‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 105 sur 120 · Ë F EL · texte numérisé non relu

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conquête au milieu d'un peuple de crovants. Aucune autre église d'Amérique n'a connu moins de défections dans ses chefs, moins de désertions dans les rangs de ses fidèles. Durant ce sièc'e. l'Église du Canada a été le principe fécond de la vie, la lumière de toute la pensée, la raison dirigeante de toute l’activité de ce pavs. Indépendante de l’État, après 1760, elle s’est identifiée au peuple d’une manière si intime, qu'elle participe en quelque sorte de son essence vitale, et ne forme plus avec ce peuple qu'un cœur et qu’une âme.

Développement. L'antique Église de Québec s’est développée sur toute cette terre du Canada et Sur une partie du territoire américain. Aux premières années du régime unitaire, elle est érigée en métropole des églises a'elle à fondées et qui deviennent ses suffragantes, Kingston, Toronto, Montréal. Ottawa, Saint-Boniface. Les provinces maritimes en 1852 acquièrent leur indépendance et l'évêché de Halifax devient par la suite le Siége métropolitain des églises de Charlottetown, Saint- Jean, Arichat, Chatham.

Diocèse de Montréal. - M gr Ignace Bourget, coadjuteur de Montréal en 1837, succéda à Mgr Lartigue en 1840. Faible de santé, mais fort de caractère, le deuxième évêque de la métropole n'a pas connu que des jours de paix. Il entreprit de doter sa ville métropolitaine de plusieurs nouvelles paroisses et il tailla un peu rudement peut-être dans le vaste domaine de l'antique paroisse de Notre-Dame qui est encore appelée simplement “la paroisse”. L'illustre évêque avait bien l'énergie un peu dure et tout ce qui lui apparut comme une tentative d'endoctrinement nouveau ou de pensée libertaire fut réprimé par lui sans ménagement comme sans faiblesse. L'Institut canadien, fondé en 1848 dans le but de former des hommes aux luttes politiques et d'aider au développement intellectuel des Canadiens, avait quelque peu versé dans le libéralisme doctrinaire de l’école française alors en pleine effervescence avec Lacordaire. Montalembert et Lamennais. I/Institut devint un fover de propagande libérale et d'esprit d'indépendance entretenu par le livre

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français, la presse canadienne, et l'influence de Papineau. Dorion, Laflamme, Doutre, Laberge, Fabre, Papin étaient à la tête de ce mouvement : ils devinrent bientot suspects à l'autorité ecclésiastique. Mgr Pourget. prenant occasion de ce que la bibliothèque de l'Institut contenait, disait-on, certains ouvrages défendus. exigea des membres un acte de soumission pleine et entière à l'autorité ecclésiastique. Il en résulta une scission et finalement l'Institut fut formellement condamné et dut se dissou-

dre (1869).

Créateur d'institutions. — C'est le p'us beau titre de Mgr Bourget. Il crée l'évêché de Saint-Hvacinthe en 1852. II fonde en 1843 avec le concours de Mme Camelin l'Institut des Sœurs de la Providence pour le soulagement des orphelins et des vicillards. La même année, le P. Durocher, O. M. I. et sa sœur Marie-Rose jettent à Longueuil les bases de la communauté des religieuses enseignantes de Jésus-Marie. Cinq ans plus tard, apparait l'institut des Sœurs de la Miséricorde de Montréal. En 1850 les religieuses de Sainte-Anne viennent augmenter le nombre des institutions enseignantes. [nfin les Sœurs du Précieux-Sang sont établies en 1861 à Saint-Hyacinthe par Mgr LaRocque. À ces communautés d’origine canadienne viennent s’en joindre d’autres d'origine française : les Frères des Écoles chrétiennes appelés de France en 1837: les Frères de la Charité pour les œuvres de réforme de l'enfance; les Pères Jésuites revenus au pays en 1842; les Clercs de Saint-Viateur en 1847, les Pères de Sainte-Croix venus la même année. Ces communautés s'occupent d'enseignement classique ou commercial. Viennent aussi de France les religieuses du Sacré-Cœur, du Bon Pasteur, de Sainte-Croix, de l’Assomption, et d’autres encore, qui pour la plupart se répandent avec une prodigieuse rapidité à travers tout le pays. Mais de toutes ces institutions religieuses, la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, fondée en Provence par Mgr de Mazenod en 1816, établie en ce pays en 1843 est l’une des plus anciennes et des plus méritantes.

