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la nouvelle route tant convoitée vers le pays des épices. Elle fut découverte en 1487 et reconnue officiellement dix ans plus tard par le Portugais Vasco de Gama.
Enfin, les grands pays de l’Europe occidentale ont complété leur unité nationale. L'Espagne achève la conquête de son territoire, le Portugal forme une province maritime puissante, la France impose la paix aux seigneurs turbulents, l'Angleterre commence à se créer une marine, ‘Toutes ces nations disposent d'énormes forces qui n’attendent qu’une occasion favorable pour agir. L'ère des découvertes géographiques est arrivée pour l’Europe.
Christophe Colomb découvre l’Amérique.— Le Génois Christophe Colomb forme la transition entre le moyen âge et les temps modernes. Du moyen âge, il avait hérité de l'esprit religieux, enthousiaste et généreux, qui avait armé l’Europe contre les Musulmans; l’un de ses buts fut de porter la vraie foi chez les nations païennes. Des temps modernes, il possède l'esprit d’aventures qui pousse vers la mer et les mondes nouveaux, l’esprit scientifique qui inspire le goût de toutes les connaissances humaines, l'esprit mercantile qui poursuit la découverte d’une route nouvelle et facile vers le somptueux Orient. Jeune encore, Colomb navigua longtemps sur les côtes d'Afrique et peut-être dans les mers du nord; il vécut du produit de ses travaux de géographie. Il connaissait tout des découvertes des Portugais, des textes des auteurs anciens, des écrits de Marco Polo et des récits des grands navigateurs. S'appuyant sur la croyance à la sphéricité de la terre, il conçut bientôt l’idée d’aller aux Indes en cinglant vers l'occident. Après huit ans d’une lutte héroïque pour faire accepter ses idées, il gagna enfin l'appui de la reine d’Espagne, Isabelle, qui lui offrit trois petites caraveiles et 120 hommes d'équipage. Christophe Colomb put enfin réaliser son désir de “porter à travers l’immensité des flots le signe de la Rédemption”, Le 12 octobre 1492, il abordait en Amérique. Sa découverte, la p'us grande des temps modernes et la plus féconde en conséquences de toutes sortes, souleva en Europe le plus grand enthousiasme.
Ce que l’humanité doit à Colomb.—Le désir de s’illustrer, l’ambition, la cupidité, la supériorité de l’armement, la curiosité scientifique, tout contribua désormais à précipiter les découvertes. Du retour de Colomb en
Globe de Martin Behaim, de Nuremberg, 1492.—Les contours de l'Amérique, marqués en blanc, indiquent combien l'on étendait l'Asie vers l’est, le Japon occupe la place de la Californie.
1493 jusqu’à la fin du XVe siècle, il se fit au moins 30 expéditions au nouveau monde, sans compter les voyages clandestins. Au surplus, les Européens avaient l'immense avantage d'aborder en Amérique par le versant oriental, de beaucoup le plus large, le plus fertile, le plus facile d'accès, arrosé qu’il est par de grands fleuves, qui sont autant d'excellentes voies de pénétration et de commerce maritime. À l’isthme situé entre les deux Amériques,
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commencent les hauts plateaux conduisant.aux plus riches royaumes américains qui n'offrirent qu'une faible résistance aux envahisseurs. Les explorateurs se multiplient et rapidement l'Amérique se révèle. doublant presque la surface du monde connu.
La science doit à Colomb même plusieurs découvertes, résultats de ses études de géographie et de cosmographie. Les plus importantes sont l'influence qu’exerce la longitude sur la déclinaison de l'aiguille aimantée, l’inflexion des isothermes par rapport à la même latitude, la mer des Sargasses, la direction des courants tropicaux, le renflement de la terre à l'équateur et par suite l’aplatissement des pôles, l'équilibre continental du globe. On ne Saurait exagérer l'importance du rôle de Colomb dans l’histoire moderne. Il a ouvert l'ère des grandes découvertes géographiques et fait appel à toutes les activités humaines. I/axe du monde commercial, industriel et politique se trouve définitivement transporté hors de l’Éurope et du bassin de la Méditerranée.
