LIVRE SIXIÈME
RÉGIME AUTOCRATIQUE ti 1759-1791 4]
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La conquête du Canada fut pratiquement terminée ‘} }! par la capitulation de Montréal le 8 septembre 1760. Ce jour-là, la France abandonnait à sa rivale, l'Angleterre, le fruit de cent cinquante ans de labeurs et de sacrifices,
sans paraître beaucoup apprécier ce qu’elle perdait d’in- #3 fluence et de force pour l'avenir. L’indolent Louis XV, Hi | honteusement circonvenu nar madame de Pompadour, is
mal renseigné par ses représentants au Canada, se laissa très facilement ravir le plus bel empire colonial du monde. L'œuvre, si magnifiquement commencée par Richelieu, Colbert, Louis XIV. développée sous l'égide des plus riches blasons, fécondée du sang des plus généreux martyrs paraissait pour jamais abandonnée. Le grand œuvre de la France en Amérique ne devait pourtant pas périr.
Tout aussitôt après la capitulation, Vaudreuil, Bigot, les fonctionnaires, plusieurs familles nobles et presque toute l’armée s'emharquèrent pour la France. Restèrent au pays la majorité des seigneurs, la masse du clergé et
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le peuple formant une population d'à peu près 70,000 habitants. Le Canada, leur seule patrie désormais, était dévasté par la guerre, menacé de la famine, ruiné par l'administration frauduleuse de l'intendant Bigot et par la banqueroute de 35,000,000 de papier-monnaie. ('e petit peuple dut éprouver bien des angoisses lorsqu'il vit s'éloigner l’armée française, tandis que le général anglais couvrait le pays de ses milliers de gilets rouges. Le peuple canadien, simple dans ses mœurs, modéré dans ses ambitions, mais jaloux de ses droits, se retira dans ses foyers où il devait trouver l’espérance dans l'avenir.
Domination britannique.—]e régime autocratique, tel qu’établi en Canada sous la domination fran- Gaise, se continue sous la domination britannique jusqu’en 1791. Ce mode de gouvernement, par lequel ie souverain où son représentant exerce un Pouvoir absolu et sans contrôle, se pratique après la conquête sous trois formes successives : forme militaire, où l'autorité civile est subordonnée aux intérêts militaires, forme arbitraire, imposée au Canada par la seule autorité de George III, forme oligarchique, exercée par un petit groupe de privilégiés, sorte d'aristocratie officielle qui se recrute surtout dans la bourgeoisie anglaise : négociants et hommes d'affaires.
Capitulations.—] 2 guerre n'étant pas encore terminée en Europe, il ne fut donc Pas question de donner au Canada une forme stable de gouvernement : l’on se Contenta d'une administration provisoire conforme aux
conditions des capitulations. C'est la forme militaire du régime autocratique.
La capitulation de Québec Comprenait 11 articles. Elle assurait les honneurs de Ja guerre à la garnison. garantissait aux habitants le libre exercice de la religion et
l'entière possession de leurs biens: maisons, effets, privilèges.
La capitulation de Montréal contenait 55 articles. Amerst Y reconnut le libre exercice de la religion, réservant
au roi de statuer sur la dime. les communautés et les droits de l'évêque.
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Le peuple, à l'exception des Acadiens, ne devait pas étre “’transmigré” dans les anciennes colonies. On garant'ssait la liberté du commerce à l'intérieur et avec les pays d'en Haut. Quant aux lois, coutumes et usages de ce pays, Amherst ne voulut pas engager sa parole et il écrivit en marge de cet article “ils deviennent sujets du roi.”
Gouvernement provisoire.— A ]a reddition de Québec le général Monckton permit aux habitants, qui avaient pris les armes, de retourner sur leurs terres après avoir prêté le serment d’allégeance au souverain de Grande-Bretagne. En octobre, il nomma le brigadier James Murray gouverneur de Québec. Ce premier gouvernement fut à la vérité peu actif, Murray devant surtout s'employer à prévenir les tentatives de retour du chevalier de Lévis, qui ne désespérait pas encore de recevoir des secours de France, La Capitulation de Montréal ayant rendu complète la conquête du Canada, le général Ambherst rétablit aussitôt les districts du régime français. Devenu lui-même par la conquête gouverneur militaire de tout le pays, il confirma dans sa charge de gouverneur à Québec James Murray, plaça le brigadier général Gage à Montréal, et le colonel Burton aux Trois- Rivières. En 1763, Gage prit le commandement des armées anglaises en Amérique, Burton lui succéda dans le gouvernement de Montréal et Frédéric Haldimand fut chargé du district des Trois-Rivières.
Le général Amherst retourna bientôt à New-York avec son armée, ne laissant au Canada que quelques régiments d'infanterie pour maintenir l’ordre. Les habitants durent prêter serment d'allégeance à leur nouveau souverain, et, à cette condition, la milice canadienne conserva ses armes et fut maintenue dans ses attributions et prérogatives. Amherst établit la liberté de commerce avec les colonies voisines, auxquelles il demanda d'apporter ici leurs denrées et autres produits pour “la réfection de ce peuple menacé de la plus noire famine ” Les soldats devaient payer en argent ce qu'ils achetaient des habitants ; le général conseillait à ceux-ci de bien s'entendre avec les militaires, et les assurait de la protection du pou-
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voir, s'ils se montraient soumis et obéissants à l'autorité nouvelle,
George 111 monta sur le trône d'Angleterre au mois d'octobre 1760, il devait régner durant soixante ans.
La Justice.—])6;à, au mois d'octobre 1759, Murray avait établi un système sommaire de la justice et nommé le colonel Young juge civil et criminel pour tout le district de Québ: En janvier 1760, il donnait une commission de juge à acques Allier, avec juridiction de Berthier (en Bas) Jusqu'à Kamouraska. Le 31 octobre 1760, il abolissait cette justice provisoire et décrétait qu'à l'avenir tous les différends seraient jugés par lui-même Ou par le conseil militaire ; seules les contestations au sujet de ‘clôtures, dommages et autres cas provisoires” seraient réglées par les officiers de milice. Pour Montréal et les Trois-Rivières, Amherst avait statué que les différends ordinaires seraient du ressort des capitaines de milice et les délits plus importants soumis au commandant militaire de chaque district. Les lois et coutumes en usage avant la conquête restèrent en vigueur jusqu’en
septembre 1764.
Faits divers.—] Angleterre Supporta longtemps à elle seule les dépenses de l'administration du pays. Le peuple ne connut guère d’autres impôts que ceux du commerce, ni d’autres taxes que celles de quelques licences. Les revenus provenant de ces sources ne couvraient qu'une faible partie des frais d'administration. Le serment du Test, exigible de tous les fonctionnaires, ne permettait pas aux Canadiens d'occuper aucun emploi public (1); les Anglais et Huguenots se partagèrent donc toutes les fonctions civiles.
En 1761 la plus grande misère sévit parmi le peuple. À Québec, les officiers et les commerçants souscrivirent à un fond de charité publique pour venir en aide aux miséreux ; les soldats eux-mêmes donnèrent un peu de
(1) Serment que devaient prêter tous les fonctionnaires de l’État et par lequel ces derniers déclaraient rejeter le dogme de la Transsubstantiation et le culte de la mère de Dieu.
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