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Ile Royale ou du Cap-Breton.
vérneur de Plaisance, que fut confiée cette importante mission (1715). Le havre à l’Anglais, fréquenté de tout temps par les pêcheurs du golfe, dut à sa facilité d'accès d'être choisi pour site de la ville naissante qui prit le nom de Louisbourg : et ses Premiers habitants lui vinrent de
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Terre-Neuve et de l'Acadie. La ville fut bâtie à l'entrée du port sur une langue de terre coupée par une puissante muraille haute de trente pieds. Les travaux de défense consistaient en une série de huit batteries comprenant 192 canons. Les principales étaient celle de l'ile de l’Entrée et la Batterie royale située en face, au fond même de la rade. Toutes ces fortifications, restées Pourtant inachevées, avaient coûté l'énorme somme de 30 millions de livres, qui auraient suffi à établir en Canada plusieurs milliers de colons. Les constructions de la ville, dont les rues étaient dessinées à angle droit, étaient toutes en bois, sauf les casernes et les bâtiments publics. Sur la rade, se trouvaient les échafauds pour le séchage du poisson, les entrepôts et les quais. Louisbourg offrait de précieux avantages à Ja marine marchande et militaire d'outre-mer, protégeait les pêcheries du golfe, et offrait un; refuge sûr aux Acadiens de la péninsule qui y émigrèrent en assez grand nombre. La population, environ 4,000 âmes en 1745, comprenait les troupes de la garnison, des marchands, puis un nombre variable de pêcheurs venus de Partout et qui pendant l'été donnaient à Louisbourg les allures d’une grande ville. Louisbourg ne fut jamais qu’un grand centre de pêcheries; comme place forte, elle ne joua qu’un rôle secondaire dans la défense du Canada.
vre et caïllouteux. Il ne peut nullement être comparé aux riches vallées et aux plaines fertiles dont les Acadiens s'étaient emparés à Port-Royal, au bassin des Mines et à la baie de Chignectou. Aussi la plupart des émigrants devaient-ils préférer la grande et belle ile Saint- Jean au brumeux et aride Cap-Breton. Cependant quel-
atteignit bientôt 200 âmes, ou se Joignirent aux pêcheurs éparpillées sur cette côte orientale longue de 60 lieues et
coupée d’une multitude de ports tournés les uns vers l'est, les autres vers le sud. Un petit groupe d'Abénaquis vint former une bourgade à Sainte-Anne. Malgré tous les efforts pour peupler la grande ile, peu de paroisses se fondèrent et au point de vue de l'alimentation et de l'agriculture l'ile Royale continua de dépendre de l'ile Sant- Jean et de l'Acadie péninsulaire, les pêcheries restant l’industrie principale des habitants.
L'île Saint-Jean. (Cette ile, longue de 22 lieues. n'a que des terres fertiles. Nicolas Denys, qui l'avait fait inclure dans son faste domaine en 1654, borna son action au commerce des pelleteries et à l'exploitation des pécheries. 1] n’y laissa aucun établissement permanent. Depuis longtemps l'ile avait fait retour au domaine royal ; l'intendant Bégon avait en vain conseillé de la coloniser. La perte récent de l'Acadie française lui donnait une importance de remier ordre, comme colonie de peuplement et de reft ge pour émigrants acadier- Nulle colonie du golfe ne pouvait offrir au colon un . plus fertile, des pâturages plus étendus, des forêts Pius riches. En outre, les établissements du Cap-Breton lui assuraient une marché important et sans Concurrence,
Le comte de Saint-Pierre, Premier écuyer de la duchesse d'Orléans, se Ja fit concéder avec les îles de Miscou et de La Madeleine en 1719. Il se mit lui-même à la tête de l'expédition et débarqua avec plusieurs familles au port Lajoie (Charlottetown). À ce courant d’immigration française s’en ajouta un autre venu d’Acadie et Comprenant surtout des agriculteurs. La population toutefois augmenta lentement. Au récensement de 1728, on 1e Compte encore que 336 âmes, réparties en sept endroits différents.
