L'ADMINISTRATION
Pendant trente ans, l'histoire de la Nouvelle-France fut avant tout celle de son développement économique.
la faveur de la paix, la colonie se raffermit, se développe, et ses habitants forment déjà presque un peuple distinct. Sans perdre aucune des qualités qu'elle a si brillamment faire valoir pendant la période mouvementée qu'elle vient de traverser. elle acquiert davantage main. tenant les vertus de stabilité, de persévérance dans le travail, d'attachement au sol. qui ajoutent à son caractère quelques-uns de ses meilieurs éléments. À la fin de cette nouvelle période, elle ne sera pas prête à vaincre, car le nombre lui fera toujours cruellement défaut. mais elle aura accumulé assez de force de résistance pour survivre à sa défaite, et réaliser, en dépit d'obstacles nouveaux, une partie de son idéal.
Les gouverneurs. Pour administrer une colonie qui couvre tout le nord de l'Amérique, le vieux système n'a pas changé : un gouverneur général à Québec: au Cap-Preton, à l'ile Saint Jean, à la Louisiane. à Montréal
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et aux Trois-Rivières, autant de gouverne
urs particuliers plus ou moins indépendants. De 1701 à 1746, deux gou-
vérneurs seulement se succédèrent à la tête du Canada,
deux hommes d’un trés grand mérite, tout dévoués à l'œuvre de Paix qui leur est confiée. Le premier, M. de Vaudreuil ( 1703-1725), était arrivé en Canada en 1687 et dans les Campagnes contre les Anglais, comme dans la Suerre d’embuscade contre les Irog is, il avait montré les qualités d’un vrai soldat. Il se dis ‘ngua par un grand esprit de justice et de Concorde, une activité, une vigilance, une fermeté qui le firent aimer des Canadiens et redouter des ennemis dü pays. Son successeur qd. de Beauharnois (1725-1746) ne fut Pas moins re- Marquable, ni moins habile. I] alliait à une grande distinction de manières une rare connaissance des hommes, de la prudence et de la perspicacité dans les circonstances délicates. Tous ceux qui eurent à cœur de promouvoir les intérêts du Pays, intendants, évêques et clergé, explorateurs et Commandants de postes, marchands, seigneurs et colons, reçurent de lui conseil et protection.
Les intendants.__] SOuverneurs furent aidés dans leur œuvre par des intendants aussi larges d'esprit que Soucieux des intérêts du Canada. À M. de Champigny avaient succédé François de Beauharnois (1702. 1705), puis Jacques Raudot et son fils Antoine-Denis, intendants simultanés de 1705 à 1711. Deux d’entre eux Surtout méritent la reconnaissance de l’histoire. Michel Bégon (1712-1726) seconda les desseins du gouv et du clergé et laissa la réputation d'un habile a teur, tout à ses fonctions de Magistrat, de n finances et de la police. Gilles Hocquart fut intendant de 1729 à 1744 Entre lui et Bégon, trois intendants s'étaient succédé dans le court espace de trois ans : Nicolas Robert était mort en mer (1724): Guillaume de Chazel ava't péri dans Je naufrage du Chämeau (août 1725)(1)et Claude-Thomas Dupuy, remarquable pa ES
(1) Depuis longtemps, ce vaisseau du roi venait à Québec chaque année. Il alla se briser sur des récifs, près de Louisbourg, etses 250 passagers périrent jusqu'au dernier.
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arrogance et son esprit dominateur (1726-28). Gilles Hocquart par son tact et sa probité continua l'œuvre de Bégon, équilibrant le budget tout en imprimant un vif essor au progrès économique du pays.
