‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 4 sur 120 · LL D À · texte numérisé non relu

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ses fières représailles contre les Espagnols et les Portugais, le faisaient rechercher des plus grands personnages du royaume. Il s’entoura d’une véritable cour qui rappelle celle du prince Henri de Portugal, et qui comprenait comme elle des navigateurs, des cosmographes, des mathématiciens, des Cartographes “habiles à composer des mappemondes en globes ou en plat”. Pendant plus de 20 ans, il revendiqua sur toutes les mers la liberté du commerce et y soutint vaillamment l'honneur de la France. Des historiens anciens dignes de foi mentionnent la présence d’un de ses mariniers, Jean Denys, de Honfleur, dans le Saint-Laurent, dès 1506. Thomas Aubert, un autre de ses capitaines, accompagné de Gamart, pilote de Rouen, aurait pénétré deux ans plus tard dans le golfe et en serait revenu avec de riches cargaisons de pelleteries, achetées des indigènes dont la présence en France— il en avait amené quelques-uns—excita la plus grande curiosité. Jean Parmentier, de la même école de pilotes dieppois, apparaît aussi vers la même époque dans les parages terre-neuviens.

Jean Verrazano. La Nouvelle-France. —]es navigateurs européens n'avaient pas tardé à s’apercevoir que l'Amérique constituait une véritable barrière entre les Indes et l’Europe. C'était un nouveau continent qui surgissait dans l'Atlantique. Aussi les voit-on immédiatement se mettre en quête d’un détroit pour aller d’un océan à l’autre. En 1520, Magellan trouve la route du sud, et son expédition retourne en Europe par l’est. C'est le premier voyage autour du monde. D’autres navigateurs la recherchent au nord. C’est le but avoué de Jean Verrazano, pilote florentin au service de Jean Ango et à qui François Ier accorde en 1523 une charte de découvreur et une escadrille de quatre vaisseaux.

En réponse aux prétentions de ses voisins de l’ouest à interdire aux autres nations de l’Europe l'accès des mers des Indes et de l'Amérique, François Ier demandait plaisamment de lui montrer l’article du testament d'Adam qui adjugeait aux Portugais et aux Espagnols toutes les terres nouvelles. Sans cesse il intervient dans les affaires

d'outre-mer, protège armuriers et corsaires, et essaie d'établir des comptoirs et des colonies en Amérique.

Verrazano mit à la voile à l'automne de 1523. Mais la tempête dispersa ses navires et l'explorateur partit pour l'Amérique avec un seul vaisseau, /a Dauphine, d'un rocher voisin de l’île Madère, (janvier 1524). Il traverse l’Atlantique, aborde en Amérique à la hauteur du 30e parallèle et longe la côte vers le nord jusqu’au 50e degré. Il donne à cette immense région qui s'étend de la Floride à Terre-Neuve, le nom de Francescane ou Nouvelle-France, Le 8 juillet de la même année, de retour en France, Verrazano adresse à son souverain une relation de sa découverte. On ne sait rien de son expédition de 1526. Dans le dernier voyage qu'il fit en Amérique avec cinq vaisseaux en 1528, il fut pris, par les Caraïbes du Brésil probablement, rôti et dévoré avec quelques compagnons à la vue de son équipage resté sur le navire.

Les guerres de François Ier contre l’empereur Charles- Quint, sa captivité à Madrid (1526), l’acharnement des Espagnols et des Portugais à interdire le nouveau monde aux autres nations de l’Europe, firent remettre à plus tard la réalisation des projets du roi de France sur l’Améri-

que. Cependant l’œuvre d’Ango et de F rançois Ier n’a- .

vait pas été stérile. Ango se proposait un double but : briser le monopole colonial que s’étaient arrogé les Portugais et les Espagnols dans les deux Indes, et rendre la mer libre. Mais il fut desservi par l’amiral Brion-Chabot, l’indécision habitue le à François ler et son respect exagéré pour la bulle d'Alexandre VI. Néanmoins, de ces voyages de Verrazano, il resta une cartographie considérable où la configuration et la nomenclature des côtes orientales de l'Amérique servirent longtemps aux explorateurs et aux cartographes subséquents.

