GOUVERNEMENT CONSERVATEUR
Reprise du bouvoir.-—les élections de 1878 se firent surtout sur cette grande et importante question du tarif. Mackenzie, qui avait négligé l'étude sérieuse de ce problème et qui par conséquent n'avait pu se présenter au peuple avec un programme bien défini, fut renversé du pouvoir aux élections du 28 septembre. Macdonald remporta une victoire éclatante ; 146 conservateurs étaient é'us contre 60 libéraux.
Le nouveau gouvernement se déclara franchement protectiorniste et se mit aussitôt à l'œuvre; il suréleva les barrières de douane, surtout à la frontière américaine, pour tous les produits que nos propres industries manufacturaient déjà où pourraient bientôt fabriquer. Les événements ont prouvé que cette politique 4e protection de notre industrie manufacturière était venue à son heure tout comme une politique un peu différente adoptée vingt ans plus tard ajoutera encore à notre prospérité.
Le second problème à régler c'était le chemin de fer transcontinental ; le gouvernement y donna toute son attention.
Nouveau projet.—Sir Charles T upper présenta au mois de mai 1879 un nouveau projet—c'était le troisie- Mmé—au nom du gouvernement conservateur. La construction du chemin de fer serait confiée à une commission gouvernementale à laquelle il serait donné 100 millions d’acres de terre Pour se procurer des fonds et dont les emprunts seraient garantis par le gouvernement impérial. Ce dernier refusa d'assumer une aussi lourde responsabilité; c'était un nouveau retard. Ii fut donc décidé de construire 125 milles de chemin de fer en Colombie en attendant le parachèvement du transcontinental. L'entreprise fut commencée, d’après ce plan: mais une commission de surveillance fit rapport après deux ans
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(1881) que les traviux coûtaient des sommes fabuleuses, que la nomination aux emplois et les contrats particuliers amenaient la corruption politique et que les travaux avan- Çaient avec une extrême lenteur.
L'on avait essayé tous les systèmes, aucun n'avait réussi: compagnies privées, travaux publics, subsides fédé- AUX, Commission indépendante. On en revint à l'idée premiére de confier l'entreprise à une compagnie privé avec le concours et l’aide du gouvernement,
Le dernier plan. \u mois de septembre 1881, le souvernement annonça qu'un contrat définitif avait été passé avec la Compagnie canadienne du Pacifique, formée de capitalistes français, anglais et américains. Ce Puissant syndicat prenait à sa charge la construction complète du transcontinental d'un océan à l’autre aux conditions suivantes : un octroi de 25 millions en argent, 20 millions d‘acres de terre divisés en sections carrées de 640 acres alternant avec des sections de pareille étendue des terres de la couronne et s'étendant sur 24 milles de profondeur de chaque côté de la voie ferrée : privilège exclusif durant 20 ans sur un territoire de 20 milles au sud du Pacifique sur tout son Parcours; exemption de taxes générales et locales durant 20 ans. Le Compagnie promettait l’entier parachèvement de la voie ferrée pour le ler mai 1891. Ie &ouvernement abandonnait à la Compagnie les tronçons déjà construits sur les points les plus difficiles du parcours. En plus de tous ces avantages, la Compagnie renouvela souvent des appels de se- COUTS au gouvernement durant toute la durée des travaux. L'homme à qui l’on est redevable du succés définitif de cette entreprise d'utilité nationale fut sir Donald Smith, devenu ‘lus tard lord Strathcona qui v risqua sa fortune jusqu'au dernier sou et en fit véritablement l'œuvre de sa vie.
Une œuvre nationale,—Cette fois le projet fut réalisé au-delà de toutes prévisions et en novembre 1885 le chemin de fer canadien du Pacifique était complètement
terminé, couvrant plus de 3,000 milles ; l'immense territoire de POuest, que jes communications naturelles re-
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liaient plutôt avec la République du sud, était pour toujours réuni aux vieilles provinces du Canada. L'on est aujourd’hui plutôt enclin de rejeter dans l'oubli les cris au scandale, les sacrifices en hommes, en argent et en terres quand l'on songe aux avantages sans nombre que notre pays a retirés de cette gigantesque entreprise due à l'initiative de sir Hugh Allan et au génie non moins entreprenant de cet Écossais, parti sans souliers de ses montagnes d'Écosse et que l’amour du travail et l’énergique volonté a conduit au parlement de Westminster, lord Strathcona.
