‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 35 sur 120 · MAITRE · texte numérisé non relu

MAITRE

défense: des troupes bien disciplinées sous la conduite d'un chef actif et expérimenté, À Duquesnel, mort en octobre 1744, avait succédé Duchambon, un incapable notoire, en tout inférieur à sa tâche. L'armée comprenait 560 réguliers et environ 1,400 miliciens. Mais l’indiscipline régnait chez les réguliers mal nourris et mal payés et dont un régiment, celui des Suisses, s'était mutiné quatre mois auparavant. Une panique inexplicable

envoyé en éclaireur en arrière de la ville, trouva la batterie Royale abandonnée. Les F rançais venaient de livrer

remparts, ne pouvait se fai récages et fondrières. Le siège fut poussé avec vigueur.

nuaient de favoriser les assiégeants. Le 19 mai, le Vigilant, grand vaisseau de igne français, chargé de ravitail-

l’escadre anglaise, apportant ainsi à nos ennemis des mu-

manquer. Cependant la batterie de l’ile de l’Entrée empéchait toujours par son feu rasant une attaque de la ville Par mer. On essava de la prendre par surprise. Dans la nuit du 26 mai, 500 hommes, partis de la grande Batterie se dirigèrent vers l'ile fortifiée. Un feu meurtrier s’abattit tout à COUP Sur eux, brisant des barques et tuant les soldats qui avaient atterri. Les Anglais prirent aussitôt la fuite, après avoir perdu près de deux cents hommes tués, blessés ou faits prisonniers. Ils obtinrent plus de succès en dirigeant de la pointc du Phare, le tir de plu-

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sieurs canons contre l'ile de l’Entrée, dont le feu se ralentit graduellement pendant que les batteries de la ville, faute de munitions, perdaient peu à peu de leur efficacité. Les Anglais décidèrent de donner l'assaut simultanément par terre et par mer. Les assiégés préférèrent se rendre. La capitulation accordait aux vaincus les honneurs de la guerre et pourvoyait au transport en France de la garnison et des civils, à la condition de ne pas porter les armes contre l'Angleterre pendant un an. Le 17 juin, après un siège de 47 jours. Louisbourg devenait possession anglaise avec le Cap-Breton et l'ile Saint-Jean.

Espoirs déçus. Les Bostonnais célébrèrent la prise de Louisbourg qui, à vrai dire, était en majeure partie leur œuvre. Le vieux plan d’une double invasion par terre et par mer, avec Montréal et Québec pour objectifs, fut de nouveau proposé à l’Angleterre par ses colonies d'Amérique. Mais, erigagée dans la guerre des Indes où la France était victorieuse, l'Angleterre après avoir promis des troupes les envoya ailleurs, laissant ses colonies de l'Atlantique livrées à leurs seules forces. Or. à peine étaient-elles en possession de Louisbourg qu'elles laissaient à des troupes régulières venues de Gibraïtar le soin . de le défendre contre le retour probable des Français. Shirley, frustré dans son projet d’invasion, aurait voulu fout au moins attaquer avec les milices de New-York et du Massachusetts le poste fortifié de la Pointe-à-1a-Chevelure sur le lac Saint-Sacrement. Mais Ja nouvelle qu’une flotte française s’apprêtait à reprendre Louisbourg et Annapolis fit encore abandonner ce projet. Les rôles se trouvaient donc renversés, C'était maintenant à Ja Nouvelle-Angleterre à redouter l'invasion.

