CHAPITRE XXIX HISTOIRE SOCIALE
DÉVELOPPEMENT ECONOMIQUE
Principes d’émancipation.- Pendant le demisiècle de la précédente époque le développement économique des provinces canadiennes s’est fait dans les conditions à peu près normales et régulières ; le pays s’organise, se développe et grandit sous les lois d’un empire qui dirige lui-même les activités de ses colonies. À l’époque de l’Union cette direction du centre tend beaucoup à diminuer; l’Angleterre laisse l'initiative et l'orientation de leurs ressources aux provinces : elle favorise par sa propre politique fiscale l'émancipation de la colonie. Trois grandes mesures impériales contribuent à laisser au Canada le soin de déterminer dans une certaine mesure sa politique économique.
1° La réforme du tarif britannique, (1846- 49) .—Te libre-échange est la fin ultime d’un pays dont l’organisation protectrice est parfaite. L’Angieterre vers 1840 semble être parvenue à l’entier développement de ses ressources manufacturières et se croit capable de soutenir la libre concurrence des autres nations. Aussi ouvre-t-elle son marché à tous ceux qui peuvent et veulent alors en profiter. Elle commence par abaisser le tarif sur les blés, (Corn Laws-1846), puis elle arrive au libre-échange pour la plupart des autres produits trois ans plus tard. Le Canada, qui avait jusque-là profité des
avantages d'un tarif de faveur, dut entrer en concurrence avec d'autres pays, les États-Unis surtout. pour ses blés, ses bois et les autres matières premières d'exportation. Ce désavantage momentané, obligea le Canada à aviser aux moyens de s'organiser selon ses besoins et à prendre la direction de son propre développement économique.
2° Le rappel de la loi de navigation.--le Canada jusque-là n'avait eu aucun contrôle sur les voies de communications et les voies de transport soumises aux lois maritimes de la Grande- 3retagne. Robert Peel réussit à faire rappeler l’Acte de la navigation qui, depuis deux siècles, créait un monopole maritime en faveur de la marine anglaise dans tous les ports de l'empire; c'était la conséquence logique et nécessaire de la politique libreéchangiste. Nouveau champ d'activité par conséquent pour l'initiative et l'esprit d'entreprise de nos hommes d'affaires et de nos hommes d’État : ils étaient maintenant libres et même obligés de s'occuper activement de développer nos moyens de transport dans la mesure de nos besoins grindissants.
3° Traité de Washington (1854).Ie traité de 1854, nous l’avons vu, avait donné au pays des avantages nombreux. Notre commerce durant toute la décade qui suivit se développa d’une manière prodigieuse : cet arrangement expiré, les États-Unis refusèrent de le renouveler, et nos hommes publics durent trouver d’autres moyens de maintenir notre commerce extérieur. La réaction qui se fit dans toutes les branches du commerce et de l’industrie en 1865, amena un malaise sérieux, mais les avantages dont le Canada avait profité pendant la durée du traité avaient développé des ambitions qu'il fallait désormais satisfaire. Le Canada à la fin de l’Union n'avait pas encore trouvé la formule exacte et précise de sa politique fiscale économique. Il constata pourtant la nécessité d’en avoir une particulière à ses besoins.
L'industrie. Sur la fin du gouvernement de l’Union toutes les provinces canadiennes comptaient une population totale de plus de 3,000,000. Le grand champ d’activité était encore l’agriculture, qui alimentait au delà de
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3,000 moulins à farine et autres branches connexes. L'industrie du bois de construction s'était merveilleusement développée et 4,000 moulins à scie voyaient passer chaque année sur leurs bancs les plus beaux produits de nos limites forestières ;: mais ces gros profits allaient surtout aux Capitalistes anglais souvent étrangers à ce pays. T/industrie proprement dite, celle des manufactures et fabriques, comptait 1,800 établissements. Des 9,000 industries de toute sortes la plus ancienne province n’en comptait que 2,200, alors que les provinces maritimes réunies au Haut-Canada se Partageaient à peu près 6,800 établissements. L'industrie forestière était Ja principale occupation des provinces de la mer, sur 4,000 moulins, elles en comptaient plus de 1,800: le Haut-Canada, très actif en agriculture et en industrie forestière, contrôlait plus des deux-tiers de a manufacturière. Et pourtant il reste vrai que la grande masse de ceux qui ont colonisé et peuplé le Haut-Canada étaient à leur arrivée des gens sans ressources. En 1867 ils sont 400,000 plus que nous, cela s’explique par le fait d’une immigration annuelle considérable: dans le même temps on laissait passer 300,000 Canadiens du Bas-Canada aux fabriques américaines.
Immigration et colonisation. — I 'émigration des Iles britanniques inaugurée vers 1820 et continuée dans une proportion ascendante jusqu'aux troubles de 1837 reprend avec intensité sous le régime de l’Union. Paupérisme anglais, famine en Irlande, embarras que crée aux lords Propriétaires la misère croissante des serfs, avidité de spéculation des armateurs et des compagnies de transport, politique de colonisation intense des compagnies agraires, politique d’anglicisation préconisée par quelques têtes dirigeantes et aussi désir, ambition d’un grand nombre de tenter fortune dans un pays nouveau tout cela contribue à augmenter chaque année le nombre des immigrants irlandais, anglais et écossais. Ils arrivent par 100,000 annuellement durant la première décade. C’est un courant continu jusqu'à la Confédération. Tous ne restent PaS au pays, un grand nombre passent tout de suite ou peu après leur arrivée dans les
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États-Unis où retournent en Angleterre: mais tout ce temps le Faut-Canada voit sa population augmenter chaque année dans une proportion rapide alors que le Bas- Canada ne reçoit qu'un faible contingent de ceux qui arrivent. Les recrues étrangères ne compensent pas l'exode des nationaux qui s'en vont fonder le “petit Canada ” américain, et la progression naturelle des familles reste la seule source ce la Survivance du groupe canadien français.
D'autre part cette immigration nombreuse favorise la colonisation sur tout le territoire de la province du Haut tandis que certaines régions seulement du Bas-Canada se couvrent de colons etrangers ou canadiens. La vallée de l’Ottawa et les cantons de l'Est absorbent presque toutes les nouvelles recrues. Les anciens districts ne s’'augmentent guère que de leur recrutement naturel, et, comme nos hommes d’État ne semb'ent pas s'occuper beaucoup d'ouvrir de nouveaux districts à leur nationaux. l'émigration des nôtres remplace la colonisation. Déià les intérêts des marchands de bois sont entrés en conflit avec ceux des colons que personne n’entreprend de défendre encore. La politique n'a-t-elle pas jeté dans l’ombre les intérêts économiques de notre province au temps de l’Union ?
MOUVEMENT RELIGIEUX
Paix religieuse.—]'fvlise du Canada depuis la conquête jusqu'à la Confédération s’est développée normalement. Son histoire reflète l’état d'âine d’un peuple qu'aucune doctrine subversive n’agite ni ne trouble; et au sein même de son organisme, de sa hiérarchie et de sa discipline intérieure, l’Église canadienne grandit on peut dire dans la paix, l'harmonie et la tranquillité. Aucune théorie doctrinaire adverse, aucune pensée disciplinaire hasardeuse et nouvelle, aucun mouvement de l’esprit contraire ne vient troubler sa quiétude. Elle a conservé toute sa puissance, son influence dans son clergé comme dans le peuple. Sa forte organisation et son rôle prépondérant d'avant la conquête se continuent après la
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