L’insurrection du Nord-Ouest. Ie gouvernement Canadien avait promis de donner aux métis du Manitoba chacun 240 acres de terre en compensation des dommages subis par suite des arpentages nouveaux. Les métis en dehors de la province avaient été oubliés dans cet arrangement et ils réclamaient auprès du gouvernement. Le Conseil d'administration des Territoires, l’évéque de Saint-Boniface et le commissaire enquêteur du gouvernement furent unanimes à soutenir les réclamations des métis. De son côté le parlement autorisa le gouvernement à prendre des mesures pour satisfaire les intéressés qui demandaient à peine 100,000 acres de terre. Après 15 ans d'attente, le soulèvement éclata parmi les métis et les sauvages du Nord-Ouest. Il en coûta au pays 7 millions en argent et 150 pertes de vie.
La rébellion.—Iles métis envoyèrent une députation auprès de leur ancien chef, Louis Riel, qui vivait paisiblement dans l’état du Montana. Riel se rendit dans les Prairies en juillet 1884. Au mois de mars 1885 un gouvernement provisoire fut établi dans les Territoires. Une déclaration des droits des métis fut envoyée à Ottawa, qui refusa de traiter avec les rebelles et envoya des troupes pour réprimer ce soulèvement. Le générai Middleton se rendit dans les Prairies à la tète de quelques bataillons de volontaires.
Le 26 mars Gabriel Dumont, l’un des chef: métis, défit le major Crosier, surintendant de la police du Nord- Ouest, à deux milles du Lac-au-Canard, il lui tua 14 hom-
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mes et le força à sc retirer. Le 3 avril les compagnons de Gros-Ours, chef sauvage en révolte, assassinèrent au Lac-à-la-Grer >rille les pères oblats Marchand et Fafard et six aut +s persontes; le 24 Middleton eut un engagement à l’\nse-aux-l'.ssons avec les métis qui lui tuerent 11 v’ 'ontaires et en b'essèrent 50. Le colonel Otter, chargé d'atiaquc: les sauvages de Poundmaker, à la réserve du Couteau-Fendu, engagea la bataille le 2 mai avec le chef indien, qui tua 8 hommes et en mit 20 autres hors de combat ; il se retira à Battleford.
‘nfin le 9 mai le général Middleton, avec le gros des régiments volontaires, attaqua les métis à Batoche le principal centre de résistance. Protégés par des tranchées. les compagnons de Riel et de Dumont résistèrent quatre jours aux soldats disciplinés du général canadien. Ils manquérent enfin de munitions et Middleton se rendit maitre de la place. Riel se livra trois jours après. Gros- Ours et Poundmaker déposèrent aussi les armes et furent faits prisonniers. Dumont s'enfuit aux États-Unis. L'insurrection était vaincue.
Riel fait prisonnier fut remis à la justice civile, accusé de haute trahison, trouvé coupable et pendu à Régina (16 nov. 1885). Sa réelle folie mystique l'avait exalté au point de le porter à se croire l’envoyé de Dieu pour la liberté des peuples. C’est à cette occasion que Macdonald aurait dit à Chapleau qui voulait gracier Riel: “Je le veux bien, mais demain nous aurons la guerre civile”. Riel monta sur l’échafaud à la satisfaction des uns et au grand scandale des autres.
Politijie protectionniste.— Après la chute du gouvernement Mackenzie en 1878, nous avons vu comment, le parti conservateur, dirigé par Macdonald, avait adopté une politique économique dite nationale, c’est-àdire protectrice de l’industrie canadienne dans toutes ses branches. Les houderies de Washington avaient décidé le gouvernement canadien à prendre les moyens d’empêcher la concurrence américaine sur nos marchés et de favoriser en même temps l'expansion de l’industrie: le but était juste et bon, mais les années qui suivirent démontrèrent qu'il ne suffit pas d’encourager le dévelop-