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SOIXANTE ANNÉES D'ABANDON

Terre-Neuve et les Grands Bancs. — Par sa position géographique à l’entrée du Saint-Laurent autant que par ses inépuisables pêcheries, l'ile de Terre-Neuve occupe une place prépondérante dans notre histoire. J.es premiers découvreurs de l'Amérique du Nord y abordent presque tous, et ses bancs de morues ont été le rendezvous des pêcheurs de toutes les nations maritimes de l’Europe qui, en même temps, Y trouvaient une excellente éco!e de navigation.

L'ile elle-même encore à peine explorée, comprend quelques chaïnes de Montagnes de faible altitude que séparent des vallées étroites toutes percées de lacs et de Marais, où coupées par des prairies tremblantes gonflées de mousse humide. Partout des forêts de sapins rabougris et au-dessus un brouillard presque perpétuel qui n'est chassé que par le vent du sud. Le littoral, abrupt, souvent masqué de brisants, et le plus déchiqueté qui soit au monde,

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présente un développement de plus de 2,000 milles. Sur la côte nord principalement, il offre aux pêcheurs des abris sûrs pour le séchage du poisson, mais la population sédentaire à préféré les abords de la presqu'ile d’Avalon, où se trouvent les villes de Saint-Jean et de Plaisance. Mais c’est ailleurs, dans la mer, qu'il faut chercher la raison de leur prospérité,

in effet, à proximité de la côte orientale de l'erre- Neuve, s'étend à moins de 100 mètres de profondeur. un immense plateau sous-marin de 120,000 kilomètres carrés appelé le grand Banc, lieu de rassemblement d’une multitude inépuisable de morues. C’est la vraie mine d'or du Canada oriental. La surface du Banc n'offre que de faibles ondulations. Des fosses entourent les hancs à Vert et de Saint-Pierre, de moindre étendue. Des vagues grosses et clapoteuses révèlent la présence des berges sous-marines à l’intérieur desquelles les eaux sont géné ralement calmes. C'est entre le 46e et le 44e degré de latitude et à la bordure orientale du grand Banc, que les glaces polaires s'arrêtent et fondent en tournoyant dans le flot du Courani-du-Golfe. Ces glaces flottantes qui obst-uent parfois le détroit de Belle-Isle jusqu’au mois de juillet, déposent ainsi sur le Banc du large, les pierres, la terre, les graviers qu’elles apportent de leur lieu de formation, le Groenland ou les régions arctiques. Le Courant-du-Golfe transporte aussi sur ce point les innombrables organismes microscopiques dont ses eaux sont chargées. Il est également la cause des brouillards qui rendent si dangereux pour la république des pêcheurs terre-neuviens le mouvement des navires transatlantiques ou les convois de banquises. La morue longue de un à trois pieds séjourne longtemps sur les bancs de Terre- Neuve, où la pêche se fait d'avril à octobre. A là fin de juin, on en trouve aussi au sud du Labrador, et, vers le 15 août, elle atteint le Cap Chidlev. Dans tous ces parages, se rencontrent aussi le hareng, le homard. le maquereau, le flétan, la baleine. l’espadon, le marsouin, le morse, etc.

Les pêcheries de Terre-Neuve au XVIe siècle. —Depuis plus de quatre siècles, l’industrie moru-

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tière (1) a été Ja Principale richesse du Canada oriental. Dès le début du XVIe siècle, malgré les découvertes des Anglais et des Portugais, les pêcheurs français y acquirent une prépondérance incontestable en raison de leur nombre et de leur habileté, Les Malouins, habitués à une autonomie Presque complète en France, s'adjugèrent le Petit-Nord dont ils interdirent l'approche aux marins des autres nations : les Basques, les plus habiles baleiniers de l’Europe, s'emparèrent des baies méridionales et pour- Suivirent les grands cétacés dans les eaux du Saint- Laurent.

En 1527, un navigateur anglais TénContrait dans la seule baie de Saint-Jean de Terre-Neuve, 11 navires normands, un breton, deux Portugais, sans en Compter une quarantaine d’autres de toutes nations. Le nombre des navires augmenta rapidement et un droit public. accepté d’un Commun accord, réunit en une sorte de petite république tous les marins qui fréquentaient les grands Bancs. Bientôt le poisson de Terre-Neuve entra dans l'alimentation de toutes les nations de l’Europe et il fit une active concurrence au craspois, la baleine de la Baltique. La morue s'exporta aussi dans les pays de la Méditerranée et Jusque dans le Levant. En Portugal, dès 1506, le roi Emmanuel la frappa d’un impôt. Afin d'augmenter Je nombre de pêcheurs et de marins anglais à Terre-Neuve, 1a reine

Par semaine. On sait que 1 jours d’abstinence Par année. Pendant la Ligue, les malouins payèrent des impôts sur la vente de la morue. Si,

5 ans plus tard, on ne constate encore à Terre-Neuve que 30 à 50 voiles anglaises contre 100 eSpagnoles et 150 françaises et bretonnes, il est Certain que le nombre en augmMenta plus rapidement dans la suite, de sorte que, dit Hakluyt, Par Un accord général des pêcheurs, “les Capitaines anglais avaient été choisis par les matelote des diverses nations pour juges et Conciliateurs de la république flottante de Terre-Neuve”.

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