‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 23 sur 120 · PATATE MERS · texte numérisé non relu

PATATE MERS

orgueil, il les confirma dans leurs idées d'indépendance politique et prépara la paix générale de 1701.

Administration intérieure. — Les hommages présentés à Frontenac lors de son retour dans la colonie, s’adressaient surtout à l’homme de guerre. Lui seul pouvait sauver le pays des dangers où l'avait plongé l’incapacité des deux gouverneurs précédents. Le Conseil, l’intendant, le clergé, étaient unanimes à le reconnaître. Mais aussitôt le péril conjuré, les divergences d'opinion apparurent de nouveau. Frontenac entendait reprendre la politique indigène et intérieure de sa première administration.

Avec Mgr de Saint-Valier, il triomphait sur la question des cures fixes et de leur séparation d’avec le séminaïire. Frontenac continuait de protéger les Récollets dont il était le syndic. Ils s’établirent à la haute ville de Québec après avoir aliéné leur ancien couvent de Notre- Dame-des-Anges, que Mgr de Saint-Valier transforma en hôpital (1692). La question de la vente des boissons aux sauvages est toujours étroitement subordonnée à la traite des pelleteries ; les mêmes partisans de la vente libre s’opposent toujours aux mêmes adversaires, et, si restrictives que soient les ordonnances du roi et de l’intendant, Frontenac leur donne la même interprétation qu'autrefois. Le gouverneur affirme que le commerce est indispensable au maintien des postes des pays d’en Haut, et, quoique la traite vienne d’être interdite par la suppression des 25 congés (mai 1696), il ne se résigne pas à risquer de perdre les voies d’accès du Canada au Mississipi pour se tourner uniquement contre les Anglais de la périphérie.

Ne voulant pas livrer le commerce du haut Pays aux Troquois, il envoie d’Aïlleboust d'Argenteuil à Michilli-

makinac, Vincennes à Saint-Joseph des Miamis, Le Moyne de Longueuil à Cataracoui avec l’ordre de temporiser, et, malgré l'interdiction de la traite (juin 1697), Frontenac donne encore une année aux traitants pour revenir aux établissements du bas fleuve. Le commerce n’est plus guère prospère : le castor qui vient de l’ouest est de moindre qualité et la Compagnie des marchands, qui l’achète à des prix élevés, trouve difficiiement preneur. La pêche

sédentaire du golfe, aux mains de Riverin, ne donne encore que de maigres profits. La population ne s'augmente que par le grand excès de la natalité sur les décès et l’immigration annuelle est réduite à quelques familles. Cependant, malgré la fréquence des combats à cette époque, le Canada devenait décidément agricole. La période de paix qui suivit accentua encore cette heureuse tendance.

Mort de Frontenac. Callières.F rontenac ne devait pas voir la conclusion de son œuvre de pacification. La mort l’emporta Je 28 novembre 1698. Il avait 78 ans. Malgré les tempêtes que soulevèrent ses opinions, son àâpre désir de domination, son Opiniâtreté et son esprit despotique, il ne Jaissa dans la colonie que des regrets et une admiration sincères. Pendant vingt ans, il avait dépensé toute son énergie à consolider, à agrandir l’œuvre de Talon, de Tracy et de Courcelle. Il avait doublé

liance d'innombrables tribus sauvages, dompté ses implacables ennemis les Troquois, réprimé l'empiètement des Anglais, et raffermi le prestige de la colonie. Son œuvre politique et militaire le place au premier rang des grands hommes de notre histoire,

Le successeur de F rontenac fut M. de Callières, d’abord nommé gouverneur de Montréal en 1684. C'était un officier doué des plus belles qualités : vues droites et désintéressées, fermeté Sans raideur, pénétration d'esprit qui lui permit de Comprendre et d’acheve: l’œuvre politique de Frontenac. L’ascendant qu'il avait pris sur les sauvages servit admirablement Ja cause de la pacification de la Nouvelle-France. M. de Vaudreuil, qui avait brigué le poste de Souverneur général, remplaça M. de Callières à Montréal.