Désastre de l’escadre de d’Anville.— Ia chute de la forteresse de Louisbourg, réputée imprenable, créa en France la plus pénible impression. L’honneur du rovaume, l'intérêt du commerce maritime, l’accès de la principale voie de pénétration en Canada étaient gravement menacés. [opinion publique exigeait une action prompte et décisive. Le roi fit aussité: Organiser une expédition qui devait reprendre Louisbourg, s'emparer de l’Acadie

et de Boston et ravager les côtes de la Nouvelle-Angleterre. À l'été de 1746, une flotte de navires de guerre et de plusieurs transports portant plus de 3,000 soldats quitta La Rochelle sous le commandement du jeune duc d’Anville. À peine avait-elle perdu de vue les côtes de

rance que d’horribles tempêtes dispersèrent les navires. Ce ne fut qu'à Ja fin de septembre que l'amiral entra avec trois vaisseaux seulement dans le port de Chibouctou (Halifax), où l’on s'était donné rendez-vous. La peste se déclara bientôt à bord des navires et enleva en quelques semaines plus de onze cents hommes ; les 600 Abénaquis qui Campaient dans le voisinage furent atteints par la contagion et s'enfuirent. M. de Conflans, parti de Saint-Domingue avec trois vaisseaux et une frégate pour prêter secours à d'Anville, passa devant Chibouctou sans apercevoir la flotte et retourna en France. Par contre, on apprenait l’arrivée d’une escadre anglaise à Louis-

seil de guerre, au contraire, voulait au moins tenter une

nois. Au mois d'octobre, il levait l’ancre et faisait voile vers Annapolis: mais une violente tempête l'attendait au cap de Sable. 11 rassembla les débris de sa malheureuse flotte et retour1.2 aussitôt en France. L'expédition avait, dit-on, coûté la vie à 2,500 hommes.

Chevelure fut pour les Canadiens et leurs Sauvages alliés une base sûre d'opérations d’où ils Partaient pour porter l’alarme et Ja dévastation sur les frontières des colonies de New-York, du Massachusetts et du Connecticut. Le New-York ayant imprudemment dégarni sa frontière, le

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fort Saratoga, à 36 milles d'Albany, fut emporté d'assaut par l’infatigable Marin (novembre 1745). Après l'avoir réoccupé, les Anglais l’abandonnèrent de nouveau comme intenable, au grand désappointement des Iroquois qui regardèrent ce retrait conmme un acte de faiblesse et de lâcheté. Au mois d’août de l’année suivante, le fort Massachusetts, bâti sur un affluent de l’Hudson, entre Albany et la rivière Connecticut, fut pris et rasé par Rigaud de Vaudreuil. Cependant ces succès étaient contrebalancés par les incursions des Iroquois qui, sous la conduite d’un jeune Irlandais, William Johnson, venrient rôder jusqu'aux environs de Montréal pour faire diversion aux bandes canadiennes et abénaquises occupées à ravager la Nouvelle-Angleterre. À l’autre extrémité de la frontière, en Acadie, mêmes alternatives de succès et de revers. Le brave capitaine Marin ne cessait d’inquiéter les Anglais de la péninsule. Mandé en toute hâte, mais trop tard pour secourir Louisbourg assiégé, il était retourné à l’isthme de Chignectou où il avait longtemps attendu la flotte du duc d'Anville, puis il était parti pour la Pointe-à-la-Chevelure. Les années suivantes, les Abénaquis attaquèrent le fort Clinton et prirent le fort Briggeman. En 1749, les forts des frontières de la Nouvelle- Angleterre avaient presque tous été évacués et la population s'était retirée dans l’intérieur du pays pour se soustraire aux dévastations des Canadiens et des Abénaquis.

Combat de Grand-Pré.—]Ie plus beau fait d’armes de cette guerre de partisans fut accompli par Coulon de Villiers, au bassin des Mines. En juin 1746, M. de Ramezay était arrivé de Québec aux Mines avec 680 Canadiens pour aider le duc d’Anville dans son attaque contre Annapolis. Il investit Annapolis, mais en apprenant le désastre de la flotte française il repartit pour Québec et s'arrêta à Beaubassin où le suivit de Villiers. Pour protéger l’Acadie, Shirley, à la demande d. Mascarène, envoya aussitôt occuper Grand-Pré par une petite troupe de 500 hommes sous les ordres du colonel Noble. Les soldats se cantonnèrent dans les maisons du village et des environs. Coulon de Villiers saisit avec empressement l’occasion qui s’offrait de frapper un beau coup.