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L'Œuvre des Oblats.- Mur lrovencher s'était donné un coadjuteur en 1851 dans la personne d'un Oblat, Alexandre-Antonin Taché, d'abord missionnaire à la rivière Rouge en 1845, à l’âge de 22 ans. Les Pères Oblats “envoyés pour évangéliser les pauvres” n'étaient au pays que depuis trois ans quand le jeune diacre T'aché, leur première recrue canadienne avec le P. Dandurand, (1) fut envoyé dans les plaines de l'Ouest. Devenu évêque titulaire en 1857, il choisit un coadjuteur parmi ses confrères missionnaires oblats, le Père Grandin (1859) ; puis Mgr Faraud un autre Oblat fut élu icaire apostolique d'Athabaska. Les missionnaires, français pour la plupart, couvrirent bientôt tout le territoire habité surtout par les sauvages et commencèrent vraiment l’œuvre civilisatrice si magnifiquement développée aujourd’hui. On ne saura jamais ce que ces apôtres ont souffert, peiné et subi de privations de toutes sortes: le pain, le logis, les relations sociales, tout leur a manqué durant un demisiècle de missions au milieu des sauvages de l'Ouest. Lorsque les voies de la civilisation furent par eux ouvertes et que les ouvriers de la deuxième heure eurent pénétré dans les territoires avec leurs populations européennes, les missionnaires, qui avaient pourtant tout créé là-bas, ne gardèrent pour eux que l’œuvre des missions et l’évangélisation des populations sauvages.

PROGRÈS EDUCATIONNEL.

L’instruction publique. — Chacune des deux grandes provinces canadiennes avait organisé son Système d'instruction publique selon sa mentalité, ses besoins, ses aspirations. L'Union politique ne pouvait guère amener la fusion de régimes éducationnels si différents. À la première session du parlement, il fut donc passé une loi pour continuer cette dualité du système. Il fut nommé un surintendant de l'instruction publique avec deux assistants en charge respectivement de chacun des deux

(1) Le P. Dandurand a célébré son 78e anniversaire de prétrise et le centenaire de sa naissance à Saint-Poniface le 23 mars IJIU.

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bureaux de l'éducation. Le Faut-Canada avait déjà un bureau de ce genre depuis 1824. Dans Québec c'était une innovation heureuse, M. J.-B. Meilleur, un fervent de l'instruction, fut chargé d'organiser le systéme nouveau et de donner au mouvement d'éducation une direction progressive €: sûre: plus tard il fut remplacé par M. Chauveau. Dis le Haut-Canada le révérend Egerton Ryerson a été longtemps l'esprit dirigeant de l’instruction publique, à laquelle il a donné sa forme à peu prés difinitive.

L'union politique devait amener un jour la question dite des écoles séparées. Le problème se posa bientôt dans le Haut-Canada pour les catholiques qui y devenaient de plus en plus nombreux. Les écoles séparées existaient bien de facto dans plusieurs centres, mais en 1857 une loi reconnut aux catholiques le droit à leurs écoles; elles furent subventionnées par l’État dans la proportion des taxes scolaires prélevées parmi eux: enfin la loi de 1863 consacra pour toujours le principe des écoles confessionnelles. Les catholiques n'étaient pas les seuls à demander des écoles distinctes. Au grand synode tenu à Toronto en 1856, l’évêque anglican Strachan les réclamait pour toutes les dénominations religieuses ; il se plaignait de ce que sur 3,244 écoles publiques, la prière ne se faisait que dans 450. Seule la crainte de favoriser les demandes des catholiques empêchait les anglicans de trop insister sur ce point.

Instituts religieux.—les premiers religieux enseignants venus depuis la conquête furent les Frères des Écoles Chrétiennes (1837). Ils furent appelés au pays par les Messieurs de Saint-Sulpice pour prendre charge des petites écoles de la ville de Montréal. ils se répandirent bientôt dans les autres villes de l’Union et se donnèrent sans compter à l’œuvre de l'instruction commerciale. Les Clercs de Saint-Viateur, appelés par Mgr Bourget, s’établirent à Joliette (1847), puis fondèrent plusieurs écoles dans les villes et les campagnes de notre province. Ils possèdent aujourd’hui plusieurs établissements scolaires très florissants. La Congrégation de Sainte-Croix (1847) est aussi composée de Pères et de Frères qui donnent l'instruction classique et l'instruction commerciale.