Négociations de paix. Fn Europe, on regardait la paix de Ryswick comme une simple suspension d’armes. La succession d'Espagne allait s'ouvrir. Réalisées ou déçues, les ambitions devaient aboutir à un autre con-

it. En Amérique, au Contraire, après une longue guerre de 14 ans, colons et Indiens aspiraient à une paix durable.

allières se hâta d'engager des Pourparlers avec les Iro-

quois pour les amener à enterrer la hache de guerre. Les négociations furent longues et pénibles, traversées qu'elles étaient pat les intrigues des colonies anglaises, Mais en voulant imposer leurs volontés aux [roquois, ces colonies firent plus que tout le reste pour les jeter dans les bras des Français. Les Jésuites et deux interprètes, Joncaire, adopté par les Tsonnontouans, et Le Moyne de Mari- Court, incorporé au canton Onnontagué, amenèrent les députés iroquois à Québec demander la paix. Après avoir déjoué les intrigues anglaises, il fallait obtenir l'échange des prisonniers, délimiter les territoires de chasse, et surtout inclure nos alliés dans le traité. Dans le grand conseil réuni à Ganentaha, la clause des alliés n’eut pas d’adversaire et les Anglais commirent la maladresse d’ordonner aux [roquois de ne rien décider sans les consulter. Blessés dans leur fierté, les Iroquois se rapprochèrent alors des Français et envoyèrent aussitôt 19 ambassadeurs pour ‘renverser la chaudière de guerre et planter l’arbre de la paix”.

Il était peut-être plus difficile de pacifier la grande plaine de l’ouest. Les Sioux faisaient une guerre à mort à la plupart des tribus sauvages. Le Jésuite Enjalran se chargea des Indiens qui avaient à Michillimakinac leur centre d'opérations, tandis qu'un habile coureur de bois, Courtemanche, entreprit le même travail sur les nations de l'extrême ouest. Sac au dos, raquettes aux pieds, il partit pour un immense voyage pendant lequel il visita une vingtaine de nations Sauvages, fit déposer les armes à plusieurs et obtint partout des députés autorisés à signer la paix générale. Après une course de 400 lieues, il avait pu réunir une flottille de 180 canots où avaient pris place les prisonniers. Le traité préliminaire fut signé en 1700 et ratifié solennellement à Montréal l’année suivante.

La Paix de Montréal (1701).-—Ie 4 août, 1,300 sauvages, représentant toutes les nations comprises dans la zône d'influence française, se trouvèrent réunis à Montréal autour du Souverneur, M. de Callières. La cérémonie des pourpar'ers de paix se fit sur le versant de la montagne. Entouré des principaux officiers de la colonie, le gouverneur présida aux délibérations de ja paix. Dans

l'une des premières séances, Kondiaronk, le célébre chef des Hurons, tomba subitement malade. Se sentant mourir, il voulut prononcer un dernier discours en faveur de la paix. Assis dans un fauteuil, à côté du gouverneur, il parla avec feu, exhortant ses congénères à garder toujours une fidélité inviolable à Ononthio. Ce fut sa dernière harangue. Transporté aussitôt à l'Hôtel-Dieu, il mourait la nuit suivante dans les sentiments d’un chrétien sincère. On lui fit des obsèques imposantes.

Pour la séance plénière, les chefs sauvages s'étaient affublés des plus bizarres Costumes. Tous parlérent longtemps. Ils promirent de rendre leurs prisonniers, de vivre en paix entre eux, de reconnaitre la suprématie d'Ononthio. Agenanon, le chef des Troquois, approuva tout au nom de sa nation, et promit d'observer la neutralité entre Français et Anglais. Trente-huit chefs signèrent le traité en faisant au bas du parchemin les figures conventionnelles particulières à chacune des nations. Un grand festin, suivi d’un feu de Joie et de décharges de canon, termina la fête. Ce mémorable traité débarrassait définitivement la Nouvelle-France du péril iroquois.

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