DEUXIÈME PÉRIODE: DE 1701 A
Guerre de la succession d’Espagne. ]'accession du duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, au trône d'Espagne, souleva l'Europe contre Ja France (1701). La guerre recommençait pour ne se terminer qu’en 1713. En Amérique elle épargna toutefois le Saint-Laurent, se limitant aux frontières les plus exposées, celles d’Acadie Surtout, de Terre-Neuve et de Ja baie d'Hudson. À vrai dire, ce fut en Europe que se livra a bataille des colonies, dans les Flandres et à Hochstett, plutôt que sur le Saintaurent et sur les côtes de l’Acadie et de la Nouvelie- Angleterre,
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Premières pertes.—M. de Callières demanda des recrues au roi, fit travailler aux fortifications de Québec et raffermit les Iroquois dans leur neutralité. Par son activité et l’à-propos de ses mesures, il ne cessa un moment d'inspirer la plus grande confiance. En 1703, la petite vérole causa de grands ravages dans la colonie. Pour comble de malheur, M. de Callières mourait à Québec après 20 ans de bons services en Canada. M. de Vaudreuil le remplaça. Ii avait appartenu au célèbre régiment de mousquetaires qui s'était couvert de gloire à la prise de Valenciennes. I] resta 22 ans à la tête du pays, montrant les qualités d'un habile et intègre administrateur.
En 1705, le vaisseau La Seine, par une fausse manœuvre, alla se jeter au milieu d’une flotte anglaise. Le chevalier de Maupeou, qui le commandait, ne se rendit qu'après un çombat acharné de 10 heures. C'était pour la colonie une perte d’un million de livres en marchandises de toutes sortes. Mgr de Saint-Vallier qui se trouvait à bord, fut emmené prisonnier en Angleterre, où il passa cinq ans, Louis XIV n'ayant consenti qu’en 1709 à l’échanger contre le baron de Méan, doyen du chapitre de Liège. Privés des tissus et des étoffes qu'apportait La Seine, les colons v suppléèrent par la culture du chanvre et du lin, et ils fabriquèrent du gros droguet avec la laine de leurs moutons (1 ). On essaya même, mais sans y réussir, l’ortie, le cotonnier Sauvage et l’écorce de tilleul
Pour confectionner les étoffes destinées aux pauvres.
La petite Buerre.—]a2 rupture de la paix, alluma sur la frontière indienne d’Acadie la petite guerre d’autrefois, suite de combats rapides et fréquents, où le meurtre, le pillage et l'incendie jouaient le même rôle inutile et barbare. Dans l'été de 1703, Vaudreuil associa les Canadiens et les Abénaquis sous les ordres de M. de Beaubassin pour ravager les établissements côtiers de la Nouvelle-Angleterre. Casco fut emporté d'assaut, et la garnison dut payer une forte rançon. L'année suivante, en
(1) Mme de Repentigny, née Agathe de Saint-Père, prit l'initiative de cette nouvelle industrie.
plein hiver, 250 Canadiens et sauvages tombaient sur Deerfield, gros village situé sur Ja rivière Connecticut, tuaient 50 personnes et revenaient avec 100 prisonniers. Er. 1708, même attaque contre Haverhill, sur le Merrimac Plusieurs petits établissements anglais de la frontière acadienne subirent le même sort. Sous la conduite des capitaines de sauvages ou des flibustiers français, Abénaquis et Iroquois chrétiens attendaient le moment propice pour attaquer, piller et s'enfuir ensuite avec leurs prisonniers dans leurs impénétrables forêts. Pendant dix ans, les attaques appelèrent les représailles et les scènes d'horreurs et de désolation ne se comptèrent plus.
Vaines attaques cc atre Port-Royal, Ie sac de Deerfield avait produit dans la Nouvelle-Angleterre une sorte de terreur panique. À tout prix, il fallait, semblait-il, frapper au cœur même de l’Acadie, à Port. Royal. Port-Royal n'avait qu'un petit fort tombant en ruines, et pour garnison une trentaine d'hommes. En 1704, le flibustier Benjamin Church arrivais devant Port- Royal avec une flotte de 22 vaisseaux : la garnison fit si bonne contenance que Church se retira sans même oser attaquer. Mais à Beaubassin. il réussit à incendier quelques habitations et à rompre les digues.
