‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 19 sur 120 · CAN · texte numérisé non relu

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Expédition contre les Tsonnontouans.—Au lieu d'agir vigoureusement et de prévenir l'ennemi, La Barre perdit :oute une année en négociations et en préparatifs, Les 150 soldats qu’il avait demandés en France n’arrivèrent qu'à l'automne de 1683 ; il fallut remettre la campagne à l’année suivante. Pendant ce temps, il envoyait prendre possession des postes appartenant à La Salle et il faisait part à Dongan de ses projets contre les Iroquois, poussant même la naïveté jusqu’à lui dmander son Concours contre eux. On devine dans quel sens agit l'astucieux gouverneur de New-York. La Barre envoya rallier les coureurs de bois et les sauvages du haut Pays. Du Lhut, Nicolas Perrot, de la Durantaie se mirent aussitôt en marche vers le lac Ontario. La petite armée du Souverneur, forte de 1,000 à 1,200 hommes, quitta enfin Québec le 9 juillet 1684, perdit beaucoup de temps en route et n’arriya à l’Anse de la Famine, sur la rive sud du lac Ontario, que deux mois plus tard. Elle n'était plus que l’ombre d'elle-même: les vivres manquaient et plusieurs centaines de soldats étaient malades. Les Iroquois n'avaient pas bougé. 1: Barre ne pouvait aller plus loin. Il se flatta un moment de pouvoir traiter sans honte avec les Iroquois. Il usa de l'influence de Le Moyne et surtout du P. de Lamberville, qui s’était opposé à cette guerre d'offensive, pour décider une dizaine d’Onnontape à servir d’intermédiaires entre les Français et les Sonnontouans. T1 était facile de prévoir que les Iroquois dicteraient les conditions de paix à cette armée affamée et réduite à l’impuissance. Les Iroquois parlèrent en maitres. L'un d’eux “le sieur de la Grande-Gueule”, comme l’appelle un missionnaire, ajouta la menace à l’insulte. La Barre supporta tout, consentit à tout. Il abandonna les Illinois à la haîne des Cantons, demandant timidement qu'en frappant nos alliés, les Iroquois prissent garde d'atteindre les Français. Il feignit d’être satisfait de ces négociations dont il ne retirait que le mépris et il leva le camp. Son retour prit le caractère d’une véritable fuite. Les résultats de l'expédition à tous les points de vue étaient désastreux. Les alliés du haut Pays, accourus jusqu’à Niagara sous la conduite de la Durantaie, mani-

festérent ouvertement leur colère de ce qu'on eût conclu la paix sans eux; l’orgueil des [roquois, soigneusement entretenu par les Anglais, ne connut plus de bornes. La Barre fut aussitôt rappelé en France et remplacé par le marquis de Denonville,

Denonville — La route des Lacs. — Denonville s'inspira d’abord de la pensée de Frontenac et remporta des succès remarquables ; puis, effrayé du nombre et de l'activité grandissante de ses ennemis, il perdit son assurance et glissa de faute en faute. Il conduisit la colonie au bord de l’abime. Envoyé en Canada Pour réparer les fautes de son prédécesseur, il ne réussit ni à rompre l’alliance anglo-iroquoise, ni à réduire les Iroquois. Il arrivait à Québec avec 600 soldats et marins; 300 autres l'avaient déjà précédé à l'automne de 1684. C'était une force imposante pour l’époque. Il en fit d'abord un excellent usage,en jalonnant la route des lacs de deux nouveaux postes dont l'importance augmentait tous les jours. C'’étaient Niagara, situé à la décharge du lac Érié et à proximité du pays des Iroquois, et Détroit qui commandait les lacs Érié et Huron. Cette politique clairvoyante affermissait la fidélité chancelante de nos alliés de l’ouest et nov's assurait la possession complète de la grande route de l'intérieur, fermée pour un moment aux Iroquois.