Le personnel administratif, Pour administrer une colonie de 55,000 âmes (1754), les autorités coloniales disp sent d’un personnel de 288 personnes à Ja solde du roi : gouverneur général et gouverneurs particuliers, intendant et conseillers, juges royaux et leurs greffiers, commandants militaires, etc. Ce personnel relève directement du roi qui le nomme et le maintient en place à volonté. À leur tour ces officiers supérieurs nomment aux emplois subalternes et veillent à la bonne administration du pays. Les seigneurs, nomment les juges de bailliage, et les fabriques de paroisses reconnaissent l'autorité des notables. La société canadienne est restée à base militaire : toute la population mâle, de 15 à 60 ans, doit faire parue des corps de miliciens établis dans toutes les paroisses sous l'autorité de capitaines des côtes. Il Y a 11,687 miliciens en 1755. C'est cette vaillante milice, enracinée au sol et entièrement canadienne, qui livra les derniers combats pour la défense de la colonie. Ce n'est pas à elle qu’il faut s’en prendre de la perte de Ja Nouvelle-France.
Opinion défavorable.- Ie Canada a la réputation de coûter trop cher à la couronne, La parcimonie du roi qui, ne donnant pas suffisamment, accule chaque année la colonie au déficit. crée la légende qu’elle ne Pourra jamais payer ses dépenses. En outre, notre pays est mal connu en Europe. Depuis que les Relations des Jésuites ne sont plus publiées (1673), la France n'a eu pour se renseigner que le gascon La Hontan dont les lettres mettent le Canada sous un jour si défavorable. Le P. de Charlevoix arrive trop tard pour détruire l’impression créée par son devancier, et d’ailleurs il se dégage de son Histoire de la Nouvelle-France (1744). un manque de confiance évident dans les destinées de la race Canadienne. Tout semble donner raison aux partisans de la politique européenne exclusive, à ceux qui regardent
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les colonies agricoles dépourvues de mines d’or et d'argent, comme un fardeau Pour la métropole. Cette opi- Mon repose sur une équivoque.
Le budget, ]. plus grosse dépense annuelle (150,.livres), va à ‘équipement et à l'entretien des vingthuit Compagnies de trente hommes chacune qui tiennent Sarnison dans les postes militaires. Le Personnel admi-
Nstratif coûte annuellement au trésor royal 75,000 livres, le culte 20,000, la justice 20,000, les hôpitaux et hospices 18,000.
Une somme de 234,000 livres se répartit en pen- SIONS et gratifications, en primes offertes à certaines inpublique. C'est
dustries, en Constructions navales d'utilité guerre, une dépense
donc, y Compris même le budget de annuelle d'environ 500,000 livres Pour administrer une colonie qui s'étend de l'Atlantique aux Montagnes Rocheuses. De ces dépenses, il faut Soustraire 120,000 à 130,000 livres de recettes provenant de diverses sources : revenus du domaine d' Jccident, traite de Tadoussac, profits des Magasins du roi, droits domaniaux et droits d’entrée. En 1748 un impô
t général de trois Pour cent est PETÇU par la couronne à l'entrée et à la sortie de toutes
les marchandis<. Ce nouveau revenu réduit le déficit annuel à moin. de 300,000 livres. fit c'est en soldant cette faible dett que la France fondait un empire sur le Saint-Laurent et que la gloire de son nom était portée
de Terre-Neuve IX montagnes Rocheuses, de la baie d'Hudson au golt du Mexique.
Affaires religieuses Les inst venu en Canada es 1713, Mgr de S dernière main à l'organisation diocèse. Cette Organisation a été conservée à peu près intacte jusqu’à nos jours. Jn voici les grandes lignes. Le clergé régulier, qui Comprend les Jésuites, les Récollets et les Sulpiciens, s'occune avant tout des missions indiennes et de l'éducation, Le clergé séculier relève exclusivement de l'évêque, vit dans les paroisses__eles sont au nombre de 82 en 1722—où il perçoit en nature la dime fixée & Ja 26ème partie de certains produits de civil et jouit de
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l'exemption des taxes. Lin fait, ses revenus servent à l'entretien des églises. Quelques communautés de femmes, Hospitalières, Ursulines, Sœurs de la Congrégation, Sœurs Grises (1), se chargent spécialement du soin des malades et de l’éducation des filles. Quant à l'évéque, il est nommé par le roi, mais au point de vue de la juridiction il relève directement du Saint-Siège, et possède son tribunal particulier, l'officialité, dont la compétence toutefois se borne aux affaires de discipline ecclésiastique et aux questions relatives aux mariages. Pour l'assister l’évêque a un conseil, le chapitre, lequel prend l'administration du diocèse en cas d'absence de l'évêque ou de vacance du siège.