Trois ans plus tard, 24 navires portant 1,600 hommes de troupes sous les ordres du colonel March, parurent inopinément devant Port-Royal (6 juin 1707). Le gouverneur, M. de Subercase, quoiqu'il n’eût que 260 hommes, Opposa une si habile et si énergique résistance que l'ennemi, harcelé de toutes Parts, ne put ouvrir le feu sur le fort que le 16 juin. Encore fut-il vigoureusement repoussé. Saint-Castin était accouru avec une centaine d'Abénaquis. Son intervention Opportune força les Anglais à se rembarquer. Le 17 ils quittaient la rade, laissant 80 morts et beaucoup de blessés.
March reçut l’ordre de reprendre le siège de Port- Roval avec les renforts que Boston lui envoyait. Il remit à son lieutenant Wainright la conduite de l'expédition. Le 20 août les Anglais débarquaient en face du fort qu’ils essavérent d'envelopper. Après plusieurs jours de manœuvre diverses, ils se retirèrent sans avoir osé atta-
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170 CHAPITRE IX quer. Le 10 septembre, le dernier tait le bassin de Port-Royal. Avec sa petite troupe de 500 hommes, de Subercase avait repoussé 2,000 Anglais, leur faisant perdre 150 hommes sans compter les prisonniers. Les années suivantes, le pays ne recevant guère de secours de France, vécut des
prises que nos corsaires, surtout le cé'ébre Morpain, faisaient sur le commerce maritime de Boston.
vaisseau anglais quit-
Saint-Ovide s'empare de Saint-Jean de Terre-Neuve. ].: honte et la colère ne connurent plus de bornes quand en Angleterre et dans les colonies on apprit la chute de Saint-Jean de Terre-Neuve. Il n'avait fallu à Saint-( Jvide, lieutenant du roi à Plaisance, où commandait M. de Costebelle, qu'un petit détachement de 170 hommes, soldats, matelots et sauvages, pour ‘apturer les trois forts de cette ville défendus par 3,000 hommes et 80 canons. Partie de Plaisance le 14 décembre, l'expédition avait Suivi la route de terre et, le ler janvier 1709, elle tombait à l'improviste sur les deux principaux forts, s’en emparait en une demi-heure et le lende- Main obtenait la reddition du troisième. Avec 100 hommes, Saint-Ovide se faisait fort de conserver sa conquête et même d'achever celle de toute la côte orientale de Terre-Neuve : mais Costebelle, craignant de trop dégarnir Plaisance, ordonna de détruire les forts de Saint-Jean et de revenir avec le butin et les prisonniers.
Nouvelles menaces,—],'Angleterre constatait, non Sans plaisir, que ses colons d'outre-mer ne pouvaient encore se passer d'elle. Aussi accueillit-elle avec empressement Samuel Vetch, envoyé pour combiner la conquête du Canada. Ils promettaient, suivant le plan traditionnel, de Coopérer avec une flotte anglaise en attaquant le Canada par la voie du lac Champlain. Au lendemain des victoires de Marlborough, Je moment semblait favorable à une action décisive contre la Nouvelle-France. Une flotte portant cinq régiments anglais fut promise pour l'été de 1709, mais elle partit à destination du Portugal. Pendant ce temps, le colonel Nicholson. à la tête de 1,500 miliciens. s’acheminait vers le lac Champlain, et s’arrêtait à Wood
Creek où il se heurtait à un détachement français commandé par de Ramezay, le Souverneur de Montréal. I] mit son armée à l'abri de retranchements et pendant des semaines attendit en vain des nouvelles de la flotte anglaise qui ne vint pas. Une épidémie causée par les Iroquois qui avaient déterré les cadavres des varioleux pour les piller, acheva de débander ces milices peu aguerries.
