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sons continue de se faire par les trafiquants de tourrures sur les réserves des sauvages et donne parfois lieu à de grands désordres. Le commerce des pelleteries est détourné vers les anciennes colonies, à cause des communications plus faciles de ces provinces avec les grands Lacs et grâce aussi sans doute à l'influence des commissaires des sauvages qui sont plus sympatiques aux colonies américaines. Ce fut l’une des conséquences de la séparation des territoires de l'Ouest de la province de Québec. Le développement économique se fait surtout dans les districts de Québec et de Montréal, tandis que dans celui des Trois-Rivières il perd beaucoup de son importance.
L'agriculture. l'agriculture ne donne pas encore à cette époque tout le rendement que comporte la fertilité du sol. Cependant, les officiers et les soldats licenciés, dont quelques-uns ambitionnaient de se tailler de vrais domaines sur les terres de la couronne, apportèrent dans les campagr:s, où ils s’établirent, l’appoint de méthodes nouvelles et productives. La population agricole, 1u nombre de 50,000 âmes environ formaient près de 120 paroisses, presque toutes échelonnées sur les bords du majestueux fleuve Saint-Laurent : les cultivateurs étaient à peu près tous avantageusement établis sur de grandes étendues de terres, très fertiles, et les gouvernants étaient disposés à favoriser le progrès rural; ils insistèrent souvent sur les immenses avantages de la culture du chanvre, qui aurait amené plus tard la création d'industries diverses, qui ont fait la prospérité des pays voisins.
La noblesse canadienne.Ia noblesse canadienne avait incontestablement le plus perdu au changement de maîtres: emplois, honneurs, influences, tout cela s'était mêlé aux ruines de la conquête. Plus d’un tiers des gens de noblesse vendirent leurs seigneuries et prirent du service actif en France: les autres préférèrent rester en terre canadienne. Pour un temps ils furent tenus éloignés des charges de l’État et confinés sur leurs terres; mais plusieurs s’imposèrent par leur conduite et léur loyauté à l’attention du pouvoir nouveau; ils surent
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prendre sur lui un ascendant réel, qui devait les conduire aux différents emplois de l'administration après l’Acte de Québec. À cette époque leur rôle consiste sur tout à servir d’intermédiaires officieux et souvent bien accueillis entre le pouvoir et le peuple, dont ils portèrent parfois jusqu'au pied du trône les justes revendications. Cependant, à ce contact du pouvoir, quelques-uns apprirent à subordonner les vrais intérêts du peuple à leur influence intéressée. Devenus de nouveau bien en cour, ils abandonnèrent assez volontiers à d’autres le soin de continuer la lutte pour la liberté. Carleton, par opportunité diplomatique autant peut-être que par sympathie, voulait se les attacher en les admettant aux emplois rivit. et militaires afin de gagner pius sûrement la population et fortifier la conquête. Cette politique, à la fois de bienveillance et d'intérêt, ne fut pourtant généralement suivie qu'après l'abolition du régime arbitraire en 1774.
Les Paysans.—Quant aux “habitants”, qui formaient la très grande majorité de la population, ils avaient aussi beaucoup souffert de l’état de guerre; la paix rétablie, tous reprirent avec un courage nouveau le travail des champs, la féconde et paisible vie de famille qui devait être leur plus grande puissance. Au lendemain de la conquête, le peuple canadien restait à la merci du vainqueur, qui aurait pu, s’il eût voulu, consommer sa ruine et sa disparition; ce fut bien l'ambition de plusieurs comme c’est encore le rêve de quelques-uns. Sans richesse, sans organisation politique, sans beaucoup d’instruction, il conserva cependant sa foi, sa langue, ses mœurs et sa mentalité propre, malgré les circonstances souvent défavorables et le milieu parfois hostile. Attristé par l’abandon de la vieille France, il se retira dans
la paisible cité de ses foyers.
L'Eglise du Canada. L'Église canadienne s'était vivement ressentie des maux de la guerre de conquête. Sous le régime anglais ce fut la séparation complète de l’Église et de l’État. Quelques membres du clergé repassèrent en France; Mgr de Pontbriand, mort en 1760, ne devait avoir de successeur qu'en 1766. Deux ans
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après la conquête, M. Charct, délégué par les Canadiens, se rendit à Londres pour faire des représentations au gouvernement au sujet des libertés de l’Église au Canada. Quoique bien accueilli par les ministres, on lui fit cependant comprendre que le ministère anglais était moins bien disposé à l'égard des prêtres français, à cause de leurs relations avec la France. En général, le gouvernement usa de tolérance envers l’Église canadienne, à l’exception de certaines communauté religieuses, dont il prétendit empêcher le recrutement et s'emparer des biens.
Les Ordres religieux. 1 ordre des Jésuites déplut davantage au pouvoir, on mit en doute la valeur de ses titres et l’on demanda sa suppression pure et simple. Murray installa ses quartiers militaires dans leur collège de Québec et leur refusa le droit de faire des missions parmi les sauvages : le gouvernement avant défendu le recrutement de cet ordre. et le pape Clément XIV l'ayant lui-même supprimé en 1774. il ne put se recruter et ses biens tombèrent en déshérence; Amherst reçut la promesse du roi de les recevoir en reconnaissance de ses services, il devait en être décidé autrement plus tard. Les Récollets, plus sympathiques au pouvoir, s’accommodèrent davantage du nouvel ordre de choses. Gage affirme que leurs manières sont simples et honnêtes: ils ont appris, dit-il, à ne pas susciter de mauvais vouloir. C’est un ordre mendiant et vivant exclusivement de son travail ; ils sont peu nombreux à cette époque et ne se recrutent pas. Les séminaires de Québec et de Montréal, maintenus dans leurs privilèges, continuèrent leur œuvre d'éducation; quant aux communautés de femmes, elles sont pour la plupart très pauvres, avant tout perdu durant la guerre; Murray proposa de leur venir en aide.
