‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 112 sur 120 · GOUVERNEMENT CONSERVATEUR · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT CONSERVATEUR

Défaite des libéraux.—]1cs libéraux décidèrent d'en appeler au peuple sur la question de réciprocité canado-américaine. Le parti conservateur était plus fort sur ce terrain que sur tout autre et à la dernière session (1911), il avait fait une lutte inlassable au projet ministériel. D'autre part le mouvement nationaliste s'était fort répandu surtout dans la province de Québec. Dans cette province la question de réciprocité perdit de son importance devant celle de la marine de guerre. La campagne électorale fut conduite presqu'entièrement sur la loi de la marine, que les candidats nationalistes s'engageaient tous à faire rappeler.

Dans Ontario et les autres provinces la réciprocité était au premier plan dans la campagne électorale ; et comme en 1878 les libéraux furent dénoncés comme déloyaux. Le traité de réciprocité en 1854 avait assuré au pays des avantages que Macdonald avait en vain essayé de conserver, les changements douaniers de 1897 avaient aussi amené une grande prospérité commerciale, mais cette fois la vague impérialiste fit oublier ces deux précédents

heureux. Le gouvernement libéral fut renversé et les conservateurs, aidés de 25 votes nationalistes québécois, reprenaient le pouvoir; M .Robert Laird Borden devint premier ministre.

Partage de territoire. Dès la session de 1912 le gouvernement Borden, se rendant aux sollicitations des provinces de l'Ouest, présenta un projet de loi pour reculer vers le nord les limites de ces provinces ainsi que celles d’Ontario et de Québec. Cette dernière province fut agrandie de tout le territoire de l’'Ungava jusqu’au Labrador. La question des écoles fut rouverte encore une fois pour les provinces des Prairies; mais le parti conservateur, qui se souvenait sans doute de son expérience (1896), n’était pas disposé à sacrifier encore cette fois son existence pour l'avantage de la minorité qui réclamait pour les territoires annexés les écoles séparées. Le gouvernement défunt, qui avait mis en doute le principe coercitif du bill “remédiateur” de 189%6, ne pouvait guère admettre et défendre aujourd’hui ce même principe; de sorte qu’il ne restait que les quelques indépendants et les nationalistes qui pouvaient librement réclamer au nom de la minorité. Ce fut la première épreuve à laquelle fut soumise leur allégeance politique : ils passèrent du côté du pouvoir, à l'exception de M. Monk et de quelques autres. M. Monk était une personnalité marquante au sein même du cabinet; il était ministre des travaux publics. Ne pouvant ni ne voulant voter avec le gouvernement, il préféra donner sa démission. Aucun de ses collègues ne le suivit dans cette voie. La loi scolaire fut donc passée comme le voulait le gouvernement avec un minimum d'avantages pour les catholiques du Nord-Ouest, qui ont à peu près essayé de tous les movens constitutionnels à leur disposition pour assurer l’existence légale de leurs écoles séparées que la majorité anglaise protestante refuse de reconnaitre.

Les 30 millions.— Ie parti conservateur, qui avait voté avec le parti libéral le principe de participation à la défense de l'empire, n'avait pourtant pas approuvé la politique du gouvernement précédent qui avait fondé une

marine canadienne en conformité avec le principe posé en 1909. Arrivé au pouvoir, il ne crut pas devoir rappeler la loi Laurier comme quelques-uns s’y étaient engagés, mais il décida de faire à la mère patrie un don de 30 millions. M. Borden, qui était passé en Angleterre en 1912, en était revenu, convaincu paraît-il qu'il y avait danger d’une guerre avec l'Allemagne et qu’il fallait faire quelque chose pour l'empire. Cette politique nouvelle de contribution directe tout comme la marine Laurier fut combattue par les nationalistes qui s'étaient attaqués au principe même posé en 1909. L'on était alors sous l'impression que l’une ou l’autre forme de contribution à la défense impériale n’était qu’une manœuvre des impérialisants pour amener le Canada à la fédération des colonies avec la Grande-Bretagne.

Les nationalistes avaient une route autre politique. Ils rejetaient l’idée de toute contribution directe ou indirecte à la défense de l’empire en dehors des limites du Canada ou tout zu moins l'imposition d’une telle contribution sans une coisultation populaire. Ils ne rejetaient pourtant pas l’idée de venir en aide à l'Angleterre de quelque manière ; mais pour eux, la forme la plus efficace et la mieux porportionnée à nos moyens c'était de développer le plus possible notre production agricole et même manufacturière en conservant ici pour le rendre plus fructueux tout notre capital en hommes et en argent.

