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tre ou de fuir. La rencontre eut lieu le 18 juillet : après un combat acharné de 14 heures, tous les vaisseaux de Roquemont furent capturés et les prisonniers transportés à Terre-Neuve. La perte de la flottille amenait la ruine de la Nouvelle-France qui fut réduite à la famine. Aussi, quand l’année suivante les Anglais reparurent avec 3 vaisseaux devant Québec, ils obtinrent sans coup férir la reddition de la place.
Aucune des trois expéditions envoyées au secours de Québec en 1629, n'était parvenue à destination. La première, commandée par le capitaine Daniel, était allée détruire le fort Ochiltrie construit par des pêcheurs écossais à Port-aux-Baleines (Cap-Breton), et avait perdu le reste de l'été à en élever un autre au Grand Cibou: la deuxième, préparée par le P .Novrot, jésuite, avait été jetée par la tempête sur les rivages de Canseau: enfin, celle du chevalier de Razilly, n’ayant pu partir avant la conclusion de la paix. fut contremandée.
Le 22 juillet 1629, le drapeau britannique fut hissé pour la première fois sur le rocher de Québec. Le butin était de peu de valeur,quelques milliers de peaux de castor qui furent dans la suite restituées. On lesta les navires pour le retour avec du bois du Canada. Champlain et ses Compagnons, tous les religieux récollets et jésuites, furent transportés en Angleterre, puis en France.
Trois années d’expectative.— Près de la moitié de la petite population du Canada, environ 30 personnes, restait dans le pays, les interprètes chez les sauvages, et cinq ou six familles à Québec. Retenus au Saint-Laurent par leurs intérêts, ils avaient conscience que la France ne les abandonnerait pas au moment où Richelieu triomphait des protestants et s'occupait si activement de la colonie française. Champlain leur avait même conseillé de demeurer, de faire la récolte et de vivre de leurs propres ressources. Ils attendirent les événements avec confiance. Les Anglais firent la traite avec les sauvages ct même gagnèrent les interprètes Nicolas Marsolet et Étienne Brülé aux intérêts de leur trafic. Le premier hiver passé à Québec leur fut fatal: ils perdirent 40 de leurs hommes sur les 90 qu'ils étaient. Ils négli-
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gérent l'entretien des habitations, mais ils défendirent avec la dernière énergie leur monopole de traite dans la vallée du Saint-Laurent.
La chute de Québec privait Champlain du fruit de 2: années de labeurs constants : ou moment où la colonie allait prendre un nouvel essor, elle succombait sous Îles coups des Anglais. La situation semblait désespérée. Aussi quelle ne fut pas la joie du fondateur de la Nouvelle-France quand, en arrivant en Angleterre, il apprit que le 24 avril précédent, trois mois avant la prise de Québec, un traité de paix avait été signé à Suze, entre la France et l'Angleterre. I] réclama aussitôt sa colonie et fit agir les Cent-Associés. Mais les négociations trainérent en longueur. Richelieu, créé premier ministre, tournait ses armes vers ies ennemis de l'extérieur, pour ensuite s’absorber dans sa lutte contre les grands du royaume. Ce n’est qu'après une longue discussion diplomatique que le Canada et l'Acadie furent rendus à la France par le traité de Saint-Germain-en-Laye (29 mars 1632). Les Français avaient continué d'équiper des navires marchands et de les envoyer à Miscou, au Cap-Breton, en Acadie. Mais les Kirke leur fermèrent l'accès du Saint- Laurent bien que le roi d'Angleterre, Charles ler, eût promis dès les premiers mois de l'occupation, de rendre Québec aux Français.
Découverte de la baie d'Huäson.—À ce moment même, les Anglais Poursuivaient au nord du Canada l’exploration de la baie d'Hudson.
La recherche de la route vers l'Asie par le nord de l'Europe et de l'Amérique, tel fut l'unique objectif des 4 voyages de Henry Hudson, le célèbre navigateur anglais qui a donné son nom à la grande mer intérieure du Canada. En 1607, Hudson était sur la côte orientale du Groenland, au nord de la Nouvelle-Zemble l’année suiante et, en 1609, il pénétrait au nom d’une compagnie hollandaise, dans la rivière Hudson. En avril 1610, il quittait l'Angleterre Pour son quatrième voyage, sur un petit navire de 55 tonnes, le Discotery, avec des provisions pour 6 mois. Cinglant vers le nord-ouest, il attei. gnit d’abord la baie de Frobisher, mais entrainé au sud
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par les glaces et les vents, il entra en juillet dans le vaste détroit, long de 120 lieues, qui conduit à la méditerranée canadienne. 11 explora la baie d'Ungava et suivit ensuite, en allant à l'ouest, la côte méridionale du détroit. Le 2 août, il pénétrait dans la grande baie, qu'il prit peut-être, à cause de la couleur de ses eaux, pour l'océan asiatique. En dépit des craintes et des murmures de son équipage, Hudson mit le cap au sud et navigua pendant 3 mois à travers un dédale d’iles et de bas-fonds le long de la côte orientale de la grande baie.
Il arriva enfin à l'extrémité sud, mais pour constater avec terreur que le rivage remontait vers le nord, barrant ainsi la route vers l’ouest: on n'était donc pas dans l'océan Pacifique. Une tempête jeta le petit navire à la côte probablement dans la baie de Rupert. L'équipage, souffrant déjà de la faim, débarqua, construisit des abris et passa l'hiver à cet endroit, vivant à grand'peine de chasse et de pêche, dans une äpre lutte contre l'ennui, le froid et le scorbut. Quand au printemps les glaces se rompirent, l'expédition se rembarqua, mais elle n'avait de vivres que pour 14 jours et la révolte grondait à bord. Deux jours après le départ, Hudson fut saisi, jeté dans une chaloupe avec son jeune fils et sept matelots restés fidèles, et abandonné en mer dans les environs de l'ile Charlton. On ignore le dénouement de la tragique histoire d'Hudson. Prickett ramena le Discovery en Angleterre, après avoir vu périr les principaux meneurs de la révolte contre Hudson.
Autres voyages.—] A solidarité humaine demandait que l'on fit sans tarder des recherches pour retrouver Hudson et ses compagnons de malheur. En outre, de rapides observations sur les courants et les marées indiquaient, à n’en pas douter, la présence d’un autre détroit dans le nord de la grande baie. Il n’en fallait pas davantage pour entretenir l'espoir de trouver de ce côté, le fameux passage du Nord-Ouest.
En 1612, Thomas Button, accompagné de Prickett et de Bylot, de l’équipage d'Hudson, pénétra dans le détroit d'Hudson, traversa la baie et frappa la côte occidentale à la hauteur de lilet Chesterfield. De là, il alla hiverner
“ss a la rivière Nelson, et, au printemps, remonta jusqu'au 4 pas 65e degié dans le Roe’s Welcome, “E Re Deux ans plus tard, en 1615, Baffin, accompagné de prit Bylot, explorait la côte est de l'ile Southampton et reve- LL céan nait avec la conviction que le principal passage ne se NE EE trouvait pas là, mais “en remontant le détroit de Davis”, É: FA c'est-à-dire en dehors de la baie d'Hudson. L'année sui. Fi long vante il partait pour faire le voyage qui l’a rendu si jus- : tement célèbre. Il suivit d’abord la côte du Groenland se atteignit successivement I cap Di, l'ile Hakluyt, et ve entra dans le détroit de Smith ; 1 avai dépassé le 78e de | ss latitude nord. Au retour, il vit les iles Carey et 4écouà vrit, mais sans pouvoir y entrer, es ‘étroits d: lunes et age. de Lancaster, Il resta convaitci il n'y t'H'ose FR mer fermée, une sorte de grande baie Coimme ceile qu'a- . ps vait découverte Hudson. Cependant, c: voyage eut cet : doses excellent résultat de signaler aux n°614 2. l'abondance 2: M de la baleine dans cette mer. Cette vrande pêche, inau- € he gurée peu de temps après, rapporte +: .,,r.: chaque année, + des revenus considérables. Une eXpediuioti danoise comnn mandée par Jens Munk (1619), se termina par un lamentés table désastre. Forcée d hiverner à la risire Churchill, l'ile sur la côte ouest de la baie d'Hudson, elle se trouva réke. duite au printemps à 3 hommes seulement.
