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sauvages devinrent agressifs et attaquèrent mème l'expédition à qui il fut défendu de tirer un seul coup de fusil. Ce fut le moment le plus critique du voyage. Le 16 juillet on était aux bouches de l’Arkansas au 35e parallèle, à 100 lieues de la mer. La végétation luxuriante de la région, la douceur du climat, les objets manufacturés que les indigènes avaient en leur possession, tout prouvait qu'on était dans le voisinage des possessions espagnoles du sud. Persuadé désormais que le Mississipi se déchargeait dans le golfe du Mexique, Jolliet résolut de rebrousser chemin, ne voulant pas risquer, en se heurtant aux Espagnols, de perdre les fruits d’un si périlleux voyage. Au retour, Jolliet quitta le Mississipi pour la rivière des Illinois qu’il remonta jusqu'au portage qui le conduisit au lac Michigan dont il longea ensuite la rive occidentale jusqu’à la baie Verte, le point de départ. Là, le P. Marquette se sépara de lui pour se livrer au travail des missions.
La découverte du Mississipi ouvrait un vaste domaine à la propagation de 1 Évangile et à la colonisation, établissait des communications avec le golfe du Mexique, mettait fin à l'expansion de la Nouvelle-Angleterre réduite à l’étroite bande qui s’étend de la mer aux Alléghanys et, par le Missouri, ouvrait des perspectives nou velles vers l’océan Pacifique. Cependant il restait encore quelque incertitude sur la direction du Mississipi, et surtout, il fallait prendre officiellement possession du vaste bassin drainé par le grand fleuve. Ce sera l’œuvre de l’héroïque La Salle.
L’o ivre de La Salle. — L'Ohio. Robert Cavelier de La Salle est un des plus grands noms de notre histoire. L'unité de sa vie, son courage indomptable, ses adversités sans nombre, sa longue lutte de 20 ans contre les hommes et les choses, sa mort tragique dans les hautes herbes du Texas, tout contribue à mettre sa figure en relief. Voyageur infatigable, colonisateur patient, habile manieur d’hommes, il est le vrai fondateur de la Louisiane, doublant ainsi l’étendue des possessions françaises en Amérique. La Salle arrivait en Canada au moment où Tracy, en pacifiant les sauvages, ouvrait aux
FRONTENAC ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI 129 futurs explorateurs les routes de pénétration à l'intérieur du continent. Les Sulpiciens lui concédérent un fief audessus du saut Saint-Louis qu'il commença aussitôt à coloniser. Mais il était venu pour uii autre dessein. Deux Tsonnontouans, qui hivernèrent dans son manoir, lui parlèrent longuement d’une grande rivière qui prenait sa source dans le voisinage de leur canton et se dirigeait vers l’ouest : c'était probablement l'Ohio. La Salle crut avoir trouvé le chemin de la mer du Sud.
Il organisa sans tarder un voyage de découverte, et, le 6 juillet 1669, il partait avec 21 hommes. Deux Sulpiciens, Dollier de Casson et Galinée, le géographe de l’expédition, s'étaient joints à lui, Les explorateurs remontérent le Saint-Laurent, longèrent la rive méridionale du lac Ontario, séjournérent quelque temps chez les T'sonnontouans qui les reçurent avec méfiance et remontèrent la rivière Niagara. Sur les bords du lac Érié, ils firent la rencontre de Jolliet qui revenait du lac Supérieur. La Salle se sépara alors des Sulpiciens qui allèrent hiverner sur la rive nord du lac frié, où, au petit printemps, ils plantent une croix aux armes royales en signe de prise
de possession officielle par la France, puis remontent à Michillimakinac et retournent ensuite à Montréal. Libre
de ses mouvements, La Salle reprit aussitôt le chemiii de
ses amis les Tsonnontouans de Ja tête de l'Ohio, s’embarqua sur la grande rivière et se laissa glisser au fil d’un paisible courant au milieu d’une admirable région fourmillante de troupeaux de bisons. Il descendit, “ jusqu’à un endroit où la rivière tombe de très haut dans de vastes marais après avoir été grossie par une autre rivière fort large qui vient du nord”. On était vraisemblablement dans les environs de l’Ouabache. Ses hommes refusèrent d'aller plus loin et La Salle persistant à poursuivre
Sa route, il5 l’abandonnèrent quand, seul, il se fut engagé
fort avant dans les marécag On en est réduit à des
conjectures sur ce voyage d'exploration. Ce qui est sûr, c'est que la découverte de Jolliet, en 1673, ramena La
Salle à la partie supérieure du grand fleuve, point de dé-
part de ses explorations ultérieures.
