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CHAPITRE XXIII

Littérature : Poésie, Histoire, Roman, Autres, littératures. — Société Roj'ale. — Journalisme. — Langue française. — Congrès de la langue française. — Beaux-Arts.

Littérature française. — Dès les premières années de la Confédération, on vit naître pour périr après une existence plus ou moins éphémère, des revues périodiques qui favorisèrent les ambitions littéraires de quelques écrivains et suscitèrent des œuvres nouvelles. On cite comme principales : l'Opinion publique (1870), la Revue de Montréal (1877), le Canada français (1888).

Poésie.. — La poésie, tout en gardant d'abord sa forme traditionnelle, a eu quelques fervents adeptes. Adolphe Poisson, surnommé " le barde d'Arthabaska ", chante maints petits sujets dans des vers gracieux mais sans élans prodigieux ; Nérée Beauchemin, peu descriptif, révèle une âme délicate et sensible ; 'William Chapman est verbeux et rhétoricien ; son aile frôle parfois les sommets du Parnasse ; ses Aspirations ont été couronnées par l'Académie française ; l'abbé Apollinaire Gingras a écrit des poèmes et des chansons dans lesquels l'abandon familier et patriotique déborde.

La jeune école, pleine de promesses, s'inspire surtout de Verlaine, de Beaudelaire et de Rollinat. Mentionnons : Nelligan, Gill, Lozeau, Desaulniers, Beaulieu, Charbonneau, Ferland et Doucet.

Histoire. — 'Voici quelques noms des principaux historiens depuis la Confédération : Benjamin Suite, d'une grande érudition, dont l'œuvre principale est l'Histoire des Canadiens français, qu'il est toujours avantageux de consulter. Mentionnons encore du même auteur : Mélanges d'Histoire et de Littérature ; Pages d'Histoire du

Canada ; Histoire de la Milice canadienne, etc. Louis-0. David, plutôt panégyriste enthousiaste que biographe, auteur de V Union des deux Canadas, de Portraits, etc. Joseph-Edmond Roy, historien de; la Seigneurie de Lauzon, mine de renseignements, et de plusieurs autres ouvrages. L'abbé Auguste Gosselin, auteur de Mgr de Laval et de toute une série de biographies canadiennes attachantes. Narcisse- Euthrope Dionne, avide chercheur, abondamment documenté, auteur de Jacques Cartier, de Champlain, etc. Alfred Decelles, auteur de Papineau, LaFontaine, etc., en train de publier l'histoire politique de notre pays. Tliomas Chapais a publié Jean Talon, couronné par l'Académie française, Montcalm et plusieurs autres œuvres.

Il serait trop long d'énumérer les écrivains qui ont écrit d'intéressantes et instructives monographies.

Roman. — A l'heure actuelle, le Canada compte peu de romanciers. Laure Conan, auteur à' Angéline de Monthru7i, à VŒuvre et à VÉpreuve, VOuhlié, couronné par l'Académie française ; ses travaux brillent par la délicatesse plutôt que par le fond. Ernest Choquette, auteur de Ribaud, Claude Paysan, Carabinades, œuvres inspirées des auteurs français. On trouve encore à mi-chemin du romantisme Edmond Rousseau, Eugène Dick et Errol Bouchctte. Ce dernier, dans son volume principal, étudie la situation économique de notre pays.

Autres littératures. — -Edmond de Nev'ers (1862-1906), auteur de l'Avenir du Peuple canadien et de L'Ame arnéricaine, œuvres patriotiques bien documentées. Napoléon Légendre, meilleur chroniqueur qu'habile poète. Sir Adolphe-Basil Routhier, auteur de jolusieurs ouvrages intéressants sur différents sujets et d'un roman messianique, le Centurion : son talent brille par l'invention et la sensibilité. E.-Z. Massicotte a publié : les Mo7iographies des plantes canadiennes ; les Cousins du député, ainsi que des travaux historiques bien documentés. M. l'abbé Camille Roy a fait paraître : Essais sur la Littérature canadienne : Nos Origines littéraires, etc. M. l'abbé Emile Chartier, auteur d'un excellent volume intitulé : Pages de combat.

Mentionnons aussi Ernest Myrand, Alphonse Gagnon, le père Louis Lalande, S. J., les abbés F.-X. Bourque, Elie Auclair, Victor- Alphonse Huard et G. Dugas. L'abbé Gustave Bourassa lègue à la postérité un recueil intéressant de conférences et de discours.

