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leur ration aux plus affamés. Le gouverneur fit un appel de secours au gouvernement de Montréal, qui avait moins souffert des désastres de la dernière guerre.
À la demande de Murray, l'Angleterre envoya dans la colonie de fortes sommes d'argent pour permettre aux Canadiens de relever leur commerce et de se refaire des grandes pertes, causées par la banqueroute de la monnaie de cartes. Le gouvernement se montra de son côté très actif, il poussa avec vigueur les travaux d’arpentage par toute la province jusqu'aux territoires des grands Lacs. La citadelle de Québec fut mise dans un meilleur “at de défense, car l'on craignait toujours le retour offensif des Français.
Les Canadiens réclamèrent longtemps le retour au pays de quelques centaines de prisonniers de guerre qui languissaient encore dans les prisons d'Irlande et de Grande- Bretagne, au mépris des capitulations.
Les Acadiens inspiraient toujours des craintes au conquérant; on proposa de les reléguer tous sur quelque réserve sauvage, où ils auraient été considérés comme étant hors la loi. C’est avec une grande appréhension qu'on les voyait revenir s'établir dans leur ancienne patrie et dans cette province. Ils continuèrent cependant de rentrer au pays par petits groupes, sans bruit, et l’on se contenta d'exiger d'eux le serment d’allégeance à la couronne britannique.
À l'été de 1762, les Français firent leur apparition sur les côtes de Terreneuve. Ils s'emparèrent même de Saint-Jean, qui retomba aussitôt au pouvoir des Anglais. Cette attaque des revenants d’un jour jeta quelque émoi dans la population et le gouverneur Murray concentra des troupes à Deschambault et à Jacques-Cartier en prévision d'une surprise. La France n'avait voulu cependant que faire une diversion de ce côté, afin d'obtenir de p'us grands avantages pour ses pêcheries du golfe à la
conclusion de la paix qui s’annonçait prochaine.
Vaines promesses. À jeur départ, Vaudreuil et Bigot avaient signé la proclamation suivante: “Avant été informés de l'inquiétude où sont les peuples de cette colonie, sur le payement de la monnaie de Papier qui
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reste sur la place, nous ne pouvons nous dispenser de les assurer que nous ne doutons nullement que Sa Majesté Très Chrétienne ne paye cette monnaie dès que les circonstances deviendront plus favorables. Sa Majesté nous en a même fait prévenir.” Choiseul renouvela plus tard cette assurance. Louis XV ne fit pas honneur à la parole donnée en son nom : et Murray dut prendre d’énergiques mesures pour empêcher le rachat à vil prix de cette monnaie par les agents de France et les commerçants anglais; plusieurs sacrifiérent quand même leurs valeurs, rachetées en 1765 à un très fort escompte. Ce fut presque une perte totale pour les Canadiens.
Fin de la guerre. Aux termes de la capitulation de Montréal, les officiers et soldats renvoyés en France sur parole ne devaient plus servir durant la guerre; le roi, ayant égard à leurs services et à la perte de leurs biens en Canada et aussi à la parole donnée de ne plus servir, accorda à tous ces officiers et soldats une pension de retraite pour la durée de leur mise en disponibilité et leur ordonna de se retirer dans la province de la Touraine, sous les ordres de monsieur de Longueuil, ancien Souverneur des Trois-Rivières. Il fut aussi ordonné aux intendants et ordonnateurs des ports de France de secourir les Canadiens repassés en France à la conquête.
Enfin au mois de novembre 1762 les hostilités cessèrent en Europe. Le clergé et les seigneurs espéraient toujours le retour de la vieille France sur les bords du Saint-Laurent : la France ne revint pas. Quant au peuple il parait s'être assez vite accommodé du régime nouveau; la tranquillité relative dont il jouissait depuis la conquête, lui faisait regarder l’avenir avec quelque assurance; et pourtant l'avenir lui réservait de longs jours d'épreuves où il devait combattre pour ses plus chères libertés.
Traité de Paris,-]e 10 février 1763, un traité de paix signé à Paris par les représentants de la France, de l'Espagne et de la Grande-Bretagne mettait fin à la guerre de Sept ans. La France v abandonnait définitivement à l'Angleterre l’Acadie. le Canada et ses dépendan-
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ces, se réservant le droit de pêche sur les côtes de T'erreneuve et dans les eaux du Saint-Laurent et la propriété des iles Saint-Pierre et Miquelon. Le Mississipi sur tout son parcours devenait la ligne frontière entre les possessions anglaises et françaises dans les territoires de l'Ouest américain. L'Angleterre reconnut la liberté de la religion catholique selon le rit de l’église romaine “en tant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne”. Elle reconnut aussi à ses nouveaux sujets le droit absolu de disposer de leurs biens comme ils l’entendaient. Quant aux lois, coutumes et usages établis, il n’en fut pas question au traité. Rien non plus n’y garantissait explicitement la survivance de la langue française.
