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Unis de la vente des pécheries canadiennes. “Les commissaires anglais, écrivait Macdonald, semblent n'avoir qu'une seule préoccupation, celle de retourner en Angleterre avec un traité réglant tout à n'importe quel prix pour le Canada”. (1)
Les délégués anglais refusèrent d'appuyer Macdonald qui réclamait des compensations pour les dommages causés par les Féniens. Il n'y avait qu'à mettre en regard de cette juste demande du commissaire canadien celle des Américains au sujet de l’Alabama pour les accorder toutes les deux ou les rejeter ensemble.
Les Américains obtinrent de sillonner en toute lib=rté nos fleuves, nos rivières, nos lacs et de se servir de nos canaux, qui leur étaient tous d'une grande utilité; l’on permit aux navires cañadiens de naviguer sur les lacs Champlain et Michigan et de passer par le canal Sainte- Marie; c'était d'un avantage médiocre pour nous à cette époque. Le traité de Washington accorda à nos voisins le droit de pêche sur tout le littoral maritime de Québec, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l'ile du Prince-Édouard, avec privilège d'atterrissage sur tous les rivages pour douze ans à venir. En retour ils admettaient en franchise le charbon, le sel, les bois de construction. C'était pratiquement renouveler le traité de 1854 avec les seules clauses qui étaient favorables aux Américains. C'était un contrat unilatéral. Macdonald avait cependant réussi à faire admettre par la commission que le tr-ité serait soumis à l’approbation des Chambres canadiennes, et notre parlement ne put faire autrement que de ratifier l’arrangement en 1873. L'article 22 permettait de nommer une commission pour déterminer le montant de la compensation que les États-Unis devaient payer et retour des avantages reçus. La commission, réunie à Halifax en 1877, fixa le chiffre de la compensation à
Les Ecoles du Nouveau-Brunswick.—D'après l'article 93 de la constitution de 1867, les législatures lo- (1) C'est bien vers le même temps que Robert Lowe aurait dit à lord Dufferin, récemment nommé gouverneur général : “You ought to make it your business to get rid of the Dominion”.
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cales ont seuies juridiction en Matiére d'éducation publique. Les droits et privilèges conférés par la LOI aux écoles confessionnelles avant l'union des provinces ne peuvent être changés par aucune loi provinciale. Dans le cas d’une législation Subséquente contraire aux droits acquis de la minorité catholique ou protestante, il peut étre interjeté appel au gouverneur en conseil qui pourra désavouer telle loi, Cartier avait pensé que ce proviso légal était une garantie suffisante pour sauvegarder les droits des minorités.
En 1871 le parlement du Nouveau-Brunswick établissait un nouveau Système scolaire uniforme par lequel on privait les écoles confessionnelles de toute subvention de l’État. Le conseil des ministres fédéraux avant refusé de désavouer * ‘++ Joi, Ja question fut soumise à la Chambre fédérale (1 ’2). Le gouvernement Macdona'd, dont faisait partie Cartier, motiva son refus de désavouer la nouvelle loi provinciale, en prétextant que les éco'es confessionnelles du Nouveau-Brunswick n'existaient pas en vertu d'une loi mais plutôt d'un arrangement consacré par l'usage. Cartier et Macde- id, ‘qui admettaient
qu'une injustice avait été faite à tholiques de la province de l'Est, déclaraient tous ! que le gouverne-
ment central était impuissant à re.sccher au mal et qu'il appartenait au parlement local de réparer sa propre injustice. Après beaucoup de discussions la Chambre émit le vœu très pl'atonique de voir la législature du Nouveau- Brunswick rendre justice aux catholiques. Les adversaires de la Confédération, qui avaient reproché aux chefs du mouvement fédéraliste leur grande hâte à opérer la fédération des provinces, purent croire qu'ils avaient peut-être eu raison puisque les auteurs eux-mêmes de Ja Confédération reconnaissaient que la constitution canadienne laissait dans l'impuissance d'agir les chefs du gouvernement qui admettaient qu'une injustice réelle avait été commise. D’autres ont pensé que les Pères de la Confédération, n’ont pas réalisé en cette occasion les espérances de justice impartiale qu’ils avaient tant promise au cours des débats, ils v auraient manqué tous les premiers. En tous cas, le désaveu par un parlement central en majorité ang'ais et protestant d'une loi éduca-
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tionnelle passée par une législature anglaise et protestante est un geste que la constitution rend possible, mais qui ne s’est pas encore accompli depuis un demi-siècle de régime d'union fédérale.
