CHAPITRE XXIV
Église catholique. — Cardinalat. — Mgr Ignace Bourget. — Mgr Edouard-Charles Fabre. — Diocèses érigés sous la Confédération. — Communautés religieuses. — Missions catholiques : Alaska, baie d'Hudson, le Labrador et les îles du gclfe Saint- Laurent.
Eglise catholique. — -De tout temps, et surtout sous la domination anglaise, l'Église catholique, qui compte maintenant à peu près les deux cinquièmes de la population, a imprimé le mouvement prépondérant dans l'éducation, l'agriculture, la bonne et saine politique et la loyauté envers l'Angleterre. Nous avons vu, dans la trame de de cette histoire, que le clergé catholique a puissamment contribué à paralyser l'invasion américaine (1775), à nous attacher à la couronne pendant les guerres anglo-américaines (1812-1815), à enrayer la rébellion des esprit trop turbulents (1837), à favoriser la Confédéra-
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tion, devenue pour les provinces une véritable source d'expansion et de développementc de toute nature.
La voix de l'épiscopat s'est généralement fait entendre avec force et énergie chaque fois qu'il s'est agi de défendre nos droits, comme par exemple dans la question des biens des Jésuites, des écoles du Nouveau-Brunswick et du Manitoba.
Plusieurs délégués du Saint-Siège ont été amenés parmi nous pour étudier certaines questions politico-religieuses : Mgr Conroy (1877) ; Mgr Smeulders (1883) ; Mgr Raffa^li :\Ierry del Val (1897), aujourd'hui cardinal. A partir de cette époque, la délégation est devenue permanente et nous avons vu se succéder : Mgr Diomède Falconio (1899), cardinal depuis 1911 ; Mgr Donat Sbarretti (1902) et Mgr Pellegrino Francesco Stagni (1911).
Cardinalat. — ^Nlgr Elzéar-Alexandre Taschereau, devenu archevêque de Québec à la mort de Mgr Charles-François Baillargeon (1870),fut préconisé cardinal du titre de Sainte-Marie de la Victoire, en 1886. Les fêtes cardinalices occasionnèrent de brillantes démonstrations. L'éminente dignité de prince de l'Église n'affecta en rien la simplicité des manières de vivre du vénérable prélat, qui s'éteignit en 1898. Il eut pour successeur Mgr Louis-N azaire Bégin, deuxième évêque de Chicoutimi (1888), qui vint à Québec comme coadjuteur, en 1894. Ce dernier, à la grande joie du peuple canadien, recueillit au consistoire du 25 mai 1914, le glorieux héritage de la pourpre cardinalice de son prédécesseur.
Mgr Ignace Bourget. — 'Mgr Ignace Bourget, d'abord coadjuteur (1837), puis successeur (1840) de Mgr Lartigue, premier évêque de^Montréal, mourut au Sault-au-Récollet, le 8 juin 1885. Ce digne prélat, d'une piété remarquable, érigea soixante-quinze paroisses nouvelles dans son diocèse, y introduisit une quinzaine de communautés religieuses, publia plus de trois cents mandements, fit huit voyages à Rome, où il fut décoré (1862) du titre de citoyen noble romain, reçut la dignité d'archevêque de Marianopolis (1876) en résignant son siège en faveur de son coadjuteur, Mgr Edouard-Charles Fabre.
Ses funérailles furent des plus pompeuses, et la piété des fidèles attribua à son intercession plusieurs guérisons regardées comme miraculeuses.
Le cardinal Taschereau (1886-1898)
Monseigneur Taschereau a été le premier Canadien honoré de la pourpre romaine " Il fut vraiment un grand et saint pontife . . . .cherchant en toutes choses le triomphe de la justice et de la vérité."
Mgr Nazaire Bégin.
Depuis 1903, le bronze de ce grand évêque brille à droite du parvis de la cathédrale de Montréal. L'inauguration de ce monument, élevé à la mémoire de Tune des gloires les plus pures de l'Église et de l'État, occasionna des fêtes d'une solennité incomparable.
Mgr Edouard-Charles Fabre.^Mgr Fabre, particulièrement connu par son esprit conciliant, son tact et sa grande prudence, fut le premier archevêque de Montréal (1886 )^ Il mourut (30 décembre 1896) après vingt années d'épiscopat. Tous ses diocésains pleurèrent sa perte. L'année suivante (8 août), Mgr Paul Bruchési le remplaça (1897).