An- ns ce ans plus tard, en 1631, on trouve encore rh * expéditions de découverte à la baie d'Hudson, La Premiére, commandée par le capitaine Fox, explora la lait côte ouest, du 65e au 55e degré, puis alla croiser à l’est se de l’île Southampton dans le chenal qui porte encore le ke del de Fox. La deuxième, sous la conduite du Capi- FER sn James, compléta l'exploration de la cûte ouest, du te : me lenriette-Marie à la baie de Rupert, au sud, et alla hs » hiverner à l'ile Charlton. James mérita ainsi de donner le Son nom à la partie méridionale de la baie d'Hudson. + Après Fox et James, il s’écoula un siècle avant qu et = lussent reprises de nouvelles tentatives de éditer oit . Maritimes au nord du Canada. Dans l'intervalle, a cos. e pagnie de la baie d'Hudson agrandit quelque peu et has ex tard le champ des recherches par mer et par terre.
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Les Huguenots évincés. Depuis une trentaine d'années au moins, les protestants s'étaient joints aux catholiques, pour travailler à l'établissement d’une colonie française en Canada. De Monts, Guillaume et Emery de Caen, d'autres encore, donnèrent des preuves évidentes de leur patriotisme, Mais en général, ils s’occupèrent avant tout de leurs intérêts commerciaux plutôt que de la colonisation, même pendant la période où leur prépondérance dans les affaires de la colonie fut incontestée, (1622-1628). Obligés de favoriser la conversion des sauvages au catholicisme, on comprend qu'il y mirent peu d'ardeur et que leurs opinions religieuses furent souvent la cause de conflits ou de malaises regrettables. Dès 1621, Champlain suppliait le roi d'interdire toute émigration protestante en Canada. De leur côté, les colons, les missionnaires, les interprètes désiraient que l’on mit en vigueur la clause de la charte des Cent-Associés qui ne permettait l'accès du pays qu’à des colons catholiques. D'ailleurs, la guerre civile qu'ils avaient soulevée en France, avec l'appui de l'Angleterre, devait ouvrir les yeux sur les dangers qu’ils pouvaient faire courir en Canada. Après la prise de La Rochelle et la soumission du Languedoc, Richelieu avait dicté aux protestants l’édit de grâce d’Alais (1629): il leur accordait la liberté de conscience, mais il leur enlevait leurs villes de sûreté et tout privilège politique. Il était donc bien dans la logique de leur interdire toute articipation au gouvernement de la Nouvelle-France. Toutes on accorda aux de Caen, pour une année encore, la traite des pelleteries au Saint-Laurent afin de les dédommager des pertes que leur avait fait subir la conquête momentanée du Canada. C'est ce qui explique pourquoi Emery de Caen fut chargé, en 1632, de recevoir des mains de Thomas Kirke (13 juillet) les clefs du fort de Québec. L'année suivante, Richelieu nomma Champlain, “son lieutenant en toute l'étendue du fleuve Saint-Laurent” et en fit le gouverneur incontesté de la Nouvelle-France. C’en était fini de l’infuence calviniste en Canada, hien que l’on puisse signaler dans la suite la présence d’un certain nombre de protestants. Quelques historiens ont reproché à la politique
française cette mesure draconienne qui privait l’Amérique d’une population coloniale dont l'importance pouvait grandir jusqu'au moment où la révocation de l'édit de Nantes (1685) viendrait la renforcer de tous ceux qui préférèrent l'exil à l’abjuration. Il est difficile de faire des conjectures sur cette question que la métropole trancha peut-être trop vite, mais pour les solides raisons <ignalées plus haut.
Retour de Champlain.-Trois-Rivières.- (Ce fut une grande joie pour les colons, quand le 22 mai 1633, le canon de Québec salua le retour de Champlain. Conduite par le fondateur de la colonie, la petite flotte portait 200 personnes, tant matelots que colons, les Pères Jésuites Ennemond Massé et Jean de Brébeuf, des approvisionnements de toutes sortes. Klle avait été équipée par les agents de la Compagnie des Cent-Associés, les sieurs Rosée et Cheffault qui s'étaient unis avec d'autres marchands de Dieppe, de Rouen et de Paris en une assocation commerciale sous la conduite de Jean de Lauzon, pour l'exploitation des privilèges de la grande Compagnie. Cette nouvelle société se chargeait de payer les appointements du gouverneur, d'entretenir les garnisons et de leur procurer des vivres et des munitions de guerre. Le surplus des profits, dépenses payées, devait aller à Ja grande Compagnie, qui tenait ses bureaux à Paris. L'existence de la colonie dépendait donc toujours du trafic avec les sauvages. Tin 1633 Champlain établit d'abord un poste de traite sur l’ilet Richelieu, en amont de Québec, à l’un des endroits les plus rétrécis du fleuve, jsuis, l'année suivante, aux T'rois-Rivicres, où il envoie La Violette bâtir un fort et commencer un établissement agricole. Les interprètes François Marguerie, Jacques Hertel, Jean et Thomas Godefroy s'étaient déjà établis à l'embouchure de cette grande rivière qui descend du nord et où les sauvages venaient de préférence rencontrer les traitants. C'est là que pendant 20 ans se tint l’un des grands marchés de pelleteries de la Nouvelle-France.
La colonisation. (Cest alors aussi que commence, à vrai dire, l'œuvre de la colonisation. Les Cent-Associés, déjà ruinés par la guerre des Kirke. avaient trouvé
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un excellent moyen de remplir, sans bourse délier, leurs obligations envers Ja Couronne de France. (Ce moyen consistait à attirer au Canada un certain nombre d’hommes riches et entreprenants auxquels on accorderait de vastes concessions terriennes à charge de les allotir aux colons.
Québec et ses environs.
Un médecin de Paris, Robert Giffard, notre premier seigneur colonisateur, démontra l'excellence du système. Il avait déjà passé deux ans en Canada et il faisait partie du groupe des co'uns rapatries par les Kirke. Le 15 janvier 1634, “il reçoit en toute justice, propriété et seigneurie, à perpétuité, une lieue de terre à prendre Je long du fleuve Saint-Laurent, sur une lieue et demie de pro-
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CHAMPLAIN ET LA FONDATION DE QUÉBEC 81 fondeur à l'endroit où la rivière appelée Notre-Dame de Beauport, entre dans le dit fleuve, icelle rivière y comprise”. C'est la belle seigneurie de Beauport si avantageuse à cause de l'excellence du sol et du voisinage de Québec. Giffard obtient la coflaboration précieuse de la famille Juchereau, recrute des colons surtout à Mortagne, son pays natal, et débarque à Québec (juin 1634) avec un premier groupe de 42 personnes. Il amène d’autres contingents, et, jusqu'en 1663, on pourra suivre son influence sur cette immigration percheronne très attachée au sol et qui, en 30 ans, ne fournira pas moins de 50 chefs de famille.