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À la fin de janvier, il partit à la raquette avec un détachement de 300 Canadiens et Abénaquis et arriva le 10 février, sans avoir été remarqué, aux environs de Grand. Pré. La nuit Suivante, à la faveur d’une forte tempête de neige, les assaillants se postèrent par petites troupes autour des maisons isolées. Au signal donné ils se ruërent tous ensemble contre leurs ennemis. Quoique pris à l’improviste, les Anglais opposèrent une vive résistance : de Villiers eut un bras cassé d’un coup de feu. Le colonel Noble se fit tuer avec une centaine de ses hommes. Les autres se rendirent et obtinrent de retourner à Annapolis à la condition de ne plus servir pendant toute cette guer-

Combat naval du Cap Finistère, —] 2 marine française fut particulièrement malheureuse pendant toute cette guerre. Au désastre de l’escadre du duc d’Anville

par une flotte anglaise de dix-sept voiles, et obligé de livrer bataille. Son plan était d’opposer à l'ennemi la plus longue résistance possible afin de permettre au convoi de s'échapper. Pendant cinq heures il tint bravement tête à cette escadre anglaise. Quand il amena pavillon, il avait déjà perdu plus de 700 hommes, non sans causer de grandes pertes à l'adversaire qui ne put s'empêcher de louer l’habileté et le Courage de la Jonquière. Anson et Warren, amiraux de Ja flotte anglaise, donnèrent aussitôt la chasse au convoi: ils capturèrent neuf navires, les autres ayant réussi à s’échapper à la faveur de la nuit. La Jonquière fait Prisonnier ne fut libéré que deux ans plus tard. M. de la Galissonnière nommé administrateur le remplaça par intérim,relevant ainsi M. de Beauharnois dans le gouvernement général du Canada.

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Traité d’Aix-la-Chapelle, -]: paix d’Aix-la- Chapelle qui terminait la guerre de la succession d’Autriche (18 octobre 1748), ne satisfaisait ni la France ni les colonies anglo-américaines. La France avait fait dans les Pays-Bas et dans les Indes des conquêtes qui compensaient largement la perte de Louisbourg et les revers éprouvés par sa marine, Mais Louis XV avait déclaré qu'il voulait faire la paix ‘en roi non en marchand”. La paix se fit sur la base des restitutions réciproques. En Europe, la France, suivant le dicton populaire, se trouva avoir travaillé uniquement “pour le roi de Prusse”, En Amérique, Louisbourg et je Cap-Breton, conquis sur la France, étaient échangés contre la présidence de Madras enlevée par la Bourdonnais aux Anglais dans les Indes. Or, Madras aux yeux des diplomates anglais valait beaucoup mieux que Louisbourg, Les Anglo-américains, au contraire, estimaient davantage Louisbourg qu'ils regardaient comme une conquête personnelle et une extension nécessaire de territoire. Aussi la restitution de Louisbourg provoqua-t-elle un vif mécontentement dans toute la Nouvelle-Angleterre. De nouveau, les diplomates français n'avaient osé aborder de front la question des limites de l’Acadie pendante depuis plus d’un siècle : elle fut adjugée à une commission composée de MM. de la Galissonnière et de Silhouette pour la France, du gouverneur Shirley et de Mildway pour l'Angleterre. Les travaux des commissaires aboutirent à la publication d’un volumineux rapport que la guerre rendit d’ailleurs entièrement inutile. Remis en liberté, le marquis de la Jonquière prit aussitôt possession de son gouvernement (1749),