Le traité de Paris fut publié dans la province au mois de mai 1763. Le clergé et la noblesse le reçurent moins bien que le peuple ; ils avisèrent bientôt sur la conduite à tenir. Plusieurs prêtres d'origine française, quelques familles nobles et bourgeoises, en tout à peine trois cents personnes retournèrent dans leur pays d'origine, tandis que nombre d’autres, parties en 1760, revinrent au Canada.
Le gouvernement provisoire fut maintenu jusqu’au mois d'août 1764, alors que fut établi le gouvernement arbitraire, qui devait durer jusqu’à la révolution américaine.
Soulèvement de Pontiac.—les sauvages de la province avaient fait leur soumission aussitôt après la conquête; ceux des grands Lacs et des territoires de l'Ohio, plus nombreux et mieux organisés et aussi plus jaloux de leur liberté, décidèrent de faire échec à la domination anglaise dans les pays de l'Ouest. Pontiac, de la famille des Outaouais, et dont les talents de meneur d'hommes atteignaient presque au génie, profita de l'état d'esprit de ses congénères pour tenter un soulèvement général de tous les sauvages contre la toute-puissance anglaise en Amérique. I prit l'initiative d’un mouvement, dont le but était de rejeter les Anglais à l’est des Alléghanys et d'assurer aux siens, par une confédération de toutes les tribus sauvages, la libre et entière possession de tous les territoires des grands Lacs. Le projet ne
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Manquait pas de grandeur et Sa réalisation pouvait avoir de graves Conséquences pour l'avenir de l'Angleterre sur ce Continent, L'on a prétendu que les Français de la Louisiane avaient provoqué ce soulèvement : en tous cas ils ne le favorisèrent Pas très efficacement.
Au mois de mai 1763 Pontiac, à la tête de milliers de sauvages, ouvrit les hostilités et s'empara assez facilement de tous les forts depuis Michillimakinac jusqu’à Pittsburg. Les sauvages massacrèrent ou amenérent en captivité les garnisons et les réfugiés vaincus. Ils échouërent cependant devant le fort de Détroit, défendu par Gladwin, à la tête de quelques soldats et de centaines de Canadiens réunis dans le fort. Le général Bouquet dans un beau fait d'armes les défit également au fort Pitt et à Bushy-Run. L'année suivante Bouquet prit à son tour l'offensive et Porta la guerre en territoire indien, d'où il Tamena un grand nombre de prisonniers. Pontiac n'ayant pu Soutenir ses premiers succés, les diverses tribus firent leur paix les unes après les autres et en 1766 tous les sauvages d'Amérique avaient enterré la hache de guerre. Cette guerre fut marquée de part et d'autre par de grandes cruautés, Bouquet offrit une prime pour chaque chevelure apportée au Camp et le défenseur du fort Pitt, Écuyer, suggéra de “couper par morceaux les femmes et les enfants des guerriers qui attaqueraient le fort”.
Signes des temps. A l'occasion de ce soulèvement et sur l’avis de Gage, on avait enrôlé trois cents Canadiens sous le Commandement de Rigauville : ce bataillon fut envoyé en garnison à Oswego au mois d'avril 1764, il revint en novembre ainsi qu’un détachement d'Troquois de Caughnar Aga qui avait aussi pris part à l'expédition. “€S provinces américaines les plus intéressées pourtant dans le confiit, Comme la Virginie, la Pennsylvanie, ne se crurent obligées qu'à la seule défense de leur territoire et refusèrent de contribuer en aucune façon à des expéditions en dehors de leurs limites. Quelques centaines d'aventuriers de ces Provinces se joignirent cependant à l'armée anglaise: mais leur utilité fut égale à leur valeur, la plupart désertèrent en face de l'ennemi,
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Ce soulèvement se termina par une victoire pour l’Angleterre; mais des esprits plus clairvoyants auraient pu voir dans la conduite des États comme le prélude de l’indépendance américaine. L'Angleterre ne commandait déjà plus dans ses anciennes colonies.
Prétendu de:potisme.-—la France avait cédé le Canada apparemment sans beaucoup de regrets et le peuple dut accepter ses nouveaux maitres. On conçoit cependant que ce changement radical ne se fit pas sans quelques heurts inévitables dans les circonstances. On ne pouvait oublier ainsi tout d’un coup que le maitre d'aujourd’hui avait été l'ennemi d’hier ; puis, l’on s'était tant battu contre l’Anglais qu’on le détestait avant même de le connaitre. Cependant il est certain que le conquérant au premier temps de sa domination n’abusa point de son avantage, et, à la victoire par les armes ii parait avoir ambitionné la victoire par les bons procédés. Aux jours moins heureux des luttes subséquentes, le peunle canadien, dans des adresses au souverain, rappelait avec quelque attendrissement ces premières années de tranquillité. En vérité, on respecta pour un temps ses lois, sa religion, ses coutumes, sa langue et son foyer. La noblesse et le clergé avaient bien perdu quelques privilèges d'ordre particulier, plus apparents que réels, mais le peuple ne souffrit guère durant ces premières années du régime britannique.