La côte de Beaupré fut concédée en 1636, à Antoine Cheffault de la Regnardière. Ce dernier amène, parmi plusieurs autres, les familles nombreuses des Le Gardeur et des Le Neuf. Jusqu'en 1639, la compagnie concède une dizaine de seigneuries de dimensions inégales. Les Ursulines, les Hospitalières, les jésuites, obtiennent de belles concessions. M. de Lauzon se taille en Nouvelle- France un véritable royaume qui s'étend, sur la rive sud du Saint-Laure:t, l’espace de 30 lieues, du saut Saint- Louis, au la: Saint-Pierre. C’est la seigneurie de la Citière, à laquelle s’ajoutent celles de la rivière Bruyante ou Chaudière et de l’ile de Montréal. En outre les Cent- Associés distribuent directement des terres en censive. Les Trois-Rivières se peuplent avec des colons de cette catégorie. Ils ne mettent d'autre condition à leurs largesses que de présenter tous les ans les rôles des colons que les seigneurs amènent en Canada, pour servir “à la décha:ge de la Compagnie en diminution du nombre qu'elle doit y faire passer”. Malgré cet effort, le plus vigoureux qu'aient fait les Cent-Associés, la population du Canada en 1640, ne dépasse guère 200 à 300 personnes réparties principalement entre Québec, les Trois- Rivières, Beauport et Beaupré. Par malheur la grande Compagnie achève en ce moment de se ruiner. Après avoir réalisé de bons bénéfices, elle est acculée à la ruine tandis que Richelieu,engagé à fond contre la maison d'Autriche, l’abandonne à son sort et se désintéresse de plus en plus de la Nouvelle-France.
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Missions des Jésuites. Nicolet au Michi- S&an.—Ll'établissement de ja colonisation n’empéchait pas Champlain de Poursuivre les deux autres buts qu'il s'était d’abord proposé d'atteindre : l'évangélisation des sauvages et les découvertes. Seuls les Jésuites étaient revenus au Canada en 1632. Les Récollets désiraient vivement y reprendre leurs travaux apostoliques, mais ils furent écartés pour des raisons jusqu'ici demeurées obscures. La Compagnie des Ce. Associés trouvait-elle trop onéreux d'entretenir deux Con, "égations de missionnaires,ou même Comptait-elle sur les influences dont Jouissaient ies Jésuites pour se décharger entièrement des dé-
nses des missions? I] est difficile de l’admettre, puis- € la conversion des sauvages formait l’an des principaux articles de son Programme d'action. Jean de Lauzon ne pouvait prétendre que la colonie était trop pauvre Pour Soutenir un ordre mendiant, car jusqu'en 1665 au moins, les Jésuites ont vécu dans le plus complet dénuement, comme l'avaient fait les Récollets eux-mêmes. Ces derniers multipliérent en vain les démarches pour obtenir l'autorisation de retourner chez les Sauvages. Le P. Le Caron, dit LeClerc, en mourut de douleur. Quoi qu'il en soit, les Jésuites reprirent avec Courage et dévouement leur travail d'évangélisation des Algonquins d’abord, puis des Hurons et des autres nations sauvages, à mesure que la politique française et leur nombre le leur permirent. En juillet 1634, les PP. de Brébeuf et Daniel qui venaient d'assister à la fondation des Trois-Rivières Partirent pour le pays des Hurons.
Jean Nicolet, interprète d’une grande probité et d’une égale audace, les accompagnait. Champlain l'avait chargé de poursuivre les découvertes au delà des grands Lacs. Arrivé à l'ile des Allumettes, Nicolet se sépara des missionnaires, prit des guides sauvages et s'enfonça dans l'intérieur du continent. Les historiens ne sont pas d’accord sui la route qu’il suivit ni sur les pays qu’il parcourut. On admet généralement qu'il atteignit le lac Michigan, sinon la rivière Wisconsin, et même le Mississipi, comme quelques-uns le prétendent. On le regarde comme le premier Européen qui ait foulé le sol de l'État du
Wisconsin. Mais la guerre des Iroquois empêcha de tirer parti de ces découvertes et il fallut attendre plusieurs années pour les préciser et les compléter.
Politique indienne de Champlain. À son retour en 1633, Champlain trouve les Montagnais aux prises avec les Iroquois. Ces derniers avaient fait des progrès considérables et poursuivaient avec activité leur mouveme:.: d'encerclement des sauvages alliés des Français. Ils tenaient déjà 400 lieues de pays, gênant ou empéchant toutes communications par les rivières et les lacs. Champlain vit tout de suite le danger que faisait courir à sa colonie cette mainmise sur le territoire des Indiens. Sa politique est vite tracée. Il faut d’abord réduire les Iroquois, puis chasser sur les côtes les Anglais et Hollandais, ceux-ci surtout qui fournissent aux Iroquois des armes à feu. Mais la France, alors en lutte avec l’Autriche, ne se souciait pas de se mettre sur les bras un nouvel ennemi. Aussi la guerre d’embuscade et de surprise continue-t-elle contre nos sauvages alliés, se rapprochant peu à peu des établissements français, contre lesquels elle se déchaine ouvertement en 1641.
Instruction publique. Collège de Québec.
—L'évangélisation des sauvages s’accompagne dès le début d'essais d'instruction élémentaire. Aussi peut-on considérer les Récollets comme les premiers maîtres d’école du Canada. Avant 1620, ils enseignent les enfants indiens à Tadoussac, à Québec, aux Trois-Rivières et chez les Hurons. Ce fut la première tentative sérieuse pour franciser les sauvages. Bien doués, intelligents, mais d'humeur inconstante et impatients de toute contrainte, les aborigènes opposèrent à ce zèle nouveau pour eux une résistance insurmontable. Le séminaire organisé par les Récollets fut doté par le prince de Condé, le sieur Houel, et surtout par le grand-vicaire de Pontoise, Charles des Boves. De petits Indiens y séjournèrent, d’autres furent distribués en France dans divers collèges. mais le succès ne répondit pas aux efforts. À leur tour, les Jésuites donnèrent leurs premiers soins à cette œuvre d'instruction, mais mieux favorisés par les événements, ils la firent surtout servir à l'avantage des colons français.
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À la demande de son fils René, entré chez les Jésuites, un gentilhomme picard, Nicolas Rohault, marquis de Gamache, avait offert en 1626 pour la fondation d'un collège à Québec, une somme de 16,000 écus d’or for mant un revenu de 2,000 livres, auquel il ajouta une rente annuelle de 3,000 livres ; le projet fut ajourné. Mais le marquis de Gamache demeura, au témoignage du P. Le Jeune, “le Principal appui de Ja mission du Canada”. Le 15 août 1635, Ja donation fut agréée et, en attendant la Construction du collège, les classes s'ouvrirent à Notre- Dame-des-Anges cette année-là même, deux ans avant la fondation du collège Harvard, à Boston. Au collège fut adjoint un “séminaire” semblable à celui des Récollets et où se rassemblèrent quelques petits Indiens, mais en Somme, avec le même insuccès. Le collège qui n'était tenu qu'à l’enseignement de la doctrine chrétienne, élargit bientôt ses cadres de manière à Comprendre des classes de grammaire, d'humanités, de rhétorique, de philosophie et même d'hydrographie, Il rendit ainsi de grands ser. vices à cette société naissante du Canada.
Mort de Champlain,- Son Caractère,- Son œuvre.— :/sé par les fatigues et les soucis d'une organisation o rien ne se faisait sans lui, Champlain sentit qu’il allait ientôt mourir. Il mit ordre aux affaires de la colonie, donna ses conseils et, le 25 décembre 1635, il s'éteignait dans la petite capitale de sa Patrie d'adoption.
Le nom d “hamplain est en grande vénération dans toute l’étendu de l'Amérique du Nord. On admire son désintéressemeat, son esprit de justice, la droiture de ses intentions, ja fidélité à son œuvre #t sa piété sincère, Il fut un explorateur infatigable, un observateur judicieux, un géographe sagace, un écrivain consciencieux., un habile navigateur. Pendant les 30 années qu'il passa en Canada pour y fonder une colonie digne de la France. il s’est acquis l'estime de ses ennemis même, qui n'étaient autres que ceux de l’œuvre avec laquelle il avait identifié sa vie. Par ses fondations si Opportunes, ses alliances avec les sauvages, sa Constance à poursuivre sa tâche malgré des obstacles sans nombre, il mérita à juste titre le beat nom de Pére de la Nouvelle-France. Aprés des
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luttes opiniatres, il avait donné à ses compagnons de travail une foi inaltérable dans l’avenir de la colonie, à la France le goût des entreprises d'outre-mer. Si la population du Canada ne dépassait pas alors 200 personnes, elle possédait du moins le Saint-Laurent jusqu’au plus éloigné des grands Lacs et, grâce aux missionnaires, aux interprètes et aux traitants qui recevaient leur mot d'ordre du fort Saint-Louis, une vaste avance se dessinait déjà dans l’intérieur. Champlain avait ouvert la route, il avait ébauché l’œuvre, l'avenir allait justifier la profondeur de ses vues.