La Galissonnière.Plan de défense.—N\ommé pour remplacer bar intérim M. de la Jonquière (1747), le nouvel administrateur avait vu tout de suite le danger imminent qui menaçait la Nouvelle-France sur ses frontières du sud et de l’est. I] sollicita des secours de la métropole et organisa un plan de défense qui eut pu sauver la colonie si elle eut été susceptible de l’être. De la baie Verte sur le golfe Saint-Laurent jusqu’au pays des Sioux et au Mississipi, il projeta d'établir une ligne de forts destinés à tenir en échec les colonies anglaises et à relier les diverses parties de l’immense empire colonial français. Il pressa la métropole de fortifier davantage Louisbourg et l’isthme de Chignectou et d'établir une zone neutre sur le rivage nord de la Nouvelle-Écosse pour faire communiquer le Cap-Breton avec le Canada ; sur la frontière du sud, il prit des mesures pour limiter l'expansion des colonies anglaises au versant oriental des Alléghanys et garantir aux Français la vallée de l'Ohio qui commençait de leur être disputée. Dans les prairies du Nord-Ouest enfin, il donna son appui aux découvreurs La Vérendrye qui s’efforçaient de maintenir une ligne de postes pour fermer à la Compagaie de la baie d'Hudson le pays situé à l’ouest du lac Winnipeg. Dans la région des grands Lacs du centre, il renforça la garnison du fort Niagara, fit construire le fort Rouillé ou Toronto sur la rive nord du lac Ontario et le fort de la Présentation (Ogdensburg) sur le fleuve Saint-Laurent entre Frontenac et Montréal. Il conseillait aussi de continuer la chaîne de postes fortifiés destinés à relier la Nouvelle- France à la Louisiane par la vallée de l'Ohio. Ce furent les forts de la Presqu’ile, de la rivière aux Bœufs, Venango, Duquesne, Miamis sur la Miamis, Vincennes sur l©uabache, de Chartres sur le Mississipi. L'exécution de

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ce vaste plan de défense fut achevée par les deux successeurs immédiats de la Galissonnière.

Il ne suffit pas de construire des forts, il valait mieux peupler ces frontières de plus en plus menacées. La Galissonnière proposa en vain d'amener de France 10,000 colons dans la vallée de l'Ohio et du Mississipi. Il réussit mieux en Acadie. Ayant obtenu du roi une somme de 300,000 livres, il attira sur la côte nord de la baie de Fundy une assez forte immigration adienne qui s’v transporta sous la direction du P. Germain et de l'abbé Leloutre. 11 réorganisa la milice de la Nouvelle-France qui fut portée, sur le papier, à 12,000 hommes. Les travaux de défense de Québec, un moment suspendus faute de fonds, furent repris, et en 1748 l'ingénieur Chaussegros de Léry écrivait que “les fortifications étaient bien avancées et que la ville serait fermée de murailles à la fin de mai de l’année suivante, grâce au travail des habitants des paroisses environnantes”.

Fondation de Halifax, De son côté, l’Angleterre prépara activement la lutte contre le Canada. Pour compenser la perte de Louisbourg, surveiller de près les Acadiens, faire échec à l'avance des Français à Chignectou et atténuer le sentiment d’aigreur &t d'indépendance qui grandissait dans les colonies anglo-américaines, le ministre anglais Halifax résolut enfin de fonder en Acadie une colonie puissante. Le parlement subventionna l’entreprise qui adopta le système colonial français: transport gratuit des colons, concessions terriennes libres, subsistance pour une année, etc. Pour le recrutement des colons, on fit appel à tous les pays protestants de l’Europe. Aux Anglais s’adjoignirent des Suisses, des Huguenots français et, en 1753, des Allemands luthériens dont le plus grand nombre se fixa à Lunenburg au sucouest de Halifax. La plupart étaient des officiers et des soldats réformés auxquels s'étaient ajoutés quelques agriculteurs et des artisans. Le ler juin 1749, le colonel Édouard Cornwallis, à la tête de 2,576 colons, hommes, femmes et enfants, débarquait dans la baie de Chibouctou au sud-est de la péninsule acadienne et donnait à la nouvelle ville le nom de Halifax. Le siège du

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Bouvernement de la Nouvelle-Écosse y était aussitôt transporté. Trois ans plus tard, la population urbaine ne comptait pas mois de 4,000 âmes. Cette fois, les Anglais avaient pris soiidement possession de toute la presqu'ile acadienne.

