LORD AYLMER
Lord Aylmer. Au mois d'octobre 1830, le nouveau gouverneur, lord Avlmer arrivait à Québec. Animé des meilleures intentions, il ambitionnait, disait-il, de remplir ses fonctions avec sincérité, justice et impartialité. Sincère il le fut toujours, impartial et juste pas autant qu'il croyait l'être. Mais il fallait au Canada un réforma-
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teur et Avimer ne l'était pas. À son arrivée, il informe le ministère que les Canadiens sont justement attachés à leurs lois et à leurs institutions, qu’il faut condescendre à cet état d'esprit. Il reconnait que plusieurs des griefs formulés par la législature pourraient amener des réformes qui mettraient le ROuvernement en meilleure position devant le peuple. Mais l'accueil méfiant que fit l’Assemblée de ses bonnes dispositions et la violence inconsidérée des débats parlementaires tout aussi bien que Îles réformes radicales demandées avec plus de franchise que d’habileté, tout cela rejeta Avimer dans ses dispositions d’aristocrate et de noble anglais, défenseur des seules prérogatives royales. Il ne vit plus dans les élus du peuple qu’une bande d’ignorants et de démagogues dansereux, auxquels il ne fallait pas confier les affaires ni abandonner aucun des privilèges de la couronne. Il ne pouvait admettre que la lutte, depuis longtemps commencée, c'était la lutte d’un peuple nouveau, né pour la liberté. Aussi bien son administration, moins arbitraire et moins mauvaise que celle de certains de ses prédécesseurs, aboutit à la banqueroute de l’autocratie et conduisit à la désastreuse crise politique de 1837.
Quelques réformes accomplies.— Fn 1831 Avylmer fit nommer au Conseil législatif onze nouveaux membres, dont huit étaient Canadiens français et quatre choisis parmi les députés ; un seul était fonctionnaire. L'esprit du Conseil en fut à peine modifié. Sur recommandation du Souverneur, Papineau et Neilson furent nommés membres du Conseil exécutif, tous deux refusèrent Sous prétexte que les règ'ements de la Chambre s’y Opposaient. Il est curieux de voir l’Assemblée populaire lutter désespérément Pour prendre le contrôle du pouvoir et d'autre part refuser à ses membres le droit de la représenter dans les conseils d’État.
Vers 1832 les juges puinés furent tous retirés du Conseil législatif; cette réforme était depuis longtemps demandée. En 1834 Aylmer qui avait fait sortir de l’exécutif presque tous les hommes de loi, proposa d’enleÿer également à ce Conseil la fonction de cour d'appel et de réduire à cinq le nombre des administrateurs. I] s’op-
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posa cependant à la suggestion du ministre des colonies de retirer de ce Conseil les fonctionnaires de l'État qui en faisaient partie. Son rappel empêcha tous ces changements.
Eléments politiques. ]e gouverneur, il convient de le dire, n'avait pas sa complète liberté d’action et sa conduite était soumise à bien des influences diverses. 1] recevait de Londres des instructions générales qu'il ne pouvait pas changer et une di ection presque journalière portant jusque sur les détails mêmes de son administration. Le véritable Souvernement de la colonie siégeait en Permanence à Downing Street. Le gouverneur n'était en quelque sorte que Son agent immédiat. Le ministère anglais était lui-même influencé dans une large mesure par le parti colonial anglais, faible dans l’Assemblée, mais puissant par sa richesse, sa détermination et ses moyens d’action dans les Conseils et trés actif dans la politique économique du pays. Le parti anglais ne craignait rien tant que d’être gouverné par un parlement où il était en minorité. Quant à la Chambre d’assemblée, elle ambitionnait de prendre sa large part du pouvoir d’administration. Puisqu'elle votait l'argent nécessaire à la dépense publique elle se croyait justifiée d’en déterminer et surveiller elle-même l'emploi. L'on peut dire que toutes les autres réformes demandées par elle sont plus ou moins connexes à celle-là. Au fond c’est la lutte pour le Pouvoir et non pas comme on l’a prétendu la lutte contre les prérogatives royales. Car rien ne s'opposait à ce que le roi gouvernât la colonie Par un ministère canadien au lieu d’un cabinet représentatif du peuple anglais. On pourrait reprocher à la Chambre Ja manière violente avec laquelle elle conduisit la lutte, à cette époque surtout, mais ce n’est pas infirmer Ja justice, la légalité de sa cause. L'idéal poursuivi était certes en avance sur la mentalité des gouvernants de l’époque, mais son grand tort était surtout de n'être pas mis de l'avant par une majorité anglaise, L’Anglais d'alors, qui se proc'ame défenseur de la liberté, aime aussi en être le dispensateur à sa discrétion et à sa manière. Voici donc le parti anglais, avec ses influences impériales et coloniales en lutte
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avec les représentants du peuple, dont les seutes arm de combat étaient Ja paro'e et le vote du budget. T,'A semblée fut apparemment vaincue et pourtant la gran réforme s’accomplit quelques années plus tard à l'heu où tout espoir avait disparu.