M. de Montmagny, gouverneur.—Un chevalier de Malte, Huault de Montmagny, succéda à Champlain. Sa nomination qui est de mars 1636, c’est-à-dire selon toutes les apparences, avant que la nouvelle de la mort de Champlain füt parvenue en France, implique-t-elle un blâme pour la politique de Champlain, ou le triomphe des marchands sur les colons? Rien n'autorise à le croire, puisque la Compagnie des Cent-Associés et le nouveau gouverneur adoptérent toutes les mesures suivies jusqu'alors pour l’affermissement de la Nouvelle-France et le progrès de la colonisation proprement dite.
M. de Montmagny était un homme droit, actif et prudent. Mais, comme Champlain, il manqua des moyens et des ressources nécessaires au succès de ses entreprises et à la protection de la colonie. Il s’efforça d’abord de consolider l’œuvre de défense de son prédécesseur. Il fit agrandir l’enceinte du fort Saint-Louis et renouveler la batterie qui commandait la rade. Jean Bourdon traça le plan des rues de la ville naissante. Aux Trois-Rivières, M. de Montmagny augmenta l’“habitation” de deux corps de logis, d’un magasin, et d'une plate-forme munie de canons. Îl renouvela les alliances avec les Indiens, et son nom Mons magnus—traduit en langue sauvage Ononthio—servit dans la suite à désigner tous les gouverneurs de la Nouvelle-France.
Sillery.—Le plan de francisation des sauvages réunis en villages sédentaires reçut un commencement d’exécution en 1637 quand le commandeur Brûlart de Sillery,
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un ancien ambassadeur devenu prêtre, mit de fortes sommes à la disposition des Jésuites, pour fonder, à quatre milles de Québec, une bourgade d’Algonquins et de Montagnais chrétiens. L'établissement, appelé d’abord Saint- Joseph, prit dans le suite le nom de son fondateur, Un
Gand donna Je terrain des sauvages d'une superficie d'une lieue de front en bordure du fleuve sur quatre de profondeur. Les Indiens ne pouvaient “remettre, concéder, vendre ni aliéner les dites terres” sans l'autorisation des Jésuites, les directeurs perpétuels de la bourgade. Dès 1639, quelques familles montagnaises allèrent s’y fixer, puis vinrent des Algonquins et des Abénaquis. On y compta un jour près de 300 familles. Outre l'église et la résidence des missionnaires, on Y voyait un hôpital assez vaste pour servir au besoin à la population de Qué. bec. Sillery fut Ja première “ réduction ” de sauvages domiciliés, et les excellents résultats qu'elle produisit engagérent les missionnaires à les multiplier.
Ursulines et hospitalières (1639). — Deux fondations étaient vivement désirées par la petite population de Québec : Un couvent pour l'instruction des filles, et un hôpital. L’excellente Propagande faite en France par les Relations des Jésuites, rendirent l’une et l’autre possibles.
La duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, se chargea de la fondation de l'Hôtel-Dieu qu’elle confia à trois religieuses de Dieppe. Outre un terrain dans l’enclos de Québec, elle obtenait un fief de 60 arpents dans la banlieue, et ENVOYA aussitôt des ouvriers Pour commencer les travaux de construction.
Dans le même temps s’organisait l’œuvre d'éducation des Ursulines. La fondatrice était une jeune veuve d'Alençon, Mme de la Peltrie. Elle Y engagea toute sa petite fortune, et trouva dans la mère Marie de l’Incarnation, religieuse ursuline de Tours, une excellente collaboratrice. Deux autres religieuses s’unirent à celles-ci. Au printemps de 1639, les deux petites communautés d'Hospitalières et d'Ursulines s'embarquaient à Dieppe sur le même navire Pour le Canada. Mme de la Peltrie les aCCompagnait. Les religieuses furent reçues à Qué-
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bec avec de grandes démonstrations de joie. Les Hospitalières allèrent s'établir à la haute ville, puis, l'année suivante, à Sillery, pour ne revenir à Québec qu’en 1644 : les Ursulines ouvrirent une école à la basse ville et entrèrent dans leur monastère de la haute ville en 1642. Outre leur pensionnat, les Ursulines fondèrent un “séminaire” pour les filles sauvages. Leur œuvre d'éducation, commencée aussitôt après leur arrivée, ne s'est jamais interrompue depuis et dure encore. Par ses vertus et ses talents, la mère de l’Incarnation jeta un vif éclat sur cette communauté naissante.
Outre des lettres spirituelles qui lui ont mérité d'être appelée par Bossuet la Thérèse de la Nouvelle-France, elle a laissé sur les débuts de la colonie des lettres historiques du plus grand intérêt. Elle mourut en 1672, six mois à peine après sa protectrice, Mme de la Peltrie.
Fondation de Ville-Marie.-1le zèle des particuliers pour la religion et l’honneur du nom français suppléa vers cette époque à l’inertie des pouvoirs publics. Un riche négociant de La Flèche, Jérome le Royer de la Dauversière, eut la pensée d'établir dans l’île de Montréal une colonie qui devait dans la suite servir de rempart contre les Iroquois, répandre l’œuvre des missions et protéger la colonie chancelante de Québec. Il s’en ouvrit au futur fondateur des Sulpiciens, M. Olier, qui v contribua largement par ses conseils et ses dons, et plus encore par les prêtres qu'il v envova dans la suite. Les barons de Fancamp et de Renty s’unirent à eux et avec
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deux autres associés, ils fondèrent dans ce but ia société connue sous le nom de Notre-Dame de Montréal (1640). Leur premier acte fut d'obtenir de Jean de Lauzon, puis des Cent-Associés, la Propriété de l’île de Montréal. Un gentilhomme Champenois, Paul de Chomedey de Maisonneuve, officier aussi vertueux que brave, s' offrit pour Commander les quelque 40 soldats et colons qui, dans l'été de 1641, s'embarquèrent à La Rochelle pour le Canada. Une fille de grande vertu, Jeanne Mance, qui devait prendre une Part prépondérante dans la fondation de Montréal, faisait partie de la recrue qui n'arriva à Québec qu’à l’automne. La colonie hiverna à 1a pointe à Puiseaux, et Montmagny engagea Maisonneuve à se fixer dans l’ile d'Orléans, lui représentant le danger auquel s’exposerait un établissement aussi éloigné de Québec. “J'irai à Montréal, répondit de Maisonneuve, quand tous les arbres de cette île se devraient changer en autant d'Troquois”’,
Le 18 mai 1642. i] débarquait au Pied du mont Royal, à l'endroit appelé aujourd'hui Place Royale, et solennellement il prenait possession de l'Ile qu’il mettait sous la protection de la Sainte Vierge. Par sa position au centre des communications fluviales, au point de ralliement de nombreuses tribus alliées, Montréal barrait la route aux Sauvages venant du sud et devait être le novau d’un grand établissement de colonisation. Cependant jes Cent- Associés et les autorités de Québec jugèrent l’entreprise prématurée. Ils voulaient que la colonisation se fit de proche en proche, sans solution de continuité Je long du fleuve pour s'emparer puissamment du Saint-Laurent inférieur, se tenir en Contact avec la France. Mais l'entreprise de Montréal, qui avait pour but Principal la conversion des sauvages, avait intérêt à se rapprocher de ceux-ci, tant pour protéger les missions huronnes que pour tenter, au mom::, PPportun, un effort du côté des Troquois. Les Jésuites virent tout de suite les avantages de cette fondation nouvelle et lui accordèrent leur entier Concours en attendant les Sulpiciens.