La ligne de démarcation. L'Espagne songea sans tarder à s'assurer tout le profit de la grande découverte. À l'exemple du Portugal, qui s'était fait attribuer par le pape Nicolas V, dès 1454, une souveraineté absolue sur les mers voisines de l’Europe et celles de l’Inde, l’Espagne obtint (4 mai 1493) du pape Alexandre VI désireux d'empêcher une guerre entre l'Espagne et le Portugal, toutes les terres situées à l’ouest du 20e degré de longitude. C’est ce qu'on appela la ligne de démarcation entre Îles possessions des Portugais et des Espagnols. Ceux-ci avaient l’ouest : ceux-là, l’est. La ligne parcourait tout l'Atlantique d’un pôle à l’autre sans couper aucune terre. Les deux couronnes. peu satisfaites de cet accord, signaient l’année suivante le traité de Tordésillas qui reculait de trente degrés vers l’ouest les possessions portugaises. La nouvelle ligne passait ainsi à proximité des côtes de Terre-Neuve. et le vaste empire du Brésil se trouvait acquis au Portugal. Les autres nations européennes, évincées ainsi de l'Amérique, ne tinrent pas longtemps compte de ces arrangements, Filles multiplièrent les expéditions maritimes, et la Priorité de découverte équivalut à la prise de possession des pays nouveaux.
Jean Cabot au Labrador.-—Les premières explorations—celles d'avant Cartier—sur la marge orientale de l'Amérique du Nord sont restées enveloppées d’obscurité. On est réduit à des conjectures sur le lieu des atterrissages, les distances parcourues par les explorateurs, la véracité même de leurs journaux de bord. ‘Trois nations, l'Angleterre, le Portugal et la France, ont successivement entrepris ces explorations pour des motifs divers, mais avec une égale indifférence relativement à leurs conséquences immédiates.
L’Angleterre revendique pour les Cabot l'honneur de la découverte du Canada. Déjà en 1493 elle s'était engagée, dit-on, à fournir à Colomb les navires nécessaires à son voyage, mais l'Espagne l’avait prévenue.
C’est au milieu des aventuriers italiens de Bristol que Henri VII Tudor, désireux de créer une forte marine marchande capable de lutter contre celle de l’Espagne et de la ligue hanséatique d'Allemagne, choisit le Génois Jean Cabot et se. trais fils pour leur confier la conduite de ce premier voyase à travers l’Atlantique. Par lettres patentes datées du 5 mars 1496, (1497, puisque l’année commençait alors à Pâques), le roi leur accorda des pouvoirs presque illimités sur tous les pays qu’ils pouiraient découvrir à l’est, au nord et à l’ouest de l’Europe. Le 2 mai suivant, Jean Cabot quittait Bristol sur un bâtiment de 50 tonnes, le Matthew, avec 16 marins britanniques et un pilote bourguignon. Il cingla au nord, puis à l’ouest, l’espace de 700 lieues, et le 24 juin il se trouvait en présence d’une terre qu’il suppose faire “partie du territoire du Grand Khan”. Il en prit possession au nom du roi d'Angleterre. Le jour stvant, il aperçut une orande île qu’il nomma San Ju: Après une courte exploration des rivages, ne voya : Ile part d’êtres humains, Cabot reprit la mer et rentra à Bristol avant le 6 août, trois mois à peine après son départ. C’est ce au’on connait de plus certain sur le premier voyage des Cabot.
Deuxième voyage. L'atterrissage. Le deuxième voyage offre encore moins de garanties de certitude et de précision. Cette fois, Henri VII aurait con-
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fé aux Cabot une flottille portant 300 hommes d'équipage. Les navigateurs quittérent Bristol au printemps de 1498, se dirigèrent vers le nord-ouest, découvrirent la terre ferme, mais une terre couverte de glaces. On était cependant au mois de juillet. La flotte descendit alors vers le sud-ouest, longea les côtes sur une distance de plusieurs centaines de milles, puis retourna en Angleterre où l’on signale sa présence dès septembre de la même année. Enfin, dans un troisième voyage entrepris en 1502 pour compte privé, Sébastien Cabot, le fils de Jean, alla explorer les côtes de l'Amérique du Sud.