La Salle aux grands Lacs.-—l'alon et Frontenac firent de La Salle le principal artisan de la construction du nouvel empire français des grands Lacs et du Mi:sissipi. Frontenac lui donne Cataracoui et l’autorise à s'établir à Niagara. C'est lui mettre entre les mains la clef des grands Lacs et lui confier la conduite de la traite des pelleteries dans l'Ouest. Cataracoui rapprochait les Français des sauvages nos alliés, Niagara reliait l’est à l’ouest, fermait la route du nord aux Iroquois, empêchait les Outaouais et les autres alliés d’aller porter leurs peileteries aux Anglais d’Albany. C'était la politique de Talon, de Frontenac et de Colbert, dont les deux principaux articles étaient : 1° De diviser les sauvages afin de ‘es mieux dominer ; 2° De poursuivre la pénétration irançaise au centre du continent par un savant système d’alliances avec les nations les plus lointaines du Nord et de l'Ouest, Pour La Salle, c'était plus encore. Cataracoui et Niagara étaient les deux premiers anneaux d’une chaine de postes qui devaient relier le Saint-Laurent au Mississipi et donner toutes ces régions à la France. Hn 1675, il alla lui-même demander au roi l'approbation de ses projets, et, aux autorités canadiennes, son entière liberté d'action. Protégé par Talon en France et Frontenac à Québec, il obtint le droit de commercer et celui de poursuivre à ses frais ses découvertes vers l’ouest et vers le sud; il reçut la concession de la riche vallée des Illinois de préférence à Jolliet qui la convoitait; enfin, suprême marque de confiance royale, des lettre; de noblesse lui furent données. Il se fit à Paris et à Rouen des amis puissants et trouva de riches baïlleurs de fonds. Sa famille, justement fière de ses succès, le seconda de tout son pouvoir et le prince de Conti lui donna le célébre Henri de Tonty. Pendant dix ans, Tontv seconda La Salle avec un désintéressement et une fidélité inviolables. Dès les premiers jours, il fut le tvpe du coureur de bois brave, actif, endurant, aussi habile à combiner un plan que prompt à l’exécuter; son nom est inséparable de celui du découvreur.
Vers les bouches du Mississippi. In 1680. !.
Salle était parvenu au fort Crève-Cœur sur les bords de
le
la rivière des Illinois, après avoir jalonné la route des grands Lacs de postes de traite et d'entrepôts. A Cataracoui, nommé par lui Frontenac, il avait fait construire la première grande barque qui ait sillonné les eaux de l'Ontario. Deux lieues en amont ‘ic: chutes du Niagara, il avait élevé le fort Niagara : iancé sur le lac Érié le Griffon, destiné à transporter homes et matériel jusqu’au fond du lac Michigan e* : ‘apporte: les ballots de pelleteries. En décembre 1679, La Sale, accompagné de 29 Français, partait enfin pour les bouches du Mississipi. Il remontait la rivière Saint-Joseph (Miamis) et par le Teakiki (Kankakee) atteignait l’Illinois qu'il descendait l'espace de 120 lieues. Là forcé de s'arrêter, il éleva à la hâte un fort auquel il donna dans la suite le nom de Crève-Cœur, en souvenir de nombreux malheurs qui marquérent cette étape. Ses gens, ne comprenant pas qu'il abandonnât à d’autres les profits de la traite pour poursuivre une découverte incertaine et périlleuse, refusaient avec menaces de le suivre plus loin. Il envoya alors Michel Accault et le P. Hennepin, récollet. explorer le haut Mississipi jusqu'aux chutes appelées Saint-Antoine. C'est ce voyage qui servit de base aux tromperies d’'Hennepin où il s’attribuait presque tout le mérite de la découverte de son chef. Pendant deux ans La Salle lutta contre une mauvaise fortune qui n'avait d’égale que son courage indomptable. Presque dans le même temps, le Griffon coulait avec sa Cargaison de pelleteries dans le Michigan, il perdait un autre navire d’une valeur de 22.000 francs dans le golfe Saint-Laurent, sa barque de l'Ontario était jeté à la côte et ses bailleurs de fonds, effrayés pour leurs créances, avaient saisi tout ce qui appartenait à l’explorateur. Pour comble de malheurs, les Iroquois semèrent Ja dévastation et la mort parmi les Illinois, et Tontv, laissé à la garde de Crève-Cœur, est forcé de revenir à Ja baie Verte. Tout autre que La Salle eut abandonné une entreprise qui ne lui apportait que des déboires.