Montréal et les Iroquois. La fondation de Montréal devait amener la prise de possession du Saint-
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Laurent moyen. Toutefois ce résultat ne fut atteint qu'aprés une longue et sanglante lutte de plus de 20 ans. Les faibles recrues, arrivées dans les années qui suivirent la fondation, ne cnangérent pas le caractère essentiellement militaire de Montréal. Il n'y avait alors qu’un petit fort de pieux dont on ne pouvait s'éloigner qu'en prenant les plus grandes précautions. À quelques pas de là, c'était la forét et, derrière les arbres, les Iroquois. Dès 1641, les Iroquois avaient ouvertement déclaré la guerre aux Français du Saint-Laurent en capturant des Algonquins dans le voisinage de Québec méme. Heureusement ils ne découvrirent le fort de Montréal que deux ans plus tard quand il n'était plus temps de l’attaquer avec chance de succès. Mais alors commença pour la colonie cette guérilla incessante avec un ennemi insaisissable, pour qui la trahison, la perfidie et le massacre étaient de bonne guerre. Le 9 juin 1643, six Français sont surpris à quelques pas du fort, un seul échappe; ce furent les premières victimes. Les Iroquois en petites bandes rodent partout, ferment les avenues de Montréal, descendent aux Trois-Rivières où ils font prisonnier le P. Bressani et le vendent aux Hollandais. Ils menacent même Sillery. Le fort Richelieu, bâti en 1642 à l’embouchure de la rivière des Iroquois (Richelieu) pour leur barrer la route vers le Saint-Laurent, est devenu intenable. Montmagny ne peut v laisser qu'une garnison de huit à dix hommes et l’abandonne en 1645. Montréal, de nouveau isolé, est toujours sur le qui-vive. Mais le major Lambert Closse et le brave Charles Le Moyne font bonne garde; tous les jours une battue se fait dans les bois voisins. Le 30 mars 1644, de Maisonneuve, à la tête d'une trentaine d'hommes, met en fuite un parti de 200 Iroquois à l'endroit appelé depuis Place d'Armes. Quelques constructions s'élèvent. Grâce à la générosité de Mme de Bullion, Mile Mance fait construire un hôpital qu'elle entoure d’un enclos palissadé et dont la chapelle servit longtemps aux offices paroissiaux (1644). M. d'Aïlleboust, qui avait amené quelques soldats, fortifie la ville naissante, pendant que les Jésuites évangélisent les sauvages alliés de passage au fort, et même les Agniers pendant la trêve.
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Courte trêve. La Compagnie des Habitants, __ Ces alternatives de victoires et de défaites amencrent en 1645 une paix boiteuse de quelques mois. Elle fut négociée aux Trois-Rivières entre les Iroquois d’une part et, de l’autre, les Hurons, les Attikamègues, les Alganquins et les Montagnais. M. de Montmagny Présida lui-même les délibérations. L'année suivante, le P. Togues, accompagné de l'ingénieur Jean Bourdon. alla raffermir dans leurs bonnes dispositions, les cantons signataires de la paix. Mais dans un troisième voyage, il fut tué avec son Compagnon Lalande dans un village d'Agniers (octobre 1646). La paix cependant avait déjà produit de bons résultats Pendant tout un hiver, Iroquois, Hurons et Algonquirs avaient chassé ensemble, Comme alliés de vieille date.
Le commerce des pelleteries était redevenu prospère. La Compagnie des Habitants, formée d’un certain nombre de marchands du Canada, venait d’en acquérir le monopole (1645) à la condition de remplir toutes les obligations de la Compagnie des Cent-Associés envers la Nouvelle-France. Mais la guerre fit encore évanouir toutes les espérances de profits.
Iroquois et Hurons.— ]: confédération iroquoise était arrivée à l'apogée de sa Puissance. Ses guerriers divisés en bandes innombrables tenaient un immense pays Sous le coup d’une crainte grandissante. Ils étaient partout. Comme le disait le P. Vimont, “ils viennent en renards, combattent en lions et fuient en oiseaux”. Ils allaient pouvoir bientôt se vanter de “manger” une nation Par année. Les Hurons sédentaires furent la première des nations dispersées par eux. Les Hurons OCCupaient la petite péninsule située entre le Jac Simcoe, la rivière Sévern et la baie Georgienne. Moitié chasseurs, moitié agriculteurs, ils furent de tous temps alliés aux Fran- Çais qui voulaient s’en faire des intermédiaires pour pénétrer chez les sauvages du haut Pays. Depuis Champlain, leur nombre avait considérablement diminué. On pense qu'il ne dépassait pas alors 12,000 à 13,000 adultes. Le christianisme avait enfin pénétré cette nation et les conversions se multipliaient rapidement. [Les Jésuites, au
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nombre d'une vingtaine, avaient fondé des missions à peu près exclusivement chrétiennes : les principales étaient celles de Saint-Joseph, de Saint-Ignace, de Saint-Louis et de Sainte-Marie. Cette dernière, bâtie en 1640 près de la grande baie Matchedash (sur la rivière Wye), était le centre d’où les missionnaires et les frères donnés ou coadjuteurs rayonnaient dans toutes les directions. Tou-
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Pays des Hurons.
tes ces boirgades bien fortifiées pouvaient soutenir un long siège, mais l’absence de vigilance en fit une proie facile pour leurs ennemis.
À Massacre de Hurons.—le massacre des Hurons à commença par la destruction de la bourgade Saint-Joseph ï située à 15 milles de Sainte-Marie. Le 4 juillet 1648,
au petit jour, le cri de mort retentit, signal d’un massacre que l'absence des guerriers hurons partis pour la chasse rend plus complet. Un mouvement de concentration s'opère aussitôt vers la chapelle où le P. Daniel
92 CHAPITRE VI S'elnpresse de baptiser par Les. Puis, Courant de Cabane en Cabane, malades, revient donner une absol , ,
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(7 décembre 1649). Le lendemain, un Huron apostat tuait le P. Noël Chabanel au moment où celui-ci entrait en fugitif dans un bourg voisin. La bourgade fortifiée de Sainte-Marie où avait afflué la multitude des fugitifs fut elle-même abandonnée par les missionnaires et les 40 Français qui s’y trouvaient réunis. Ils s’enfuirent de nuit, se retirant sur l’île d'Ahœndeæ. appelée Saint-Joseph, où ils éleverent à la hâte un deuxième fort Sainte-Marie pour y passer l'hiver. La famine décima cette misérable population dénuée de tout, et la menace iroquoise, toujours présente, ajouta encore à l'horreur de la situation. Au printemps suivant (1650), les Hurons ne voyant de salut que dans la fuite, résolurent d'aller dans l'ile d'Orléans se mettre sous la protection du fort de Québec. Soixante Français, missionnaires, soldats ou marchands se joignirent à cette troupe de fugitifs, derniers débris d'une nation nombreuse. Le triomphe des Iroquois était complet. Par la destruction de nos alliés (1), le haut Pays se trouvait fermé à l'influence française, les missions chrétiennes étaient gravement compromises, et le commerce des fourrures périclitait rapidement. La dispersion des Hurons portait donc une grave atteinte au prestige de la Nouvelle-France.
Nouveau conseil. D’Ailleboust, gouverneur.—La cour décida en 1648 de ne nommer plus les souverneurs que pour un terme de 3 ans. En même temps, un édit royal réorganisait le pouvoir administratif. Ce premier conseil comprenait 5 membres: ie gouverneur général, le supérieur des Jésuites en attendant qu'il y eût un évêque, et trois habitants de la colonie élus tous les trois ans par les syndics de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières. M. D’Ailleboust de Coulonge remplaça M. de Montmagny. Il connaissait bien le pays pour avoir habité Montréal pendant plusieurs années. Aussi essayat-il de protéger efficacement ce poste éloigné en établis-
(1) En quelques années, les Iroquois exterminèrent ou dispersèrent plusieurs nations indigènes : les Pétuneux et les Outaouais (1650), les Neutres (1651), les Attikamègues (1652), les Ériés (1655), ete.