Lutte contre les Anglais. — Ia récente guerre iroquoise avait révélé au Canada un nouveau péril, le péril anglais. Devenus nos voisins, les Anglais n'avaient cessé de pousser les Iroquois contre nous et de s’en servir pour pénétrer à l’intérieur du pays. Mais la confédération iroquoise, bien décidée à garder son entière indépendance, préférait jouer un rôle d'arbitre entre les deux colonies et conserver sa liberté d’action : cependant par tradition comme par intérêt, ses sympathies allaient plutôt aux colons du sud comme à des voisins plus rapprochés, moins impliqués dans les affaires indiennes et offrant un meilleur marché d'échanges. Pour couper court à cette influence anglaise, Frontenac, nous l'avons vu, avait proposé d'acquérir la Nouvelle-Hollande. Denonville :n reprit l’idée avec d’autant plus d’ardeur que l’occasion semblait exceptionnellement avantageuse.

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142 LHAPITRÉ IX

Jacques 11, en effet, devenu roi d'Angleterre en 1685, avait intérêt à conserver l'alliance de Louis XIV pour se défendre contre ses propres sujets et faire échec aux menées ténébreuses de son gendre Guillaume le stathouder de Hollande. Dans ces conditions, il aurait été facile pour la France d'obtenir la cession du territoire convoité. La diplomatie française laissa encore échapper l'occasion. Trois ans plus tard Jacques IT était détrôné et Guillaume d'Orange, l’irréductible ennemi de Louis XIV, montait CE sur le trône d'Angleterre, Seule la force des armes pouvait désormais régler les différends entre les colonies anglaises et françaises d'Amérique. Denonville sut au moins

. adopter une politique ferme contre les Anglais. Du côté du sud il tint tête à Dongan et à son successeur Andros, tandis qu’à la baie d'Hudson et en Acadie il fit respecter les droits de la Nouvelle-France.

De Troyes à la baie d’Hudson.-—Radisson et des Groseillers qui avaient introduit les Anglais à la baie d'Hudson, n'avaient Pas tardé à se brauiller avec eux.

la faveur d’une amnistie ils revinrent à Québec, fon-

dèrent en 1682 une nouvelle compagnie de fourrures, la

Compagnie du Nord, et repartirent aussitôt. Pendant

l'hiver qu'ils passèrent à Nelson, ils firent concurrence

à la compagnie anglaise et revinrent à Québec avec une

| grande quantité de pelleteries. La Barre aurait dû pro-

11 fiter de leurs bonnes dispositions pour relier les postes

Re, d' ‘ipigon, du Saguenay et du bas Saint-Laurent avec Ceu , de la grande baie et accaparer, au moyen de la compagnie française, tout le commerce de l'extrême nord.

: L’à-propos de cette politique lui échappa. Il malmena Radisson et des Groseillers, qui se donnèrent de nouveau aux Anglais. La Compagnie française survécut cependant et Denonville en soutint les prétentions par la force. En 1686 il chargea le chevalier de Troyes d’aller s'emparer des postes anglais de la baie d'Hudson.

À la tête de 100 hommes, dont faisaient partie d’Iberville et ses deux frères Sainte-Hélène et Maricourt, de royes quitta Montréal le 20 mars. remonta la rivière des Outaouais et le lac Témiscamingue et descendit la rivière Abitibi jusqu’à la baie de James. En trois mois

is PAIN ANNEES :

la petite troupe avait fait, sac au dos et raqi ttes aux pieds, plus de 200 lieues. Le 20 juin, de Troyes était devant le fort Monsipi où Moose qu'il attaqua aussitôt, La furie de l'attaque jointe à la a on des Anglais, découragea vite toute résistance, Le fort capitula. D'Iberville s'était conduit en héros. Il préludait avec éclat à son admirable carrière militaire. De Monsipi, la petite troupe se rendit en chaloupe au fort Rupert situé à 40 lieues plus à l’est. Pendant que d'Tberville et Maricourt avec 9 compagnons s'emparaient par surprise d’un vaisseau monté par 15 hommes, de Troyes escaladait le fort, et, sans coup férir ,s’en rendait maitre, Le fort d’Albany situé à 70 lieues, de l’autre côté de la baie, eut le même sort. IT était muni de 50 pièces de canon et renfermait les principaux magasins de la Compagnie de la Baie d'Hudson; on y trouva pour 50,000 écus de pelleteries. Il ne restait aux Anglais que le fort Nelson situé beaucoup plus au nord. Toute la baie de James était conquise, mais en dépit d’un traité de neutralité signé par la France et l'Angleterre, la lutte se continua pour la possession de la baie d'Hudson. Maricourt eut la garde du fort Albany, et d’Iberville retourna à Montréal par terre.