Le continent américain cesse d’être fragmenté et se trouve complètement séparé de l’Asie par un océan, tandis que dans les régions boréales un vaste détroit unit l'Atlantique au Pacifique.

Conséquences des découvertes. 1] importe de signaler dès maintenant les conséquences immédiates de la découverte de l'Amérique. Pour l'Europe, jes princi-

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pales furent: 1° de faire perdre aux républiques italiennes, à Venise en particulier, leur prépondérance commerciale qui passa aux nations occidentales de l'Europe ; 2° de diminuer l’activité commerciale de la Méditerranée, centre du monde politique et conmercial de l’Europe, au profit de l'Atlantique ; 3° de déterminer un courant d'émigration vers les terres neuves; 4° de modifier considérablement les conditions économiques de toutes les nations qui entreprirent de coloniser le nouveau monde. Au point de vue de la démocratie, le peuple, représenté par ses armateurs et ses marchands, put amasser de grandes fortunes mobilières et rivaliser d'influence avec la noblesse qui possédait la richesse territoriale. L'étendue et la forme de la terre étaient mieux connues, le commerce international et maritime fondé, l’industrie et l'agriculture considérablement développées. Enfin, la vie devenant plus active, les idées se multipliaient et la foi chrétienne pénétrait en Amérique.

Premier voyage (1534).-1]: Bretagne s’unit définitivement à la France en 1532. Saint-Malo, son principal port maritime, situé en face de l’Angleterre, était justement fier de ses pirates, de ses corsaires, de son commerce extérieur. À Terre-Neuve, ses navigateurs s'étaient arrogé une sorte de monopole sur les pêcheries françaises.

Lors de son premier voyage en Canada (1), le capitaine malouin Jacques Cartier était un marin expérimenté âgé d’environ quarante-quatre ans. Il semble s'être tenu à l'écart des entreprises de pêche à Terre- Neuve, et avoir de préférence tourné ses vues vers le

(1) Ce mot vient de Kanata, terme iroquois signifiant village, amas de cabanes.

Brésil où on le trouve avant 1534 servant d'interprète aux Portugais. En le choisissant pour le service maritime d'Amérique, l'amiral Brion-Chabot voulut-il faire échec aux entreprises des malouins ou diriger l'effort de la France vers le seul endroit où les Portugais permettaient la liberté du commerce ? Quoi qu’il en soit, tous les marins de Saint-Malo Protestérent énergiquement contre la commission royale octroyée à Jacques Cartier. I] fallut fermer le port Pour permettre au navigateur de faire Je choix de son équipage. Enfin le 20 avril 1534, Jacques Cartier quittait Saint-Malo avec deux petits navires montés par 61 hommes d'équipage.

Un vent favorab'e poussa rapidement l'expédition vers les côtes américaines. Le 10 mai, Cartier était déjà au cap Bonavista où il commençait l'exploration de la côte est de Terre-Neuve, Le 27. i] entrait dans le détroit de Belle-Isle, découvrant ainsi l'insularité de Terre-Neuve que tous les géographes avaient jusqu'alors rattachée au continent. C’est la première grande découverte de Cartier. Il explora ensuite Jes deux rives du détroit, la côte occidentale de Terre-Neuve dont il suit les indentations, puis les iles de Brion et de la Madeleine, les meilleures terres qu'il eût jusqu'alors visitées, “en sorte, dit-il, qu’un champ d’icelles vaut mieux que toute la Terre-Neuve”.