La découverte. Pourtant l'explorateur se remet à l’œuvre, multiplie les voyages les plus périlleux et les p'us rapides dont notre histoire fasse mention, obtient un
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délai de ses créanciers, racolle une nouvelle troupe de manœuvres et, le 27 janvier 1684, l’expédition de nouveau reconstituée et comprenant 23 Français et 31 sauvages Mahingans et Abénaquis, partait de Chicagou, descendait la rivière des Illinois et le 6 février suivant arrivait au Mississipi. Elle le trouva encombré de glace. Il fallut attendre au 13 pour commencer la descente du grand fleuve auquel La Salle donna le nom de Colbert. Du confluent de l'Illinois jusqu'aux bouches du Mississipi, peu ou point de péripéties. Jolliet n'avait accompli qu’un voyage de découverte sans laisser de traces de son passage. Mais La Salle poursuit le double but de faire une véritable exploration du grand fleuve et d’assurer la domination de la France dans cette immense région. Voilà pourquoi l’explorateur n’atteignit le delta que le 6 avril, deux mois après son départ des Illinois. Il avait bâti le fort Prud’homme et, le 14 imars, pris possession du pays des Arkansas. Pas une goutte de sang n’avait été versée. Arrivé à la tête du delta, la petite troupe s’arrêta et La Salle, accompagné de Tonty, se rendit jusqu’au golfe du Mexique. À son retour eut lieu la cérémonie de la prise de possession officielle au nom de la France. Environ au 2% parallèle nord, au bord du grand fleuve, on éleva une colonne portant les armes de la France avec cette inscription : “Louis le Grand, roi de France et de Navarre, règne, le 9 avril 1682”. La Salle prenait ainsi possession de tout le bassin oriental du Mississipi depuis sa source jusqu’à son embouchure et lui donnait le nom de Louisiane. Enfin une croix fut plantée pour marquer que le principal objet de la prise de possession de ce pays était d’y établir la religion chrétienne.
Frontenac et la traite.—Frontenac dans la colonie voulut tout subordonner à l’autorité du roi, c’est-àdire à la sienne. Or, de toutes les autorités constituées, c’étaient les Jésuites qui, dans leurs missions de l’ouest, portaient le plus ombrage au gouverneur. Ils avaient essayé de faire de leurs missions des sortes de chrétientés fermées où l'influence de la religion s’exerçait à l’exclusion de toute autre. Mais la conversion des sauvages, en dépit du dévouement des missionnaires, n’obtenait de
leur propre aveu que de maigres succès (700 baptèmes en 20 missions en 1670). Leurs exhortations et leur dévouement se heurtaient à des vices invétérés, la polygamie, l'oisiveté, la cruauté et surtout l’ivrognerie. Ils ne voyaient de remèdes à cette situation que dans l’isolement, et, par suite, dans une surveillance étroite des relations des sauvages avec les blancs.
Talon et Frontenac pensaient au contraire qu’avec des tribus nomades toujours en mouvement pour la guerre ou leur subsistance, le système des “réductions” était une pieuse chimère. Selon eux, il valait mieux pourvoir nos alliés de ce qu’ils demandaient, même des boissons enivrantes, plutôt que de leur laisser prendre le chemin de la Nouvelle-Angleterre, où ils ne manqueraient pas d’aller porter leurs pelleteries. Réglementer la traite des fourrures qui restait la principale ressource du pays et, par suite, restreindre chez les sauvages la consommation des spiritueux, semblait donc pour eux la seule solution pratique. Mieux encore, il fallait rapprocher les indigènes des Français, en faire des auxiliaires pour l'extension du pays et multiplier les villages indiens au sein de la colonie. Le succès obtenu par les missions sédentaires du Sault- Saint-Louis (1668), de Lorette (1673), de la Montagne (1673)et de Sillery n’a-t-il pas déjà justifié cette politique de rapprochement ?
