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CHAPITRE XV: LA PAIX ARMÉE

La capture de la population de Grand-Pré et des villages environnants est restée tristement célèbre et caractérise toutes les autres. Après avoir entouré l'église d’un cordon de troupes, on signifia aux malheureux Acadiens qu'ils devenaient prisonniers de guerre, que tous leurs biens étaient confisqués au nom du roi, et qu'ils seraient aussitôt déportés de la province. Il est plus facile d’imaginer que de décrire la scène qui suivit. Mais sans armes, entourés de soldats, toute résistance était impossible. L'embarquement se fit ar cours de septembre et octobre. De longues files de prisonniers s’ébranlaient lentement vers le rivage, où les attendaient de mauvais navires prêts à mettre à la voile. Les jeunes gens venaient les premiers, puis les hommes, et en dernier lieu les femmes et les enfants. On les embarqua pêle-mêle, comme ils se présentaient souvent sans égard aux liens de famille.

De toutes les baies de l’Acadie, sortirent des vaisseaux chargés de victimes. Cinq navires se remplirent d’hommes et de jeunes gens dans la seule rivière de Gaspareau. Les habitants d’Annapolis, de Chipoudy et d’ailleurs avaient flairé le danger. Leur capture fut plus lente, il fallut organiser une véritable chasse à l’homme dans les habitations, les champs et les forêts. Bon nombre réussirent à gagner les postes français, même à passer dans les îles du golfe où pendant dix ans les Anglais les pourchassèrent sans pitié, déportant ceux qu’ils pouvaient capturer. Les calculs les plus sérieux portent à 6,000 ou 7,000 le nombre des malheureux arrachés ainsi de force à leurs foyers, pour être dispersés dans les colonies américaines depuis Boston jusqu’à la Caroline. Les Anglais promenèrent le fer et le feu dans les paroisses vidées de leurs paisibles habitants. Ils firent un désert de la riche et patriarcale Acadie dont le poête américain Longfellow a tracé une si émouvante peinture dans son célèbre poème d'Évangéline. Plus tard à la faveur de la paix, plusieurs groupes d’exilés revinrent dans la patrie des ancêtres et reconstituèrent lentement Ja nationalité acadienne, Mais pour le moment l’Acadie française était anéantie.

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