Prise de possession du Canada.- De |à l'explorateur cingla peut-être au sud de manière à pénétrer dans le détroit de Northumberland que certains historiens identifient avec le golfe nommé par lui Saint-Lunaire, Le 3 juillet, il entrait dans une baïe triangulaire de plus de dix lieues de profondeur. I] l’explora jusqu’à son extrémité où il rencontra un grand nombre de Sauvages qui le reçurent amicalement. 11 lui donna Je nom de baie des Chaleurs à cause de la température suffocante qu'il y endura. Reprenant sa route vers le nord, il aperçut le cap Percé: une tempête l’obligea à chercher refuge dans la baie de Honguédo ou Gaspé. C’est là qu'il prit officiellement possession du Canada (1).

(1) Cartier se fit donner deux fils du chef sauvage, Taignoagny et Domagaya, qu'il emmena en France.

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Le lendemain, Cartier quittait la baie de Gaspé, et croyant être à l'entrée d'une autre grande baie, il se diri. gea vers l'ile de Natiscotec (Anticosti), dont il contourna la pointe orientale, remontant quelques lieues le chenal du nord. Il avait devant lui l'estuaire du Saint-Laurent. C'était pour lui, à n’en pas douter, la route tant convoitée vers les Indes, objet de toutes les recherches des navigateurs du XVIe siecle. Mais la saison était trop avancée pour s’y aventurer. De l'avis de son équipage, Cartier résolut de retourner en France. L'expédition rangea la côte du Labrador, s'y arrêta un instant pour trafiquer avec le chef sauvage Tiennot (à Natashquan), traversa le détroit de Belle-Isle, d'où elle fit voile pour la France (15 août). Vingt jours après, elle rentrait à Saint-Malo aprés quatre mois et demi d'absence.

Deuxième voyage.- Stada: 5né.- -La découverte de l'estuaire du Saint-Laurent & {a présence de tribus indiennes sur ces rivages étaient deux motifs suffisants pour engager le roi de France à poursuivre l'entreprise commencée.

Cartier arma trois navires: la Grande Hermine, de 120 tonneaux, la Petite Hermine, de 60, et l’'Émérillon, de 40. La flottille portait 110 hommes d'équipage. On chercherait en vain parmi eux des colons et des missionnaires, preuve que ce n’était encore qu’un voyage d'exploration. Cartier avait ordre de pénétrer le plus loin possible dans l’intérieur des terres neuves. Le départ fut marqué par une fête religieuse dans la cathédrale de Saint-Malo. Le 19 mai 1535, la flottille levait l'ancre. La traversée fut orageuse et longue. Séparés par les vents, les trois navires ne se trouvèrent réunis au détroit de Belle-Isle que le 26 juillet.

Puis commença l’exploration minutieuse des côtes nord et sud du golfe formé par la barrière de Terre-Neuve. Aux havres, caps et rivières, Cartier donna des noms tirés du calendrier chrétien. Le 10 août, il entrait dans une “moult belle et grande baie, pleine d'iles et bonnes entrées”, qu’il nomma baie de Saint-Laurent. Dans la suite ce nor s’est étendu au golfe et à tout le fleuve. Le 15, on doubla la pointe ouest d’Anticosti nommée île

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de l’Assomption, où se trouvèrent une grande qu:r'ité de baleines. Après s'être assuré qu'il n’y avait aucuu passage plus au sud, on mit le cap au nord, et on découvrit les Sept Iles en rangeant la côte jusqu’à la baie Saint-

iue le premier voyage,

continue, le deuxième.

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Voyages de Cartier. —La lign

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Laurent. Le ler septembre, Cartier découvrait In grande rivière du Saguenay. Le 6, il était à l'ile aux LCoudres, le 14, à l'ile d'Orléans, “qui est le commencement de la terre et province du Canada”. Taignoagny et Domagava débarquérent sur la côte nord et revinrent bientôt aux navires avec des indigènes chargés des produits du pays, poissons, maïs, citrouilles.

