‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 39 sur 120 · L'OFFENSIVE · texte numérisé non relu

L'OFFENSIVE

Les conditions militaires. Quand la France déclara officiellement la guerre à l'Angleterre (1756), on se battait depuis plus d’un an sur toutes les frontières du Canada. Les colonies anglo-américaines quoique divisées à l’intérieur, mettaient à la poursuite de la lutte des forces imposantes : plusieurs armées d’invasion, de nombreux navires, des partisans habiles en politique indienne, des ressources considérables en argent et en munitions de toutes sortes, surtout leur haine du nom français. Peu à peu Île plan de campagne de l’Ang'eterre s’orienta davantage vers la conquête des colonies françaises, l’Inde et le Canada. conquête que la supériorité incontestable de sa marine lui permettait d'entreprendre dans des conditions extrêmement avantageuses. La guerre continentale, en effet. absorbait toutes les ressources de la France. Impuissante à défendre ses colonies, elle s’efforçait d'obtenir dans les plaines du Hanovre ou de la Bohême, le succès qui devait lui conserver ses possessions d'outre-mer. Pour garder son immense frontière, le Canada n'avait que quelques milliers d'hommes. C’étaient : 1° les troupes rég'ées venues directement de France : 2° celles de la marine avi comnosaient les garnisons répandues dans le pays: 3° les milices: 4° enfin les bandes sauvaves dont on ne Dotivait se passer, malgré la terreur qu’elles inspiraient. L’effectif de toutes ces troupes ne dépassait pas 10 000 hommes réellement antes à la suerre. disséminés sur un immense territoire, dépourvus d'artillerie et de munitions, et bientôt réduits à la f. nine. Abandonnés par la métrono'e, so'dats fran-ais et canadiens se battirent avec vaillance pendant quatre ans, et remportérent des victoires

qui ont jeté un vif éclat me français au Canada.

Les chefs. ] armée Canadienne était peu nombreuse. mais elle avait d'excel'ents officiers. Son commandait en chef, le Marquis de Montcalm, entré à quatorze ans dans l’armée, avait conquis ses grades sur les champs de bataille de Ja Bohême et de l'Italie. Il arrivait avec le titre de maréchal de Camp. Impétueux, irascible et volontaire, il était aussi habile à l'attaque que patient sur la défensive : il savait voir juste et exécuter promptement. Son premier lieutenant, le chevalier de Lévis, était calme, froid, sobre de paroles ; la justesse de ses avis lui valut une grande influence sur la conduite de la guerre. I] était igne du Commandement suprême, et l’eût-il exercé, que le résultat de la bataille des Plaines d'Abraham aurait Peut-être été tout différent, D’autres officiers méritent d'être nommés à côté de ces deux grands chefs: Bourlamaque, l’organisatéur de la défensive, Bougainville, Je

premier aide de Camp de Montca'm, si célèbre plus tard SUT un autre théâtre, Pouchot. le vaillant défenseur de Nia. Sara et du fort Lévis, Desandrouin. Fiedmont, Drucour, etc. Les Canadiens Comptaient aussi de braves officiers : c'étaient Rigaud de Vaudreuil, le frère du gouverneur général, de Langy, de Lotbinière, de Saint-Luc, etc. Enfin les chefs de bandes, des Ligneris, de Villiers, de Belestre, de Langlade, ne le cédaient à personne en bravoure et en audace, En Somme, l’armée chargée de Ja défense du Canada faisait excellente figure et si ses efforts eussent été soutenus, elle aurait pu retarder longtemps Ja chute de la Nouvelle-France. Mais il existait dans la co'onie des causes d’affaiblissement irrémédiab'es. C’étaient, d’une part, la dépendance du Pouvoir militaire par rap- Port au pouvoir civil, le Commandant des armées étant Soumis au gouverneur général, le Provincialisme des chefs, la rivalité entre les divers éléments des troupes. D'autre part, l’administration financière était franchement corrompue. Bigot, intendant depuis 1748, donnait l’exemp'e de la concussion la plus éhontée. Actif, plein de ressources, influent à la cour, mais adonné au jeu et à la bonne chère, il s’entourait d'hommes sans honneur qui

sur ces dernières années du régi-

Etats,

D 7 rrmerenee

eurent bientôt réduit 1. veuple à la ruine, Ses complices, Varin, Péan, Cadet et d'autres volaient également le roi et la colonie, Le gouverneur général M. de Vaudreuil, faible, indécis, mais honnête et désintéressé, ne pouvait, non plus que Montcalm, faute de pouvoirs, s'opposer à ces malversations si funestes à la colonie, Dans ces conditions, il faut plutôt s'étonner que le Canada ait résisté si longtemps à tant d'ennemis conjurés à sa perte,

Plan de Campagne (1756).- {In 1755, les Anglais avaient imposé leur plan de campagne: les deux années suivantes, Montcalm prit l'initiative de la lutte: ce fut la période de l'offensive, suivie, en 1758, de la période de la défensive. La lutte changeait de Caractère, À Ja guerre canadienne faite d'ordinaire de surprises et d'embuscades, succédait la guerre d'Europe où le siège des places et les batailles en rase Campagne jouaient le principal rôle. De ce fait, les sauvages alliés se trouvaient réduits au rôle d'auxiliaires sur lesquels il n'était pas prudent de compter, Mais ils retrouvaient toutes leurs qualités guerrières dans les Campagnes d'hiver entreprises chaque année par les coureurs de bois canadiens et si redoutées des colonies américaines.