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Sant Un Camp volant d'une Juarantaine de soldats d'élite, auxquels il confia Ja Patrouille du fleuve entre Québec et Montréal.
Au Saint-Laurent,]).. 1051 les Iroquois sont les maîtres sur les deux rives du Saint-Laurent jusqu'aux Trois-Rivières, Où ils attaquent un Parti composé de Hurons et d’Algonquins et “assacrent le P. Buteux, qui rémontait chez les Attikamégues du Saint-Maurice. L’année suivante, c’est au tour du gouverneur des Trois-Rivières, Duplessis-Bochard. qui dans une sortie se fait tuer avec 15 soldats. À Montréal, Ja situation est encore plus critique. Les colons veulent abandonner Je poste ; M. de Maisonneuve ne les retient qu'en repassant lui. même en France Pour implorer secours. Il n’y a de sécurité que dans l'enceinte du fort et à l’Hôtel-Dieu où l’on a mis une garnison. Mais Lambert Closse vaut à lui seul tout un régiment. Dans le même été (1652), COUp sur COUP, il repousse avec quelques hommes deux attaques furieuses. On Crut, à Québec, que Montréal avait péri et une barque, envoyée par Lauzon l’année Suivante, rebroussa chemin sans oser approcher du fort, le croyant OCCUPÉ par les ennemis.
La recrue de 1653.-Je 22 Septembre, Maisonneuve arrivait avec 105 hommes, artisans et coloi:5, tous habiles au maniement des armes. En France, il avait Complété le travail entrepris par Mile Mance qui, 3 ans aUparavant, avait réorganisé la société de Notre-Dame, menacée de se dissoudre à la suite de la ruine financière de M. de la Dauversière. Pour lever cette recrue, Mme de Bullion avait donné 22,000 livres, et Mlle Mance, les
2,000 livres versées Pour l’entretien de son hôpital. Les colons, qui s'engagent pour 5 ans au moins, reçoivent une gratification en argent, outre 2 Concessions, l’une d’un arpent en ville, l’autre de 30 arpents dans les environs AOC Salut de Ville-Marie Qui, à partir de ce jour, ne fut plus seulement un Poste militaire, mais Une Vide Colohie avec Son organisation, civile, religieuse et sociale. C’est déjà une ville naissante. Resserrée dans son étroite enceinte de pieux, elle à, en 1659, 40 maisons. une église paroissiale à l’Hôtel-Dieu
et une chapelle {Bonsecours), un magasin de vivres, 2 moulins à vent et , comme travaux de aéfense, 2 nouvelles redoutes, l’une au pied et l’autre au sommet du coteau Saint-Louis. La population tout entière, vivant au milieu d'un continuel danger, faisait revivre la pureté et la simplicité des mœurs antiques. Le gouverneur, M. de Maisonneuve, donnait l'exemple de toutes les vertus chrétiennes et civiques. Ses ordonnances nous le montrent aussi respectueux de l'opinion publique que ferme dans l'application des lois. Malgré l'indifférence ou l’hostilité qu'il rencontra chez les gouverneurs de Québec, il poursuivit son œuvre avec ardeur et désintéressement. Des cette époque, Ville-Marie était le poste le plus important de la colonie du Saint-Laurent.
Otages français." Ce sont les Agniers qui tuent et les Onnontagués qui font la paix” a-t-on écrit des Iroquois de cette époque. Dès 1653, en effet, les Cantons hrent de nouvelles ouvertures de paix: elles furent accueillies avec empressement, et le P. Lemoyne alla ratifer le traité au nom du gouverneur. On procéda à l'échange des prisonniers, et M. de Lauzon s'engagea sans grand'peine, on le conçoit, à respecter le territoire iroquois. Les Onnontagués demandeérent alors des missionnaires et, en témoignage de leur bonne foi, des troupes pour les protéger. N'’avant en vue que le bien à faire aux nombreux Hurons chrétiens prisonniers des Iroquois, les PP. Chaumonot et Dablon s’empressèrent d'ouvrir leur mission (1655), et le gouverneur promit d’'envover des soldats. Au printemps de l’année suivante, M. Dupuis, commancant du poste de Québec, partit avec 50 Français, dont 4 Jésuites, pour s'établir (juillet 1656) à Gannentaha (Liverpool, N. V.), au cœur même du pays iroquois, où il éleva un fort palissadé. C’étaient autant d'ôtages aux mains des Troquois dont l'audace alors ne connut plus de bornes.
Pendant ce temps, les Agniers, opéraient une descente dans l’île d'Orléans, s'emparaient d'une centaine de Hurons et passaient fièrement devant Québec, impuissant à leur donner la chasse. Dans le voisinage de Montréal ils massacrent des Algonquins, surprennent un convoi dont
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faisait parti le P. Gareau, qui fut blessé mortellement d'un coup de feu pendant l'action. C'était le dixième Jésuite qui périssait de mort violente depuis 1642. Des lurons qui restaient encore à l'ile d'Orléans, les uns se retirèrent à Québec, d'autres se donnèrent aux [roquois qui les massacrèrent en route ou les réduisirent en esclavage. La colonie française elle-même aux mains débiles des Lauzon avait perdu tout prestige. Klle ne pouvait plus protéger ses alliés. tandis que la présence des Fran- Gais et des Jésuites au milieu des Iroquois l’'empéchait de tirer vengeance de la perfidie des Cantons.
Nouvelle guerre iroquoise (1657).-1: guerre ouverte contre les colons du Saint-Laurent ne pouvait tarder. Les Iroquois Onnevouts en donnent le signal en assassinant 3 colons de Montréal dans l’automne de 1657. Elle devait durer 10 ans. 1)’Aïlleboust, le gouverneur intérimaire, usa aussitôt de représailles : il mit aux fers tous les Troquois qu'il put saisir et les garda comme Otages. Mais dans ces conditions, les Français de Gannentaha, entourés d’ennemis à 200 milles de Montréal, vivaient dans un Ccontinuel péril d’être mMmassacrés. Le grand conseil des Onnontagués vota leur mort en février 1658. Avertis à temps, les Français résolurent de prendre la fuite: ils ConStruisirent secrètement des embarcations, et dans la nuit du 20 mars, pendant que les Iroquois se livraient à une de leurs orgies acCoutumées, ils partirent sans bruit à Ja faveur d’une neige tombante. Après une course de plusieurs jours, ils arrivèrent à Ville- Marie. Leur délivrance Causa un grand soulagement à la colonie qui Pourtant voyait se resserrer encore le cercle de ses ennemis. L'année suivante une nouvelle recrue de 200 personnes, levée par Jeanne Mance, vint Presque doubler la population de Montréal. Dans leurs fermes de Saint-Marie et de Saint-Gabriel, les Sulpiciens élevèrent des maisons fortifiées, et Maisonneuve réorganisa la milice. Partout on faisait bonne garde, car le danger d'être enveloppé dans un massacre général devenait de plus en plus imminent.
Les trois Communautés de Montréal. = {a
Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, fondée à Paris
par M. Olier, avait pris une part prépondérante dans l’établissement de Ville-Marie. Cependant elle n'y envoya les 4 premiers missionnaires qu’en 1657. M. de Queylus, leur supérieur, prit aussitôt la desserte de l’île, et même, comme grand vicaire de l'archevêque de Rouen, s'installa temporairement curé de Québec (1). Dans la suite, à part quelques missions chez les sauvages et en Acadie, les Sulpiciens bornèrent leur action à la région de Montréal où ils furent les soutiens des institutions les plus utiles. En 1663, ils acquéraient de la Compagnie de Notre-Dame qui se trouvait dissoute et dont ils payaient toutes les dettes, la propriété de la seigneurie de l’île que le roi amortissait (1677) “comme à Dieu dédiée et consacrée” et qu'il déclarait unie pour toujours à leur société.