La guerre.-— Marine Laurier, contribution Borden, étaient deux manifestations de l'impérialisme qui agitait partout le spectre du péril allemand que l’on disait à nos portes. Personne ne paraissait au juste en connaître toute l’imminence, lorsque tout à coup il se dressa devant nous terrible et menaçant. L'Allemagne, poussée depuis 40 ans dans la voie du militarisme, ambitionnait e démontrer au monde sa puissance de destruction.

Un étudiant serbe avait assassiné le prince héritier Ferdinand d'Autriche à Sarajevo au mois de juillet 1914, L'Allemagne profita de l'incident pour provoquer la guerre entre la Serbie et l’Autriche puis entre toutes les grandes nations de l’Europe.

L'empereur d'Autriche, François-Joseph, qui avait trai-

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né son long règne de 70 ans à travers toutes les misères humaines, mêlées de scandales et de sang, ne sut pas résister aux influences germaniques dont il faisait le jeu. ct, d’une main criminelle, après avoir refusé toutes 'es satisfactions raisonnables qu'offrait la Serbie, il signa le décret qui allait déchainer la guerre la plus effroyab'e que l'univers ait connue. L'Allemagne son alliée et la principa!e instigatrice de cette entreprise criminelle déclara à son tour la guerre à la Russie et à la France. Au mépris d’un traité consacrant la neutralité de la Belgique, elle envahit ce pays et celui du Luxembourg pour atteindre le territoire français. L’Angleteire, partie à ce traité et réalisant bien que la vague germanique ne s'arrêterait pas dans les Flandres ou en France. déclara la guerre à l'empire teuton et l’on peut dire que le 2 août 1914 toute l’Europe était en guerre par la volonté de l'Allemagne. Le problème de notre participation aux guerres de l'empire se posait cette fois dans toute son acuité.

Le Canada en guerre.—M. Fielding, ministre des finances dans le gouvernement Laurier, avait déjà déclaré en Chambre au cours du débat sur la question navale que lorsque la Grande-Bretagne est en guerre le Canada est aussi en guerre. Jamais notre dépendance coloniale n'avait été aussi franchement admise, dans le parlement canadien, surtout par un ministre de la couronne. [affirmation presque officielle d’un pareil principe ne fut pas contredite par le chef du cabinet libéral ; les conservateurs, qui étaient au pouvoir au moment de la déclaration de la guerre, restaient libres d'appliquer le principe jusque dans ses ultimes conséquences. Nous étions donc en guerre pour de bon. La France étant unie à l'Angleterre, les divers éléments ethniques n’avaient pas à chicaner sur le principe de l’aide à l’empire; restait à déterminer la manière de participer à cette guerre. Tous nos hommes publics, qui pouvaient de leur vote déterminer ce mode de participation, se prononcèrent pour la participation en hommes. Il y eut trêve des partis à la première session qui suivit et le parlement donna pour ainsi dire carte blanche au gouvernement.

Unionisme et conscription.-—Par le système d'enrô'ement volontaire 400,000 hommes furent envoyés sous les drapeaux et, le chef du cabinet M. Borden ayant promis de porter l’armée canadienne à un demi-million, la loi de conscription fut votée par les Chambres malgré l’opposition des libéraux qui demandaient le référendum populaire sur cette question. Un fort contingent de libéraux anglais avaient voté pour la conscCription. Les conservateurs crurent que l’occasion était bonne de renouveler l'alliance libérale-conservatrice de Macdonald- Cartier; mais M. Borden ne put réussir à faire entrer dans la coalition le chef libéral, sir Wilfrid Laurier, ni aucun de ses partisans canadiens français : plusieurs députés libéraux anglais passèrent seuls à l’unionisme et entrèrent dans le cabinet d’union.

On eut alors un gouvernement unioniste comme en Angieterre et le nouveau gouvernement se présenta devant le peuple sous la bannière unioniste-conscriptionniste. Les nouveaux alliés ‘ layèrent les provinces de l'Ouest, prirent une énorme majorité dans Ontario, se partagèrent avec les francs libéraux, les provinces maritimes, mais n'élurent que 3 députés sur 65 dans le veux Québec. Pas un seul canadien français unioniste ne fut élu et les deux ministres unionistes qui représentaient le plus ancien élément de ce pays, furent aussi défaits. Le vote conscriptionniste était en raison inverse de l’ancienneté des groupes ethniques dans chacune des neuf provinces.

