‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 68 sur 120 · SN · texte numérisé non relu

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L'armée canadienne. ]| est à remarquer que les deux Canadas avaient dû fournir jusqu'ici presque toute l’armée de défense; trois ou quatre régiments de ligne seulement, divisés en bataillons, et distribués sur les points les plus menacés formaient comme la base de l’armée canadienne, composée en très grande majorité des miliciens et de quelques milliers de sauvages. Prévost ne cessait de faire savoir au ministère le danger constant où il se trouvait de faiblir avec si peu de troupes régulières. L’Angleterre était trop occupée avec Bonaparte pour envoyer ici ses armées de volontaires. Elle se contenta, donc d’embarquer quelques bataillons, du matériel de guerre et des approvisionnements : les provinces durent même suppléer au manque de numéraire par une émission de trois millions de billets de l’armée. Bien plus, alors que le Haut-Canada eût faibli, que Îa flotte des

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grands Lacs füt dispersée, la province du Bas-Canada dut faire face seule à l’envahisseur, au cours de cette deuxième année de guerre.

L'armée américaine. ] 1 campagne de 1813 commença dès le mois de janvier. Le même plan d'attaque que celui de l’année précédente avait été arrêté par le ministère de la guerre américain. Le général Harrison, à la tête de l’armée de l'Ouest, devait se porter sur Détroit: celle du centre devait se rendre, partie au Niagara avec Dearborn, partie à Sackett’s-Harbour, sous les ordres de Wilkinson, lequel devait ensuite se joindre à l’armée du général Hampton, chargé de faire la conquête du Bas- Canada. Ce plan, mal réalisé dans l'Ouest et au centre, devait misérablement échouer dans son couronnement : la conquête du Bas-Canada.

Opérations dans l'Ouest. Les hostilités commencérent donc durant l'hiver, étant donné le climat plus doux de l’ouest, aux environs des grands Lacs. Le général Winchester avec un millier d'hommes détachés de l’armée de Harrison, se mit en marche pour le Détroit. suivi à quelques kilomètres de distance par son chef. Il s'empara de Frenchtown. sur la rivière Raisin; Proctor, qui commandait au Détroit, alla à sa rencontre à la tête de 500 réguliers et 600 sauvages, il fit le siège de Frenchtown et, après un combat meurtrier, s'empara de ce poste et fit Winchester prisonnier avec 500 officiers et soldats. À la nouvelle de cette défaite, Harrison sentit fondre son courage et rebroussa chemin ; le chef sauvage Tecumseh se donna la besogne de couper les communications de retour du général américain. At mois de mai Proctor avec 1,000 soldats et 1,500 sauvages tenta une attaque sur les positions retranchées de Harrison sur la Maumee, au fort Meig: mais il fut repoussé avec perte et dut se retirer à Sandwich. Une victoire navale américaine allait bientôt changer cette retraite de Proctor en une défaite complète.

Défaite de Barclay. L'importance de commander sur les Lacs était bien reconnue des belligérants. Tes Américains, plus rapprochés de leur base d'opération

ei d'approvisionnements, avaient davantage profité de l'hiver pour mettre sur les Lacs une flotte bien équipée. Aussi, au mois de septembre, ils étaient mieux préparés que leurs adversaires pour un engagement naval. Toutefois, redoutant, semble-t-il, de se mesurer avec la flotte anglaise, ils se contentaient d'empêcher les communications de Proctor avec la base du centre : c'était isoler l’armée canadienne de l'Ouest. Barclay, résolut donc de tenter un engagement contre le commodore américain Perry et le 10 septembre, à l’extrémité du lac Érié aux environs de Put-in-Bay, les deux flottes étaient en présence. L'avantage d’une préparation supérieure, un vent favorable et une manœuvre habile au juste moment donnèrent la victoire complète à Perry, qui, après quatre jours de combat, eut la satisfaction de voir Barclay lui amener son vaisseau amiral.