Le lendemain, Donnacona, agouhanna ou seigneur du lieu, vint en grand apparat visiter le capitaine français, et de son canot, lui fit une harangue pleine d'animation en signe de joie et de confiance. Jacques Cartier descendit dans la barque de l’Indien, lui offrit ainsi qu'à sa bande du pain et du vin, et l’on se sépara en se donnant toutes les marques de la plus franche amitié. Cartier, décidé à hiverner au Saint-Laurent chercha “hab'e et lieu de sauveté pour mettre les navires”. Il le découvrit bientôt dans la petite 1: ‘+e qui se jette dans le fleuve près du village indien de stadaconé et qu'il appe!a rivière Sainte-Croix (Saint-Charles). Cartier y revint après avoir visité l'ile d'Orléans, dénommée ile ‘de Bacchus à cause de la grande quantité de vignes sauvages qu'il v trouva. Il fit entrer les deux grands navires dans la rivière Sainte-Croix, et, avec l'Émérillon, il nrêts à remonter le fleuve jusqu'à Hochelaga.

De Stadaconé à Hochelaga.— Parce qu'ils ant en guerre avec les sauvages d'Hochelaga (les Iroquois) et pour garder tout le profit qu’ils attendaient des étrangers, les Algonquins de Stadaconé prirent tous les moyens de retenir Cartier chez eux. Ils firent valoir que la rivière était mauvaise, et Donnacona chercha même à gagner le capitaine français par des présents: il lui donna sa propre fille et deux petits garçons : enfin il crut l’effraver en lui disant que leur dieu Cudouagny avait parlé à Hochelaga et que, dans le fleuve, il y avait tant de glaces et de neiges que les explorateurs mourraient tous. Force fut à Cartier de partir sans guide sau rage. C'était le 19 septembre.

Des deux côtés du fleuve, s'étalent “les plus belles et meilleures terres, pleines des plus beaux arbres du monde”. La population hospitalière et nombreuse faisait

grande pêcherie de tous poissons. A Achelay, un chef sauvage fit cadeau au capitaine malouin de deux de ses enfants. Le 28, Cartier entrait dans le lac Angoulême (Saint-Pierre) qui se trouva si peu profond qu'on fut obligé d’y laisser l'Émérillon et de faire le reste du trajet sur deux petites barques. L'expédition fut réduite à 33 hommes. Les Indiens riverains leur manifestaient toujours une grande bienveillance. A Hochelaga, toute la nopulation se porta au devant des voyageurs: plus de 1,000 sauvages les attendaient sur le rivage et leur “firent aussi bon accueil jue jamais père fit à son enfant, menant joie merveilleuse” (2 ociobre). Cartier mit pied à terre et distribua de petits présents. Les Indiens passèrent la nuit à se réjouir, criant “à toutes heures Aguvase, qui est leur dire de salut et jove”.

Cartier à Hochelaga.—]e lendemain, Cartier fut reçu solennellement dans la bourgade sise au pied d’une petite montagne qu’il nomma mont Royal ou mont Réal. Le village, de forme circulaire, était entouré d’une palissade haute de deux lances, faite de trois rangs de pieux plantés en pyramide, et garnie à l’intérieur de galeries armées de cailloux pour la défense. II comprenait une cinquantaine de grandes cabanes longues de 50 pas et larges de 12 à 15, couvertes d’écorces d’arbres et divisées en deux parties dont l’une sert de logement et l’autre de grenier où. se conserve le maïs dont on fait une sorte de pain, ainsi que les pois, les fèves, les concombres, etc. qui composent, avec le poisson fumé, la nourriture habituelle des habitants. L'usage du sel était inconnu. Ces sauvages se couvraient de peaux de bêtes. Ils regardaient comme un ornement précieux la carapace d’une sorte de coquillage blanc qu’ils trouvaient dans le fleuve et dont ils faisaient des colliers et des ceintures. Au milieu des huttes se trouvait une vaste place où chaque famille entre‘enait son feu. Toute la campagne environnante, soigneusement cultivée, était couverte de maïs ou blé d’Inde.