Menaces contre les Acadiens.— L'établissement anglais de Halifax mettait les Acadiens annexés dans une situation de plus en plus critique. Ils étaient alors au nombre d'environ 9,000 groupés surtout dans la vallée d'Annapolis, sur les rives du bassin des Mines et à l’isthme de Chignectou. Pendant la dernière guerre, malgré les sollicitations des Français, ils avaient gardé la plus stricte neutralité, Ils pouvaient donc prétendre à être bien traités par leurs maitres. Mais les Anglais étaient désormais les plus forts. Presque au lendemain de son arrivée (14-25 juillet), Cornwallis promulgua une ordonnance royale envoyée d'Angleterre même par laquelle il obligeait les Acadiens annexés à prêter le serment d’alléseance sans restriction aucune, à peine de quitter le pays dans un espace de trois mois (le 26 octobre), sans rien emporter de leurs biens mobiliers. Les Acadiens annoncèrent leur ferme détermination de s’en tenir aux conditions d'autrefois et, s'ils ne les obtenaient, de quitter tous ensemble je pays. Cornwallis imita la politique de ses prédécesseurs : il temporisa. Il obligea d’abord les Acadiens à ensemencer leurs terres, puis à lui demander un passe-port. Se voyant trompés une fois de plus, les Acadiens n’insistèrent plus pour partir.

Le fort Beauséjour.-— Pendant ce temps, le gouverneur du Canada, M. de la Jonquière, envoyait le chevalier de la Corne occuper l’istime de Chignectou. En 1749, de la Corne éleva le fort Beauséjour au nord du village de Beaubassin et de la rivière Messagouetche où les ‘‘rançais plaçaient les bornes de l’Acadie péninsulaire réclamant ainsi les villages acadiens de Chipoudy, Petcoudiack, Memramcouk, Tintamarre, etc, A, printemps de 1750, 400 Anglais sous la conduite du capitaine Lawrence parurent dans la baie de Chignectou. Les Acadiens quittèrent Beaubassin et traversèrent ja Messagouetche

Pour se mettre sous la protection du détachement fran- Gais. Les sauvages incendièrent aussitôt l’église et les 300 maisons du village abandonné.

Lawrence se retira, mais il revint à l’automne avec 700 hommes et érigea sur l'emplacement de Beaubassin à deux milles à peine de Beauséjour, un fort auquel il donna son nom. Dès ce moment, l’état de guerre exista entre les deux forts rivaux.

L'intervention des sauvages Micmacs (1) en faveur des Français, aggrava la lutte. Le capitaine Howe attiré dans un guet-apens fut assassiné sur les bords de la Messagouetche, tandis que les corsaires anglais ravageaient les villages sauvages de la péninsule. La situation des Indiens n'était plus tenable, Traqués de partout comme des bêtes fauves, ils se retiraient (1750) définitivement du côté des Français. D'autre part, le mouvement d'émigration des Acadiens vers le nord et l’île Saint-Jean entraina plus de 3,000 personnes en quelques mois. Sous Hopson qui succéda à Cornwallis en 1752, les Acadiens

annexés jouirent d’un moment de paix. Quoique toujours tenus à l'écart et exclus du partage des terres nouvelles où les Anglais se taillaient d'immenses domaines, ils s’estimaient heureux de n’être plus inquiétés à propos du serment d’allégeance. C’était le calme avant la tempête que devait déchainer l’implacable Lawrence.

