‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 110 sur 120 · LAON DO · texte numérisé non relu

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pement des fabriques, mais qu’il faut encore placer nos produits, et compenser par une augmentation proportionnelle du revenu l’excédant des charges que cette même protection occasionne au budget du consommateur. Autrement dit le peuple qui travaille doit retirer de son travail un surplus suffisant pour équilibrer au moins l'excédent de ses dépenses que les hauts tarifs élèvent nécessairement. Tel est le principe général ; en pratique l’application de cette maxime se complique des relations du travail avec le capital et ce dernier ne manque pas toujours l’occasion de diriger à son avantage d’abord les meilleures lois protectionnistes. Quoi qu’il en soit, le Canada, dans la décade de 1880-90, n'avait pas encore vu tous les avantages de la politique dite nationale se réaliser et l’on se demandait si la voie suivie jusqu'alors était bien la meilleure.

L’on peut dire que tout le parti conservateur sous la forte emprise de Macdonald était à peu près unanime dans sa politique de haute protection de l’industrie productrice. Mais si l’on en croit sir John lui-même, les barrières aussi hautes que possible élevées à la frontière américaine avaient aussi pour but d'interdire au Canada les relations trop faciles, dangereuses pour son allégeance politique. Macdonald et les siens, semblaient croire que les rapports de commerce avec ses voisins entraineraient bientôt le Canada dans la grande République et cela l’école impérialiste d'Angleterre, représentée ici par le groupe de la ligue de l'empire britannique, ne le voulait pas. Ce groupe déjà actif à cette époque avait moins pour devise le “Canada d’abord”, que l““Empire d’abord” et jetait à tous les vents l’idée d'une fédération impériale réunissant tous les dominions dans un parlement anglo-colonial.

L’Ecole libérale.—]e parti libéral sous la direction de Mackenzie n'avait pas encore formulé de politique économique bien définie : lorsque Edward Blake en eut pris la direction en 1881, trois grandes éco'es se formérent dans ses rangs ayant chacune un système à base commune: l’abaissement des douanes avec le pays qui pouvait davantage nous favoriser de ses produits et

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Les libéraux étaient maintenant unanimes à réclamer un changement de politique fiscale et une plus grande liberté de commerce avec les États-Unis. À la conférence des provinces tenue à Québec en 1887, ce principe fondamental des libéraux fut admis par la très grande majorité des délégués de toutes les classes du commerce et de la finance. L'École libérale préconisait trois systèmes différents.

L'union commerciale, lancée par Richard Cartwright, libéral éminent, était bien le système le plus répandu et le plus en faveur. Ce n’était pas celui des premiers chefs, mais celui d’une grande partie de la population, désireuse avant tout d'essayer d’un changement, la politique soi-disant nationale ayant créé du malaise. D'autres, allant moins loin peut-être, réclamaient la réciprocité générale de tous les produits, sir Oliver Mowat était à la tête de ce groupe qui devait survivre aux autres et faire adopter par tout le parti sa politique réciprocitaire grandement mitigée. Enfin Edward Blake, chef des libéraux de 1881 à 1887 favorisait tout simplement le libre-échange entre les deux pays. C'était l’école la plus avancée, et la plus en opposition avec celle des conservateurs.

Macdonald et ses amis ne s’attaquèrent pas au principe fondamental de la politique économique libérale, mais se jetèrent dans la lutte au cri de : “pas d’annexion”. Pour eux le libre commerce avec les États voisins devait conduire à l'annexion. À cela les libéraux répondaient avec force que les avantages qu’apporterait la réciprocité commerciale feraient mieux aimer les institutions politiques qui nous les assureraient. D'ailleurs, disait-on, admettre que les avantages de la réciprocité feraient désirer l'union politique, c'était admettre que la politique libérale était bien celle qui amènerait la prospérité au pays. N'’était-ce pas en effet reconnaitre la valeur du principe à son mérite même? La position devenait difficile pour les protectionnistes à outrance; d’autre part cette image d’annexion pré-

sentée sous les couleurs les plus frappantes, devint pour plusieurs un épouvantail; les libéraux, taxés partout de desseins déloyaux envers la couronne, durent s'arrêter à un programme beaucoup moins large. On demanda simplement la réciprocité limitée à quelques produits et les conservateurs faisant des concessions voulurent ressusciter le traité de Washington de 1854. Les États- Unis s’y refusèrent et la politique protectionniste dut rester en vigueur.

