‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 57 sur 120 · ROBERT SHORE MILNES · texte numérisé non relu

ROBERT SHORE MILNES

Lieutenant-gouverneur diplomate. Prescott céda le pouvoir au lieutenant-gouverneur Robert Shore Milnes le 13 juin 1799; mais il conserva le titre de gouverneur jusqu’en 1807. La suspension de Prescott dans l’exercice de sa charge était bien une sorte d'approbation de la conduite du Conseil dans sa lutte contre le gouverneur sur la question des terres. Aussi, Milnes comprit la situation difficile qui lui était faite, et, en diplomate

avisé, il se garda bien de jouer Son influence avec des Cartes aussi mélées. I] laissa donc le Conseil distribuer largement des terres et reporta son activité sur des objets moins compromettants Pour lui. Le successeur de Pres- Cott était un autocrate Par éducation et Par politique. Esprit puissant et très cultivé, il mit au service du gouvernement toutes ses 1eSsources d'homme d’État, il ne lui manquait qu'une chose: Ja volonté agissante nécessaire POur accomplir ses vastes conceptions politiques. Milnes n'était pas fait POUr gouverner, mais Pour conseiller. Partisan de l’autocratie, il est venu gâter l’œuvre de Dorchester, en orientant la politique coloniale, dans une voie contraire aux destinées du Canada.

Autocratie et démocratie, __] Assemblée populaire apparut à Mines comme le foyer d’une démocratie agitée, très Entreprenante, qu’il ne convenait pas de Jaisser Monter trop vite ni trop haut ; il se fit donc le défenseur des seules prérogatives royales. Il avait l'habitude de déclarer Par message à la Chambre qu’il voulait bien Condescendre à ce que tel projet de loi, dont la Chambre avait pris l'initiative, füt librement discuté. ]] voulut rendre le Conseil] tout-puissant afin de prévenir la Chambre basse dans ses tendances à contrôler les actes du gouvernement. De tous les BOuvVeérneurs, depuis la con-

que, lesquels, tous aristocrates, Menaient rondement la lutte contre Ja démocratie. A son arrivée il constate de toute évidence que les diverses classes de la société canadienne ne sont Pas aussi distinctes qu'en Europe, et que toutes contribuent ici au succès du gouvernement. ]I|]

Censitaire vis-à-vis du seigneur : indépendance du clergé à l'égard du Pouvoir royal: licenciement inopportun de la milice : Pouvoir du Conseil tenu en échec par le droit de critique et de discussion de l’Assemblée, composée d’après lui d’ignorants et d’incapab'es : enfin égalité sociale des individus dans tous les rangs de 1a société cana-

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Politique nouvelle.— Pour remédier à cette union des classes, état de choses très alarmant pour ce grand seigneur, il suggère au duc de Portland, alors secrétaire des colonies, les moyens de réforme suivants : concessions judicieuses de terres à des protestants, augmentation substantielle du traitement accordé à l’évêque de Québec, réorganisation de la milice, dont les 290 capitaines, gratifiés largement d'emplois, d'honneurs et de récompenses pécuniaires, seraient des agents utiles du pouvoir auprès du peuple; l'influence du clergé et de la milice ainsi gagnée aïderait à faire des représentants du peuple des hommes décidés à seconder le Conseil dans toute son action; maintien du revenu inférieur à la dépense pour mieux tenir la Chambre élue en tutelle. C'était tout un programme. Portland partageait pleinement cette politique de large envergure autocratique, et, il ajoutait méme dans sa réponse qu’il importait surtout de gagner les seigneurs, d’obliger le clergé à se soumettre aux exigences du pouvoir et d'organiser la milice pour en faire un bon et utile instrument. Cette politique, qui tendait à reprendre en sous main tout ce que l’on avait accordé en 1791, fut inaugurée par Müilnes et continuée par la plupart de ses successeurs avec plus ou moins d’habileté et de succès. Ces nouveaux principes de gouvernement franchement posés par Milnes et Portland servirent souvent de base à la politique coloniale des ministères anglais jusqu’à la rébellion.