Diocèses érigés sous la Confédération. — ^Les diocèses érigés sous la Confédération dans la province de Québec, sont ceux de Rimouski (1867), premier évêque Mgr Jean-Pierre Langevin ; Sherbrooke (1874), premier évêque Mgr Antoine Racine ; Chicoutimi (1878), premier évêque Mgr Dominique Racine : Nicolet (1885), premier évêque Mgr Elphège Gravel ; Vallej^field (1892), premier évêque Mgr Joseph-Médard Emard ; Pembroke, érigé en vicariat apostolique de Pontiac (1882) puis en diocèse (1898), premier évêque Mgr Narcisse-Zéphirin Lorrain; Joliette (1904), premier évêque Mgr Joseph- Alfred Archambault ; le vicariat apostolique du Golfe-Saint-Laurent (1905), premier évêque Mgr Gustave Blanche, eudiste ; le vicariat apostolique du Témiscaming (1908), premier évêque Mgr EUe-Anicet Latulippe ; Mont-Laurier (1913), premier évêque Mgr François- Xavier Brunet.
Tous ces nouveaux diocèses parlent éloquemment de l'accroissement urbain et rural de notre province.
En 1872, l'Église catholique ne comptait dans tout le Canada que onze diocèses et un vicariat apostolique. Toronto devint un siège métropolitain en 1870, et Saint-Boniface en 1871. L'année suivante, Saint-Albert, au Nord-Ouest, formait un nouveau diocèse. Comme dans la province de Québec, les sièges épiscopaux se sont multipliés dans les autres provinces du Canada.
Aujourd'hui (1912), le Canada compte huit provinces ecclésiastiques, ayant pour métropoles respectives : Québec, Montréal, Ottawa, Toronto, Kingston, Halifax, Saint-Boniface, Edmonton^
1 En 1886, Montréal et Ottawa devinrent archevêchés, ayant pour titulaires respectifs Nosseigneurs Fabre et Duhamel.
2 L'évêché de Saint- Albert a été érigé en archevêché d'Edmonton en 1913.
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Vancouver et Régina. A ces sièges métropolitains sont attachés vingt-quatre diocèses et six vicariats apostoliques.
Communautés religieuses. — Depuis 1867, on a vu plusieurs prêtres du clergé régul er quitter l'Europe pour venir fonder au Canada des maisons de leurs ordres. Les Rédemptoristes^ arrivés à Québec en 1871, sont déjà répandus dans plusieurs diocèses et s'occupent de la desserte de la basilique de la bonne Sainte-Anne de Beaupré. Les Dominicains^, établis à Saint-Hyacinthe en 1873, ont aujourd'hui des couvents dans nos grands centres. Les Trappistes^, venus en 1881, ont des monastères à Notre-Dame-du-Lac (comté des Deux-Montagnes), et à Mistassini, dans le diocèse de Chicoutimi. Les pères de la Compagnie de Marie^, arrivés à Ottawa en 1883, ont pour emploi de s'occuper de prédication, de missions, d' œuvres de charité. En 1890, on voit venir à Montréal les Fraiiciscains^ , qui nous rappellent les premiers missionnaires du Canada, alors connus sous le nom de Récollets ; à Ottawa, les Capucins, appartenant aussi à la grande famille de saint François ; à Montréal, les pères du Saint-Sacrement^ , dont la principale occupation est l'adoration de Jésus-Hostie, exposé solennellement jour et nuit dans leur éghse ; dans la Nouvelle-Ecosse, les Eudistes'^, qui sont chargés des missions du vicariat apostolique du Gol e-Saint-Laurent, et s'occupent aussi de l'enseignement dans les collèges de Rimouski et de Chicoutimi,
Mentionnons encore les Chanoines réguliers de VImmacu ée-Conception^, arrivés à Saint-Ignace de Nominingue en 1891. Les Missionnaires du Sacré-Cœur^ , établis à Québec en 1900 ; les Pè es Blancs,^^ missionnaires d'Afrique, qui ont une fondation à Québec depuis 1901, pour recruter des sujets ; les pères du Saint-Esprit, et du Saint-Cœurde-Marie^^, installés depuis 1905, à Saint-Alexandre de Gatineau.
1 Congrégation fondée par saint Alphonse de Liguori (1732).
2 Ordre fondé par saint Dominique (1213).
3* Les Trappistes suivent la règle de saint Benoît (480-543)..