L’'Evêque.—Fn 1766, M. Briand fut nommé évêque de Québec avec l’assentiment du ministère anglais, à la condition de ne point prendre de titre officiel ; l’Église canadienne, pendant six ans privée de direction épiscopale, prit alors une nouvelle vigueur et continua son œuvre magnifique d'éducation chrétienne.
Les Protestants. Quant à l’Église protestante, elle n'occupe guère une position brillante : elle n’avait alors
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tageaient toute la besog.e, dont un défroqhé à Québec, et un chapelain militaire à Montréal. L’exljésuite Roubaud, dont toute la famille était d’ailleurs protestante, continua de s’agiter beaucoup au sujet de l'avenir du pays ; ses billevesées sur tous les sujets servirent parfois de prétextes à des taquineries méchantes.
de temple nulle part et trois ou quatre ronge à se par-
Faits divers.—Gage et Burton avaient été déplacés au début du gouvernement civil et leur fonction de lieutenant-gouverneur fut abolie. Leur passage à Montréal et aux Trois-Rivières avait été marqué par une oppo- .Sition sourde mais constante à l’autorité de Murray. Ils prétendaient à une juridiction indépendante, en vertu de leur commission militaire; Murray souffrait de voir son autorité ainsi contestée, il réussit à se défaire d'eux assez facilement et à centraliser en sa personne le pouvoir civi! et militaire dans toute l’étendue de la province de Québec.
En 1764 des troubles sérieux se produisirent à Montréal entre la population civile et les militaires. Un nommé Thomas Walker, juse de paix, fut assailli chez lui un soir de décembre. Il fut même tenu pour mort, bien qu'il n’eût perdu qu’une oreille. Walker, doué d’un bel esprit turbulent, réussit à donner à l'incident les proportions d’un éveiiement capital: il s’emplova à soulever les passions populaires et à mettre en confit les civils et les militaires. La capitaine Fraser et Saint-Luc de la Corne furent mêlés à cette affaire, et, avec quatre autres, jetés en prison où ils languirent quelque temps. Le gouverneur lui-même dut intervenir, finalement ils furent relàchés. Cette dispute avait fait grand bruit.
Pendant de longues années, les principales charges de l’État furent en quelque sorte vendues aux enchères et les titulaires, qui en touchaient les appointements, n’en remplissaient pas toujours eux-mêmes les fonctions : celles-ci étaient confiées à des remplaçants, dont on s’occupaïît fort peu des aptitudes et des canacités. Plusieurs des fonctions publiques n'étaient rétribuées qu’au pourcentave des honoraires qui v étaient attachés. Ces fonctionnaires, dont la nomination ne dépendait nullement du pouvoir local, jouissaient de ce fait, vis-à-vis du gouver-
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nement de la colonie, d’une indépendance, qui fut souvent préjudiciable à l'administration. Carleton, dans un esprit civique devenu plutôt rare aujourd'hui, ne voulut jamais accepter les appointements attachés à sa charge. Les sauvages des grandes réserves de l'Ouest étaient sous la direction immédiate de surintendant, relevant directement de l'autorité de Londres. Carletorr voulant contrebalancer l'influence que les Français de la Nouvelle- Orléans conservaient toujours sur ces populations nomades, aurait voulu organiser des expéditions dans les pays d'en Haut, et en confier la direction à des Canadiens bien en vue; le ministère s’y refusa toujours à cause de certains hauts intérêts financiers, qui prétendaient à con- Server pour eux seuls ces immenses ressources de l'Ouest,
où ils pratiquaient largement l'exploitation du commerce des fourrures.
Premières luttes politiques.—[e régime fran- Sais ne comportait pas de mœurs politiques pour le peuple, qui ne participait aucunement au gouvernement du Pays. Il devait en être autrement sous la domination du conquérant. Les Anglais avaient apporté avec eux des habitudes de gouvernement, soi-disant par le peuple, et ils ambitionnèrent de voir s'établir ici, à l'instar des colonies voisines, un gouvernement représentatif, la plus précieuse peut-être des prérogatives populaires. La constitution de 1763 pourvoyait en effet à la formation d'un parlement canadien: se prévalant de ce droit, re- Connu par le roi, ils se mirent tout de suite à réclamer la formation d’une Chambre élective; seulement ils n'étaient pas disposés à se laisser gouverner par la majorité; aussi bien, réclamèrent-ils un parlement exclusivement composé d’Anglais protestants, élus par la majorité des Canadiens catholiques; ils croyaient être géné- Teux en reconnaissant à leurs concitoyens français le privilège de les élire, eux, au gouvernement du pavs. D'après la constitution, ils étaient en effet les seuls éligibles puisque le serment du Test était exigé des élus du peuple. Toute cette campagne, mêlée d’intrigues et de cabales, ne servit qu’à mettre en relief les intentions de domination du petit groupe des ostracisants. De
leur côté les Canadiens firent connaitre au ministere qu'ils
L s désiraient eux aussi un changement de constitution.
b| Après quatre années de luttes, l'Angleterre, mieux ren-
seignée et fortement conseillée par ses représentants au pays, et, grâce aussi sans doute aux difficultés que lui créaient les parle. *nts voisins, se décida à donner au Canada une forme de gouvernement plus libérale, permettant aux Canadiens de servir en même temps leur roi et leur pays.