Le gouvernement Mackenzie porté au pouvoir en 1873 dut se prononcer sur la question des Écoles du Nouveaurunswick. Il se refusa à amender la constitution fédérale sous prétexte que c'était poser un précédent dangereux. Il fut résolu de demander à la reine d’user de son influence pour réparer l'injustice commise, La Législature locale amenda sa loi de l’éducation en 1875, et la rendit moins exclusive des sentiments catholiques.
Septième province. — L'ile du Prince-Édouard, qu'un système détestab'e de colonisation avait empêchée longtemps de se développer, était enfin parvenue à prendre rang parmi les provinces autonomes canadiennes et comme ses intérêts se confondaient avec ceux des autres provinces du golfe, elle demanda d’entrer dans la Confédération. L'ile avait grandement souffert de l’obstination des lords propriétaires à conréder en toute propriété les terres que la couronne leur avait données gratuitement. Le gouvernement dut se rendre acquéreur du sol et indemniser ces richards accapareurs pour la plupart jamais venus au pays. Il fut accordé à la province six députés bien que sa population n’atteignit pas 100,000 habitants : elle nous donna en retour une dette de quatre millions, exigea un subside annuel de $30,000 plus une dot de $75,000. C'était pour elle une alliance avantageuse (1873).
Le premier transcontinental. Ia Colombie britannique, on s’en souvient, avait mis comme condition essentielle de son entrée dans la Confédération la construction d’un chemin de fer devant relier la province aux populations de l'Est. Il fut décidé de confier cette entreprise à des capitalistes que le gouvernement aideraït d’un subside de 25 à 30 millions et d’une concession de 50 millions d’acres de terre. Sir Hugh Allan, président de la compagnie de navigation océanique Allan, pour contrebalancer la concurrence que le Grand- Tronc tendait à lui faire, se lança lui-même dans les entreprises de chemins
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de fer. Il forma la Compagnie du “Canada Pacific Railway” (1871). De son côté Ja province d'Ontario, qui Craignait qu’un chemin de fer, reliant directement l'Ouest aux ports de l'Est, ne fût préjudiciable à ses intérêts, voulut au moins profiter des avantages immédiats de ce Contrat et M. D. Macpherson obtint des lettres patentes pour l”“Inter-oceanic Railway”. L'on reprochait à M. Allan d’avoir accepté du capital américain alors qu'on prétendait confier l'entreprise à des capitalistes canadiens : mais les millionnaires à cette époque n'étaient pas nombreux dans le pays et l’on pensa que les deux groupes de financiers réunis Pourraient mener à bien ce grand projet. Ils ne purent Cependant pas s'entendre.
Le scandale du Pacifique.— Déji sous l’Union, les élections occasionnaient bien des dépenses : les candidats n'étaient pas toujours eux-mêmes dans une situation financière très solide et le parti auquel ils appartenaient était appelé à les aider dans leur campagne. [Les Partis a/aient donc leurs amis bailleurs de fonds électoraux. Cette puissance occulte était encore considérée comme peu avouable. Aux élections générales de 1872 quelques partisans du gouvernement avaient, parait-il, eu recours aux largesses de sir Hugh Allan—on n’en nommait pas d’autres—et cette conduite apparut aux adversaires du gouvernement comme entachée d'intérêt. La découverte de ce que l’on appelait une corruption électorale fit perdre plusieurs sièges aux conservateurs aux élections générales (29 juillet 1872).
Sir Georges-Étienne Cartier, auquel on reprochait sa tendance à l’opportunisme politique, fut défait par M. Jetté dans Montréal-Est. Riel lui céda son comté de Provencher dans le Manitoba. Rodolphe Laflamme et Honoré Mercier entraient tous deux dans l'arène politique où le dernier surtout devait jouer un certain rôle. Le parti conservateur gardait le pouvoir avec une majorité réduite et incertaine qui l’abandonna bientôt.
La Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique. Ie 19 février 1873 une nouvelle com- Pagnie ayant été formée sous le nom de “Canadian Pacific
Railway” le gouvernement lui octroya des lettres patentes et lui accorda le contrat pour la construction du transcontinental.
Macpherson devait pour un temps du moins l'emporter sur son adversaire Allan, On avait donné à l'Ontario la prépondérance dans le bureau de direction de la nouvelle compagnie, alors que Allan et un seul de ses amis en faisaient partie. On prit soin également de rédiger la charte de manière à empêcher les Américains de s'emparer de l’entreprise. La compagnie allait se mettre à l’œuvre quand des complications nouvelles surgirent.
Crise politique. Au cours de la session de 1873, un député libéral, M. Huntingdon souleva de nouveau le débat sur l'affaire dy Pacifique et accusa le gouvernement d’avoir reçu de sir Hugh Allan de l’aide financière pour les récentes élections. Des lettres compromettantes établissaient même, disait-on, que l’argent était de provenance américaine. Huntingdon, qui conduisait [a lutte avec vigueur, proposa de nommer un comité d’enquête pour éclaircir toute cette affaire de contrat du chemin de fer transcontinental. Un vote de parti fit rejeter la motion; mais le gouvernement s'était mis en trop mauvaise posture pour passer outre aux révélations si précises du député libéral. Sir John suggéra de confier toute cette affaire à un comité de la Chambre pouvant recevoir les témoignages assermentés. (Cette manière de procéder fut déclarée “ultra vires” par le cabinet impérial. La session fut ajournée au 13 avril; le ministère s'était entendu avec le gouverneur pour proroger la Chambre ce jour-là et retarder probablement le règlement de l'affaire. Le jour venu, lord Dufferin, fidèle à la parole donnée à son cabinet, prorogea les Chambres; les libéraux s’abstinrent de se rendre au Sénat pour la cérémonie. Car le refus du gouverneur de suivre l'avis des ministres aurait équiva!u selon Dufferin à un vote de non confiance dans ses aviseurs et c’eut été admettre, au moins implicitement, leur cu'pabilité avant qu’elle ne fût établie. Le cabinet nomma alors une commission royale composée de trois juges pour enquêter sur les accusations portées par Huntingdon ; celuici compliqua l’imbroglio en refusant de comparaître de-
vant cette cour, dont la nomination lui paraissait partiale et attentatoire aux prérogatives du parlement.
Chute du ministère,— 1e chef de l'opposition libérale, mit fin à ce scandale en proposant un vote de censure du ministère. La discussion qui suivit laissait assez prévoir le résultat du vote qui serait donné et le cabinet Macdonald donna sa démission sans attendre le verdict du parlement. Cette accusation spécifiue portée contre l'honnêteté politique du gouvernemen. de sir John ne put être prouvée ni rejetée.
Le chef libéral fut appelé à former un cabinet, lequel fut souvent remanié durant les cinq ans de son existence laborieuse.
Ministres canadiens fra-:çais.—Le gouvernement Macdonald, qui Compta vingt-quatre ministres (1867-73), s'était adjoint quatre ministres canadiens français: sir Hector Langevin, sir Georges-Étienne Cartier, J. Charles Chapais et Théodore Robitaill. Le cabinet Mackenzie (1873-78) nous a donné huit ministres: sir Antoine-Aimé Dorion, Télesphore Fournier, Rodolphe Laflamme, Letellier de Saint-Just, C.-A.-P. Pelletier, Félix Geoffrion, Joseph Cauchon et Wilfrid Laurier.