Prise de Port-Royal. —Nichol.on à son tour alla
en Angleterre plaider Ja cn æ des clonies, Elles obtinrent la promesse que l'Acadie, s° elle one 1 ‘uveau conquise, ne serait plus jamais rendue à 1 tea cé. Une flotte anglaise vint prendre les ni! oloniules »ston et, le 24 septembre 1710, Niche arrivait devan: l'ort- Royal avec 3,400 hommes de tu iTMES “ulbcrcase ne disposait alors que de 160 sdats : 4 rorcuires avaient été chassés l'année précédente p:5 10 Diuémie, et les Sauvages, mal récompensés Pour eur, servi + passés, ne vinrent qu’en petit nombre. Toute héroïque gar-
nison française se défendit vaillammes. erdant dix-huit jours. Réduite à l'impuissance par la famine et le manque de munitions, elle se rendit enfin (12 »15bre) après avoir obtenu les honneurs de la guerre. La Capitulation se bornait à Port-Royal et au territoire Compris dans un rayon d’une lieue autour du fort; le reste de l'Acadie restait terre française et la lutte continua dans cette région. En l'honneur de la reine Anne, les Anglais donnérent à Port-Royal le nom d’Annapolis.
Désastre de Walker (1711). — Nicholson retourna en Angleterre et insista sur la nécessité d'une attaque contre le Canada. Le moment était favorable, Marlborough venait d'être renversé et Bolingbroke désirait Contrebalancer par un succès éclatant le prestige encore redoutable de celui qui s'était si vaillamment signalé sur le continent, La conquête du Canada fut donc résolue pour l’année suivante.
En avril 1711, 15 frégates Convoyant 46 transports, mirent à la voile pour l'Amérique, * Les troupes de ligne seules comprenaient 7 régiments dont 5 étaient COMpPOsE de vétérans des Flandres, en tout 5,000 hommes au moins,
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auxquels devaient s'ajouter les milices d'Amérique. La Nouvelle-Angleterre prit peur à la vue de ces nombreuses troupes anglaises arrivées à 15 jours d’avis et Craignit pour l'existence de ses institutions démocratiques. Seul le Massachusetts soutint l'expédition et fournit deux régiments, 1,500 hommes commandés par Samuel Vetch, Bouverneur d’'Annapolis.
Le plan d’invasion comprenait encore une double attaque, l’une par terre contre Montréal, l’autre par mer contre Québec. Nicholson de nouveau conduisait la première: 2,300 hommes Y Compris 800 Iroquois. Il partit d'Albany et s'avança jusqu'à Wood Creek, à la tête du lac Champlain : il devait Poursuivre sa route vers Montréal aussitôt que la flotte serait en vue de Québec. Mais l'amiral, sir Hovenden Walker, était un incapable, et le CoMmMmandant des troupes de débarquement, plus connu dans les salons de Londres sous le nom de Jack Hill, devait sa haute position à sa sœur Abigail, favorite de 1 reine Anne, et à l'appui qu'il avait apporté à Bolingbroke contre Marlborough. Parti de Boston le 30 juillet, Walker entrait dans le Saint-Laurent le 22 août 1711. Un brouillard enveloppa bientôt toute la flotte qui donna droit contre le rivage du nord. Le lendemain au petit jour, on vint avertir l'amiral que Son navire était au milieu des brisants. Il eut juste le temps de les éviter en virant de bord, mais huit des transports qui le suivaient de près allèrent se briser contre les récifs et près de 1.000 hommes périrent. On était à l'Tle-aux-Œufs. Walker abandonna aussitôt l'entreprise. Ordre fut signifié à Nicholson de rebrousser chemin. Sans même tenter une attaque contre Plaisance, les troupes coloniales retournérent à Boston et la flotte anglaise mit le Cap sur l’Angleterre où, en entrant dans la Tamise, le vaisseau amiral Sauta, causant la mort de 400 hommes. Walker, privé de Son Commandement, alla mourir dans l'ile Barbade, où il écrivit à sa manière la relation de son expédition, Ainsi se termina cette malheureuse entreprise où la lâcheté le dispute à l’incompétence.