Les notables de la colonie consultés sur cette question le 20 octobre 1678 se prononcèrent en faveur de la traite des boissons pour les raisons politiques alléguées par les autorités civiles. La métropole, sollicitée dans un sens par le clergé et dans l’autre par les autorités coloniales, hésite à se prononcer et multiplie les ordonnances contradictoires sur les coureurs de bois, les principaux intéressés dans le conflit. En 1676 elle défend au gouverneur de donner des permis de traite, réduit celle-ci aux seules habitations françaises, puis, sur la représentation que la contrebande est générale par la complicité de tous, essaie de la réglementer en imaginant le système des congés qui, au nombre de 25, sont affermés Pour un an à des particuliers. Tout cela ne réussit pas à fixer les coureurs de bois dont le nombre est déjà très élevé. On leur repro-
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chait surtout de compromettre l'œuvre de l’évangélisation, d'accélérer par l’ivrognerie la décadence des races indigènes et de disperser les forces de la colonie. Mais en Captant la confiance des sauvages, en explorant en tous sens les pays inconnus, et, au besoin, en volant à la défense de la colonie menacée, ils se rendaient nécessaires et on fermait les yeux sur leurs fautes.
La traite des pelleteries.—Les diverses compagnies de commerce sous le régime français ont toutes été organisées pour aider à défrayer les dépenses de l’administration civile et judiciaire et coopérer à l'établissement de la colonisation (1).
Ces compagnies ne faisaient pas la traite des pelleteries directement avec les sauvages, mais avec les colons, les coureurs de bois et les officiers à qui il était permis de commercer avec les sauvages. Le monopole de ces compagnies ne cor.-iste donc pas à exclure les habitants du Canada du commerce des pelleteries, mais plutôt à servir d'intermédiaire entre les possesseurs de fourrures en Canada et les marchés européens. Les compagnies de commerce sont tenues d'acheter toutes les pelleteries que marchands, coureurs de bois, officiers militaires ou colons apportent à leurs comptoirs; et elles les doivent payer le prix marqué par les ordonnances. De leur côté les habitants ne peuvent vendre à d’autres qu'aux compagnies.
Quant à ceux qui peuvent faire la traite avec les sauvages, ils se divisent en trois classes : les officiers commandants des postes d'en Haut qui ont généralement l’autorisation de faire la traite avec les sauvages des dépendances où ils se trouvent ; ceux qui obtiennent du gouverneur un congé et qui envoient un canot monté de quatre hommes et des marchandises de traite et des provisions pour 18 mois. Ces congés sont donnés à des personnes
(1) Compagnie de Rouen (1603).— Compagnie de Montmorency (1620).— Compagnie de la Nouvelle-France (1627).— Compagnie des Habitants (1645).— Compagnie des Indes Occidentales (1664).— Compagnie Oudiette (1674).— Compagnie du Canada (1700).— Compagnie Aubert, Néret et Gayot (1706).— Compagnie d'Occident ou des Indes (1717).
de toutes conditions dans le but de leur venir en aide ; ces congés sont ensuite vendus à des marchands ou à des coureurs de bois qui les exploitent. Enfin, tous les habilants peuvent faire la traite des fourrures avec les sauvages qui descendent chaque année au Saint-Laurent.
Frontenac et les Iroquois.—]es Iroquois étaient hors d'atteinte des Français: les expéditions de Courcelle et de Tracy l'avaient montré jusqu’à l'évidence. Frontenac adopta à leur égard une politique de conciliation compatible avec les intérêts de la colonie. Il s’efforça d’éloigner les causes de conflits, de régler les différends à l’amiable, de jouer enfi.: entre tous les aborigènes un rôle de médiateur et de justicier. Tous les ans il montait à Montréal pour assister à la foire des pelleteries qui se tenait au mois d’août et, usant de son grand prestige sur les Indiens, il parvenait à maintenir la paix, flattant les uns, parlant haut et ferme avec les autres, à tous imposant ses vues et ses moyens de domination. Après la destruction des Hurons, les Iroquois s'étaient tournés contre les tribus du sud et de l’ouest, poursuivant les Andastes jusque dans la Virginie, ravageant le pays des Illinois en 1680, et menaçant les Sioux jusqu'aux sources du Mississipi. Ces guerres d'extermination satisfaisaient l’ardeur belliqueuse des Iroquois et les éloignaient des établissements français du Saint-Laurent. Toutes les fois qu’ils se rapprochaient des Outaouais et des Hurons de Michillimakinae, toujours enclins à traiter avec les Anglais d’Albany et de New-York, Frontenac intervenait à Propos et faisait rompre les tentatives de rapprochement : cette politique de conciliation valut plusieurs années de paix à la Nouvelle-France. Pour l’avoir abandonnée, ses successeurs attirèrent à la colonie d’irréparables malheurs.