Société Royale. — -Pour encourager le mouvement littéraire et scientifique, le marquis de Lorne, alors qu'il était gouverneur du Canada (1878-1883), fonda la Société Royale (1882). Cette société comprend quatre sections : la littérature française, l'histoire, etc. ; la littérature anglaise, l'histoire, etc. ; les mathématiques, la physique et la chimie ; la géologie et la biologie. Chaque section, qui compta d'abord vingt membres, en compte à présent trente. Pour remplacer les morts ou les démissionnaires, les candidats doivent être présentés par trois membres de la société, puis être élus à la majorité des voix.

Le marquis de Lorne nomma lui-même les premiers membres de cette société ; puis par élection J.-N . Daivson en fut président, P.-J.-O. Chauveau, vice-président, et J.-G. Bourinot, secrétaire ^

La réunion des membres a lieu à Ottawa, une fois par année. Les nouveaux travaux sont examinés, et les meilleurs publiés. Le travail se continue toute l'année par correspondance.

Journalisme. — -Sous la Confédération, comme d'ailleurs auparavant, la presse politique a généralement subi les évolutions des partis auxquels elle était attachée.

Notre journalisme actuel est, quant au fond et surtout à la forme, supérieur à celui d'autrefois : sa prose est en voie de progrès. En général nos grands quotidiens ne s'occupent peut-être pas assez de traiter avec une compétence suffisante et sereine- les questions religieuse, politiques, sociales, historiques, administratives et artistiques, qui pourraient instruire le peuple, lui donner une direction et intéresser souverainement les lecteurs.

Dans la publication des faits, il faut aussi avoir à cœur le respect et le culte de la vérité : les choses d'aujourd'hui peuvent devenir, demain, du domaine de l'histoire.

Jusqu'à présent, le manque d'abonnés a presque toujours empêché nos journaux indépendants de subsister^.

Le rôle de la bonne presse est incontestable au point de vue des idées saines ; il l'emporte souvent sur celui d'un bon livre. En effet, pour un sou, on se procure un journal, et sans que cela paraisse aux

1 Chaque section eut aussi son président: I, J.-M. Lemoyne; II, D. Wilson; III, J. Stcrry Hunt; IV, A.-R. Sehvyn.

2 Nos plus anciens journaux sont : le Halifax. Gazelle (1752), Halifax ; La Gazette (1775), Montréal -Ae Montréal Herald (1811). Le Courrier de Saint-Hyacinthe (1853); La Pa<ri'c (1879), Montréal; La Vérité (1881). Québec; La Presse (1884), Montréal.

dépenses, on boit chaque jour à la coupe des principes vrais, honnêtes et équitables, tandis que le coût d'un livre n'est pas à la portée de toutes les bourses, et que, parfois, des longueurs désespérantes font languir, deviennent fastidieuses, et ôtent le courage d'aller jusqu'au bout.

]\lais il arrive que certains journaux cultivent et exploitent le mauvais goût et les mauvaises tendances populaires, au lieu de chercher à les corriger ; leurs articles inspirés par l'esprit de parti, renferment parfois des principes faux au point de vue de l'économie sociale, quand ce n'est pas au point de vue religieux ; souvent leurs colonnes ne contiennent que des faits scabreux ou de peu d'importance. La lecture de tels journaux, en supposant même qu'elle n'occasionne pas de scandale ou une perte de temps, n'est propre qu'à fausser l'esprit et à le rendre léger et superficiel.

Abonnons-nous à une bonne feuille, lisons plutôt les articles de fond que les nouvelles, et nous verrons bientôt que sur beaucoup de questions nos idées seront redressées, et que les pièges de l'erreur, trop souvent tendus à la créduhté des honnêtes gens, ne nous prendront pas à leurs appas séduisants.

