant l'élection.

Les nationalistes, puissamment représentés par le tribun Henri Bourassa, contribuèrent beaucoup à diminuer le nombre des représentants libéraux dans la province de Québec.

Tendances politiques. — Depuis un bon nombre d'années, les membres du parlement sont divisés en deux partis, les conservateurs et les libéraux. Le parti opposé à celui qui est au pouvoir s'appelle l'opposition. Les idées politiques de celle-ci sont presques toujours en conflit avec celles du parti au pouvoir. En général, le but de l'opposition est de se rendre populaire et de se substituer au parti qui gouverne. C'est ainsi qu'on a vu les conservateurs subir une défaite en

1 Laurier proposait des changements dans le tarif sur un certain nombre d'articles — pas la réciprocité (B. Suite.)

1874 par suite de ce qu'on a appelé le scandale du Pacifique, et en 1878 reconquérir le pouvoir en adoptant le t^rif de protection.

Trois questions, souvent débattues au Canada par nos journalistes, nos publicistes et nos hommes politiques, ont été l'indépendance, l'annexion aux États-Unis et surtout aujourd'hui l'impérialisme.

Indépendance. — Depuis la cession (1760), la question d'indépendance a toujours été le rêve d'éminents hommes d'État. Le grand Papineau songeait à faire du Canada une république sur les bords du Saint-Laurent. Plus tard, sir John Macdonald se montra favorable à l'indépendance. Il est vrai que les rapides développements du pays pourraient nous assurer bientôt notre autonomie ; mais si nous étions indépendants, n'aurions-nous pas à craindre d'être conquis ou tout au moins écrasés par les États-Unis ? D'ailleurs, il est très avantageux pour un jeune pays d'être sous l'aile protectrice d'une grande nation qui lui est une garantie du maintien de ses droits et une assurance pour sa prospérité. Si le Canada était indépendant, il perdrait l'appui de la puissante Angleterre et se priverait probablement des traités favorables au développement de son commerce et de son industrie. Notre alliance à l'Angleterre a plus d'importance pour nous que pour elle.

Annexion. — -D'après le courant des idées et les apparences des choses, l'annexion du Canada aux États-Unis ne pourrait guère se produire que par une conquête. L'accroissement rapide de la population canadienne rend de moins en moins certain ce résultat. Il semble que les deux grands états sont appelés à former deux nations différentes, et à jouer chacune le rôle qui lui convient par rapport à la démocratie.

Le génie des deux races étant peu compatible, les Canadiens français, à cause de leur petit nombre, seraient bientôt à la remorque de la grande république, et, par la force des circonstances, perdraient graduellement leur langue, leurs usages et leur nationalité. La nation la plus nomljreuse jouerait aussi le rôle prépondérant dans le gouvernement. Que deviendraient alors nos droits conquis en Angleterre par les luttes courageuses et habiles de nos hommes d'État ? Tout serait perdu. Les Canadiens disparaîtraient comme nation et l'oubli deviendrait leur tombeau. Au sujet de l'annexion, sir Etienne- Pascal Taché, premier ministre du Canada (1856-57 et 1864-65), disait : " Si jamais le drapeau anglais cessait de flotter sur le Canada,

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le dernier coup de canon pour le défendre serait tiré par un Canadien français."

Impérialisme. — ^Dans les temps actuels, des Canadiens éminents se déclarent en faveur de l'impérialisme. Il faut remarquer que les colonies anglaises jouissent d'une autonomie presque entière, en participant aux négociations diplomatiques qui affectent leurs intérêts. Depuis 1900, aucun traité politique concernant le Canada n'a été conclu sans son consentement. A la demande de M. Laurier, en 1907. le gouvernement impérial consentit à ce que le traité de commerce franco-canadien fut négocié exclusivement par des hommes d'État canadiens : MM. Fielding et Brodeur^. D'ailleurs, dans l'impérialisme comme dans les besoins de la société, le bien général prime le bien particulier ; or, d'un côté on verrait les autorités impériales s'occuper beaucoup plus des intérêts de l'Angleterre que de ceux des pays subalternes de l'Empire; d'un autre côté, comme charité bien ordonnée commence par soi-même, les pays subalternes, ne voulant pas être dupes de l'Empire, chercheraient avant tout leur prospérité. Mais comme le parti le plus fort l'emporte sur le plus faible, il est bien permis de conclure que les Canadiens verraient plus d'une fois leurs intérêts frustrés, et sous plusieurs rapports, leur prospérité devenir inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui.