Politique anglaise de Frontenac. Après 1632, les colonies anglaises furent de longues années sans avoir de relations directes avec la Nouvelle-France. Séparées les unes des autres par de grandes distances, elles se développaient rapidement le long de l'Atlantique. Deux colonies étrangères s’enclavaient dans les établis-
sements anglais: celle du Delaware, fondée pas les Suédois en 1638, et celle de Manhatte et de la vallée de l’'Hudson ouverte par les Hollandais (1613). En 1655 Manbhatte absorba le Delaware et neuf ans plus tard, les Anglais à leur tour s’'emparèrent de Manhatte, désormais appelée New-York. C'était souder la Nouvelle- Angleterre aux colonies du sud et acquérir une voie de pénétration par l’Hudson vers le Saint-Laurent et les grands Lacs. De ce côté donc Anglais et Français devenaient voisins. À partir de ce moment, les conflits se multiplient. Les colens du Saint-Laurent demandent l’aide de New-York pour réduire les Iroquois dont les Anglais ont besoin pour pénétrer à l’intérieur du continent et drainer le trafñc des sauvages de l’ouest. De ce fait seul, New-York devient une menace perpétuelle pour la politique d’extension de Ja Nouvelle-France, tandis que Boston, ouverte seulement sur la mer dont elle exploite les pêcheries, se défend avec peine contre l’Acadie et nos alliés les Abénaquis. Comme Montréal, New-York vécut bientôt de ses relations avec les sauvages et entra ainsi en concurrence active avec la Nouvelle-France. C’est alors que Frontenac, renouvelant un projet caressé par d’Avaugour, proposa à la métropole de profiter de son alliance avec l’Angleterre pour négocier l’achat de New-Vork et du bassin de la rivière Hudson. C’eut été acquérir un port d’hiver pour le Saint-Laurent, isoler les Iroquois, raffermir les relations avec les sauvages de l’ouest, protéger l’Acadie et étendre le commerce. [La métropole rejeta cette politique et, quelques années plus tard, elle ne sut pas mieux profiter d’une autre occasion plus favorable encore d’achever l’œuvre de F rontenac.
Le procès Frontenac-Perrot.—On l'a vu, une des idées dominantes de sa carrière fut de réglementer le trafic des pelleteries et d'empêcher les colons d’aller audevant des sauvages. Il voulait ainsi restreindre le nombre des coureurs de bois devenus une cause grave de dépeuplement. Mais les officiers civils résistaient al pour la plupart à la tentation de chercher dans le trafic avec les sauvages un supplément de revenus et l'opinion publique leur était plutôt favorable. Puisque les pelleteries
étaient la monnaie commune à tous, tous trafiquaient. Aussi, n’y a-t-il pas lieu de s'étonner qu’au cours des querelles intestines, l'accusation de retirer des profits illicites de la traite ait été lancée contre les gouverneurs, les intendants, la clergé même. Cependant, Frontenac prétendait garder la direction de la traite, pour la faire servir à sa politique indigène et empêcher la dispersion de la jeunesse du pays. Pour parer aux surprises, il impose à tous, même aux ecclésiastiques, l'obligation du passeport.
Le gouverneur de Montréal, François Perrot, trafiquait ouvertement avec les sauvages sur l’île qui porte son nom et, au mépris des ordonnances, protégeait les contrebandiers. Frontenac le prévint d’avoir à donner le bon exemple. Perrot répondit en faisant incarcérer Bizard, un envoyé de Frontenac, chargé d'arrêter un coureur de bois: c'était la révolte ouverte. Frontenac ne recula pas devant les moyens extrêmes. Il cita Perrot à comparaitre devant lui à Québec, et le fit emprisonner ainsi que le Sulpicien de Fénelon, qui avait pris le parti de Perrot. La cause fut portée à Paris. Le roi blâäma Perrot mais lui permit de retourner à Montréal. tandis que Fénelon, désapprouvé par M. de Bretonvilliers, le supérieur des Sulpiciens, ne revint pas au pays. Frontenac ne triomphait qu’à demi.