Langue française. — Les Canadiens tiennent à conserver la langue française. Les groupes nombreux disséminés dans les différentes parties des États-Unis la parlent, tâchent d'avoir des prêtres de leur nationalité, font face au fanatisme qui troo souvent s'y oppose, étabhssent des écoles françaises pour la perpétuer, et célèbrent chaque année la Saint- Jean-Baptiste peur réchauffer leurs sentiments patriotiques. Les Acadiens du Xouveau-Brunswick, résistent également au courant d'anghcisation. Le maintien de la langue française au Canada est une véritable conquête. Cette victoire, remportée sur les Anglais après le départ de l'armée française, des seigneurs, de la bourgeoisie et du drapeau fleurdelisé, est due à l'attitude noble, fière et constante de nos ancêtres. Quelques hommes d'État, comme Murray, gouverneur général au commencement de la domination anglaise, et certains événements providentiels, ont aidé puissamment à faire reconnaître le français comme langue officielle du pavs. Les tentatives des États-L'nis pour s'emparer du Canada, ont forcé l'Angleterre à ne pas fouler aux pieds les droite; garantis par le traité de la concession et à accorder aux Canadiens tous les privilèges d'hom-

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mes libres. San 3 l'attitude menaçante des États-Unis, nous auàonî probablement eu à subir, comme l'Irlande, le joug onéreux de l'intolérante Albion, quand elle sent qu'elle est maîtresse absolue.

La langue française est en progrès dans la province de Québec, d'où elle déborde dans l'Ontario et autres régions limitrophes. Le français parlé au Canada n'est pa s un vulgaire patois : c'est la langue forte et expressive du grand siècle, e' nous devons en être glorieux. Dans son roman Force et Faiblesse, Paul Féval s'exprime ainsi : " On m'a dit que le français se parle assez bien à Moscou et à Saint-Pétersbourg ; mais si vous voulez entendre le vrai son de la langue de Bossuet et de Corneille, l'avis général est qu'il faut aller jusqu'au Canada, où verdit un rameau d'un vieil arbre de France. — Dans son livre Lettres sur l'Amérique : Canada, États-Unis, etc., Xavier Marmier, de l'Académie française, disait : "Ici (au Canada), l'on garde, dans l'usage de notre langue, cette élégance, cette sorte d'atticisme du grand siècle. Le peuple lui-même la parle assez correctement et n'a point de patois." — Rameau, dans son bel ouvrage la France aux colonies, a écrit : " Sur les bords du Saint-Laurent, notre langue n'a pas plus dégénéré que notre caractère." Nous avons conservé intact ce bel héritage ; c'est une pierre précieuse léguée par nos pères à leur lignée, qui, sans se détériorer, a cependant reçu quelques taches. La noblesse, plus nombreuse au Canada que dans toutes les autres colonies françaises ensemble, et, dans les couvents, l'instruction donnée aux jeunes filles devenues ensuite mères de famille, ont puissamment contribué à la conservation du doux parler français. Néanmoins, il ne faut pas conclure fatuitement que nous parlons mieux français que nos cousins de France.

Pour se rendre compte de notre langage, il faut remonter à la source, à nos ancêtres. Notre prononciation sans accent se rapproche de celle du Nord de la France. Quand on entend, dans nos campagnes, les mots crère, fret, étret, dret, nèyer, toé, moé, mouchoé, voère, etc., pour croire, froid, étroit, droit, noyer, toi, moi, mouchoir, voir, au lieu de s'écrier c'est du canayen tout pur, il faut plutôt dire : c'est la manière de ceux qui se piquaient de parler le beau langage au commencement du grand siècle. Dans sa fable la Belette entrée au grenier, LaFontaine fait rimer fluet avec étroit, ce qui prouve que l'incomparable fabuliste prononçait étret.

Cet et cette se prononçaient st et ste : cthomme, stejemme ; quelque et quelqu'un comme quèque et quèqu'uv ; Vr se supprimait devant une consonne : su lui ; pour yiotre et votre, on disait note et vote. En consultant les vieux dictionnaires et les glossaires de l'époque, on trouve que certains mots sont français tout en paraissant ne pas l'être. Voici quelques exemples : Berdasser (faire du bruit), chérant (qui vend cher), clairté (clarté), coronel (colonel), qu'ri (chercher), démancher (démettre), dévirer (détourner), écarter (égarer), escousse (secousse), tabaquière (tabatière), tuer (éteindre), saccage (grande quantité), butin (bagage d'un voyageur), moé itou (moi aussi), grôi âbe (gros arbre), berouette (brouette), siô (seau), etc., etc.