Session de 1918.-—1.e nouveau parlement se réunit en mars 1918. Le gouvernement avait une majorité de 80 sur 230 députés. Dans ces conditions l'opposition aux mesures du gouvernement unioniste ne pouvait être bien efficace. Presque toute la législation porta sur des me-

sures de guerre entre autres l'achat du chemin de fer transcontinental du Canadien-Nord au prix global de 600 millions, Cette mesure souleva une vive discussion, mais passa quand même. Le parlement vota aussi une loi générale défendant la fabrication et la vente des boissons pour toute la durée de la guerre. La loi de conscription a permis de compléter les cadres de l’armée canadienne en Europe. Le gouvernement par des arrêtés-enconseil en a modifié plusieurs fois les dispositions ; et les cultivateurs d'Ontario ont pris l'initiative d’un mouvement pour en restreindre application, plus de 5,000 furent délégués auprès du gouvernement dans ce but en

La politique du gouvernement tend aujourd'hui à nationaliser les entreprises de chemins de fer.

Convention libérale.—I]e parti libéral, dirigé depuis la mort de sir Wilfrid par M. D.-D. Mackenzie, s’est réuni en convention dans la capitale du 5 au 7 août 1919. Un millier de délégués, venus de toutes les provinces et ayant à leur tête huit premiers ministres provinciaux, ont arrêté un programme politique dont les dispositions douanières marquent la tendance du parti à un abaissement du tarif.

La convention a donné un nouveau chef au parti libéral, M. W.-L. Mackenzie-King, petit-fils de William- Lyon Mackenzie, le chef des libéraux-réformistes du Haut-Canada sous le régime constitutionnel.

Sir Wilfrid Laurier.—Sir Wilfrid Laurier était né à Saint-Lin des Laurentides le 20 novembre 1841. I] fit ses études classiques au collège de L'Assomption et ses études de droit à l’université McGill. En 1874 il entrait dans la politique fédérale et en 1887 il succédait à Edward Blake cornme chef du parti libéral, lequel il devait conduire au pouvoir en 1896. Le gouvernement Laurier dura quinze ans.

Durant 22 ans, (1874-96) Laurier s'employa comme partisan ou comme chef à consolider dans le parti libéral les éléments divers que ses prédécesseurs Blake, Mackenzie, Dorion, Brown et Lafontaine n'avaient pu fon-

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dre dans un alliage distinct et surtout durable. Lorsqu'il prit le pouvoir en juin 1866, le parti libéral était composé d'éléments d'origines diverses mais fondus en un tout homogène parfaitement organisé, c'était l'œuvre de Wilfrid Laurier, chef de parti.

Comme chef de gouvernement la carrière politique de l'éminent homme d’État canadien de l'époque contemporaine a été traversée par une succession d'événements, qui devaient provoquer des contestations et des luttes de partis, des conflits de race et de religion: question des Écoles du Manitoba (1896), qui souleva tant d’animosité à travers tout le pays; tarif de fazeur pour le commerce anglais (1897); construction du transcontinental (1900) ; établissement des provinces de l'Ouest, qui rouvrit la question des Écoles séparées (1905) ; question des Écoles bilingues d'Ontario (1908); colonisation intensite et cosmopolite dans l'Ouest (1897-1910) ; tentatives de réciprocité commerciale canado-américaine (1911), si mal vue des manufacturiers canadiens ; entin l'Impérialisme sous toutes ses manifestations successives : guerre sud-africaine, campagne de lord Grey, conférence de Londres 1907, loi navale 1909-10, voilà autant de problémes d'ordre économique, politique ou social, encore compliqués de la multiplicité des races, de la diversité des religions, de la divergence des intérêts en cause.

À travers toutes ces complications, Laurier n’ambitionne qu'un idéal, promouvoir et consolider l'entente cordiale entre les groupes ethniques du pays afin de rendre la coopération des forces convergentes la plus efficace possible dans l’œuvre de construction nationale. Il resta toujours convaincu que tous et chacun pouvaient travailler à leur propre prospérité sans nuire à celle des autres.

De nouveau dans l'opposition (1911-19), Laurier fut mêlé aux graves problemes que notre participation à la grande Guerre soulevait en parlement et dans le peuple.

Ses contemporains l’avaient surnommé, à l'exemple de Gladstone, “the Great Old Man”. Sir Wilfrid Laurier, parfait gentilhomme et homme d'État par nature, est essentiellement un politique canadien exclusivement formé dans notre milieu franco-britannique.

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