Wilfrid Laurier.—Aux élections de 1887, les conservateurs furent maintenus au pouvoir par une majorité réduite; Edward Blake s'était retiré de l'arène politique et pour la première fois depuis la Confédération un Canadien français prit la direction du parti libéral. Wilfrid Laurier était en parlement depuis 1874. La politique indéfinie, vague, flottante de son parti ne lui avait pas permis de jouer jusque-là un rôle prépondérant, il fallait d’ailleurs à ce Français d'origine plus que des qualités ordinaires pour le porter au premier rang. IT y parvint en 1887: il ne lui fallut pas moins de neuf ans pour donner à son parti, languissant depuis quarante ans, une organisation homogène, une force agissante, la vie enfin. Les conservateurs ont pu parfois s'imposer au groupe français et catholique, les libéraux depuis Dorion, Laflamme, Mackenzie et Blake doivent s'appuyer sur les deux groupes d’origine différente qui composent ce pays et l’homme qui les dirige doit avoir des ressources infinies, des moyens d’action innombrables. Cette dualité d’appui, peut devenir une cause puissante d’union ou de désunion.

Sir John-A. Macdonald. ]+e premier ministre du Canada mourut le 6 juin 1891. L'homme, qui gouverna le pays durant plus de 30 ans, fut sans contredt l’un des plus grands politiques que le Canada ait eus depuis la conquête. Macdonald était un habile conducteur d'hommes; s’il n’avait pas le génie des grandes innovations politiques, il avait trés certainement l’acuité compréhensive des circonstances, des événements et des choses. Ce n'était pas un génie créateur, mais un génie

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d'artisan de grande envergure. Durant tout le premier quart de siècle de la Confédération, l’on peut dire que le peuple du Canada fut largement inféodé à la politique de cet homme. C'était le plus libéral des conservateurs. Les hommes publics sortis de l’Union et passés à la Confédération sont un peu éclipsés par sa forte personnalité qui les dépassait tous en se servant de tous. Aussi le parti conservateur, qui gardera encore cependant le pouvoir durant cinq ans, a perdu son chef et quatre chefs nouveaux tentent en vain d'assumer cette succession.

Quatre ministères.—$Ses successeurs sir John Abbott (16 juin 1891), sir John Thompson (25 nov. 1892), sir Mackenzie Bowell (21 déc. 1894), sir Charles l'upper (ler mai 1896), étaient tous assurément des hommes de valeur. Mais la personnalité de Macdonald s'était trop identifiée avec la politique d'alors pour permettre à tout autre de s'imposer aux hommes et aux choses du temps. D'ailleurs la question des écoles du Manitoba devenait menaçante; elle devait quatre ans plus tard faire perdre le pouvoir au politique pourtant habile et puissant qu'était sir Charles Tupper.

Durant ces cinq années, il se fit quarante-cinq changements dans le ministère fédéral.

Les pêcheries de Behring.—]les Américains, qui avaient acheté de la Russie le territoire de l'Alaska en 1867, prétendaient nous fermer l'accès aux pécneries du phoque dans la mer de Behring. La compagnie américaine des pêcheries de l'Alaska s'empara même de quelques vaisseaux de pêche anglais et le différend menaçait de soulever des complications sérieuses. Enfin en 1893, une commission internationale de six membres se réunit à Paris pour discuter des intérêts en cause et la décision de ce tribunal d'arbitrage fut rendue en faveur des prétentions canadiennes.

Ecoles du Manitoba.Un quart de siècle n’était pas écoulé depuis la fondation du Canada fédératif que ceux qui s'étaient opposés à la venue des Canadiens franais dans l'Ouest, éprouvèrent les malheureux résultats de leur politique imprévoyante. Les Anglais, autrement

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bien avisés, avaient su diriger de ce côté une immigration constante des leurs et les catholiques étaient bientot passés dans le groupe de la minorité toujours plus faible en raison de l'accroissement du groupe adverse.

C'est alors qu’en 1890 le gouvernement libéral du Manitoba fit adopter par le parlement provincial une loi de l'instrution publique, qui supprimait de fait les écoles confessionnelles établies avant et depuis la constitution provinciale du Manitoba (1870). Les catholiques, se prévalant du droit de désaveu par le gouvernement central de teute loi provinciale contraire aux droits scolaires reconnus aux minorités lors de la Confédération, portèrent leur cause devant le gouverneur général en conseil. Ils attaquèrent également, devant les tribunaux la légalité constitutionnelle de la loi et le Conseil privé jugea en dernier ressort que la loi, légale et valide en soi, pouvait être désavouée par le parlement canadien. Le gouvernement central adopta les vues des catholiques et mit en demeure le gouvernement Greenway de modifier sa loi en conséquence. Le gouvernement provincial n’en fit rien et après bien des tergiversations, ie ministère Bowell réunit le parlement canadien pour lui soumettre une loi libératrice.