Les expressions de cru canadien sont rares. Il y en a cependant de belles : poudrerie, neige soulevée par le vent ; bordée de neige, expression aussi pittoresque que poudrerie ; sucrerie, employée pour forêt d'érables ; montant et baissant de la marée, pour ûux et reflux ; brimante, pour crépuscide, etc

Les anglicismes sont ce qui dépare le plus la langue ("tançaise au Canada : c'est l'ignorance des termes qui nous fait tomber dans ce défaut. Par angUcisme il faut entendre certaines expressions ou tournures anglaises introduites dans le français. Ex. : faire application pour une position, au lieu de demande ; faire apologie, pour présenter des excuses ; ne vous donnez pas ce trouble, pour cette peine ; défalcation, défalcataire, pour détournement de fonds ; je vous introduis à AI., pour je vous présente ; contracieur pour entrepreneur ; supporter un candidat, nour appuyer ; pour ma part, ocur quant à moi, etc.

Un aut^e défaut à éviter c'est de donner le son grave à l'a aigu : quart, part, pour quart, part. Cependant, il ne faut pas tomber dans l'exagération à ce sujet, et s'imaginer que tous les a sans accent circonflexe sont aigus. D'ordinaire les a suivis de ion.tion, sont graves : nation, vocation, etc^

Il faut aussi éviter de dire : yel /'aime, j'el l'ai dit, voul /'avez vu, pour : je l'aime, je l'ai dit, vous l'avez vu. On entend souvent aussi : chakin, aukin, quelkin, ijnportin, lindi, pour : chacun, aucun, quelqu'un, importun, lundi. Au lieu de prononcer : lés, mes, tés, ses,

1 Voir la conférence de M. J.-P. Tardive), lue devant l'Union catholique de Montréal, le 10 mars 1001.

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dites lès, mes, tes, ses. C'est là un point capital pour atteindre la pureté dans la diction. Essayez de dire :

Lés tièdes voluptés dés nuits mélancoliques ;

et voyez tout ce que ces deux longues enlèvent d'harmonie à ce vers, pour une oreille un peu délicate.

Ne dites pas non plus : / court, eskuse, émer, pour : // court, excuse, èmer.

Toutes ces fautes, et bien d'autres, se corrigent facilement en apportant un peu d'attention.

Malheureusement la langue française — 'même en France — 'avec ses anglicismes, ses néologismes et ses termes impropres, perd chaque jour de sa netteté et de sa clarté, les deux plus précieuses de ses qualités.

Ouvrez un livre nouveau, lisez un journal, une revue, et vous verrez qu'entre deux termes, l'un ordinaire et consacré par le temps, l'autre mal bâti, lourd, barbare, disgracieux, le dernier sera préféré ; ces bizarreries passent des écrits à la conversation, et c'est ainsi que le français se déforrpe et que peu à peu la vieille langue se corrompt. Nous voyons, par exemple, maintenant, que infatigable est remplacé par inlassable, intrépide par impavide, inquiétant par angoissant. Au lieu de dire résoudre un problème, une difficulté, on dit solutionner. On ne court pas comme un cerf, mais tel un cerf ; on ne lit plus dans Plutarque, mais chez Plutarque : voilà autant d'expressions inconnues il y a vingt ans. Ceux qui ne les emploient pas risquent de compromettre leur réputation littéraire et de passer pour des gens vulgaires qui ne parlent pas le beau langage.

Encore un autre défaut, c'est de vouloir proscrire les qiii et les que sous le spécieux prétexte qu'il rendent le style lourd, et de les remplacer par des participes présents, qui rendent la jjhrase molle et inconsistante.

Le remède à ces exagérations nouvelles, c'est que tout écrivain doit se persuader qu'il faut chercher de l'originalité dans le style et non dans la langue, et que comme Victor Hugo il doit dire :

Guerre à la rhétorique et paix à la syntaxe.

Ajoutons : respect au dictionnaire, et la formule sera complète. Étudions les grands écrivains français pour les connaître et surtout pour les imiter, plus dans la langue que dans le style. Si nous les

possédons bien, nous verrons qu'il n'3' a pas de pensée si élevée qu'elle soit, et de sentiment si délicat qu'il paraisse, qu'ils n'expriment avec une grande clarté et une extrême justesse.