Le port Lajoie resta Je centre religieux et civil, mais le havre de Saint-Pierre, situé au nord et plus rapproché du Cap-Breton, l’emporta bientôt en Population. Les Sauvages Micmacs de l'ile avaient déjà été évangélisés par les missionnaires français. Devant l'immigration européenne, ils reculèrent vers l'extrémité occidentale et finirent par se fixer à Bédèque. Les Sulpiciens de Breslay et Mitivier, puis les Récollets, se chargèrent succes-
sivement de la desserte religieuse de sauvages,
En peu de temps, l'exploitation des forêts, le commerce des pelleteries et surtout les grandes pêcheries, développèrent dans l'ile Saint-Jean une prospérité solide et durable. Après le comte de Saint-Pierre parti en 1730. plusieurs gouverneurs se succédèrent qui n’eurent qu'une influence limitée sur la vie de l'ile, Pensens (1730-35), Du Hager (1736-38), Duchambon (1738-44), Relevant de l'administration du Cap-Breton, l'ile Saint-Jean en subit toutes les vicissitudes militaires ou autres.
L’Acadie Continentale. — Le traité d'Utrecht laissa pendante Ja question des limites de l’Acadie. Depuis un siècle, Français et Anglais diminuaient ou ‘tendaient ses frontières selon leurs intérêts. En 1710, Port- Royal, aux termes de la Capitulation, ne s'étend qu'à un rayon d'une lieue autôur du fort, au traité d'Utrecht l’'Acadie tout entière passa aux mains des Anglais. Mais quelles en sont les bornes? Les Anglais réc'amaient, comme faisant partie de l’Acadie qu'ils appelèrent Nouvelle- Écosse, tout le territoire situé au nord de la baie Fran- Çaise et de l’isthme de Chignectou. Mais les Abénaquis du Pénobscot entendaient bien rester indépendants sur leurs terres et ils obtenaient du gouverneur du Canada l'assurance que le traité d'Utrecht ne les concernait en rien. Malgré l'isolement où les réduisaient la cession de l’Acadie et l'hostilité grandissante de leurs voisins de la Nouvelle-Angleterre, les Abénaquis restaient fidèles à l’alliance française. Cependant leur nombre avait considérablement diminué depuis 1680, époque où des villages entiers, pour se soustraire aux menaces des Anglais qui Convoitaient leur territoire, s'étaient transportés sur le Saint-Laurent à l'embouchure des rivières Chaudière et Saint-François. Les Anglais continuèrent de poursuivre les restes de cette malheureuse et intrépide nation et en 1724, ils surprenaient la bourgade de Narantsouak située sur le Kennebec et assassin:i-nt lâchement le dernier mis-
sionnaire français des Abénaquis du Maine, le P. Sébastien Rasle.
D'autre part le Canada maintint ses droits sur le terri-
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toire que nous appelons l'Acadie continentale, le Nouveau-Brunswick actuel. In fait, les pêcheurs français de la côte, depuis la baie de Gaspé jusqu'à la baie Verte, ne furent jamais molestés et, par une sorte d'entente tacite, les deux colonies rivales reconnurent l'isthme de Chignectou comme la frontière entre les territoires contestés. Ainsi à défaut de conventions officielles, s'établissait un modus vivendi acceptable pour tous.
L’Acadie péninsulaire.—] 2 cession de leur pays à l'Angleterre ne changea rien pratiquement à la vie des Acadiens. Depuis un siècle, ils vivaient isolés et indépendants sur leurs terres, se suffisant à eux-mêmes et Presque sans relations d'affaires avec l'extérieur. Leur population de 2,500 âmes, Partagée en six groupes principaux, Port-Royal, les Mines, Piziquid, Cobequid, Beaubassin et : '0MCOUp, se doublait tous les 20 ans. L'apport de l’inimigration était presque nul. Dans leurs différends, Presque toujours relatifs aux limites de leurs champs sans cesse divisés entre leurs nombreux enfants, ils s’en rapportaient à l'arbitrage de leurs notables et plus souvent de leurs prêtres. ‘tait un peuple agrico!e paisible, sans ambition, igno, "s ruses de la politique, franc et loyal, respectueux de s et de l’autorité, Placés entre les Français des iles du golfe et les petites garnisons anglaises d'Annapolis et de Canseau, ils se tinrent également éloignés des manifestations de sympathie CoMmpromettante et d’adulation servile. Habitués à des changements d’allégeance ils se renfermèrent dans leurs occupations paisibles. Leur petit nombre, leurs qualités, leur respect Pour la religion, étaient des garanties suffisantes de leur soumission à leurs nouveaux maîtres Mais, partagés entre la crainte et l’intérêt, les Anglais d l’Acadie et de la Nouvelle-Angleterre hésitèrent sur Ja politique à suivre à leur égard, employant tant qu'ils furent les plus faibles Ja menace, la ruse, les caresses même, pour aboutir, quand ils furent les Plus forts, à la
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violence et à l’infamie dont toire (1).