Une crise se produisit au sein même du ministère et sept ministres offrirent leur démission (7 janvier 1896). Le parti libéral avait dès lors adopté une ligne de conduite différente et promettait de régler la question par des voie: de conciliation et de compromission. Le parlement, avant d’avoir pu se prononcer définitivement fut dissous, son terme d'office étant expiré et Bowell céda la place à sir Charles Tupper, rappelé d'Angleterre pour prendre la direction du parti conservateur en désarroi. Les élections générales eurent lieu deux mois après (juin 1896).

Les chefs catholiques, qui avai, nt mis toutes leurs espérances dans l'efficacité d’une loi “remédiatrice”, s'étaient trouvés forcément unis au parti conservateur et par là même jetés en pleine lutte politique, en faveur d’un parti dirigé par un Anglais protestant, et contre le parti libéral qui avait à sa tête Wilfrid Laurier. À cette anomalie s'ajoutait encore la perspective non moins anormale de

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voir les plus purs tories orangistes se ranger sous la bannière libérale. Le spectacle ne manquait pas d’être intéressant. La lutte électora'e se fit au milieu des préjugés de toutes sortes. Pour un temps, en certains milieux, les libéraux apparurent sous les couleurs les plus fantastiques; on était revenu au temps des “ bleus ” et des “ rouges ” de Macdonald et de Dorion. La tempête se calma et le parti libéral fut porté au pouvoir après 18 ans passés dans l'opposition.

Les élections de 1896. 1: question des écoles du Manitoba, la plus importante de celles qui étaient soumises à l'électorat canadien, ne fut cependant pas le seul facteur de la victoire libérale de 1896. Le parti conservateur, longtemps dominé par la haute personnalité de Macdonald, s'était comme effrité sous les quatre ministères qui suivirent tandis que le groupe libéral au contraire s'était renforcé de personnalités puissantes : Tarte, Blair, Fitzpatrick, Aylesworth, Lemieux, Sifton étaient des lieutenants dignes du chef. D'autre part la politique fiscale protectionniste des conservateurs était depuis longtemps en vigueur et dans l’ordre économique comme dans tous les genres d'activité, la stabilité constante use les énergies, alors que les changements en provoquent de nouvelles. Le parti libéral prit le pouvoir dans des circonstances particulièrement favorables, le régime défunt avait vieilli, des hommes nouveaux avaient donc grande chance de succès.

Un compromis.—]e gouvernement Laurier se mit aussitôt à l’œuvre et rouvrit la question des écoles du Manitoba avec le gouvernement provincial. Il était difficile d'obtenir tout ce que demandaient les chefs catho-

liques, mais les deux gouvernements libéraux en arrivérent à un compromis qui ne parut guère satisfaisant aux catholiques, mais dont ils durent se contenter pour lors; il était reconnu aux minorités le droit d'enseignement religieux dans les écoles à une certaine heure du jour, et le droit de choisir les principaux livres de class:s ; le gouvernement devait aussi leur accorder une gratification annuelle pour le soutien de ces écoles.

Les malentendus, soulevés durant la campagne électorale, étaient parvenus à la connaissance du Saint-Siège, qui envoya Mgr Merry del Val enquêter sur la situation. Léon XIII dans la lettre encyclique Affari z'os conseilla d'accepter le nouveau modus vizendi tout en reconnaissant la justice des droits réclamés. Cette mesure disciplinaire fut diversement interprétée, mais les réclamations se firent moins vives. Les catholiques du Manitoba en maints endroits soutiennent leurs écoles séparées par leurs contributions volontaires alors qu'ils aident par l'impôt au soutien des écoles publiques qu'ils ne fréquentent pas.

Question de l’Alaska.-Ies lignes frontières en Alaska entre les possessions britanniques et le territoire de la Russie avaient été marquées en 1825. La partie du territoire russe, vendue aux États-Unis en 1867. s'étendait entre le détroit de Behring et le 141° de longitude et se continuait le long de la côte vers le sud-est jusqu’à l'ile du Prince de Galles. Ce littoral russe devenu américain pénétrait dans les terres canadiennes jusqu'à dix milles marins de la côte.

Lorsqu’en 1896 des gisements aurifères furent découverts en territoire canadien, dans cette partie de {'Alaska appelée aujourd’hui le Yukon, les Américains soulevèrent la question des frontières de l’Alaska et prétendirent à contrôler les avenues conduisant au Klondyke. Le traité de Washington de 1871 accordait cependant la libre navigation aux deux pays sur les rivières Yukon, Porcupine et Stikine. L'on fit plusieurs tentatives pour en arriver à un arrangement ; mais ce n’est qu'en 1903 que l'affaire fut confiée à un tribunal d’arbitrage, composé de trois Américains, de deux Canadiens et du juge en chef de l'Angleterre.