Cartier. Sir Georges-Étienne Cartier, que vingtcinq ans de luttes parlementaires avaient usé, était passé en Éurope pour refaire ses forces ; il mourait à Londres le 20 mai 1873 à l’âge de cinquante-neuf ans. Le patriote de 1837 est iuonté au premier rang de la scène politique et durant un quart de siècle on peut dire qu’il a dirigé les destinées de son pays. Doué d'une activité merveilleuse, d’une énergie sans limite, il a accompli de grandes
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œuvres. Si le succès est la mesure du mérite, on peut dire que Cartier est au premier rang de ceux qui ont bien mérité de la patrie. On dit qu'on lui doit la Confédération canadienne, et l’on en a fait son plus beau titre de gloire. L'opportunisme politique de l’homme de parti ne peut amoindrir l'œuvre de l’homme public qui a dépensé sa vie avec une grande sincérité au service de son pays. (Cartier est l’artisan principal de la codification des lois canadiennes : il abolit aussi la tenure seigneuria'e, il s’'employa sans cependant y réussir complètement à consolider dans l’Acte de l'Amérique du Nord les droits acquis des minorités: mais l’histoire s'étonne parfois que cet homme d’État ait laissé sortir du pays des centaines de mille franco-canadiens sans rien fairoù à peu près pour les! retenir : par une étrange contra dction Cartier, qui a dépensé le meilleur de sa vie à agrandir le Canada, a négligé l’œuvre essentielle de la colonisation ; l'exode chaque année de milliers de Canadiens a eu lieu précisément aux jours de la splendeur de son gouvernement. Le nom de Cartier s’est identifié avec la politique canadienne, le développement du Canada dans l'Ouest, les entreprises nationales de chemin de fer, la codification des lois, mais ce grand nom n’est pas Connu parmi les défricheurs du sol.
Alexandre Mackenzie.— ].e parti conservateur, qui commandait la majorité, tomba dans la minorité après la chute du gouvernement. Le scrutin avait fait voir que le parti en avait perdu au dehors, et cette défection se continua en Chambre ; Mackenzie fut à peu près assuré du vote libéral devenu prépondérant ; la défection d’un jour était devenue permanente pour plusieurs.
Le gouvernement Mackenzie, ordonna de nouvelles élections en 1874 et l'électorat lui donna une très forte majorité; il prenait cependant le pouvoir à un moment difficile. La question du soulèvement des métis du Mamitoba et celle du nouveau transcontinental ne pouvaient se régler sans soulever les préjugés ou les conflits d’intérêts.
Mackenzie, que son trava son énergie, avait fait passer du métier de maçon au poste de premier ministre
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de son pays, n'était pas un meneur d'hommes comme Macdonald. Dans cet édifice national, que de nouveaux plans avaient si largement agrandi, il pouvait bien poser Pierre sur pierre, monter étage sur étage, avec une grande sûreté d'exécution, mais il était moins capable d'en changer les plans, d'en imaginer des devis nouveaux, nécessités par un ensemble de matériaux modernes et des besoins toujours grandissants que les premiers tracés ne marquaient pas. C'était un maçon non un architecte. Les bases de l'édifice avaient été posées par l’Acte constitutionnel de 1867 ; le reste de Ja construction devait se fa:-e selon les besoins présents et à venir. Il fallait construire pour longtemps.
Maintenant que les principes généraux touchant les problèmes d'ordre moral, social, religieux étaient à peu près établis, l’œuvre du gouvernement central devait porter davantage sur le développement économique du pays dans la finance, l’agriculture, 1e commerce et l'industrie. C'est maintenant le grand problème de la production et de la consommation qui se pose dans un pays grand comne l’Europe et dont la très faible population dispose de richesses naturelles innombrables.
Le Parti national.—] on a vu sous l’Union comment le parti canadien, le parti libéral de l’époque avait, avec Lafontaine et Cartier, fait alliance avec les conservateurs du Haut-Canada. Il en était résulté le parti libéral-conservateur, devenu bientôt le parti conservateur. D'autre part, ceux qui avaient conservé leur allégeance libérale s'étaient alliés avec les clear grits de l'Ontario, et de cette alliance était sorti le parti franc libéral. Ce parti comprenait ceux qui continuaient sous le régime de l’Union l’œuvre de Papineau. Les chefs libéraux francocanadiens avaient, nous l'avons vu, donné dans le mouvement libéral doctrinaire. Tous à peu près étaient membres de l’Institut canadien. L'autorité ecclésiastique ayant condamné l’Institut, ces chefs de groupe et le parti libéral tout entier, furent atteints par cette condamnation, et les libéraux canadiens eurent à souffrir longtemps de cette quasi-inféodation du parti libéral à l’école libérale franaise; pendant longtemps des influences diverses rendi-
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