‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 60 sur 120 · SIR JAMES CRAIG · texte numérisé non relu

SIR JAMES CRAIG

Sir James Craig.—I!.e président du Conseil, monsieur Thomas Dunn, remit ses pouvoirs à sir James Craig au mois d'octobre 1807. Le nouveau gouverneur général n’était pas inconnu dans le pays. A la tête d’un régiment anglais, débarqué au printemps de 1776, il contribua beaucoup à chasser les Américains des Trois-Rivières et à les rejeter aux frontières. Arrivé malade en 1807, il continua de l’être durant toute son administration.

Sans l’excuser cela peut expliquer un peu son étrange conduite publique. Comme ses prédécesseurs immédiats, il avait ses appréhensions d'avenir et un peu ses préjugés britanniques. On assure que le secrétaire provincial Ryland, un fanatique de la pire espèce, sut prendre sur le gouverneur une ascendant irrésistible, qui poussa ce dernier à engager contre la législature une lutte sans merci. On a qualifié l’administration de Craig de “règne de la terreur” ; ne fut-ce pas plutôt un régime de défiance mutuelle, savamment combiné et entretenu par Ryland?

Pour son malheur sir James arrivait à l’heure même où les esprits étaient très montés par les développements qu'avait pris l'opposition à la loi des prisons de 1805. Les uns se croyaient livrés à l'arbitraire du parlement, qui semblait n’imposer de taxes qu’au commerce et à la finance, les autres ne voyaient que des intentions malvei! lantes dans la conduite du gouvernement ; à vrai dire :1 y avait surtout manque de confiance réciproque et inter-

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Prétation fausse des intentions de chacun. L'on ne se Comprenait pas, l'on s’entendait mal et l'on croyait se hair, Le Pays avait besoin d'un homme habile, d'un politique adroit, d'un diplomate éclairé, d’un homme d'État. et Craig était un militaire cassant, un maladif atrabilaire susceptible peut-être d’un effort pour briser d'un coup la résistance, mais incapable assurément d'accomplir une œuvre de durée et de patience. Castlereigh, qui était alors secrétaire pour les colonies, ne cessa de conseiller à Craig la modération afin d'éviter d2 provoquer les Canadiens par une conduite outrancière, Très antipathique aux hommes de loi, Craig se fit l’antagoniste irréductible du parlement et son opposition, on peut dire Systématique, aux actes de l’Assemblée Populaire développa en celle-ci un esprit de lutte, une habitude de combativité pour de longues années à venir.

Luttes parlementaires. ( raig ne voulut jamais admettre le droit exclusif de la Chambre basse au vote du budget, II prétendit et déclara clairement à la Chambre que le concours du Conseil était nécessaire et qu'il appartenait à la couronne de déterminer l'emploi des argents publics. La Chambre offre dans une adresse au roi de se charger de la dépense, et Craig, en 1810, veut bien transmettre l'adresse à sa maiesté, mais il refuse d'admettre qu'aucune démarche de l’Assemblée seute puisse être Constitutionnelle. Kn 1808. sir James entre en lutte ot: :::e avec cinq députés, Bédard, Taschereau. Borgia, Panc: et Blanchet et les rave tous des cadres de la milice. Aux veux du gouverneur. ils étaient coupables de porter dans les colonnes du “Canadien” la lutte entre le pouvoir et Ja législature. A vrai dire le ton de ce journal était d’une ironie cinglante à l'égard de tout ce qui touchait les hommes et les choses du Souvernement : mais le “Quebec Mercury” l'organe officieux du Château n’était pas moins violent pour la défense de ses maîtres.

Le parlement se réunit dans un temps de grand malaise. La discussion fut très

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inhabiles à siéger en parlement. La session durait à peine depuis un mois que la Chambre fut dissoute par le gouverneur, qui contestait aux députés le droit de légiférer sur ces deux sujets. Lord Castlereigh désapprouva cependant cette conduite de Craig et le peuple renouve!a sa confiance dans ses représentants.

Seconde dissolution.—Ile sixième parlement, qui ne comptait que dix députés nouveaux, fut convoqué en

janvier 1810. Dans le discours d'ouverture, Craig se déclara prêt à sanctionner toute loi pour exclure les juges de la Chambre basse. Celle-ci élabora vite un projet dans ce sens; mais le Conseil l'ayant amendé, la Chambre refusa à son tour de l’admettre dans sa forme nouvelle. Elle prétendit alors à exclure nommément le juge De onne, grand ami du pouvoir, et qui avait bien failli être renvoyé du banc des juges en 1801, pour conduite repréhensible. L'Assemblée, sur proposition de Pierre Bédard, adopta aussi une résolution déclarant que “toute entreprise de la part du gouvernement ot, des autres branches de la législature faite contre la Chambre basse en dictant ou censurant ses procédés était une violation de la loi constitutionnelle de 1791”. Le parti anglais, avec Perreault et Denéchaud fit bloc contre l’expulsion de De Bonne et la résolution de Bédard. Craig décréta une seconde fois l’appel au peuple.