Les évêques jusqu’en 1760.- À Mgr de Saint- Valier, mort en 1727, succéda Megr de Mornay, coadjuteur de Québec depuis 1714. Il ne put se résoudre à venir en Canada et ne s'occupa que de la Louisiane, où il envoya des Capucins. Il se démit de son évêché en 1733. Mgr Dosquet son successeur vint deux fois en Canada, comme coadjuteur en 1729, comme évêque en 1734, Il était flamand d'origine. Son action sur le peuple et sur le clergé de la Nouvelle-France manqua de décision et de fermeté; il échoua dans sa tentative Pour séparer le séminaire de Québec de celui de Paris; en 1735 il quitta le pays, quatre ans plus tard, il se démit de ses fonctions. Son successeur Mgr de l’Auberivière, jeune évêque plein de zèle et de charité mourut peu de temps après son arrivée à Québec (20 août 17 39). Enfin en 1742 arrivait à Québec Mgr Dubreuil de Pontbriand. I] appartenait à Ja noblesse de Bretagne, mais il était encore plus remarquable par ses solides qualités apostoliques. Il venait sans arrièére-pensée de retour et, de fait, il mourut à Montréal le & juin 1760 sans avoir TEVU SON pays d’origine. Il établit les retraites des prêtres, reconstruisit sa Cathédrale
(1) En 1604 François Charon de la Barre avait fondé à Montréal l'Institut des Frères hospitaliers et l’Hôpital-Général. Ces deux fondations périclitèrent longtemps. Mme veuve d’Youville, qui fonda la Congrégation des Sœurs de la Charité, appelées Sœurs Grises (1741), remplaça les Hospitaliers et prit charge de l'Hôpital-Générai en 1747.
(1744), aida à rebâtir le couvent des Ursulines et l'Hôtel.
Dieu de ( Juébec, ap rouva la fondation par Mme d'You- : , PP , ,
ville des Sœurs Grises de Montréal] (1747), envoya des prêtres aux Acadiens annexés, veill
a aux besoins spirituels des postes français les plus éloignés comme des plus humbles missions indiennes, Pendant les Buerres, il n'é- Pargna rien pour soulager les souffr
ances du peuple, pour atténuer les divisions entre les chefs de la colonie et
de la morale publique. 11 fut Je plus canadien des évêques du régime français.
Instruction publique.—] éparpillement de la po-
Pulation, l'état précaire de Ja voirie, la rigueur du climat, Sont autant d'obstacles à Ja diffusion de l’i i laire, Cependant à aucune époque e ment négligée. Des petites villes de Québec, de Montréal et des Prois-Riviben l'instructi
paroisses les plus prospères, grâce Munautés religieuses. À Montréal, à Ja Pointe-de-I évy, à Saint-Joachim, à Château-Richer
et ailleurs, il y a des écoles curiales où s'enseignent les rudiments du latin, parfois des mathématiques et de la littérature, Ces éco-
les alimentent d'élèves le collège des Jésuites et le Petit- Séminaire de Québec qui réunissent vers 1700 près de jeunes gens. Les Ursulines à Québec e ivieres, les Hospitalières à Québec donnent une instruc-
é de France. À Mont-
d'école mixtes dan
l'ile d'Orléans, Ja Prairie-de-la-Madeleine. etc. Grâce aux libéralités du roi, l'institut des Frères Charon de Montréal fait un effort persévérant Pour fournir à quelques écoles de Sarçons, des maitres compétents. Ils ont plusieurs écoles dans la région de Montréal et des Trois- Rivières. En 1737, il fut question de confier aux Frères des Écoles chrétiennes l'instruction Primaire inaugurée
par les Frères Charon. Le projet ne devait se réaliser que cent ans plus tard.