Cartier, toujours guidé par ces bons sauvages, fit l’ascension du mont Roval d'où il découvrit un immense pays: la chaîne des Laurentides au nord. les monts isolés

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du sud, la vaste plaine sillonnée par les eaux du Saint- Laurent et de l'Ottawa, les grands rapides qui interrompent le cours du fleuve.

La saison était trop avancée our continuer l'exploration, sans compter que les rapiues empêchaient de passer outre et que les sauvages de l’ouest appelés Agouionda, se faisaient continuellement la guerre. Cartier précipita son départ malgré les instances des Indiens d'Hochelaga pour le retenir. Il rejoignit bientôt l'Émérillon et a la hauteur des Trois-Rivières appelées par lui rivière du Fouez, il planta sur l’île la plus rapprochée du fleuve une grande croix aux armes de la France. Le 11 octobre, Cartier était de retour au havre de Sainte-Croix.

Cartier hiverne à Stadaconé. Pendant l’absence de Cartier, les mariniers laissés à la garde des deux navires avaient construit à la pointe formée par la rencontre du ruisseau Lairet et de la rivière Sainte-Croix, un fort de pieux défendu par du canon. Ainsi protégé, Cartier pouvait défier toutes les forces du pays. En hivernant à Stadaconé, le découvreur avait sans doute pour but de mieux connaître les conditions du climat, les produits du pays et les mœurs des habitants. Aussi profitait-il de toutes les occasions pour se renseigner. Par malheur, les interprètes sauvages, Taignoagny surtout, avaient manifesté contre l'expédition française une hostilité bientôt partagée par Donnacona et tout Stadaconé. Il fallait cependant dissimuler de part et d'autre. Cartier ne pouvait songer à agir par la force, et les Indiens connaissaient la supériorité militaire des étrangers. Aussi, au lendemain même de son retour d’Hochelaga, Cartier alla-t-il visiter la bourgade de Stadaconé ; il fit aux habitants les cadeaux d'usage.

Le scorbut.—Retour en France.-—Cartier n'allait par tarder à éprouver les rigueurs du climat. Le terrible mal de terre, le scorbut, qui fit périr tant de monde au début de notre histoire, s’abattit dès le mois de décembre sur Stadaconé où il fit de grands ravages 2t se Communiqua aux marins francais. Un moment, de toute l'expédition, il ne resta avec Cartier que deux hom-

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mes valides pour avoir soin des malades, enterrer ou plutôt enfouir les morts sous la neige, et faire la garde du fort et des navires. A la mi-mars, 25 hommes étaient morts. Les autres durent leur guérison à Domagaya qui enseigna l’usage d’une décoction faite avec les feuilles et l'écorce d’un arbre qu'il appelait annedda (probablement l’épinette blanche). Cartier se prépara à quitter au plus tôt ce pays meurtrier.

Le 3 mai, il renouvela l'acte de prise de possession de la vallée du Saint-Laurent.

Les Français avaient jusque-là caché avec le plus grand soin leur extrême détresse. Stadaconé, en effet, avait rassemblé un grand nombre de guerriers dans le dessein apparent d'attaquer l'expédition. Cartier, payant d’audace, attira habilement dans son fort les chefs sauvages et se saisit de Donnacona, des interprètes Taignoagny et Domagaya, et des deux principaux Indiens. Stadaconé ne pouvait ou n'osait se venger. Les sauvages passèrent la nuit devant les navires “huchant et hurlant comme loups, criant sans cesse : Agouhanna!” Cartier se hâta d'appareiller, promettant aux sauvages de leur ramener Donnacona dans dix ou douze lunes, quand le roi de France aurait été instruit des particularités du Saguenay et des autres pavs. Les Indiens ne songèrent plus qu’à adoucir la captivité de leur chef, lui apportant des vivres pour la traversée et donnant à Cartier plusieurs colliers d'ésurgni pour l’engager à le bien traiter. Le 6 mai, Cartier sortit du havre de Sainte-Croix pour retourner en France. Il abandonnait la Petite Hermine faute de bras pour la manœuvre. Il rangea la côte méridionale du fleuve jusqu’à Gaspé où il prit par le sud-est, découvrant ainsi le détroit qui sépare l’île de Terre-Neuve du Cap- Breton. Le 6 juillet 1536. il entrait au port de Saint- Malo après une traversée de vingt-cinq jours à partir du cap de Raze.