Deux communautés naissantes reçurent tout particulièrement leur appui: la Congrégation de Notre-Dame et l'Hôtel-Dieu. La première était une association de religieuses enseignantes non cloitrées. Marguerite Bourgeoys, originaire de Troves en Champagne, en était la fondatrice. Venue en Canada en 1653, elle ouvrait 4 ans plus tard la première école de Ville-Marie: ce fut aussi le berceau de a premiere communauté religieuse née sur le sol de la Nouvelle-France. La Congrégation date à vrai dire de 1659 quand Marguerite Bourgeoys revint de France avec 3 compagnes décidées comme elle à consacrer leur vie à l'éducation de l'enfance. Fondée dans le plus grand dénuement mais approuvée bientôt par le roi, cette communauté ne tarda pas d’envover des institutrices dans beaucoup de paroisses et de répandre ainsi l’instruction parmi le peuple.
C'est aussi en 1659 que 3 religieuses hospitalières de La Flèche vinrent prendre la direction de l'hôpital fondé par Mile Mance. Cette fille admirable continua de s’occuper des intérêts matériels de l'hôpital et mourut en 1672, après avoir mérité par ses services de prendre place au nombre des fondateurs de Montréal.
N (1) M. de Queylus établit à Sainte-Anne de Beaupré, la “Bonne Sainte-Anne”, le pèlerinage le plus fréquenté du Canada (1658).
Mgr de Laval, premier évêque. —Depuis longtemps, on désirait en Canada la nomination d’un évêque Montréal était à peine fondé que la Société de Notre- Dame en faisait la demande, mais M. Legauffre, proposé au roi, mourut avant d'avoir accepté la dignité, Plus tard M. de Queylus fut écarté pour faire place à François de Montmorency-Laval, d'une des plus illustres maisons «de France. Mgr de Laval ne fut d’abord que vicaire apostolique de Ja Nouvelle-France. Ce titre impliquait-il suhordination à l'autorité de l'archevêque de Rouen? Celuici le prétendait avec d'autant plus de raison, semblait-il, q"e sa juridiction sur l'Église du Canada datait déjà de plus de 20 ans. Les Jésuites puis les Sulpiciens avaient accepté de lui les Pouvoirs de grands vicaires. Avant même son arrivée en Canada, en 1659, Mgr de Laval soutint qu’il ne relevait que du Saint-Siège et, en cette OCCasion, il montra Ja fermeté, l'entente des affaires, Ja persévérance qui devaient rendre si fructueux son long épiscopat. Le Pape et le roi lui donnèrent gain de cause : de ce jour l'autorité de Mgr de Laval s’étendit sans conteste à toute la Nouvelle-F rance.
Dollard et ses Compagnons, —]usqu'alors, on s'était tenu sur la défensive et les colons ne perdaient pas de vue les fortins où ils se réfugiaient à la moindre alerte. Au Printemps de 1660. les Iroquois crurent que le mohivit était arrivé de tenter un assaut général, Les Agniers venus par le Richelieu devaient se joindre aux Onnontagués qui descendaient la rivière des Outaouais, pour attaquer Montréal, fondre tous ensemble sur Québec. s'emparer du 8Ouverneur et ensuite semer partout la dévastation et la mort. Tout était perdu sans l’héroïque dévouement de Dollard et de ses 16 compagnons.
Les origines de Dollard des Ormeaux sont peu connues. Arrivé vers 1658, Maisonneuve l’avait placé à la tête d’une des petites garnisons de Ville-Marie. L'imminence du danger iroquois inspira à Dollard l’héroïque pensée d'aller se jeter au milieu de ces barbares, de se battre jusqu’à la mort en vendant chèrement sa vie et de créer ainsi une forte impression sur leur esprit. Seize jeunes colons se joignent à lui : tous s'engagent à vaincre
ou à mourir, Le 19 avril, à peine sortis de Ville-Marie. ils rencontrent un parti d’Iroquois qu'ils attaquent et mettent en fuite. Trois Français avaient trouvé la mort pendant l’action. À Montréal, ils sont aussitôt remplacés par 3 autres, et la petite troupe, bien pourvue de vivres et de munitions de guerre, repartit aussitôt, remonta les rapides jusqu’au haut de l’ile, s'engag-» dans la rivière Outaouais et arriva le ler mai au pied 6: Long-Sault, à 8 ou 10 lieues de Montréal. C'est là, sur 1a rive gauche de l'Outaouais, dans un fort de pieux dominé par un coteau, qu'elle résolut d'attendre les ennemis. Ce furent des sauvages anis qui se présentérent d’abord, Mitiwemeg accompagné de 3 Algonquins et Anahotaha à la tête de 39 Hurons de Québec. Ils obtinrent de partager la gloire et les dangers des Français.
La bande iroquoise forte d’une couple de cents guerriers ne tarda pas à paraitre. Les alliés qui ne les attendaïent pas si tôt, se hâtèrent de consolider leur palissade par une sorte de parapet fait de pierres et de terre et percé de meurtrières. Aussi supportèrent-ils sans perdre un seul homme le premier choc des barbares. Ceux-ci, déjà découragés, bloquèrent le fort et députèrent un canot demander l’aide de 500 Agniers qui les attendaient aux iles du Richelieu. Les 5 jours d'attente et de blocus furent fatals aux Français. La disette d’eau, la peur, les menaces et les promesses, engagèrent les Hurons à trahir les Français et à se livrer aux Iroquois. Seuls le brave Anahotaha et les 4 Algonquins leur restèrent fidèles. Instruits du petit nombre et de la détresse des alliés, les Iroquois, maintenant au nombre de 700 à 800, reviennent à l’assaut du fort avec une nouvelle furie et, durant 3 ours, d'heure en heure, tous ensemb'e ou par pelotons, toujours ils attaquent et toujours ils sont repoussés avec de grandes pertes. Enfin se couvrant de boucliers de bois, les plus braves entraînent le gros des Iroquois jusqu’au pied du fortin dont ils arrachent où brisent les pieux : la brèche était faite. Ce ne fut plus qu'un carnage. Les Iroquois ayant perdu l'espoir de faire des prisonniers. durent tuer jusqu’au dernier ces héros si longtemps invincibles. Leur rage retomba sur les perfides Hurons qui
s'étaient rendus à EUX. Quand ils comptérent leurs per tes, le tiers peut-être de leur effecif, ils Comprirent qu'il Y eut eu folie à se ruer contre les forts français défendu< par des soldats aussi vaillants et plus nombreux que ceux qu'ils venaient de combattre. Ils se dispersèrent, Jaissant libres les avenues du Saint-Laurent, Au mois d'août, 300 Nutaouais arrivaient à Montréal avec des pelleteries pour 00,000 livres. La récolte se fit et tout danger de famine disparut.
La guerre Continue. Pendant les G années qui suivirent, les Iroquois ne laissèrent pas un moment de répit à la colonie. Québec même ne fut pas épargné. -€ Massacre s’étendit de Montréal au Cap Tourmente, Ja dernière habitation française. Plusieurs colons furent enlevés où tués à Montréal, aux Trois-Rivières, à l'ile d'Orléans, à la côte de Beaupré: Je Sulpicien Lemaitre fut assassiné à Ja ferme Saint-Gabriel : Je grand sénéchal, Jean de Lauzon. périt tué avec 9 soldats en voulant porter secours à Couillard de Lespinay assiégé dans son manoir. Une maladie Contagieuse se déclara et ajouta encore aux ravages de la guerre indienne: la famine était toujours à craindre. Malheur à ceux qui s’éloignaient des forts. M, Vignal, un autre Sulpicien, conduisit un jour 13 hommes dans une île en face de Montréal. Il fut pris et tué avec 3 de ses hommes et 4 autres furent faits pri- Sonniers. [un d'eux, le chevalier de Brigeac endura avec un héroïsme égal à celui du P, de Brébeuf, un long Martyre de plusieurs heures. En 1662, Lambert Closse, périt dans une embuscade. (C'était une perte irréparable que ne put faire oublier Je veau fait d'armes de Picoté de Belestre qui, avec une poignée d’hommes, repoussa 50 Iroquois. Montréal est donc le poste le plus exposé AUX Coups des Troquois. C’est Un Camp retranché entouré de redoutes. Jusqu'en 1666, son Hôtel-Dieu ne désem- Plit pas de soldats blessés. Ft cependant Montréal ne cesse de progresser tottjours, sous la ferme et sage direction de Maisonneuve et des seigneurs, les Sulpiciens.