L’Acadie.—FEn Acadie, les gouverneurs (1) se succédaient sans améliorer sensiblement le sort de la colonie. Placés à la tête d’un millier d'âmes occupant une quinzaine de postes agricoles où de traite dispersés au milieu d'une région grinde comme la moitié de la France, ils ne réussissaient pas toujours à se défendre contre les attaques des flibustiers qui souvent ravageaient les côtes. En 1679, ceux-ci occupèrent momentanément Port-Royal et Pentagouet. Sur le bord de la mer, ordinairement à l'embouchure des rivières, s’élevaient de petits postes fortifiés, comptoirs de traite où vivaient ces Capitaines français mi-sauvages, mi-civilisés, fiers, indépendants, braves

(1) Voici la liste des &ouverneurs de l’Acadie de 1670 à 1710: 1670, M. de Grandfontaine : 1673, Jacques de Chambly; 1678, Michel de la Vallière : 1684, François Perrot : 1687, Robineau de Menneval; 1600, de Villebon ; 1701, de Brouillan; 1704, Denys de Bonaventure : 1706, de Subercase. Le premier gouverneur anglais fut Samuel Vetch.

jusqu’à l'excès, aimés de: Indiens qui les suivaient pour leur hardiesse, leur bonhomie, leur facilité à se plier à ieurs usages, Ces capitaines de sauvages infligèrent aux colonies anglaises d’incalculables dommages.

L'un des types les plus remarquables de ces aventuriers fut Vincent de Saint-Castin, baron des environs d'Oloron, dans le pays basque. Ancien officier du régiment de Carignan, il était venu avec M. de Grandfon-

taine, qui lui donna le Commandement du poste de Pentagouet et de toute cette région.

la fille d’un chef abénaquis, il pri cette nation qu’il fut bientôt rega ble souverain : il servit sa patrie d’ lance et une fidélité inviolables.

les d'Entremont, de Pobomcoup, les d'Amours d’Échauffours, Saint-Aubin, Bellefontaine, de Saillant, Denys de la Ronde,

ment des auxiliaires précieux po Les relations extérieures de l’A

bouches du M l’ordre de le rétablir dans tous ses droits.

vaisseaux mis à sa disposition, La Salle e des soldats, des agriculteurs, des artisans, un mot, une colonie complète composée personnes. De Beaujeu avait la direction

Partie de La Rochelle Je 24 Juillet 1684, l'expédition entrait dans le golfe du Mexique trois mois après, dé-

ans la baie abord pour l’une des

passait le Mississipi sans le voir et s'arrétait d de Matagorda, que La Salle prit d’

bouches du grand fleuve. I] Y débarqua sa colonie. L’erreur était irréparable. À partir de ce jour, ce ne fut plus qu'une suite interminable de malheurs : le vaisseau chargé des outils et des provisions de bouche fut jeté à la côte et de Beaujeu retourna en France abandonnant La Salle à son sort. Celui-ci mit son monde à l'abri d’un fort qu'il nomma Saint-Louis et partit à la découverte de Ja fatale rivière. Il revenait après plusieurs mois de recherches infructueuses pour être témoin du naufrage de son dernier vaisseau. Ne pouvant atteindre le Mississipi par mer, il conçut alors le téméraire projet d'aller en Canada chercher des secours pour sa colonie. Il partit avec 16 Compagnons dans la direction du nord: mais la mésintelligence se mit parmi ces hommes qui ne pouvaient comprendre l'énergie et l’indomptable courage de leur chef. Morenget, le neveu de La Salle, était bientôt assassiné Pour se soustraire à la vengeance de La Salle, les meurtriers résolurent de le tuer. Le commandant ne voyant Pas revenir son neveu alla à sa recherche avec le P. Douay et un sauvage. Il rencontra Duhaut qui lui parla avec insolence, et comme La Salle s’avançait pour le châtier, un coup de feu partit d’un fourré et La Salle tomba mort, frappé d’une balle en plein front.