Députés en prison.—Quelques jours après sir James supprimait le “Canadien”, faisait saisir tout le matériel du journal et le 19 mars 1810, jetait en prison Bédard, Taschereau, Blanchet et l’imprimeur Lefrançois. Sentant le besoin de défendre sa conduite devant l’électorat, il adressa au peuple une proclamation dans laquelle il s’efforçait de justifier ses actes étranges. Bédard passa plus d’une année en prison sous l'accusation de pratiques séditieuses, sans qu’on osât lui faire de procès, malgré ses instances. La loi, dite de sécurité, qui autorisait le gouvernement à emprisonner à volonté toute personne soupconnée de trahison ne mentionnait pas les pratiques séditieuses: mais la haute magistrature fut pourtant d'avis que le gouverneur avait agi en cette occasion selon l'esprit de la loi, sinon d’après sa stricte teneur.

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Aux élections le peuple se prononça encore contre les vues du gouverneur et donna raison à Ja Chambre en élisant presque tous les anciens députés. Le septièn.e parlement composé de dix Anglais et de quarante Canadiens se réunit au Commencement de 1811. Dès l’'ouverture de la session, la Chambre déclara que la détention de Bédard, élu député en dépit de sa captivité, était une violation des privilèges parlementaires : Craig remit alors son prisonnier en liberté et Bédard reprit son siège de député. La fameuse loi rendant les juges inhabiles à siéger à la Chambre basse fut enfin adoptée par les deux branches de la législature ct sanctionnée par Craig, qui se déclara heureux que le parlement ait pu adopter une aussi bonne mesure. Deux fois pourtant il avait dissous les Chambres sur cette question des juges. Castlereigh l’en avait blâmé, le peuple lui avait infligé deux votes de non confiance, lui-même reconnaissait enfin s’être grandement trompé, après tant de témoignages de désappi1 obation de sa conduite, il ne lui restait plus qu'à s’en aller.

Règne malheureux, Sir James, depuis longtemps miné par la maladie, repassa les mers cette même année 1811 et mourut quelques mois après. Comme beau- Coup d’autres parmi les chefs d'alors il ne voyait de gouvernement possible pour ja colonie que celui qui serait contrôlé par le seul parti anglais sans le concours effectif d'aucun autre £roupe. Pour cela il conseillait d’unir toutes les provinces Canadiennes sous un seul gouvernement. Selon lui les Canadiens étaient vraiment trop ignorants pour Pouvoir se gouverner eux-mêmes : un sur mille, disait-il, sait tire et écrire. Cette antienne de l'ignorance et de l’incapacité politique des Canadiens, 1aquelle fut entonnée par Murray et reprise avec des modulations diverses par ses successeurs jusqu'à Durham nous a bien souvent desservis.

Sous l'administration de Craig presque tout le temps de la Chambre se Passa en discussions violentes, en débats OTageux au grand détriment des intérêts économiques du Pays. À la rentrée de Bédard au parlement. i] fut résolu de faire une enquête générale de toute l'administration du gouverneur. Ce vote de non confiance, bien que mo-

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tivé par l'étrange conduite de Craig, ne tendait cependant pas à ramener l’harmonie et la concorde déjà compromise par les maladresses de ce prétendu règne de la terreur. Cette mesure, proposée par un Anglais nommé Lee, était d’ailleurs peu constitutionnelle. Elle n'eut pas de suites et on abandonna à l’histoire le soin de juger cet homme plus malade que méchant.

Bruits de guerre.—On était alors en Europe au temps des splendeurs napoléoniennes. Au Canada, le gouvernement se préoccupait fort de la répercussion des événements d'Europe sur la politique américaine, qui paraissait favorable à Napoléon. Aussi, Craig fut tout le temps dans l’expectative d’une guerre entre l'Angleterre et les États-Unis. Ses appréhensions étaient d’ailleurs motivées par l'attitude menaçante de la République, dont il était chargé de surveiller les agissements. Dans ce but il organisa un service secret d'espionnage, qui fut dévoilé à Washington par le chef même. Craig, en prévision de la guerre, avait demandé 12,000 hommes et des vaisseaux. Cette démarche parut prématurée. La guerre allait cependant bientôt éclater.

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