LECTURE. — L'amour de la -pattie.

A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !

C'est toujours avec bonheur que nous nous rappelons le coin de terre où nous sommes nés, son site plus ou moins pittoresque, l'église de notre première communion, l'école de nos jeunes années et ces mille petits riens restés gravés dans notre cœur ; eh bien ! c'est en ce coin de terre agrandi, avec tous ses charmes et ses souvenirs attachants, que consiste la patrie.

Le vrai patriotisme n'est pas tant dans l'amour du sol que dans l'amour du passé, le respect des générations qui nous ont précédés.

C'est la cendre des morts qui créa la patrie. ( Lamartine. )

En effet, les espérances et les épreuves communes de nos ancêtres pour le développement de notre colonie, leurs conquêtes morales, sociales et politiques, leurs hauts faits militaires, leurs luttes pour nous assurer les droits garantis par le traité

1 L'honorable Louis-Philippe Brodeur naquit à Bclœil en 18G2 et fit ses études au Séminaire de Saint- Hyacinthe. .\près avoir collaboré à plusieurs journaux, il fut d'abord élu député, puis président de la chambre des communes. Devenu ministre du revenu de l'intJneur en 1904, il fut nommé ministre de la marine et des pêcheries en 1906. Depuis 1911, il remplit les fonctions de juge de la Cour Suprême.

de Paris (1763), sont les choses qui constituent le véritable patriotisme. N'oublions pas que la race française au Canada, commencée avec Champlain, ne s'est pas arrêtée au désastre de 1760, mais qu'en passant par de désespérantes péripéties, elle s'est accrue considérablement et a su conserver au milieu de citoyens saxons la caractéristique de sa nationalité.

Quel passé glorieux n'avon,s-nous pas à saluer ! Xous trouvons l'héroïsme du dévouement et du désintéressement personnel dans les fondateurs, les missionnaires et les premières religieuses de la colonie :

O notre histoire, écrin de perles ignorées ! (Fréchette. )

Combien est éloquente la voix de nos champs de bataille ! Les noms du Long saut et de Carillon font vibrer les cordes de notre patriotisme le plus pur. Les vaillants défenseurs de notre colcnie aimaient à chanter souvent ce refrain rendant si bien les aspirations de leur noble bravoure :

Mourir pour la patrie est le sort le plus beau !

Sous la domination anglaise, les courageux et obstinés défenseurs de notre foi, de nos droits et de notre doux parler français ont aussi acquis bien des droits à notre reconnais ance. Ne dirait-on pas, vraiment, que tous ces grands patriotes avaient pris pour devise ces deux vers de Gresset :

Vous n'êtes point à vous : le temps, les biens, la vie. Rien ne vous appartient, tout est à la patrie.

Les moyens les plus efficaces pour le développement du patriotisme sont l'étude de l'histoire et de la géograph'e nationales. Cette étude démontre les liens sacrés qui attachent le présent au passé, réveille le souvenir trop souvent assoupi de nos gloires et de nos malheurs, nous rappelle que nous sommes membres d'une grande famille à l'âme fière et généreuse, et nous fait voir quelle honte ce serait pour les fils de tels pères de lâchement dégénérer : noblesse oblige !

La vue du drapeau national est un autre ferment de patriotisme. Ce sublime haillon qui clapote au vent, ux jours solennels des fêtes nationales, est l'âme de 'a patrie. Sous ses plis d'azur, de pourpre t de neige, se trouve la nation avec son hi.stoire, sa fierté, ses lois et ses tradit ons.

Popularisons notr ' chant national : ses stances vives et animées ont un parfum de poésie qui charme l'imagination et réchauffe nos sentiment patriotiques.

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