Guerre des Outagamis, \ l'intérieur, grâce à la paix indienne de 1701, les relations entre les tribus
les plus éloignées, en se multipliant, ouvraient les pays de l'ouest aux Marchands, coureurs de bois, missionnaires, pionniers de l'agriculture, tous au service de la France. Le grand lac Supérieur n'était déjà plus la derniére étape sur les routes centrales du continent. Le plateau lacustre, où naissent Je Mississipi, la rivière Rouge et le Saint-Laurent, les trois grands fleuves qui vont porter leurs eaux à trois Océans, connaissait déjà l'infatigable coureur de bois, précurseur obligé du missionnaire et du découvreur officiel. Tonty avait Pressenti le grand lac des Assiniboëls, s’il ne l'avait déjà visité, comme il est permis de le croire. Un perpétuel va-et-vient de sauvages et de trappeurs s'établit entre les grands Lacs et la baie d'Hudson, le domaine conquis par l'épée de d’Iberville. La colonisation elle-même nait et grandit protégée par le poste de Détroit, fondé par Lamothe-Cadillac en
Les Anglais voyaient ainsi échapper leur proie au moment même où ils croyaient la saisir. Désormais sans influence sur les cinq Cantons, ils reprirent auprès des Otitagamis où Renards les intrigues qui leur avaient si bien réussi autrefois auprès des [roquois contre les Fran- Sais. Redoutés de tous leurs voisins, les Outagamis ne nous pardonnaient pas d'avoir détaché de leur al'iance les tribus des grands Lacs, ct, soudoyés par les Anglais, ils attendaient le moment favorable pour reconquérir leur prépondérance. Comptant sur l'alliance des Mascoutins et des Kikapous, ils se levèrent en masse et vinrent assiéger Détroit (1712), croyant le réduire par la famine. La lenteur des opérations permirent au commandant, M. du Buisson, d'appeler à son aide les coureurs de bois et les sauvages alliés. Entourés à leur tour Par une nombreuse armée rassemblée des quatre coins du pays, les Outagamis, après ‘1n siège de 19 jours, réussirent à s'échapper. Ils s'arrétèrent à Quatre lieues de Détroit dans une presqu'ile du lac Sainte-Claire et selon leur coutume se mirent à l'abri dans des trous creusés Sous terre. On n'eut plus qu'à les entourer et à les détruire. Le massacre fut horrible. Plus de 2,000 Outaamis, hommes, femmes et enfants, périrent de la main de leurs congénères.
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Mais la nation n'était pas détruite, comme on le pensait. Elle reparut en armes Quatre ans plus tard et unie à une foule de tribus remuantes elle continua d'exercer ses brigandages dans tout le territoire compris entre le Michigan et le Mississipi. En 1728, les Renards furent de nouveau presque anéantis par M. de Saint-Ange.
Traité d’Utrecht (17
13), — Après la victoire décisive de Villars à Denain, la paix fut enfin signée à Utrecht ÉréErs Philippe V gardait l'Espagne et ses colonies, mais il renonçait à ses droits à la couronne de France. De son côté ! ouis XIV cédait à l'Angleterre T'erre- Neuve, l’Acadie et la baie d'Hudson, mais il gardait, avec le droit de pêche à Terre-Neuve, les iles Saint-Jean et du
Cap-Breton. Le traité d'Utrecht laissai: Ja Nouvelle- France morcelée et affaiblie. À la baie d'Hudson, elle perdait le commerce des riches pelleteries, en Acadie, une Population agricole de 2,000 habitants. À ces abandons de territoires s'ajoute la dépréciation de la monnaie de carte qui, en vertu d’une ordonnance royale, tombe à la moitié de sa valeur. C'est pour l'habitant Canadien une perte de plusieurs centaines de mille livres.
’uisque la colonie laurentienne à pu, grâce à la bravoure de ses enfants, se défendre Presque seule et victorieusement contre tant d'ennemis, on la livre de plus en plus à elle-même, ne voulant pas voir la haine que lui ont vouée les colonies anglaises dont la population s’augmente rapidement par immigration. Les Canadiens eux-mêmes négligent de fortifier les villes et les postes les plus exposés; un grand nombre ne songent qu'aux profits du commerce et à la gloire de nouvelles découvertes. Cependant une longue paix de trente ans favorise le développement de la colonie qui fait de plus en plus de l’agri-
culture la Principale de ses OCCupations et de ses ressources.
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