On ne saurait exagérer l’importance de ce second vovase de Cartier. Il étab'issait les droits imprescriptibles de la France sur la plus belle vallée du Canada et sur la pus facile voie de pénétration à travers l'Amérique du Nord. Il amenait la connaissance définitive de l’insula-

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rité de Terre-Neuve qu’on avait successivement rattachée à la côte sud du Labrador, puis soudée au continent asiatique. Ce qui vaut mieux encore, il créait parmi les Indiens du Saint-Laurent une tradition française qui, à elle seule, suffira pour relier l’époque de François ler à celle de Henri IV et de Louis XIII. La découverte du Canada est désormais un fait acquis.

Troisième voyage de Cartier.— Le compilateur anglais Hakluyt a recueilli et publié, en 1600, les fragments mutilés du récit du troisième et dernier voyage de Cartier en Canada. Si l’on y ajoute une partie de la relation de Roberval et du routier de Jean Alfonse, les lettres de Jacques Noël, un des héritiers de Cartier, et quelques pièces des registres de l’état civil de Saint-Malo, on a presque ous les documents authentiques dont l’histoire dispose pour la deuxième période de la vie de Cartier.

Au moment où Jacques Cartier revenait du Saint-Laurent en 1536, Charles-Quint se préparait à envahir la France avec des armées formidables, et pendant deux an: ce fut une guerre sans trêve ni merci. Les solitudes du Canada, on le comprend, furent complètement oubliées, et l'embarras des finances fit ajourner les expéditions maritimes. En outre, on n'avait trouvé au Canada ni or, ni argent, ni pierres précieuses, et les récits des marins qui avaient hiverné à Stadaconé avaient sans doute -xagéré les difficultés d’un établissement permanent. Mais François Ter persistait à vouloir coloniser le Canada, à substituer les essais de culture aux voyages de découvertes. “ Commercer, c’est métier de marchand ; coloniser, c'est métier de roi”, disait un proverbe d'alors.

En 1540, il confie une nouvelle entreprise à Jean- François de la Roche, seigneur de Roberval. Jacques Cartier est nommé capitaine général et maître pilote des vaisseaux. Il occupe donc un poste subalterne. L'inaction imposée à Cartier, jointe à la mauvaise qualité des co'ons, suffit à expliquer l'échec du premier essai de colonisation dans notre pays.

Le 23 mai 1541, cinq navires, commandés par Cartier, bien équipés et fournis de vivres pour deux ans, quittaient

le port de Saint-Malo. De Roberval ne put partir cette année-là.

Après une traversée orageuse de trois mois, Cartier arriva à Sainte-Croix, mais ne voulant pas rester dans la dépendance des Sauvages, il alla débarquer à Charlesbourg-Royal, à l'embouchure de la rivière du cap Rouge, quatre lieues en amont de Stadaconé. Hanté par le désir de visiter le fabuleux royaume de Saguenay, il crut pouvoir s’y rendre par Hochelaga qu'il visita une deuxième fois. La, désespérant d'atteindre avant l'hiver “le pays de l'or et des perles”, il retourna à Charlesbourg dont il explora avec soin les environs. Il y trouva, dit-il, de la terre arable, des diamants, une mine de fer, de l'or en feuilles, une sorte d’ardoise noire et épaisse, des vignes Sauvages, de beaux arbres, du chanvre et des plaines d'herbe. Toujours tenu en alerte par les sauvages qui rôdaient sans cesse autour du fort, Cartier, au mois de Juin, se rembarqua pour la France. Roberval le rencontre à Saint-Jean de Terre-Neuve et lui commande de rebrousser chemin, mais Cartier lève l’ancre pendant la nuit et rentre en France.