Ainsi mourut le 18 mars 1687 l’un des explorateurs les plus remarquables dont l’histoir- fasse mention, le fondateur de la Louisiane française, le découvreur du Texas. Après la mort de La Salle, les meurtriers s’entretuèrent ou furent massacrés par les Indiens. Son frère Cavelier et son jeune neveu, le P. Douay et Joutel, l'historien de cette lamentable affaire, réussirent ‘à atteindre le fort Saint-Louis des Illinois. Quant à la colonie de Saint- Louis du Texas, réduite bientôt à la plus horrible misère, elle fut détruite ou dispersée par les Indiens au milieu desquels on trouva plus tard quelques survivants.

L’intendant de Meulles. Etat du pays.— De Meulles quitta le Canada en 1686, après quatre années d'intendance. Il connaissait bien le pays pour l'avoir par- COUru, sans oublier la lointaine Acadie. Le mémoire qu'il a laissé est une peinture assez exacte de l’état de la co'onie à cette époque. La fertilité du sol, surtout à

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partir de Québec en remont riété et la salubrité du clima

nant de la culture, de la chas

tribue à rassurer sur l'avenir.

passe déjà les besoins de la pop

on a planté la vigne qui réussit bien. Le chanvre donne d'excellentes toiles, mais on manque de tisserands. troupeaux progressent lentement

friché |

(1) Les billets, de six espèces différentes, portent 1a signature du gouverneur et de l’intendant.

Meulles eut été capable de rendre de très grands services à la colonie. Champigny le remplaça (1686-1702).

Denonville et les Tsonnontouans. Chargé de protéger les sauvages alliés, Denonville n'avait en vue que la guerre contre les Iroquois. Tout la justifiait. Soutenus par les Anglais, les Iroquois ne cessaient de poursuivre les Illinois, et de faire incursion sur le territoire français. Denonville hésita longtemps. Il ne pouvait oublier les misérables résultats qui avaient marqué les expéditions précédentes. Un Iroquois chrétien lui avait dit un jour: “Ecoute, Ononthio:; tu vas attaquer un nid de guépes; écrase-le, si tu veux vivre tranquille : mais si tu te contentes de les effrayer, elles se réuniront contre toi”?

La crainte lui inspira alors un acte de perfidie inexcusable. Prenant à la lettre l’ordre du roi d'envoyer les prisonniers en France pour les faire servir sur le. galères, Denonville s’empara par trahison des chefs Iroquois venus sur son invitation traiter à Cataracoui, les fit charger de chaines et envoyer en France. Ce coup de force n'avait pas même le méri: de l'adresse qui en impose ; les chefs saisis venaient du voisinage du fort français et nous étaient plutôt favorables. Les Jésuites se trouvaient à leur insu impliqués dans l'affaire ; l’on cacha au roi les circonstances de la capture des prisonniers. Les représailles ne se firent pas attendre. Les Onneyouts mirent le P. Millet à la torture et les Onnontagués, plus honnêtes que le gouverneur, donnèrent au P. de Lamberville, qui avait servi d’intermédiaire, le temps de s'enfuir.

Le ler août 1687 Denonville était à Frontenac avec 1,200 soldats et 500 Sauvages. À peu de distance du premier village tsonnontouan, l'avant-garde, composée de coureurs de bois et de Sauvages chrétiens, défit une bande de 800 Iroquois, mais ne put les poursuivre. I'armée ne rencontra plus de résistance. Elle brüûla les villages déserts des Tsonnontouans, détruisit leur récolte de maïs et tua tous les pourceaux. Après avoir pris possession du Pays au nom du roi de France, le gouverneur alla bâtir un fort de pieux à Niagara où il laissa une garnison de 100 hommes sous les ordres du chevalier de Troyes.

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L'effet de la Campagne donnait l'illusion d’un vrai succés. La route du nord fut libre un instant et les coureurs de bois vinrent, jusqu’à Montréal renouveler leurs marchandises de traite. Avec les succès de d’Iberville à la baie d'Hudson, l’année précédente, ce fait d'armes pouvait

amener un peu de tranquillité. Mais ce n’était qu’un succès de surface.

Représailles iroquoises, — Kondiaronk., — ‘union des cinq Cantons Pour une action commune contre les Français se fit aussitôt Dongan. Dès 1688 recommença la petite guerre d’autrefois, au coin des bois, aux points de rencontre des che-

mins et des rivières, toute d’embuscades et de surprises, Sans trêve ni merci.

sonne ne se fait illusion.

ordonne l'évacuation de Niagara. Détroit était déjà abandonné. Les garnisons de ces deux postes se replièrent sur Cataracoui.