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L'instruction des filles, est confice à des “ommunautés de religieuses dont les fondations datent pour la plupart du temps de l'Union, Ce sont les religieuses du Sacré- Cœur. Les Sœurs de Jésus-Marie, les Sœurs de Sañite- Croix, les Sœurs de Sainte-Anne, et bien d'autres encore Tous ces ordres et instituts religieux s'emploient exclusivement à l'instruction et se Partagent presque tout l'enseignement commercial du pays; les instituteurs laiques squs l’Union ne suffisant plus à la besogne prennent le second rang dans la grande œuvre de l’instruction publique.

Enseignement supérieur. — C'est aussi sous l’Union que l'enseignement supérieur commercial et les études secondaires entrent dans leur plein développement. De nouveaux collèges, classiques sont fondés, des écoles normales sont établies, des académies supérieures s'ouvrent.. Les Clercs de Saint-Viateur fondent le collège de Joliette (1847) et Je collège de Rigaud (1850). Is religieux de Sainte-Croix établissent à Saint-Laurent un grand collège commercial et classique. Les Pères Jésuites, en 1848, reprennent leur œuvre d'enseignement dans leur nouveau collège Sainte-Marie. Lévis. Trois-Rivières, Rimouski ouvrent leurs portes à la jeunesse étudiante. Fondation à Québec et Montréal d'écoles normales pour la formation d’instituteurs laïques de l’enseignement. Enfin cc-1me couronnement à cet ensemble de fondations éducationnelles, l’université Laval avec facultés de droit et de médecine est fondée à Québec par l'abbé Casauit en 1852.

Dans le Haut-Canada l'instruction catholique n’est pas moins flozissante. Les écoles confessionnelles établies dans plusieurs centres canadiens ou irlandais reçoivent leur statut légal définitif (1857-63). Il convient de noter qu'à cette époque, souvent décrite comme une époqu: de fanatisme, les catholiques, soumis au contrôle du bureau de l'éducation provincial, de mentalité anglaise et protestante, ne semblent pas avoir beaucoup souffert dans leur organisation scolaire. Il arriva même que sur 530 instituteurs catholiques, plus des deux-tiers enseignaient dans les écoles communes. Plusieurs établissements d’en-

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seignement supérieur s'élévent à côté des institutions an glaises florissantes: le collège de Saint-Michel de Toronto, celui de Regiopolis à Kingston, érigé en université pour les catholiques anglais en 1866: le collège d'Ottawa, fondé par le P. Tabaret, O.M.I. en 1848 fut érigé en université civile (1866) et université catholique (1889). Le milieu politique et social où se trouve l'université d'Ottawa en a fait une institution essentiellement bilingue dès le début.

Le Haut-Canada.1e véritable créateur de l'enseignement public dans le Haut-Canada c'est bien le pasteur méthodiste Egerton Rycrson. Cet homme, d'une grande activité, fut un véritable génie d'organisation scolaire. On se plait à reconnaitre aujourd'hui qu'il a été toute sa vie un scrupuleux observateur de la lettre et de l'esprit des lois qui avaient établi les écoles confessionnelles. 1] y eut certes des luttes ardentes dues aux froissements inévitables de groupes de convictions opposées; mais au milieu de ces influences diverses qui compliquaient les problèmes, Ryerson ne dédaignait pas de prendre souvent avis du célèbre cardinal Wiseman. L'œuvre de Ryerson est aujourd'hui solidement établie et en dotant sa province d'un système d'instruction publique très fort, il s’est placé au rang des hommes bien méritants du Canada.

Plusieurs tentatives furent faites pour séculariser les universités de Toronto et de Queen's, mais toutes échoucrent grâce à l'influence de l'évêque anglican Strachan. Ce n’est qu'en 1849 que ces institutions devinrent universités d’État après une forte Campagne conduite par Robert Baldwin, collègue de Lafontaine. C’est alors que fut fondé le Trinity College sous la direction de l'évèque Strachan.

À côté des universités, il s'est fondé un grand nombre d'établissements d'études secondaires appelés Collegiates”, qui correspondent à peu près à nos collèges classiques. Ces établissements sont tous affiliés aux universités d’État et sont sous le contrôle du Bureau supérieur de l’Éducation.

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