Echec du premier essai de colonisation Livré à sa propre initiative, Roberval part enfin de Terre-Neuve avec ses 3 navires et, en Juillet, débarque vraisemblablement à l'endroit que venait de quitter Cartier et qui fut appelé France-Roy. L'expédition comprenait 200 peérsonnes—plusieurs, hommes ou femmes, avaient été tirés des prisons—mariniers, soldats et gens du commun, avec tout ce qui était nécessaire pour une colonie. Roberval a déjà commis trois erreurs Capitales: 1° Il arrive mal Pourvu de vivres, ce qui l’obligera à rationner son monde ; 2° Il ne réussit pas à gagner la confiance de Jacques Cartier et à mettre à profit son expérience du pays: 3° I] Y à un trop grand nombre de repris de justice parmi ses prétendus colons.

L’historien Thevet accuse Roberval de cruauté envers ses subalternes. Mais ne fallait-il pas une main ferme Pour maintenir l’ordre pendant tout un long hiver dance une société si mêlée? Un nommé Michel Gaillon, dit Ja relation de Roberval, fut pendu pour cause de vol. Jean

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de Nantes fut mis aux fers, plusieurs furent fouettés tant hommes que femmes “au moyen de quoi ils vécurent en paix et tranquillité”. Environ 50 personnes moururent du scorbut pendant l'hiver.

Le 6 juin 1543, Roberval Part avec 8 barques et 69 hommes pour une exploration au Saguenay. On ne connait aucun détail précis sur les résultats de ce voyage, si ce n’est qu’une barque se perdit et que 8 hommes se noyérent.

Roberval repassa en France cette année-là, l’expédi-

tion n'ayant eu aucun résultat appréciable.

Jean Alfonse. Cartier ne fit pas de quatrième voyage en Canada. Un grand nombre d'historiens, répétant l’assertion de Lescarbot, ont cru que le découvreur malouin avait été Chargé de ramener dans l'été de 1543, les débris de l'expédition de Roberval. Dans le règlement de compte qui a servi à accréditer cette erreur, il s’agit uniquement du loyer d'un navire appartenant à Cartier et envoyé au Saint-Laurent, cette année-là. Le prétendu quatrième voyage de Cartier au Canada a définitivement disparu de l’histoire.

À côté de Roberval, apparait une des figures les plus originales de ce temps, Jean Alfonse. Découvreur, écrivain, cosmographe, homme de guerre, il accompagna le lieutenant général comme pilote et explora les côtes du golfe Saint-Laurent, cherchant, lui aussi, le fameux passage vers l’ouest. Son routier affirme que les terres vers Hochelaga “sont situées vis-à-vis la Tartarie”. Le fort Courant du Saguenay lui fait croire que cette rivière vient du Cathay. La raison Pour laquelle il fait plus froid au Canada qu’en France, le fleuve d’eau douce est naturellement plus froid que la

tacle n'arrête dans leur marche vers le sud, expliquent en effet l’inflexion des lignes isothermes du Canada. Alfonse borne en général ses observations à des données hydrographiques où géographiques propres à guider

les navigateurs depuis le détroit de Belle-Isle jusqu’à Québec. 11 ne parle guére du littoral de l'Atlantique qu’il 4 Pourtant visité jusqu’au 42e. (Cest aussi dans son routier qu'est mentionné pour la première fois le fabuleux Norimbègue (territoire de la rivière Pénobscot), où la croyance populaire a longtemps placé une grande ville, De ces multiples voyages, se dégage déjà un fait d’une grande importance, ” Grâce à Cartier, la France a conquis un droit inaliénable et incontesté sur la vallée de Saint-Laurent et, Par suite, sur l'immense région qui s'étend sans limite à l’ouest. La colonisation a échoué, mais les pêcheries du golfe et de Terre-Neuve et le trafic des fourrures sont définitivement acquis aux marins français.

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