‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 56 sur 120 · CHAPITRE XX LE GÉNÉRAL PRESCOTT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX LE GÉNÉRAL PRESCOTT

Le général Prescott. Dorchester s’embarqua sur l’Active, qui fit naufrage dans le Golfe. Un vaisseau de secours ramena les naufragés en Angleterre. Le général Prescott prit la direction des affaires le 18 juin 1796. Le nouveau Souverneur arrivait dans un temps de malaise général et d’agitation politique. Il entra vite en antagonisme avec la Chambre des députés, qu’il déclara “ composée d’ignorants et dont plusieurs sont peu faits par leur position sociale et leur éducation pour être députés ” : il Jui Parut opportun, pour cette raison, d’assurer une bonne majorité anglaise au Conseil : il ne fut Pourtant pas lent à constater que, ceux qu’il avait si dédaigneusement qualifiés d’ignorants et d'incapables, lui créaient beaucoup moins d'embarras que les membres de son honorable Conseil.

Loi des chemins. __ À la session de 1794, Je parlement avait amendé la loi dite des ponts et chemins, par laquelle les habitants. Sans distinction, pouvaient un jour ou l’autre être appelés à contribuer de leur travail où de leurs deniers à l'ouverture et à l'entretien des routes publiques. Cette loi d'utilité générale ne fut pas appréciée par le peuple, qui redoutait le retour des corvées et l'introduction en ce pavs de la taxe directe à laquelle il n’était pas du tout habitué. En 1793 le chiffre de l'impôt annuel direct et indirect n'avait pas atteint vingt sous par tête. D’après la loi des chemins tout homme de 18 à 60 ans pouvait être appelé à fournir chaque année six jours de travail : les juges de paix pouvaient lever une taxe sur les biens-fonds : églises, cimetières, chapelles, écoles, pri- Sons et terrains publics. C'était imposer au peuple. qui n'aime guère la taxe, quelle qu'en soit l'utilité ou la nécessité, de très lourdes charges. On jeta les hauts cris.

Mouvement séditieux. Vers cette époane le fouvernement francais, par son renrésentant aux États- Unis. Monsieur Adet, semblait favoriser nine Campagne de soulêvement contre les Conquérants de 1759. Vingt mille

fusils que l’on disait destinés à l’État du Vermont furent saisis en mer sur l’Olive Branch. Cette cargaison d’armes, confiée secrètement à Ir: Allen, était apparemment envoyée dans le Vermont pour l'usage d’un contingent que l’on se proposait d'organiser en vue d’un coup de main contre le Canada. En 1797 un nommé McLane. agissant pour le compte de deux agents révolutionnaires français, Millière et Genest, avait tenté, avec l’aide de quelques mécontents, de lancer un mouvement de révolte dans le district de Québec: il fut dénoncé par John Black, député, à qui le complot avait été divulgué. McLane fut exécuté pour haute trahison et écartelé par le bourreau. Dans le Haut-Canada, un général français nommé Collot, pratiquait fort les sauvages en vue d’une action commune avec les Canadiens. Plusieurs arrestations eurent lieu à Montréal à la suite d’émeutes provoquées en apparence par l'opposition à la loi des chemins, mais que l’on soupconnait favorisées et montées plutôt par les quelques avents français, qui avaient réussi à se créer des sympathies un peu partout même parmi les magistrats de la paix.

Mesures de répression. — Ce mouvement de sympathie pour la France fut mal vu des classes dirisgeantes et du clergé, et combattu par l’ “* Association lovale PAT comptait plusieurs Canadiens. Ouelques agents de cette association menaçaient même d’éventrer et de décapiter les amis trop bruvants de la France. Le gouvernement nar une nouvelle loi de la milice tenta d’enrégimenter les Canadiens: 'on parvint à réunir ainsi deux bataillons. mais le succès de ce mouvement militaire fut plutôt faible: les Anglais d’ailleurs, n°’v mettaient pas plus d’enthousiasme. La répression légale de ce mouvement fut sans merci, et le juge Monk se montra particulièrement sévère : les séditieux ou ceux prétendus tels furent impitovablement ietés en prison. Le gouvernement. par une loi dite de sécurité, était investi du pouvoir d’incarcérer les étrangers ou les gens du pays à tendances séditieuses et il en usa parfois un peu largement. Cette mesure énerginue empêcha le mouvement de se répandre. Dans le même temps il se fit une souscription publique pour aider

loue dlen émettre sosnénisisagce

l'Angleterre à soutenir la guerre contre la France; ce fut notre première contribution aux guerres de l’empire.