Une lenteur et une hésitation inexplicables marquèrent du côté des Anglais les opérations de l’année 1756. On était arrivé au mois d'août et Loudoun, le commandant en chef, cantonné à Albany, n'avait encore rien entrepris. On ne savait même pas où il se porterait tout d’abord. Montcalm le prévint. Feignant de croire Carillon menacé, il s’y transporta avec £ À miliciens, puis laissant ses troupes à Lévis qui termina le fort, il courut à Chouaguen où l’attendaient Bourlamaque et Rigaud de Vaudreuil avec 3,200 hommes, soldats de ligne, canadiens et sauvages.

Prise d’Oswego.- Ie poste avancé d'Oswégo offrait à nos ennemis le double avantage de tenir les Cantons iroquois sous la tutelle de l'Angleterre et de menacer la liberté des Communications et du Commerce de la Nouvelle-France avec la Louisiane et Je haut Pays. Une légère flottille anglaise pouvait intercepter la navigation

Rs RM AR ve mianr end Br ace ni pr os

th DUO à à nn cul ne

du lac Ontario et enlever toute leur valeur Strategique aux deux forts de Frontenac et de Niagara. Aussi les Angiais avaient-ils fait d'Oswego leur principale base d'opération au sud des grands Lacs: ils ÿ avaient amassé une immense quantité de munitions de guerre et de bouche. Les défenses d'Oswego ou Chouaguen comme l'appelaient les Français, Consistaient en trois forts distincts : les forts Ontario et Georges, faits de gros pieux, et le vieux Chouaguen, solide redoute en Pierre entourée de retranchements. Environ 1,700 soldats défendaient ces ouvrages armés de 145 bouches à feu.

Montcalm poussa les travaux d'approche avec tant de rapidité et de vigueur que le 13 août après trois jours de combat, les ennemis évacuèrent le fort Ontario et se retirèrent à Chouaguen sur la rive gauche de la rivière Os- Wego. C'était une lourde faute; elle démasquait la faiblesse de la défense. Dé ‘ors les événements se précipitent. Avec ses Canadiens et les sauvages, Rigaud traverse aussitôt la rivière et force les défenseurs du fort Georges à se replier sur Chouaguen qui est bientôt investi de toutes parts et très incommodé par les canons du fort Ontario. Un boulet emporte le colonel Mercer, le commandant anglais, au moment où il préparait une sortie.

lors sans espoir d'être secourus et redoutant la fureur des sauvages, les Anglais dès le 14 août offrirent de capituler. Ils devinrent Prisonniers de guerre. Ils avaient perdu 150 hommes tués ou blessés et les Français une trentaine. Le butin des vainqueurs fut immense : 5 dra- Peaux, 3 caisses militaires d'argent, 122 bouches à feu, d’abondantes munitions, des vivres pour 3,000 hommes pendant un an, 7 bâtiments de Suerre et 200 barges. Montcalm fit raser les trois forts et revint aussitôt à Montréal pour Permettre aux miliciens de faire la moisson. Une trentaine de prisonniers anglais ayant déserté, furent massacrés isolément dans les bois par les sauvages. La chute d'Oswego jeta l’alarme sur toutes les frontières anglaises du sud. Le colonel Webb qui amenait des secours par la rivière Mohawk, battit aussitôt en retraite vers Albanvy, brûlant derrière lui les forts du portage des Quatre-Milles. Ainsi les Troquois étaient aban-

pe et

sb nb tte té son.

donnés, les Français restaient les maitres incontestés des grands Lacs, les sauvages se ralliaient en masse à la cause française. Partout on eut l'impression qu’un habile général commandait enfin les armées françaises.

Le plan anglais. Campagne d’hiver. — |:

Campagne de 1756 était finie. Nulle part les Anglais n'avaient tenté un mouvement sérieux d’offensive. Ils disposaient pourtant de forces imposantes et, cette fois encore, Shirley avait é'aboré le plan d'attaque. Ce plan comprenait une avance du côté d'Oswego et une autre dirigée du fort William-] lenry contre Carillon. Mais les Anglais manquaient de généraux. Lord Loudoun, leur commandant en chef, était dépourvu des qualités d’un vrai chef d'armée; timide, indécis, il ne savait que temporiser. Le général Abercromby et le co!onel Webb ne valaient guère mieux. La prise d'Oswego avait été une surprise: Lévis, en envoyant des partis de guerre jusque sous les murs de William-Henry, avait été assez habile pour faire croire à une offensive de sa part. Aussi, les 10,000 Anglais de cette partie de la frontière étaient-ils prudemment restés sous la Protection des canons des forts Georges et Lydius ou Édouard.

Quand les armées régulières eurent pris leurs quartiers d'hiver, la petite guerre suivant la coutume des Canadiens et des sauvages recommença. Soixante lieues de frontière furent ravagées et De Villiers prit et rasa le fort Granville, sur la rivière Juniata. Robert Rogers, célèbre capitaine de rangers américains, l’émule de nos p'us hardis chefs de bande, était tombé dans une embuscade près du fort Carillon et avait pavé cher sa téméraire randonnée. Mais le plus beau fait d'armes de la saison d'hiver fut le coup de main opéré par Rigaud de Vaudreuil contre le fort William-Henry.

Parti de Saint-Jean, le 20 février, avec quelque 1,400 hommes dont 600 Canadiens et 350 sauvages, il franchit en 28 jours la distance qui le séparait de William-Henret parut inopinément devant le fort. Il pensa escalader immédiatement les remparts et donner l'assaut. L'’entreprise fut jugée inutile et téméraire. Une sommation de se rendre ne réussit pas mieux : fa garnison composée de

ne cgho v on

Page 1