4 Congrégation fondée par le bienheureux Louis-Marie Grignon de Montfort (1708).
5 Ordre fondé par saint François d'Assise, au 13e siècle.
6 Congrégation fondée à Paris par le vénérable Pierre-Julien Eymard (1856).
7 Institut fondé à Caen par le vénérable Jean Eudes (1643).
8 Ancien ordre restauré par dom Adrien Gréa.
9 Congrégation fondée à Issoudun, France, par le père Jules Chevalier (1854).
10 Fondation du cardinal Lavigerie, à Alger, (1868).
11 La congrégation du Saint-Esprit fut fondée en 1703, par M. François Poullard Desplaces, du diocèse de Rennes ; celle du Saint-Cœur-de-Marie eut pour fondateur le vénérable François-Marie-
aul Iji crman (1841). Sur la demande du Saint-Siège, les deux congrégations se sont réunies eri 1848.
Sa vertu, sa science, sa prudence, sa sagesse et sa distinction l'ont fait le digne héritier de la^pourpre romaine de son vénérable prédécesseur, le Cardinal Taschereau.
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Sans mentionner de nouveau les frères des Écoles chrétiennes qui vinrent au Canada en 1837, rappelons que sous la confédération, le Canada a reçu aussi de France plusieurs communautés de religieux voués à l'enseignement : les frères du Sacré-Cœur (1872) ; les frères Maristes (1886) ; les frères de VInsiruciion Chrétienne (1886) ; les frères de Saint-Gabriel^ {!%%%) ; les frères de la Croix de Jésus (1903) ; 'es frères de Saint-François-Régis (1907).
*| De même sont venues d'Europe ou ont pris naissance au Canada, des congrégations religieuses de femmes, parmi lesquelles les unes se vouent à l'enseignement et les autres, aux œuvres de charité ou à la vie contemplative.
Missions catholiques : Alaska. — L'Alaska, quoique apoartenant aux États-Unis, est évangélisé par des missionnaires canadiens. Le fondateur de ces missions récentes a été Mgr Seghers, deuxième évêque de Vancouver, qui renonça à son siège épiscopal pour se vouer à la conversion des Indiens (1863). Ce saint prélat fut assassiné dans une de ses courses apostoliques (1887). Son peuple, qui le vénérait, pleura sa perte inopinée.
La contrée barbare et inculte de l'Alaska est aujourd'hui desservie par les Jésuites. Pendant la saison d'hiver, longue et rigoureuse, les voyages et les transports ne se font qu'au moyen de traîneaux avec attelages de chiens. Les tribus de l'Alaska et du Yukon sont nomades. On les trouve, en été, sur les côtes de l'océan et sur le bord des lacs pour s'y nourrir de pêche ; en hiver, elles vivent dans des souterrains d'où elles ne sortent qu'au printemps. Les mœurs douces et simples de ces indigènes favorisent les progrès du catholicisme. Le ministère des missionnaires est cependant entravé par la concurrence cultuelle des Russes schismatiques et des ministres protestants, peu exigeants en fait de pratiques religieuses, et qui attirent à eux des peuplades idolâtres, en leur distribuant de larges aumônes, tandis que les prêtres catholiques, pauvres et dénués de tout bien terrestre, ne peuvent leur prêter secours.
Les sœurs de Sainte-Anne se rendirent dans ces régions en 1888 ; malgré des privations de toutes sortes, elles y travaillent avec un zèle digne des apôtres à l'éducation des jeunes filles et au soin des malades.
Baie d'Hudson. — 'La principale mission de la baie d'Hudson se trouve au fort Albany. Les Oblats qui, depuis une quarantaine
d'années, se rendaient dans ces sombres parages: pendant la belle saison, y ont une résidence fixe depuis 1892. A côté du fort, s'élève une jolie chapelle catholique, construite par la compagnie de la Baied'Hudson. Les sœurs Grises d'Ottawa donnent l'éducation aux jeune: filles sauvages. Cette mission se trouve dans le vicariat apostolique du Témiscaming.
Le Labrador et les îles du golfe Saint-Laurent. — -Les missions du Labrador et des îles du golfe Saint-Laurent, d'abord confiées au clergé de Rimouski, plus tard desservies par les prêtres de Chicoutimi, sont évangélisées par les Eudistes depuis 1903. Ces contrées forment un vicariat apostolique ayant pour évêque Mgr Gustave Blanche, sacré en 1905. Les Filles de Jésus, échelonnées sur les côtes du Labrador, instruisent les enfants sauvages des nomades Esquimaux, Mistassins et Montagnais.