Une vive discussion s’est élevée parmi les historiens relativement à l’atterrage probable de Jean Cabot sur les côtes du Canada, lors de son premier voyage. Les plus nombreux tiennent pour le Labrador, quelques-uns pour Terre-Neuve, un petit nombre pour le Cap-Breton. La plus ancienne carte de la région visitée par les Cabot. celle de Juan de la Cosa, dessinée en 1500, le place au nord, dans le Labrador actuel. La rapidité du voyage, l'étendue des côtes explorées et l’obscurité du récit de l'expédition, rendent la question insoluble dans l’état actuel de nos connaissances. En outre, Sébastien Cabot, dans son désir de s’attribuer l'honneur et le mérite des découvertes de son père, a désigné successivement plusieurs endroits comme lieux d’atterrage. Le dernier, qui est marqué à la pointe septentrionale du Cap-Breton, se ressent, à n’en pas douter, des découvertes de Jacques Cartier.
Donc, quelques observations maritimes, une description très vague des pays aperçus de la haute mer, une course rapide sur la marge orientale de l'Amérique du Nord depuis le 67e degré de latitude jusqu’à la hauteur de Terre- Neuve ou peut-être du cap Hatteras, c’est tout ce qui reste des voyages des Cabot. En réalité, rien n’est découvert en Canada qu’une ligne de côtes sans délimitations précises. L’Angleterre ne donna aucune suite à ces voyages de découvertes: el'e ne fit aucune tentative de colonisation, et, malgré son droit de priorité, elle ne songe: même pas à garder pour elle-même les pêcheries du Labrador. Ce n’est qu’en 1583, que l'Angleterre envoya
Fumphrey Gübert “s'emparer” de Terre-Neuve, comme celui-ci l'avait proposé. Une pareille indifférence diminue singulièrement l'importance des voyages de Cabot.
Les Portugais à Terre-Neuve. Gaspard Cortéréal.—liien que très occupés ailleurs, les Portugais ne laissèrent pas d'envoyer des expéditions dans le nord de l'Amérique, au lendemain même des voyages de Cabot. La première que nous connaissons eut pour chef Gaspard Cortéréal, regardé par l'historien Henry Harrisse comme le découvreur de l'ile de Terre-Neuve. Elle se fit probablement en 1499, à coup sûr avant mai 1500.
L'année suivante, une deuxième expédition, formée de trois navires, longea pendant plusieurs mois les côtes d'Amérique sur une distance de 700 milles. Arrivés à une grande contrée, Terre-Neuve probablement, les navigateurs atterrirent et s'emparèrent d’une cinquantaine d'indigènes que Cortéréal envoya en Portugal sur deux de ses navires. Avec le troisième, il comptait explorer lui-même la côte pour s'assurer si ce pays était une ile ou la terre ferme, plus probablement pour découvrir le passage vers le Nord-Ouest. On ne le revit plus. Une tentative faite par Miguel Cortéréal pour retrouver son frère aboutit à une catastrophe (1502). Une dernière expédition, envoyée à leur recherche par le roi Manoel, revint à Lisbonne en 1503 : ns avoir trouvé trace des malheureux navigateurs.
i'erre-Neuve.—Jean Ango.—Normands, Bretons et Basques prétendent à l'honneur des premiers voyages en Amérique du Nord. À coup sûr, ils ont suivi de près les Cabot et les Cortéréal, et, les premiers, ils tirèrent merveilleusement parti des vraies mines d’or du Canada oriental, des pêcheries de Terre-Neuve et du Labrador. Les Normands de France durent bientôt à leur nombre et à leur activité dans ces parages une sorte de prépondérance qu'ils gardèrent longtemps.
À Dieppe vivait alors un homme de mer d’une rare initiative et d’un patriotisme ardent, Jean Ango, vicomte de Dieppe et armateur célèbre sur toutes les mers. Sa richesse, son goût des arts, ses relations avec Francois Ier.
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