Anglais et Canadiens.—D'autre part, nos gens, roturiers et seigneurs, s’entendirent moins bien avec les quelques centaines d’Anglais, établis au pays. C'était pour la plupart des “ soldats licenciés ou individus de médiocre éducation, dont l’unique ambition était de faire fortune. Plusieurs, dit encore Murray, ne sont que des marchands crapuleux, des cabaretiers perdus de réputation; rien ne peut contenter ces fanatiques licencieux, qui ne veulent que l’anéantissement des Canadiens. Ils détestent la noblesse à cause de sa naissance, de sa conduite et de ses titres au respect de tous.” De leurs rapports avec de telles gens, il n’est pas douteux que es Canadiens eurent parfois beaucoup à souffrir. Mais ni
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l'Angleterre ni ses représent:nts au Canada n'étaient responsables des sentiments et des actes de cette poignée de fanatiques aventuriers, venus pour la plupart des colonies voisines. Murray avait certes d'autre: -entiments à notre égard. “Je me glorifie, écrivait-il (1; D), d'avoir fait tout en mon Pouvoir pour gagner à mon royal maitre l'affection de ce Peuple brave st courageux, dont le départ du pays, si jamais il avait lieu, serait une perte irréparable pour l'empire.”
Gouvernement stable.—Dans une proclamation.
du 7 octobre 1763, George III donnait une forme stable de BOuvernement civil au Canada. II nommait un gou-
et d’un conseil, lequel était formé du juge en chef, du receveur général et de huit autres membres (1). I] devait être convoqué une Chambre législative des représentants du peuple si les circonstances Je Permettaient : les cir. Constances ne le permirent qu'en 1791. L’Angleterre éprouvait de telles difficultés avec les parlements de ses colonies anciennes qu'elle n’était guère disposée à en établir un dans sa nouvelle colonie, A Cause du serment du Test, exigé par Ja Constitution nouvelle de tous les FA l'État, les Canadiens furent de droit
écartés des Principales charges publiques. La justice devait être administrée d’après les seules lois anglaises. Le gouvernement Pouvait lever des milices pour le service intérieur et extérieur : il nommait aussi aux emplois (1) Le premier Conseil fut Composé du juge en chef Wm Gregory, du receveur général George Suckling et de P.E, Irving, S. Holland, A. Mabane, Ths. Dunn, J. Goldfrap, Frs. Mounier et
Hector Cramahé ; ces deux derniers étaient des Huguenots d'ori- &ine française,
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ecclésiastiques et disposait seul des fonds publics. Ni le gouverneur, ni le Conseil n'avaient cependant le pouvoir de lever des impôts ou d'établir des taxes. Enfin, le gouverneur assisté de son Conseil d’État était investi des pouvoirs législatif et exécutif toujours sous l'autorité royale.
Dans des instructions spéciales, il était enjoint a Murray, nommé gouverneur cette même année, de faire prêter aux habitants le serment d'allégeance sous peine de l'exil pour les récalcitrants. Un grand nombre s'y refusèrent pourtant et ne furent pas autrement inquiétés. Le gouverneur devait aussi exiger des catholiques de déclarer sous serment s'ils avaient des armes et des munitions : aucune juridiction émanée de Rome n'était admise au pays. George IIT, qui avait pris l'engagement de respecter la liberté religieuse en Canada, recommandait à son représentant ici de donner tout l’encouragement possible à la construction d'écoles protestantes, afin, disait le roi, de parvenir à établir l’Église d'Angleterre tant en principe qu'en pratique et que les dits habitants puissent être graduellement induits à embrasser la religion protestante et à élever leurs enfants dans les principes de cette religion. Tout l’enseignement public devait être soumis à l'approbation du gouverneur. Ces intentions rovales ne furent guère réalisées et restèrent une simple déclaration de principes.
Nouvelle province.--George III, de sa seule autorité, agissant en vrai propriétaire d'État, avait aussi jugé bon de restreindre les limites du Canada aux terres colonisées le long du Saint-Laurent et qu'il désigna sous le nom de province de Québec. Celle-ci avait la forme d'un trapèze renversé, dont les points d’angles étaient : au nord, les sources de la rivière Saint-Jean du Labrador, à l’ouest, le lac Nipissing. au sud, le lac Saint-Francois, de ce point la limite suivait la ligne 45e et la hauteur des terres iusau’an can Rosier. et marquait la frontière de l'est. L'ile Rovale (Cap-Preton) et l'ile Saint-Jean {Prince-Édouard) furent réunies à la Nouvelte-ftcosse. Toutes les terres au nord et à l’ouest de ces limites furent réservées comme domaine royal pour la pêche, la chasse
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