N'oublions pas non plus que pour rester Canadien français, il nous faut garder notre langue et notre religion : c'est ce qu'on pourrait appeler l'âme de notre race; et les peuples pas plus que les individus ne peuvent changer d'âme sans mourir. Que de raisons, d'ailleurs, n'avons-nous pas de conserver le doux parler français ! C'est ce murmure sacré qui nous a bercés sur les genoux de notre mère, nous a appris nos prières, nous a préparés à la première communion et a frappé nos oreilles des suaves mélodies de pieux cantiques et d'airs nationaux racontant les fiers exploits de nos aïeux. C'est la langue apportée sur nos rives par nos vaillant.i colons, ces pionniers qui ont arraché notre sol à la forêt et ont lutté contre des obstacles difficiles à vaincre, pour donner à la société des familles nombreuses et fortes. C'est la langue parlée par nos fondateurs, nos héros, nos héroïnes, nos vierges, nos missionnaires et nos martyrs. C'est celle qui, sous nos climats farouches et salubres, a vu s'épanouir un foyer trois fois séculaire, dont la prospérité provoque l'admiration des plus grands peuples d(; l'univers.

D'ailleurs, c'est la langue du grand siècle littéraire de la France, qu'ont parlé avec force et déhcatesse le suave Fénelon, le majestueux Bossuet, l'harmonieux Racine, l'inimitable La Fontaine, le logique Bourdaloue, le sublime Corneille, le satirique Boileau. Ce précieux héritage, sans être altéré, a été conservé comme un trésor par le brillant Chateaubriand, le lyrique Lamartine, le merveilleux Hugo, le délicat Musset S le polémique Veuillot et un grand nombre d'autres écrivains de génie, dignes de figurer au premier rang dans l'histoire de la littérature. Le Canada a aussi dans la langue de nos pères des noms de marque qui brillent sur son front comme des étoiles aux cieux.

Congrès de la langue française. — Le premier congrès de la langue française en Amérique se tint à Québec, en 1912. Les séances, commencées le soir de la fête nationale (24 juin), durèrent six jours. Ce magnifique congrès, dû surtout à la louable initiative de M. Adjutor Rivard^ et de AIrg Eugène Ro}^^, attira des représentants

1 Certaines œuvres de Lamartine, de Hugo et de Musset sont critiquables au point de vue religieux.

2 Avocat de Québec

3 Auxiliaire de Son Éminence le cardinal Bégin, archevêque de Québec.

de toutes les parties du Canada et des États-Unis. L'Académie française y avait son délégué dans la personne de M. Etienne Lamy, l'un de ses membres les plus distingués. Deux autres personnages de France, vinrent aussi rehausser l'éclat des fêtes du bon parler français : M. l'abbé Thellier de Poncheville, orateur de renom, que l'on avait eu l'avantage d'admirer au congrès eucharistique de Montréal (1910) ; et M. Zidler, poète de marque, qui aime à chanter les choses canadiennes, et doiit on avait déjà applaudi le talent aux fêtes du monument de Laval (1908).

Outre les trois orateurs français delà nommés, des évêques, des prêtres et des laïcs prononcèrent des discours vibrants d'éloquence, qui provoquèrent des salves d'applaudissements, ranimèrent les sentiments patriotiques et laissèrent dans les cœurs un attachement plus vrai, plus sincère et plus enthousiaste pour la langue française.

Chaque jour du congrès, il y eut dans les salles du parlement et de l'université Laval des conférences intéressantes sur les questions littéraires, scientifiques et pédagogiques.

Les séances du soir, tenues dans l'immense salle des exercices militaires, groupèrent, chaque fois, au moins 15,000 personnes.

Le jeudi (27), il y eut grand concert, sous l'habile direction de M. Joseph Vézina : on y comptait trois cents choristes et soixantecinq instrumentistes. On exécuta des morceaux de grands maîtres. La finale de la première partie du "' Paradis perdu "de Dubois captiva au plus haut point les imaginations. Des chants canadiens, harmonisés par M. le docteur Edouard Desjardins ^, de Montréal, et orchestrés par M. Joseph Vézina, produisirent un effet magique, et laissèrent les auditeurs sous le coup du charme le plus délicieux.

La note religieuse se fit sentir vivement dans toutes les séances ; il ne pouvait en être autrement, puisque notre langue a été le doux arôme qui a conservé la splendeur de notre foi.