Désastre de Moraviantown.-Cetic victoire était grosse de conséquences pour les parties belligérantes. Harrison, avec une forte armée, était soutenu par la marine de Perry tandis que les forces canadiennes se voyaient isolées dans l'Ouest. Proctor dut commencer sa retraite de Sandwich le 22 septembre après avoir démantelé les postes de Amherstburg et du Détroit et détruit les magasins militaires: Harrison, qui le poursuivait, le força à livrer bataille à cinq milles de Moraviantown le 5 octobre. Ce fut une défaite complète pour Proctor, qui abandonna au vainqueur presque tout son corps d'armée et se sauva sur les hauteurs de Burlington. aux quartiers généraux du général Vincent. Le chef indien Tecumseh, qui avait soulevé les sauvages Cris en faveur de l’Angleterre, accompagnait Proctor, il fut tué dans cette bataille de Moraviantown. L’enneini, au lieu de poursuivre son avantage sur Proctor se retira à Sandwich, où le général Drummond vint à son tour troubler sa retraite vers la fin de l’année. Tout le territoire du Michigan était passé aux mains des Américains. pour la durée de la guerre.

Campagne du centre.-— Ie 27 avril Dearborn. qui commandait l’aile gauche de l’armée du centre, débar-

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quait à l’improviste avec 7,000 hommes à York (Toronto) et voyait aussitôt s'enfuir devant lui les quelques centaines de soldats et miliciens commandés par Sheaffe. Ce dernier, laissant derrière lui ses bagages, abandonna à Chewett et au révérend Strachan le soin d’arréter les articles de la ca- Pitulation. L'ennemi enleva les approvisionnements, perquisitionna dans les maisons, sac- Caga et brüla les édifices publics ; après quoi il se retira sous les forts de Niagara.

YPT. NIAGARA

Stoney Creek et Beaver Dam. le 20 mai, 16 bâtiments 228 Grec américains chargés de troupes parurent sur le Niagara ; le 27, l’ennemi opéra un débarquement de 800 à 900 soldats à deux milles du fort George, défendu par le général Vincent, qui commandait quelques divisions. Après avoir subi un feu violent des canons de la fiotte américaine durant vingt-quatre heures Vincent fit sauter les principaux ouvrages de défense et se retira à la tête du lac Ontario. Il fut poursuivi par les généraux Chandler et Winder, qui campèrent le 5 juin à Stoney Creek. L’adjudant général Harvey les attaqua durant la nuit et fit Prisonnière toute cette avant-garde. Les Américains retournèrent au Niagara. Vincent reprit alors les postes de la tête du lac Ontario et se rapprocha Constarniment de l’armée américaine; le lieutenant Fitz-

Au Niagara.

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Gibbon, chargé de troubler les communications de l’ennemi, dut faire face à un détachement de 500 hommes envoyés pour le capturer; il marcha au-devant d'eux à Beaver Dam, et les somma de se rendre: la peur qu’on avait des sauvages qui l’accompagnaient fit que le détachement tout entier se rendit aussitôt. Après la chute de York et du fort George, Sheaffe, devenu impopulaire, fut remplacé par Rottenburg dans le commandement de l’armée canadienne du Haut-Canada.

Mouvements des deux flottes.—]a flotte amcricaine du lac Ontario, sous le commandement du commodore Chauncey, affirma sa supériorité sur la flotte anglaise, commandée par sir James Veo. Au mois de mai, alors que le gros de la flotte américaine prenait part à l’expédition contre le fort George, Prévost se dirigea avec ses vaisseaux dans la rade de Sackett’s-Harbour. On prétend que les Américains, s’estimant battus, avaient déjà mis le feu à leurs magasins, quand Prévost, pris de prudence, se retira incontinent. Tard en septembre, la flotte américaine vint livrer bataille aux navires anglais devant York et, après un dur engagement, sir James Yeo dut se réfugier sous les hauteurs de Burlington. C'était une défaite complète.

La campagne de l’Est.Ies débuts de la campagne de 1813 furent beaucoup plus actifs dans l'Ouest et au Centre que dans l'Est. î l'automne seulement les Américains, après leurs succès au Détroit et au Niagara, portérent leur activité du côté du Bas-Canada. Wilkin. son devait conduire l’aile droite de l’armée du Niagara par voie au Saint-Laurent jusqu’à Montréal, tandis que le général Wade Hampton, dont les quartiers généraux étaient à Plattsburg, se dirigerait sur la métropole par voie du Richelieu.