L’Ohio.— 1° L’exploration. Pendant que se prépare la lutte finale en Acadie, un nouveau champ de bataille s'ouvre dans la vallée de l'Ohio. Là aussi, la frontière entre possessions françaises et anglaises est indécise et flottante. Après avoir occupé le versant oriental des Alléghanys, les Anglo-Américains franchirent les crêétes des montagnes et descendirent sur le versant occidental vers cette admirable vallée qu’arrosent l'Ohio et ses tributaires.

Vers 1715 leurs traitants avaient établi parmi les sauvages des comptoirs de commerce, mais sans but politique ou militaire. Les rappeurs Canadiens parcouraient aussi cette belle vallée qu'il regardaient : mme territoire

(1) Leurs têtes avaient 6t6 mises à prix par le Anglais.

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français en vertu des découvertes de Jolliet et de La Salle. La Galissonnière comprit l'importance nouvelle que prenait cette route de l'Ohio: les communications entre la Louisiane et le Canada seraient interrompues le jour où LL: Anglais s’en €mpareraïient. Il prit action immédiaic. Tin 1745 il envoya un de ses officiers Pierre- Josep: Céioron ce Blainville avec 215 Canadiens confirme les droits de la France sur la vallée de l'Ohio. Céloron débarqua sur la rive sud du lac Érié, atteignait le lac Chautauqua et suivit la rapide rivière Alléghany jusqu’à l'endroit où, avec la profonde et tranquille Monongahéla, elle forme l'Ohio qu’il descendit jusqu’au confluent de la rivière Miami, près du site actuel de Cincinnati. De Jà, remontant le petit Miami, il se dirigea par terre vers les sources de la rivière des Miamis (Maumee) qu'il descendit jusqu'à son embouchure dans le lac Érié. Sur sa route, il avait enterré des plaques de plomb ou fixé aux arbres les armes du roi pour affirmer les droits de la France sur tout ce pays. Mais il n'avait pu renouveler d'anciennes alliances avec les sauvages qui étaient entièrement gagnés à Ja cause anglaise, ni obtenir des 8ouvernements de la Pennsvlvanie et de la Caroline le retrait des négociants anglais. Cette expédition annonçait des événements importants, un nouvel état de chose. Mais il s’écoula trois ans encore avant qu'aucune action définie ne fût prise.

Pendant ce temps, une compagnie de colons anglais obtenait du Souvernement de la Virginie d’immenses concessions de terres au delà des Alléghanys et envoyait un explorateur, Christophe Gist, reconnaitre la vallée de l'Ohio au-dessous de la Monongahéla. Parti à la fin d'octobre 1750, Gist traversa les monts Alléghanys, atteignit l'Ohio qu’il descendit jusqu’au Muskingum, visita les Miamis, les Chouanons, les Delawares, et s’arrêta longtemps à Pickawillany, le principal centre des Miamis, puissante confédération dont l'influence se faisait sentir au loin jusqu'au Mississipi. Il Convoqua tous les Indiens amis pour un traité général avec la Virginie l’année suivante (1751). Gist revint à l'Ohio par le petit Miami et retourna en Virginie en PasSSant par la vallée du Ken-

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tucky. Ce voyage, pas plus que celui de Croghan l’année suivante, n'eut de résultats appréciables immédiats. Quoique sollicitées par les Indiens de bâtir un fort au confluent de l’Alléghany et de la Monongahéla, la Virginie et la Pennsylvanie, jalouses l’une de l’autre, refusèrent, laissant ainsi échapper l’occasion de prévenir les F ançais.