LECTURE. — Une maison de cultivateur . — Voyez-vous là-bas sur le versant de ce coteau, cette jolie maison qui se dessine, blanche et proprette, avec sa grange à couverture de chaume, sur la verdure tendre et chatoyante de cette beUe érablière ?
C'est une maison canadienne. Du haut de son piédestal de gazon, elle sourit au grand fleuve dont la vague, où frémit sa tremblante image, vient expirer à ses pieds.
Car l'heureux propriétaire de cette demeure aime son beau grand fleuve, et il a soin de s'établir sur ses bords. Si quelquefois la triste nécessité l'oblige à s'éloigner, i) «'ennuie et il a toujours hâte d'y recourir. C'est pour lui un besoin d'écouter sa grande voix, de contempler ses îles boisées et ses rives lointaines, de caresser de son regard ses eaux tantôt calmes et unies, tantôt terribles et écumantes.
L'étranger qui, ne connaissant pas "l'habitant" de nos campagnes, croirait l'iissimiler au paysan de la vieille France, son ancêtre, se méprendrait étrangement.
Plus éclairé, et surtout plus religieux, il est loin de partager son état précaire.
En comparaison de celui-ci, c'est un véritable petit "prince" parfaitement indépendant sur ses soixante ou quatre-vingts arpents de terre, entourés d'une clôture de cèdre et qui lui fournissent tout ce cjui lui est nécessaire pour vivre dans une honnête aisance.
Voulez-vous maintenant jeter un coup d'œil sous ce toit dont l'aspect extérieur est si riant ?
Je vais essayer de vous peindre le tableau tel que je l'ai vu maintes fois.
D'abord, en entrant dans le " tambaur ", deux sceaux d'eau fraîche sur un banc de bois, et une tasse de fer-blanc accrochée à la cloison, vous invitent à vous désaltérer.
A l'intérieur, pendant que la soupe cuit sur le poêle, la mère de famille, assise près de la fenêtre dans une chaise berceuse, file tranquillement son rouet.
Un mantelet d'indienne (calicot), un jupon d'étoffe du pays et une " câline " propre sur la tête, c'est toute sa toilette.
Le dernier petit dort à ses côtés dans son "ber".
De temps en temps, elle jette un regard réjoui sur sa figure fraîche, qui, comme une rose épanouie, sort du couvre-pied d'indienne de diverses couleurs, dont les morceaux taillés en petits triangles, sont ingénieusement distribués.
Dans un coin de la pièce, l'aînée des filles, assise sur un coffre, travaille au métier (à tisser) en fredonnant une chanson.
Forte et agile, la navette vole entre ses mains ; aussi fait-elle bravement dans sa journée sept ou huit aunes de toile du pays à grand'largeur, qu'elle emploiera plus tard à faire des vêtements pour l'année qui vient.
Dans l'autre coin, à la tête du grand lit à courtepointe blanche et à carreaux bleus, est suspendue une croix entourée de quelques images.
Cette petite branche de sapin flétrie qui couronne la croix, c'est le rameau bénit.
Deux ou trois marmots nu-pieds sur le plancher s'amusent à atteler un petit chien.
Le père accroupi près du poêle allume gravement sa pipe avec im tison ardent qu'il assujettit avec son ongle. Bonnet de laine rouge sur la tête, gilet et culotte d'étoffe grise, bottes sauvages, tel est son accoutrement.
Après le repas, il faut bien fumer une " touche " a-vant d'aUer faire le train ou battre à )a grange.
L'air de propreté et de confort qui règne dans toute la maison, le gazouillement des enfants, les chants de la jeune fille, qui se mêlent au bruit du rouet, l'apparence de santé et de bonheur qui reluit siu- les visages, tout en im mot, fait naître dans l'âme le calme et la sérénité.
Si jamais, sm* la route, vous étiez surpris par le froid ou la neige, allez heurter sans crainte à la porte de la famille canadienne, et vous serez reçu avec ce visage ouvert, avec cette franche cordialité que ses ancêtres lui ont transmise comme un souvenir et une relique de la vieille patrie.
Car l'antique hospitalité française, qu'on ne connaît plus guère aujourd'hui dans certaines parties de la France, semble être venue se réfugier sous le toit de l'habitant canadien.
Avec sa langue et sa religion, il a pieusement conservé ses habitudes et ses vieilles coutumes.
Le voyageur qui serait entré, il y a un siècle sous ce toit hospitalier, y aurait trouvé les mêmes mœurs et le même caractère.
L'abbé Casgrain.