La trahison du chef huron, Kondiaronk, surnommé le

at pour son astucieuse finesse politique aggrave encore la situation. Mécontent de n’avoir pas été consulté pour la paix du 15 juin, il résolut d’en détruire l’effet. Il va attendre jes ambassadeurs iroquois à l’Anse de la Famine, tombe sur eux à l’improviste, en tue un bon nombre et fait les autres prisonniers. Quand on lui demande pourquoi il a violé la parole donnée. il feint l’étonnement et affirme qu'il a agi ainsi sur les ordres même d'Ononthio (le gouverneur). Il retient cependant un prisonnier soidisant pour remplacer un des siens tué pendant l’action, le conduit à Michillimakinac où la Durantaie Je fait passer par les armes, probablement pour lui épargner les horreurs du supplice. Alors Kondiaronk met en liberté un

vieil Iroquois pour qu’il aille dire aux Cantons de quelle façon sont traités les ambassadeurs par les Français. Kondiaronk faisait croire aux Iroquois que les propositions de paix étaient une feinte, et aux alliés que les Français étaient toujours en guerre avec les Iroquois. Le Rat pouvait se vanter d'avoir “tué la paix”.

Massacre de Lachine.— Au milieu de toutes ces intrigues, les Français se maintenaient difficilement, méme à Michillimakinac où la Durantaie et les missionnaires Parvenaient avec peine à rassurer les Outaouais et les sauvages du Sault-Sainte-Marie, et à tenir en respect les perfides Hurons. Nicolas Perrot réussissait mieux avec

contre l’ennemi commun et il prenait possession au nom de la France de tout le pays qui s'étend à l’ouest du lac Michigan: le territoire des Puants, le Wisconsin, le haut Mississipi habité par les Sioux. C'était un nouveau succès pour la politique française, succès inutile tant que ne se rétabliront pas les Communications avec la vieille colonie. Or Tonty était bloqué au fort Saint-Louis des Illinois et les Iroquois ne laissaient de repos aux colons du bas Saint-Laurent que pour mieux les surprendre. En effet, le 5 août 1689, à Ja faveur d’une vio'ente tempête, 1.400 Iroquois abordèrent de nuit dans l’île d “fontréal à l’endroit appelé Lachine et, postés par petits pelotons autour des maisons espacées sur le chemin public, ils attendirent l’aurore pour donner le signal du massacre. Poussant alors leur terrible cri de guerre, ils enfoncent les portes à coups de haches, tuent ceux qui font mine de se défendre, a!lument l'incendie partout et font un grand nombre de prisonniers dont plusieurs sont torturés. Dans cette seule nuit tragique, les Iroquois avaient fait 150 à 200 victimes. Ils ravagérent la campagne pendant trois jours et s’approchèrent même de la banlieue de Montréal. Ils disparurent enfin sans être poursuivis. Denonville, effaré, pensant que tout était perdu sans ressource, envoya en toute hâte l’ordre d’évacuer le fort Frontenac. De Valrennes obéit à regret ; il fit sauter les

murailles du fort et se replia sur Montréal. De Lachine à Mackinac pas un poste ne restait aux Français. La colonie française est démembrée, les Iroquois et les Anglais triomphent, plusieurs des nations alliées hésitent sur le parti à prendre. L'avenir inquiète les plus optimistes.

Frontenac revient au Canada. — Malgré son grand âge—il avait 68 ans— et les rancunes que son retour ne manquerait pas de réveiller, Frontenac fut jugé le seul homme capable de rétablir à cette époque critique les affaires de la colonie. Accueilli comme un sauveur, il monta sans tarder à Montréal, espérant arriver assez tôt Pour empêcher la destruction de Cataracoui. Vain espoir : ses envoyés étaient à peine en route qu’ils rencontrèrent de Valrennes revenant avec la garnison. Frontenac fit aussitôt entourer Montréal d’une palissade de pieux de cèdre hauts de 15 pieds et établir des fortins aux endroits les plus expoiés. Mais la vraie ligne de défense de la colonie était ailleurs. La garnison de Michillimakinac, renforcée de 150 hommes, mit fin aux hésitations des Outaouais toujours enclins à se joindre aux ennemis. Dans le haut Mississipi, Du Lhut était vainqueur des Iroquois et Tonty se maintenait à Saint-Louis des Illinois. Nicolas Perrot retourna au W isconsin et une fois de plus Sagna tous les sauvages de ces régions à la cause fran- Gaise. À tous nos alliés, Frontenac envoya dire qu’il entendait rester leur protecteur et il réclamait fidélité. L'ancienne route de traite se trouvait rétablie. Reprenant sa politique de conciliation, le gouverneur espérait se rapprocher des Iroquois, d'autant plus aisément qu’il ramenait avec lui les trois survivants des chefs exilés par Denonville. Mais le chevalier d'Eau, envoyé en ambassade, fut accueilli comme un espion et livré aux Anglais de New-York. Frontenac comprenait enfin d’ou venait l’insuccès de ses démarches.