Activité parlementaire,—À la session de 1800 la Chambre apprit, que le gouvernement, à la mort du père Cazeau, le dernier des Jésuites au Canada, s'était emparé de tous les biens de cet ordre de l'avis même du dernier propriétaire. On demanda au gouvernement communication des documents relatifs à cette affaire, afin, disait-on, de s’enquérir des droits de la province à la disposition de ces biens considérables : le parti anglais de la Chambre s’y opposa, Milnes conseilla aux députés de ne pas insister davantage et l'affaire en resta là pour le moment.

Les élections générales ayant eu lieu cette même année le troisième parlement se réunit au commencement de

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1801. Antoine Panet fut de nouveau étu président après une tentative de confier cette charge au juge De Bonne, Personnage sympathique au Souvernement. Une nouvelle loi de 1ods et vente et une autre du droit de quint furent passées par la Chambre; le Conseil rejeta la seconde, bien qu'il en eut approuvé une semblable auparavant ; il donna pour prétexte que la loi s’attaquait aux prérogatives royales; mais le vrai motif de l’opposition du Conseil c'était l’intérêt per.onnel de quelques-uns de ses membres, propriétaires de seigneuries, et que la loi atteignait directement. Le receveur général Caldwell eut le courage de Je leur dire franchement et il soutint le droit de l’Assemblée de légiférer en la matière; une nouvelle loi de milice fut aussi adoptée en 1803, autorisant le gouvernement à faire une levée d'hommes en cas de nécessité. L’Angleterre était alors en guerre avec la France et l’on appréhendait déjà des hostilités avec les États-Unis.

Un député, du nom de Bouc, s'étant rendu coupable de malversations financières à Terrebonne, fut Par trois fois expulsé de la Chambre et chaque fois réélu, le parlement dut passer une loi pour le rendre inéligible.

Généreuses concessions, — De 1799 à 1810, c’est l’époque des grandes concessions. Prescott, nous l'avons Vu, avait été rappelé sur cette question des terres, mais les abus se continuèrent après lui. La constitution ne Permettait point d’abord d'accorder plus de 1,200 acres au

la superficie était d'environ 70,000 acres carrés. Voici comment l’on procédait: L'on demandait au nom de plusieurs personnes des concessions de 1,200 à 1,500 acres situées dans un même Canton. Ces terres étaient ensuite rachetées pour un prix nominal. Ces concessions faites le même jour et choisies dans le même canton indiquaient assez qu’il y avait une manœuvre que le Conseil ne pouvait prétendre ignorer. En 1799 John Black, le dénonciateur de McLane recevait avec 43 Canadiens 71,000 acres de terre dans la Beauce. Black en devient tout de

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suite le seul propriétaire. Plusieurs autres cas sont identiques à celui-là. Cinq ou six des conseillers du gouverneur possèdent de 10,000 à 50,000 acres. Milnes s’en fait donn :r 48,000 en 1810. Des centaiies de concessionnaires, dont plusieurs ne sont jamais venus au pays, obtiennent de 10,000 à 60,000 acres. Un nombre incalculable de concessions variant de 500 à 5,000 acres sont faites aux personnes amies du por:voir. Ces concessionnaires de terrains d’une aussi grande étendue ne pouvaient être tous des colons de bonne foi. C'était jeter sans profit pour l’État une grande partie du domaine public dans la pure spéculation. Seul le gouvernement se créait ainsi de bons amis politiques qui l’aideront dans sa lutte prochaine contre le parlement. D’autres concessions de meilleur aloi, sont aussi faites à de vrais colons et au temps de Milnes plus de 5.000 habitants anglais sont établis dans seize cantons de l'Est.

Idéal impérialiste.—Les seuls faits administratifs de Milnes ne donnent pas toute la mesure ce l’activité de ce gouverneur. Son action réelle, sa véritable influence politique s'étend bien au delà de son administration officielle. Milnes était surtout un conseiller diplomate, préparant l'avenir. Il jeta à tous les vents des germes féconds d’une politique impérialiste, exclusive des tendances démocratiques canadiennes. Faire du Canada une colonie d’empire, tel paraît être son but. La suite des événements démontrera que le ministère anglais, orienta vite sa politique coloniale dans ce sens malgré les aspirations contraires du parlement canadien. A son départ Milnes laisse le pays dans un profond malaise politique, dont les causes n'apparaissent pas nettement dans les actes publics de son administration, mais qui se trouvent précisément dans ces courants impérialistes, qu'il a su, sinon créer, du moins alimenter et diriger.

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