La bataille de Châteauguay.—1]e 20 septembre 1813 l’armée de l’Est se mit en marche pour la conquête du Bas-Cu ‘da. Elle comprenait plus de 7,000 hommes, bien entraine: et bien équipés. Hampton, avant rencontré quelque opposition à la frontière, se dirigea davantage vers l'Ouest et suivit es bords de la rivière Château-

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guay. Le général Watteville, un suisse, commandait l’armée défensive du Bas-Canada composée en grande partie des milices canadiennes. Le colonel de Salaberry, à la tête de 300 voltigeurs, de quelques Écossais et de sauvages, fut chargé d'arrêter la marche de Hampton. I] fit faire un grand abattis d'arbres aux premières lignes de défense, établit un piquet sur l’autre rive à l'entrée du gué et fit abattre tous les ponts en amont de la rivière Pour prévenir le passage fortuit de l'ennemi sur la rive droite. Le 26 octobre, Hampton apparut avec son armée aux avant-postes canadiens. Ceux-ci furent vite culbutés. De Salaberry montra en cette occasion toute la puissance d'un véritable génie militaire. Le combat dura quatre heures. L'infanterie américaine fut jetée en masse contre les positions du colonel canadien placé lui-même au haut d’un arbre Pour diriger l’action des siens. Les voltigeurs, tous francs-tireurs, causérent beaucoup de mal aux premières lignes de l'infanterie ennemie, De Salaberry avait dispersé dans le bois ses trompettes, dont les sons multipliés, mêlés aux cris des Sauvages, donnèrent à l'ennemi l'illusion d’une grande armée en arrière des premières lignes de défense. Hampton, se croyant en présence d’une armée nombreuse, ordonna la retraite et reprit le chemin de son Pays. Prévost et Watteville arrivérent sur le champ de bataille Pour constater que l’ennemi était en fuite. L'invasion du Bas-Canada était Pour toujours repoussée et Je vaillant colonel de Salaberry avec ses 300 voltigeurs et une poignée de sauvages avait sauvé le pays. La victoire de Châteauguay est le plus beau fait d'armes dans l’histoire du Canada.

La bataille de Chrysler’s Farm.—(Quelques jours plus tard (11 nov.) un autre exploit militaire avait lieu au nord-ouest de Cornwa!l. À Ja nouvelle de la descente du Saint-Laurent par l'armée de Wilkinson. le général de Rottenburg, chef d'état-maior du Haut-Canada, envoya le colonel Morrison pour harceter l’arrièregarde de l’armée américaine, Le général de division Boyd fut forcé par Morrison de livrer bataille et fut défait à Chrysler’s Farm après un engagement fort con-

testé. VWilkinson. ayant a'ors appris que Hampton retrai-

tait à ses quartiers d'hiver, décida d’en faire autant et rebroussa chemin vers le Niagara. Sir Gordon Drummond, le nouveau lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, reprit en décembre les forts George et Niagara et, par représailles contre les Américains, qui avaient brülé Newark poste non fortifié, il ordonna la destruction de Black Rock et de Buffalo. Ce fut la fin de la campagne de 1813, terminée comme celle de 1812 par la retraite de l'envahisseur. Deux monuments, l’un à Chrysler’s Farm et l'autre à Châteauguay, rappellent le souvenir de cette glorieuse défense du Canada.

Campagne de l’Ouest.—])rummond au printemps de 1814 fit un appel de secours à Prévost pour s'assurer de la suprématie navale sur le lac Ontario ; mais le gouverneur, croyant au danger constant d’une nouvelle invasion américaine par le lac Champlain, ne crut pas devoir diviser ses forces de défense. Quoi qu’il en soit, les dépôts de l'ennemi à Oswego furent détruits et la flotte fut même emprisonnée à Sackett's Harbour par l’amiral Yeo durant quelque temps. L'armée de Drummond, demeurée presque sans renfort, dut de nouveau au printemps abandonner à l'ennemi envahisseur le fort Érié. Une tentative de résistance fut faite à Chippawa, mais les troupes anglaises perdirent là le tiers de leur effectif, et Drummond se retira au fort George. Le général américain Jacob Brown ayant échoué dans sa tentative de coopérer avec l'amiral Chauncev dans une attaque contre les forces anglaises au lac Ontario, résolut de poursuivre l'avantage obtenu contre Drummond à Chippawa et, par une manœuvre savante et bien combinée amena l’armée anglaise jusqu’à Lundy's Lane près des chutes du Niagara. Ce fut la bataille la plus contestée de toute cette guerre (25 juillet). ! :s deux partis réclamèrent la victoire, mais ni l’un ni l’autre n'ayant poursuivi l'avantage qu’il prétendait avoir gagné, cette victoire n’eut d'autre résultat que celui de la retraite des Américains, ce qui est bien peu dans les habitudes des

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