À la baie d'Hudson et en Acadie, régions peu liées à la politique de la colonie laurentienne, les Français tenaient bravement tête à leurs adversaires. D'Tberville, devenu le premier marin de l’extrême nord, maintenait à la baie de James, les conquêtes des années précédentes et même dans sa croisière de 1689 Capiurait deux autres

vaisseaux anglais, En Acadie nos fidèles alliés les Abénaquis répondaient à une attaque des Anglais contre un de leurs villages Par la prise du fort Pemquid, poste fortifié situé en terre anglaise. De toutes les entreprises contre les Anglais d'Amérique, seule l'expédition organisée en France pour la conquête de New-York aboutit à un échec. Callières, envoyé en France par Denonville, décida le roi à s'emparer de N ew-Vork, mais il était trop tard. La marine française immobilisée par la guerre d'Irlande, ne laissait libres que deux vieux navires que la ' 4 Caffinière conduisit devant New-York, attendant en vain ‘

que les troupes canadiennes vinssent par le lac Champlain prendre la ville à revers.

du désarroi général, amener le secours demandé, et Ja Caffinière, n’osant attaquer seul, retourna en Europe.

Guerre ouverte contre les Anglais. Par Jeur population, leur importance Commerciale et leur esprit démocratique, les colonies anglaises tendaient davantage

er

Fo PMP Todd D a

nce Sans protester.

bouleversait toute la politique européenne, dirigée désormais contre la Fran- CE Par Son ennemi le plus acharné Guillaume II. Une longue guerre commença aussitôt (7 mai 1689).

En Amérique la lutte s'engage sur toutes les frontières. Frontenac fut le premier à l'attaque. Hi sE.

massacre de Lachine, il Jâcha contre la Nouvelle “F1

d'un nombre à peu près égal de Français et de sauvages. Le premier, de 207 combattants commandés par d’Aille- FE à boust de Mantet et LeMoyne de Sainte-Hélène, tomba FE 4

sur Corlar (Schenectady), dont l’enceinte mal gardée renfermait 80 maisons : il massacra toute la population à l'exception d’une soixantaine de personnes dont plusieurs périrent dans les bois avant d’avoir pu gagner Albany. | Le deuxième, de 52 hommes, partit des Trois-Rivières É | sous le commandement de François Hertel, surprit l’éta-

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F.PEMQUID.

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. (SALMON-FALÉS LMOUTMÉ.

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Expéditions contre la Nouvelle-Angleterre.

blissement de Salmon-Falls, près de la ville actuelle de Portsmouth, et mit en déroute au passage d’un pont, une troupe de 200 Anglais envoyés Pour couper sa retraite. k Au retour, Hertel joignit Portneuf, fils du baron de Bécancour, qui menait contre le Maine le troisième parti formé à Québec et qui comptait un détachement d’Abénaquis et de Canadiens. Ils prirent d'assaut l'important fort Loyal (près Casco) défendu par 70 hommes et 8 canons. On rapporta de partout un butin considérable et sous couleurs de représailles, les sauvages multipliè-

rent les actes d’atrocité. De toute la Nouvelle-Angleterre s’éleva un long cri de colère et de vengeance. La conquête de la Nouvelle-France fut unanimement résolue et aussitôt organisée.