L’Ohio.—2° La construction des forts.—]'action des Français, quoique aussi lente au début, fut ensuite plus énergique et mieux concertée. Dès 1752, un parti de sauvages commandés par Charles de Langlade, prit Pickawillany, tua le chef des Miamis et chassa les traitants anglais de la vallée de l'Ohio. Pour conserver ce premier avantage, le gouverneur Duquesne envoya au printemps de 1753, l’intrépide et habile Marin relier par une ligne de postes fortifiés les grands Lacs à la vallée de l’Ohio. Marin, à la tête de 500 hommes. bâtit le premier fort à Presqu'île (Érié), sur la rive sud du lac Éric, puis s’ouvrant un chemin vers le sud à travers les bois, il atteignit la rivière au Bœuf, où il éleva son deuxième fort (Waterford). Il aurait voulu descendre jusqu’à la rivière Alléghany pour y é'ever un troisième fort mais la mort l’en empêcha. Chabert de Joncaire le remplaça. Il érigea le petit fort Machaut près de la vieille bourgade indienne de Venango (Franklin). Aux sources des cours d'eaux qui se réunissent pour former l'Ohio, se produisait donc la même double avance convergente que sur le Richelieu et l’'Hudson au début de la colonie. Pen- À dant que les Français descendaient les affluents du nord, les Anglais, partis de leur comptoir de Wills Creek, (fort Cumberland), traversaient les deux chaines de montagnes et débouchaient par les rivières Youghiogany et Monongahéla dans le bassin de l'Ohio. Dinwiddie, gouverneur de la Virginie et, comme Shir'ey, adversaire irréductible de la politique coloniale française, s’alarma de l'avance de ceux qu’il appe‘ait des usurpateurs. Il envoya aussitôt (octobre 1753) Georges Washington, alors jeune arpenteur géomètre de 21 ans, reconnaitre la position des Francais. Washington se rendit aux forts Venango et de la rivière au PBœuf. Les deux commandants, Joncaire et Le Gardeur de Saint-Pierre lui affir-

mèrent que les Français avaient décidé de s'emparer à tout prix de la vallée de l'Ohio et d’en chasser les Anglais. Effectivement, quelques mois plus tard, sous la conduite de Pierre Claude de Contrecœur, ils atteignaient la tête de l'Ohio et s’'emparaient du fort anglais inachevé. Ts le terminèrent et le nommèrent fort Duquesne (1754). Cette position était considérée comme la clef de toute la région. Les sauvages, toujours prêts à se ranger du côté du plus fort, devenaient momentanément nos alliés.

Assassinat de Jumonville,— Pendant ce temps, Dinwiddie, ignorant la nouvelle avance des Français, avait envoyé de nouveau Washington, cette fois à la tête d’un régiment de 150 hommes, pour occuper le fort projeté sur l'Ohio. En apprenant que Contrecœur s’en était emparé, il prit position dans les Grandes Prairies (près du bourg Union) à 50 milles du fort Duquesne. D'autre part, Contrecœur à l’approche de Washington envoya Jumonville avec une trentaine d'hommes sommer les Anglais de se retirer du domaine du roi de France. Sur l'avis d’un sauvage allié, Washington uitta ses quartiers et s’avança à la rencontre de Jumonville à qui il tendit une embuscade. Le 28 mai au petit jour, les Fran- Çais se voyant cernés, Saisissent leurs armes, mais deux décharges meurtrières s’abattent aussitôt sur eux. Jumonville et 9 Français étaient au nombre des morts : les autres furent faits prisonniers à l’exception d'un seul Canadien qui réussit à s'échapper pour aller porter au fort Duquesne la nouvelle de ce triste événement.

Prise du fort Nécessité (1754). Cette violation du droit appelait un châtiment. Coulon de Villiers, frère de Jumonville, le vainqueur du combat des Mines, en fut chargé par de Contrecœur. Un mois s'était à peine écoulé, qu’à la tête de 600 Canadiens et de 100 sauvages, il commençait l'attaque du fort Nécessité que Washington avait érigé dans les Grandes Prairies et que défendaient 500 hommes Pourvus de 10 pièces de canons. Le 3 iuillet, après un combat de 9 heures livré sous une pluie battante, Washington consentit à Capituler. Il n'avait Pourtant perdu que 30 hommes. Les conditions furent

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