Démêlés du gouverneur avec le Conseil,—] A2 lutte avec le Conseil fut autrement grave et divisa le pays en deux coteries, au détriment de la colonie. En juin 1675, le nombre des membres du Conseil fut porté de cinq à sept, tous nommés par le roi. En outre le roi nommait un intendant à vues étroites, opiniâtre dans ses idées, incapable de s'élever au-dessus des intérêts du moment. C'était Duchesneau. II disputa longtemps au gouverneur la présidence du Conseil, affaiblit son autorité, gêna sa politique extérieure en s’attaquant surtout à La Salle, et fut en grande partie responsable de son rappel en 1682. La tactique de Duchesneau était d'exaspérer Frontenac pour le pousser à la violence à laquelle ce dernier n’était que trop enclin. C’est à la lumière de ces faits, qu'il faut juger les actes arbitraires du gouverneur. Il fit exiler
remets ségree,
trois membres du Conseil, dont le Procureur général d’Auteuil, leur nommant de sa propre autorité des rempla- Sants, emprisonna le conseiller Damours et se brouilla avec l'évêque et le clergé. Pour mettre fin à ces divisions interminables, le roi rappela Frontenac et Duches- É. neau, et nomma de la Barre gouverneur et de Meulles f, intendant. Il ne tarda pas à s’en repentir. On s’aperçut
bientôt jusqu’à quel point Frontenac était indispensable F à la colonie. |
CR RER er | CHAPITRE IX TRENTE ANS DE GUERRE
k PREMIÈRE PÉRIODE: DE 1683 A 1701.
De la Barre, &ouverneur.—Pour remplacer l’actif et vigilant Frontenac, le roi envoya un vieillard sexagénaire, faible, indécis, inintelligent, Lefebvre de la Barre,
| qui se crut obligé de prendre le contre-pied de la politique de son prédécesseur. Pas un moment il ne commanda le respect et la confiance de la société canadienne. Il se
rapprocha ostensiblement du parti opposé à Frontenac,
aggravant ainsi les divisions qu’il avait mission d’apaiser.
: Au Conseil, il ne tarda pas à se brouiller avec l’intendant de Meulles. Il s’opposa ouvertement aux Récollets qu'il
contribua à écarter peu à peu des missions du Mississipi.
Même incapacité à régler la question de la traite des habi-
tants avec les sauvages, question si intimement liée à la
politique indigène. Dans son désir de favoriser ses amis
en ruinant La Salle, il multiplie les permis de traite. Lui-
même se rapproche des Anglais de New-York, donnant
ainsi prise à l’accusation de trafiquer à son propre profit.
Spoliation de La Salle. La Salle avait réussi à étendre la domination de la France dans toute la vallée
du Mississipi. La plus élémentaire logique exigeait qu'il pût consolider son œuvre sous la protection de Québec. Mais La Barre, l’assimilant à un simple coureur de bois, l’arcusa d'abandonner Cataracou: pour le fort Saint- Lois et refusa de lui envoyer des hommes et des munitions pour protéger les Illinois contre les Iroquois devenus menaçants. C’était le premier pas vers la spoliation qu'il projetait avec l’aide des traitants des grands Lacs. Il s’empara du poste de F ronfenac qu’il donna à Lachenaie et à Leber, et envora Baugy, la Durantaie et Du Lhut prendre possession du fort Saint-Louis des Illinois, tandis que Nicolas Perrot recevait l’ordre d'isoler La Salle et même de le rendre suspect aux indigènes, À la fin de 1683, tous les établissements de La Salle se trouvaient aux mains de La Barre et des traitants à sa dévotion; et les Jésuites se substituaient aux Récollets dans toutes ces missions. La Salle passa en France et se fit restituer ses postes de Commerce. Mais le mal était fait. La guerre avec les Iroquois allait en démontrer toute
étandiun,
—La Barre se conétabli le protectorat français sur la ré aut Mississipi. Nicolas P a Tourette, La Durantaie, akinac, jouissaient d’un très s alliés et ils s’en servaient
oigner les s de l’Atlant
Iroquoi
Illinois, La Barr
de piller les traitants français n
Des maraudeurs iroquois ne tar taauer aux Français, mais ce fu le conseiller du gouverneur, a première victime. Un and La Barre demanda répaonduit. Il n’était plus possi-