Les Souverneurs.— (ue faisaient pendant ce temps Jes gouverneurs généraux ? Faute de troupes suffisantes
pour soutenir le prestige de la colonie, ils étaient réduits à une inaction presque complète, À la fin de son terme d'office (1651), M. d'Ailleboust s'était de nouveau retiré à Montréal. Son successeur, Jean de Lauzon, l'un des princiaux membres de la Compagnie des Cent-Associés, resta 5 ans en fonction, travaillant de son mieux avec 3 de ses fils à tirer la Nouvelle-France de la situation inextricable où elle se débattait, En 1656, il laissa son gouvernement à son fils Charny, qui lui-même nomma M. d'Ailleboust gouverneur intérimaire (1657), en attendant M. d'Argenson qui arriva à Québec, l’année suivante. On espérait beaucoup du vicomte d'Argenson, grand seigneur de mœurs austères et qui ne manquait ni de bravoure ni de résolution. Mais il ne put garder la paix avec les pouvoirs civils et religieux. Le baron d'Avaugour (1661) ne fut pas plus habile dans ses relations avec l'évêque à propos de la vente de l'eau-de-vie aux sauvages. On lui doit du moins le premier plan de conquête de Manhatte et de la vallée de l’'Hudson. conquête qui aurait eu le double résultat de priver les Agniers de leurs alliés de l’Ést et d'isoler davantage les établissements anglais qui se soudaient rapidement les uns aux autres. Comme plus tard d’ailleurs, la métropole ne comprit rien à l’à-propos de cette politique nouvelle.
La traite de l’eau-de-vie,__Pendant longtemps, cette question mit aux prises les différents pouvoirs de la colonie. D'un côté, le clergé paroissial, les missionnaires, les colons, tous intéressés de près au succès des missions et à la sécurité de la colonie, voulaient interdire la vente des boissons enivrantes aux sauvages domiciliés ou nomades, dont la passion pour les liqueurs fortes, l’abus qu'ils en faisaient amenaient des rixes sanglantes. Dans ces tribus, où la vengeance jouait un si grand rôle, les sauvages s’enivraient pour justifier les pires excès, ne se croyant pas responsables des actions qu’ils commettaient en état d'ivresse. Ce vice pouvait à lui seul faire plus que tous les maux pour précipiter leur décadence. D'autre part, les coureurs de bois, les traitants, et aussi quelques gouverneurs soutenaient aue sans le trafic de l’eaude-vie il était impossible de faire du commerce avec les
Indiens: ils ne Manqueraient pas pour se procurer des boissons d'aller porter leurs pelleteries aux Anglais et aux Hollandais qui leur en off aient un prix plus élevé et ne s’embarrassaient guère de cette question de morale publique.
À Ville-Ma >», de Maisonneuve avait déjà fait des ordonnances effiLaces Pour interdire la vente de l'eau-devie aux sauvages, Mais à Québec, les autorités religieuses se heurtèrent au mauvais vouloir des gouverneurs d’Argenson et d’Avaugour, et Mgr de Laval porta la cause au tribunal du roi. La Sorbonne consultée (1662 et 1675) fut d'avis qu’il était préférable de sacrifier quelques avantages commerciaux, plutôt que de mettre en péril les intérêts les plus essentiels des Peaux-Rouges. Le roi sanctionna de son autorité les défenses portées par l’évêque de Québec.
Le tremblement de terre de 1663. Un tremblement de terre d’une très grande étendue et qui dura à intervalles irréguliers pendant plus de 6 mois (févrieraoût), jeta la consternation parmi les colons et les sauvages. Les secousses sismiques atteignirent une grande intensité sur la rive nord du Saint-Laurent et, d’après des témoins oculaires dignes de foi, elles bouleversèrent l’aspect du sol en plusieurs endroits. Toutefois, elles ne causèrent dans les villes et dans les campagnes que des dommages insignifiants. L'effet sur l'opinion publique fut tout différent. La Population terrifiée les attribua à l'intervention de la Providence qui voulait punir les crimes occasionnés par la vente de l’eau-de-vie. On se porta en masse vers les églises et l’on reconnut les torts du passé. La vente de l’eau-de-vie cessa, et quand Mgr de Laval revint avec l'interdiction royale, la colonie avait repris sa vie normale.
Le mal et le rem?de,—T interminable guerre des Troquois, les désordres causés chez nos alliés par la vente immodérée des spiritueux, l'impuissance des pouvoirs publics à organiser avec une poiguée de soldats la défense de la colonie. déterminent enfin à ce moment un mouvement d'appel général auprès du roi. En 1660, les
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lesuites délèguent le plus canadien de leurs missionnaires, le P. Paul Lejeune, pour demander des troupes. L'année suivante les colons envoient un des leurs, l’ierre Boucher, dont l'important mémoire sur le Canada, ses productions, son climat, ses ressources naturelles, attire des sympathies précieuses à la colonisation. Il revient en 1662 avec 200 colons et 100 soldats au moment même où Mgr de Laval part pour aller plaider en France la cause des aborigènes. ‘Tous sont unanimes à demander l'intervention immédiate du roi dans les affaires de la colonie. L'intervention est déclarée nécessaire, et on fait aussitôt une enquête sérieuse sur l’état du pays. Dumesnil, l’envoyé de la Compagnie des Cent-Associés, ne réussit qu'à discréditer davantage la cause d’une société “qui n'avait pas assez de vigueur pour agir, ni assez d’honneu: pour lâcher prise”. Mais Gaudais-Dupont, le délégué du roi, rendit justice à la vaillance des colons canadiens et découvrit sans peine que tout le mal venait de l'inertie des Cent-Associés et de l'impuissance des pouvoirs publics. En somme, on constatait, après un demisiècie d'essai, que ce régime des compagnies, si effectif en Angleterre et en Hollande, ne s’accommodait guère des habitudes françaises et d’une politique de plus en plus soumise à l’action centralisatrice du roi. Puisque le roi se substituait partout à l'initiative privée, mieux valait qu'il prit à sa charge l’organisation, la défense et le gouvernement de la colonie. La Nouvelle-France devint donc en 1663 ce que tiou: appelons aujourd’hui une colonie de la couronne.
Etat du pays.—Lla Nouvelle-France n’était encore qu'une faible colonie d’environ 2,500 âmes ( 1663)réparties inégalement sur les deux rives du Saint-Laurent entre Montréal et le cap Tourmente, l’espace de 70 lieues. La population stable qui ne datait que d’une trentaine d’années venait surtout de la Normandie, du Perche, de Paris et de quelques provinces de l’ouest de la France. Les enfants nés dans le pays formaient déjà une part considérable de cette population. En 1645, 25 seigneuries, dont plusieurs n'avaient pas un seul habitant, s’échelonnaient le long du fleuve. Dans ies familles les plus an-
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ciennes régnait déjà une aisance relative; la chasse et la pêche avec un Commencement de culture Suffisaient presque aux besoins des habitants. Dans les magasins de la grande Compagnie, on échangeait contre les produits du Pays les objets manufacturés, les vivres, grains de semence, etc., dont on Manquait. Les habitations, ordinairement Construites en bois, Mmanquaient en grande
belles espérances, pour le jour surtout où le péril iroquois aura disparu ou se sera éloigné.
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