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Les Américains prétendirent que les dix milles marins devaient suivre les sinuosités de toutes les baies, dont quelques-unes pénètrent profondément dans les terres Ils obtinrent presque tout ce qu'ils exigérent, car l'arbitre anglais se rangea de leur côté. Le président Roosevelt considéra la victoire de ses représentants comme le plus grand succes diplomatique du siècle.

Sir V'ilirid Laurier fut d'avis que désormais le Canada devait prendre en mains ses intérêts diplomatiques.

Le Grand-Tronc-Pacifique. — |: construction du chemin de fer canadien du Pacifique était une entreprise gigantesque pour l'époque. C'était en quelque sorte une œuvre de génie. Une autre du même genre devait s'accomplir quelques années plus tard sous le gouvernement Laurier. Vers 1900 l'idée fut lancée d'un nouveau transcontinental reliant par voie ferrée les deux grands Océans. Cette fois l'initiative était prise par la Compagnie du Grand-Tronc qui ambitionnait de prendre sa part dans le développement de l'Ouest et faire concurrence à la Compagnie canadienne du Pacifique. L'entreprise fut donc décidée en principe, il restait à déterminer le tracé et les moyens de construction. De nos jours la question des transports est devenue d’une importance capitale pour notre pays, dont l’immense étendue n’a d’égale que sa Capacité de production sans limites. Le problème se complique de la rapidité et des taux des transports.

Israël Tarte, dont la vaste compréhension embrassait les problèmes les plus ardus, favorisait la création d’un transcontinental, qui se ferait par voie d’eau à partir des grands Lacs jusqu’au Golfe en reliant les Lacs par les canaux Welland et de la Baie Georgienne. C'était le système de transport le plus économique mais aussi le plus lent. On s'arrêta plutôt au principe de l’économie du temps et l’on fixa le tracé plus au nord coupant les provinces dans leurs parties septentrionales, traversant des régions encore inexplorées. Le fleuve Saint-Laurent était bien le plus fort obstacle dans l'accomplissement de ce projet nouveau et il a fallu quinze ans pour jeter sur les deux rives un pont de 3000 pieds soutenu seu'ement par deux pilliers monstres où s’arc-boute l'arche centra'e

de 1,500 pieds et dont le tablier s'élève à 45 mètres audessus du fleuve. Le gouvernement prit à sa charge la construction du fameux pont de Québec et de tout le réseau à l’est de Winnipeg. C’est aujourd’hui un fait accompli.

Nouvelles provinces. — Ie troisième parlement libéral élu en 1904 fut saisi de la question d'établir dans les territoires du Nord-Ouest, deux nouvelles provinces canadiennes. La politique d'immigration intense, inaugurée pour ainsi dire par le gouvernement Laurier, avait amené dans les territoires près d’un million d'hommes. et l'administration par un conseil relevant d'Ottawa ne répondait plus aux besoins des temps nouveaux. Il fut donc décidé de tailler dans le vaste domaine de 1" Juest deux nouvelles provinces, la Saskatchewan et l'Alberta, délimitées tontes deux en rectangles longitudinaux du 49 au 60° de latitude.

Deux questions importantes soulevèrent une très vive discussion à la session de 1905. Dans le dessein d'éviter pour l'avenir les difficultés scolaires du Nouveau-Brunswick (1872) et du Manitoba (1890), sir Wilfrid Laurier, qui présenta la loi à l'approbation des Chambres, avait dans une clause inséré le droit des minorités à leurs écoles séparées.

Le parti conservateur anglais, renversé en 1896 sur la question du Manitoba, ne parut pas disposé, étant dans l'opposition, à sacrifier encore cette fois au principe de ces écoles; quelques libéraux anglais semblaient . aussi tout prêts à voter contre leur parti sur cette question. Devant cette opposition décidée, le gouvernement amenda son projet de loi de manière à concéder aux minorités des nouvelles provinces un minimum de droits, que la majorité libérale était disposée à accepter. M. Henri Bourassa et quelques autres députés libéraux canadiens français se séparèrent alors de leur parti. M. Bourassa se fit le défenseur de l’école séparée, pour laquelle il revendiqua l'autonomie intégrale. La loi fut votée telle qu’amendée.

La question des terres de la couronne souleva également une discussion importante ; les nouvelles pro-

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