Deuxième parlement.1e deuxième parlement élu à l’été de 1796 comptait trente-sept nouveaux députés sur cinquante: i! fut convoqué à la fin de janvier de 1797. Le président Jean-Antoine Panet dans son discours d'ouverture revendiqua pour la Chambre la liberté de parole et tous les privilèges tels qu'ils sont usités aux Communes anglaises. Prescott fit une réponse plutôt évasive n’engageant point le ministère, Ce parlement passa piusieurs lois importantes concernant le commerce avec les États-Unis et les Indes occidentales, les maisons de réforme, les chemins publics. Deux lois furent adoptées pour faire rentrer dans le trésor les droits de quint et de lods et vente, que la couronne, depuis la conquête, avait négligé de percevoir de ses féaux et fidèles sujets. Ces revenus furent employés par la législature à créer un fond consolidé pour ia Construction de cours de Justice dans les vil':z.

Pouvoir réel. Ii ne faudrait pas croire que le parlement avait seul l'initiative de toute la législation. Des projets de loi, Préparés par le ministère anglais ou le Souvernement local, étaient souvent présentés en Chambre par les fonctionnaires ou les conseillers qui parvenaient à se faire élire au parlement. La besogne parlementaire était dans une large mesure préparée dans le cabinet des ministres à Londres où dans la chambre du Conseil exécutif à Québec : l'Angleterre conservait encore Par ce moven une grande influence sur la législation provinciale en apparence confiée au peuple. C’est ainsi que la députation canadienne, PEU au courant, au début, de son rôle parlementaire, servit parfois d’instrument aux fins de la métropole. Les Premières sessions furent un temps d'apprentissage pour les représentants du peuple. Dans la suite, la Chambre d'assemblée se montrera davanfase agissante et plus jalouse de prendre l'initiative des lois.

Concessions des terres.—1T immense domaine des terres de la couronne avait à peine été touché jusque-là

e fut re.

ment lépuer de

disberté ‘aux lutôt nent lerce sons dopuint tête, jets.

réer jus-

dans le Bas-Canada. Les loyalistes, à qui il en avait été donné beaucoup, s'étaient surtout établis dans les provinces maritimes et le Haut-Canada. Le gouverneur en conseil était seul chargé de la gestion des terres et de leur distribution gratuite: par proclamation on invita le public à les demander ; l’évêque de Québec encouragea le peuple à profiter des offres du gouvernement et l’on verra plus loin dans quelle mesure les Canadiens surent tirer avantage des largesses du pouvoir. Il n’entrait pourtant pas dans les intentions du gouvernement de jeter ces immenses et riches domaines dars la spéculation ; la facilité avec laquelle on distribuait des terres gratuitement n'avait d'autre but que de favoriser la colonisation et le développement rapide de la province. Les abus dans ces circonstances étaient à prévoir, ils se produisirent. Chacun voulut avoir son domaine et quelques membres du Conseil se montrèrent prodigues dans la distribution des biens domaniaux. Plusieurs fonctionnaires et leurs amis de Londres se firent doter largement. On alla jusqu’à se servir de prête-noms, pour obtenir de plus vastes étendues , et certains conseillers ne furent pas étrangers à ces intrigues. Les abus furent vite connus du ministère. Prescott, voulant arrêter ce commerce et cette spéculation du bien national qui se faisait sans profit pour l'État, entra en conflit avec son Conseil ; le ma'entendu devint si grave et si grande était l’influence des fonctionnaires à Londres que le gouverneur fut prié en termes vigoureux d'abandonner l'exercice de sa charge et de passer en Europe pour expliquer sa conduite.

Page 1