Sa Grandeur Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, appréc'ait comme suit le congrès de la langue française, qu'il regardait comme une grande œuvre et un grand bienfait : " Attachement inél^ranlable des Canadiens français à leur foi ; fidélité sans réserve au drapeau britannique ; amour de hi langue des ancêtres et résolutions de l'aimer encore davantage, de l'étudier et de la mieux parler ; affir-

1 M. Edouard Desjardins a signf' son travail du pseudonyme "Bon Vieux Temps."

mation d'indéniables droits dans le respect des droits des autres nationalités ; enfin, doux espoir pour l'avenir."

Beaux-arts. — -Ce n'est guère qu'à partir de la Confédération que l'on voit des Canadiens s'occuper d'une manière sérieuse de la culture des beaux-arts. Trois cantatrices se sont avantageusement fait entendre en Europe : Madame Alhani\ qui a figuré avec éclat dans les opéras les plus réputés de nos jours ; Melle Béatrice Lapalme, dont le début à Paris, dans le Cendrillon de Massenet, a été un triomphe ; Melle Eva Gauthier, décorée de l'ordre de la reine du Danemark.

Parmi ceux qui ont le plus excellé dans l'art de la musique instrumentale, mentionnons : M. Calixa Lavallée, célèbre pianiste, décédé avant d'avoir donné toute la mesure de son talent ; MISI. Oscar Martel et P. Desère, violonistes distingués ; M. Pelletier et Melle Cartier, organistes renommés. Nous avons aussi un bon compositeur musical en ]\I. Alexis Contant.

Les édifices religieux des villes et des campagnes révèlent, en général, le bon goût de nos architectes. Certains monuments civils, comme les palais législatifs des différentes provinces, quelques hôtels de ville, plusieurs grands hôtels pour voyageurs, etc., par leur masse imposante et leur beauté architecturale, font honneur à ceux qui les ont élevés.

La sculpture canadienne se personnifie principalement en M. Philippe Hébert, à qui nous devons deux de nos plus beaux monuments commémoratifs : celui de ]\Iaisonneuve, à Montréal, et celui de Mgr de Laval, à Qué]:)ec.

La peinture compte aus^i des adeptes nombreux. Nommons : le chevalier Falardeau, qui exerça son art à Florence ; Huât, peintre de scènes canadiennes ; Napoléon Bourassa, architecte, décorateur e'c peintre de tableaux ; MM. Franchère, Suzor-Côté, Saint-Charles, Delfosse et Gill.

LECTURE. — La langue française. —" Seul.^ notre langue est restée : mais sa puissance n'a pas besoin d'autre puissance. Les affirmaticns de jadis faussaient les problèmes, au lieu de les résoudre. L'avantage des armes et la mass*^ de la population ne confèrent à un peuple ni droit ni moyen d'imposer son langage. Si le nom-

1 Emma Lajeunesse, née à Chatnbly.

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bre était un titre, l'avenir du monde serait de parler chinois. Si la victoire était une maîtresse d'école, l'Europe eût parlé français sous Napoléon, car dans les territoires où il dominait, il l'enseigna d'autorité ; mais le vainqueur des rois fut tenu en échec par les enfants, qui ne voulurent pas oublier la langue apprise de leur mère. Il n'y a pas à tenter de refoulement, n'y à espérer de substitution entre les langues. Dédaigner aucune d'elles, en souhaiter la destruction, est ignorer ce que toutes représentent de durable et de légitime. Elles sont les voix des patries, elles sont, pour chaque peuple, sa pensée sous la forme la plus naturelle à ses instincts, la synthèse de toutes les différences qui la distinguent de tous les autres peuples, la sûreté d'un rempart contre l'étranger. Tant que subsistera la diversité des races subsistera la diversité des langues. Mais les peuples, même les plus glorieux de leur autonomie, même les plus jaloux de leur qualité, ne vivent pas isolés. Ils ont besoin, fût-ce pour régler leurs conflits, de rapports les uns avec les autres. Certains intérêts sont internationaux. Enfin, il y a des vérités et des devoirs qui dominent les races, qui sont le bien ou la loi de tous les hommes. Or, pour que des hommes communiquent de peuple à peuple, pour qu'ils s'aident par les aptitudes de chaque race, à accroître le bien général, poiu- que le genre humain prenne conscience de son unité, il est besoin d'une langue commune. Cette langue, qui ne doit pas supprimer les langues nationales, doit s'ajouter à elles."

Etienne Lamy.

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