Phipps s’empare de l’Acadie.— Toutes les colonies anglaises voulurent prendre part à cette grande entreprise. Elles levèrent une armée de 3,000 hommes qui, sous le commandement du général Winthrop, devait marcher contre Montréal par le lac Champlain, tandis qu'une flotte, sortie de Boston, irait assiéger Québec. Phipps, avec une flotte de 7 vaisseaux portant 700 hommes de troupe, s’attaqua d’abord à l’Acadie, Port-Ro n'avait qu’une garnison de 100 hommes et une vi de canons qui n'étaient pas même en batterie. neval, le gouverneur, n i et faible résistance, ma le fort, il donna le change à Phipp tion avantageuse: le gouverneur :

en terre française, les

de leurs terres et

ais nos fidèles

d'envoyer leurs partis

contre les h ère et préparèrent les succès des a

Échec de Winthrop (1690). Boston accueillit en triomphateur le Coïquérant de la pauvre Acadie. Avec

une flotte de 34 vaisseaux montés par 3,500 hommes, on ne douta pas qu’il fût Capable de s'emparer de Québec et de toute la Nouvelle-France. Le 16 octobre, Phipps 4 arrivait à l’île d'Orléans, à portée du canon de Québec. 5 Deux jours auparavant Frontenac était encore à Montréal organisant la défense de la ville contre l’attaque éven- 4 tuelle de Winthrop. Aux sauvages venus pour la foire annuelle des pelleteries, il ne parla que de guerre et de

butin, et un jour, saisissant une hache, il Ja brandit fièrement au-dessus de sa tête blanche, et exécuta devant eux, comme un jeune guerrier, la danse de guerre. À peine Winthrop s’était-il mis en route avec ses 3,000 miliciens et quelques centaines de sauvages, que la petite vérole fit de nombreuses victimes, surtout parmi les Iroquois, impuissants à lutter contre le terrible mal. Aussi accusèrent-ils les Anglais d’avoir voulu les empoisonner, Ils refusèrent d'aller plus loin et l’armée se débanda. Cey, fit une recon-

deleine où il surbrüla les récoltes prisonniers.

| a une réponse par écrit, Le vieux gouvérneur répliqua fièrement: “Allez dire

s allèrent es yeux des Anglais. Phipps

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Canardière que défendaient les Canadiens et les sauvages. Le combat dura jusqu’à la nuit. Déconcertés par la résistance d’ennemis qui se battaient à l’Indienne, dissimulés derrière les arbres et dans les plis du terrain, les Anglais se rembarquèrent à la hâte pour échapper à un désastre. Ils avaient perdu 500 hommes. Phipps se sentit irrémédiablement battu. Le 22 octobre il levait l’ancre et regagnait Boston, Un de ses vaisseaux se perdit sur l’île d’Anticosti, plusieurs autres périrent en mer. Frontenac pressait le ministère de reprendre une vigoureuse offensive contre New-York et Boston humiliées et épuisées. La mort de Seignelay et la guerre d'Europe firent une fois de plus ajourner le projet, Pour commémorer la beîle défense de Québec, Louis XIV fit frapper une médaille et anoblit Hertel de Rouville et Juchereau de Saint-Denis. Puis sans même accorder une partie des faibles secours demandés, il donna ie conseil de continuer la guerre d’offensive.

D’Iberville.— Politique de Frontenac.— Pour la mener à bonne fin et reprendre le terrain perdu, Frontenac fut admirablement secondé par plusieurs officiers du plus grand mérite. C’étaient de Villebon, de Villieu et Saint-Castin en Acadie, Du Lhut, Perrot, Lamothe- Cadillac dans Ja région des Lacs, et le plus illustre de tous, le chevalier d’Iberville en Acadie, à Terre-Neuve et à la baie d'Hudson.

Pierre d’Iberville était né à Montréal en 1661. Son père, Charles Le Moyne, un Dieppois, s'était signalé par d'éminents services à Ja colonie en qualité d’interprète et d'ambassadeur auprès des sauvages dont il connaissait plusieurs langues. I] était officier de la milice de Montréal. Le roi l’avait anobli en 1668. Sur ses douze fils, six au moins se firent un nom dans notre histoire, trois moururent en combattant pour leur roi; ils ont mérité d’être appelés les Machabées du C anada. Pierre Le Moyne fut le plus grand homme de guerre que le Canada ait produit. Avec ses frères, de Sainte-Hélène et de Maricourt, il avait fait en France de fortes études militaires. dans une école de marine. I! réunissait toutes les qualités du soldat canadien et du marin français, ja bravoure, le coup

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