Le serment d’allégeance,- Pour bien comprenre la question acadienne, il faut la considérer à son véritable point de départ: le serment de fidéli aux Acadiens, Le voici dans s “Je jure et Promets fidélité au roi d'Angleterre, Ainsi Dieu me soit en aide”. Apparemment i] n'y avait rien à qui pût prêter à équivoque et alarmer une population Catholique et française Conquise par la force des armes. I i que les Acadiens S'ircorporaient à Ja nation anglaise de telle sorte qu’en Cas de guerre ils étaient tenus de faire cause commune avec elle et de prendre les armes, füt-ce mê Compatriotes. À cette pensée seule, leurs plus légitimes se révoltérent et jusqu’à x a province, ils refusèrent de prêter ce serment sans Ja condition expresse ou tacite qu’ils seraient exemptés de combattre avec les Anglais contre leurs compatriotes fran- Sais ou leurs alliés les Abénaquis. C'était à leur sens Ja seule ligne de conduite Compatible avec l'honneur et la
Souverain légitime. Les avaient compris et n'ont pu s'élever à €t il s’est trouvé des
ils ont souillé leur his-
approuver.
Les contradictions de la ne.—Le traité d'Utrecht garantissait aux
(1) Les Souverneurs de la Nouvelle-ficoss etch, 1710, 2° Francis Nicholson, 1718: 4°
à is il ne séjourne que 5 ans à Annapolis : 1720-22: 1729-31; sont lieutenants-gouverneurs en son 1722; Lawrence Armstrong, 1725; John Adams, 1739; Pa:1 Mascarène, 1740: 4° Édouard Cornwallis, 1749; 5° P. Thomas Hopson, de 1752 à 1756, mais il part en novembre 1753 et Charles
lieutenant-gcuverneur jusqu’au 7 . “ . La I Janvier 1756, où il est nommé 8ouverneur. Lawrence meurt à
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tous leurs effets mobiliers. La reine Anne étendit ce privilège à la vente même de leurs terres. Mais à qui vendre puisqu'ils étaient les seuls habitants de la province? Ils décidèrent 1 ‘animement de se transporter dans les colonies françaises du golfe. Cette décision alarma fort les Anglais. “L’émigration, s’écrie Vetch, aura pour effet de dépouiller et de ruiner la N ouvelle-Écosse au profit du Cap-Breton”. Puis, les Acadiens partis, comment la petite garnison anglaise d'Annapolis résistera-t-elle aux attaques des Abénaquis? À tout prix il fallait retenir les habitants français dans la péninsule. C’est alors que Vetch inaugure contre la foi des traités, cette longue série d’empêchements renouvelés sous toutes les formes par les gouverneurs subséquents pour faire échouer ce plan d’exode et river les malheureux Acadiens au sol par un serment d’allégeance. Il leur ferma la route maritime en empéchant les navires de Louisbourg de venir les prendre. Philipps, arrivé en Acadie en 1720, voulut brusquer les choses. Il ordonna aux Acadiens de prêter serment de fidélité au roi George ou de quitter le pays dans un délai de quatre mois sans rien emporter de leurs effets. Les Acadiens des Mines commencèrent aussitôt à ouvrir une route à travers les bois pour permettre à leurs frères d’Annapolis de les rejoindre à l’isthme de Chignectou. Conseillé par les Lords du commerce et Je secrétaire des colonies Craggs, Philipps découragé se ravisa et abandonna son projet. Sous le lieutenant-gouverneu1 Doucett (1722-1725) Jes Acadiens furent laissés à eux-mêmes. Son successeur Armstrong, était un homme grossier, violent et brutal (1). Par intimidation, il extorque des habitants d'Annapolis un serment d’allégeance, le premier qui ait été prêté en Acadie (déc. 1729). Mais les autres Acadiens préfèrent toujours l'exil au serment. En vain il envoie l'enseigne Wroth essayer de surprendre leur bonne foi. Ni les promesses ni les me. naces ne réussirent à les éb:anler. La situation devenait critique pour les Anglais et l'émigration acadienne, si imminente, que le gouverneur Philipps dut se hâter de revenir en Acadie pour réparer les bévues de son lieutenant.
(1) Ce gouverneur se suicida. :
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