Activité parlementaire (1831-32), Chambre basse, témoin depuis 40 ans de tant de bonn intentions et de si peu de réformes, se montra sceptiqu aux déclarations conciliatoires d'Aylmer. Pour elle, Conseil législatif restait toujours l’antagoniste intraitabl l'exécutif, un cabinet noir, les hautes fonctions, un bt reau de placement, la majorité des emplois publics et le mieux rétribués, l'apanage des citoyens anglais, la ma gistrature, la récompense de services spéciaux, les bu reaux publics, une source de revenus aux privilégiés, le terres de la couronne, un domaine à Partager entre am dévoués, le peuple, un bailleur de fonds. Ce n'était pa la persécution, était-ce bien la condition d’un peupl' libre? En présence des faits, les belles paroles sont pet de chose, et la Chambre résolut de poursuivre la lutte effective jusqu’à son extrême limite, ce fut la lutte à l’état chronique.
À la session de 1831 la Chambre demanda communication “es instructions données au gouverneur de même que plusieurs renseignements sur les revenus de la couronne et leur emploi. Aylmer ne se croit pas autorisé de fournir des renseignements précis et il déclare ne pouvoir communiquer ses instructions ni non plus les dépéches du Bureau colonial. La Chambre à son tour modifia le budget qui lui était présenté et le gouverneur refusa Sa sanction, Le parlement vota la loi d’émancipation des Juifs et présenta au Bouvernement une résolution demandant le contrôle des terres publiques, ce qui ne fut pas accordé non plus. Le Procureur général Stuart, accusé par la Chambre de fraude, de partialité et de concussions. fut suspendu de ses fonctions, puis destitué après enquête faite par le &ouvernement impérial,
Autorisé par le ministre, le Par'ement vota la loi dite des municipalités et la gérance des affaires civiques dans les villes et les Campagnes fut confiée à un conseil muni-
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cipal élu par le peuple. Jusqu'alors, les juges de paix, sous le controle du Souverneur en conseil, avaient été chargés de cette administration. C'était le commencement de la décentralisation du pouvoir. Les dernières élections avaient apporté un élément nouveau = jeunesse plus ardente qu’éclairée peut-être et qui jeta la Chambre dans une effervescence déplorable,
Fautes et malheurs. À la session de 1831, le Souverneur annonça à la Chambre que le parlement impérial mettait à sa disposition les revenus de licences et de douanes prélevés en vertu d'anciens statuts impériaux. ln retour le ministère demandait un subside permanent de £19,000 dont £5,000 avaient déjà été votés d’une maniére permanente par la législature. Cette somme çcouvrait les appointements du gouverneur, de son conseil et de quelques juges. Cette réforme mettait à peu près tout le personnel des fonctionnaires sous le contrôle du parlement. Elle comportait en principe le gouvernement responsable et pouvait y Conduire en fait si Papineau et Neilson eussent accepté de devenir membre du Conseil tout en conservant leur siège de députés. Mais la lutte parlementaire était devenue chronique et le parti national commit l’inconcevable erreur de refuser cette réforme, préconisée par Dorchester lui-même et si âprement demandée par la Chambre pendant 40 ans; l'on voulait tout ou rien. Peut-on savoir ce qui fut arrivé si le parlement eut délégué Papineau et Neilson au Conseil et accepté pratiquement le contrôle de tout le revenu provincial ? La glorieuse carrière de Papineau ne se termine-t-elle pas ici? Quelle sera maintenant l'influence de son élo- (uente parole demandant des réformes puisqu'il les refuse quand on les Jui offre. C’est une leçon que l’histoire ne peut pas ignorer.
Neïlson, tend dès lors à se séparer de lui et à la fin de la session suivante il verse dans le parti anglais comme malgré lui. C’est alors qu’Ayimer envisagea la possibilité de former un troisième parti Comprenant dans les deux races ceux qu'il estimait être “des hommes de talent ‘© resrectahles”. (Ce projet ne devait pas se réaliser. \j'mer ‘ui-même fut emporté dans le courant de la
résistance à toutes les réformes demandées par l'A. semblée,
L'émeute à Montréal (1832). Cependant l':
gitation et le malaise gagnaient davantage dans le pet ple. Au co d'une élection à Montréal, il se produis une émeute €. les Magistrats prirent sur eux d'appele la force militaire. Les troupes firent feu sur la foule trois personnes furent tuées et plusieurs autres blessée (21 mai 1832). Assurément les défenseurs de l'ordre trouvait-on, allaient vite en besogne ; le lieutenant-co'one Mclntosh et le Capitaine Temple furent arrêtés, accusé: de meurtre et renvoyés absous par le grand jury. Len quête du coroner n'eut même pas de verdict. La conduit. des officiers, approuvée par le ministère et le roi lui. même, fut apnrécice différemment par le peuple; et la législature fit uné enquête de toute l'affaire et bläma fortement les auteurs de cette répression sanglante. Au dehors l'agitation s'étendait à tel point que le gouverneur demanda au ministère des contingents de renfort pour maintenir la paix parmi ce petit peup'e, qu'il continuait de représenter à Londres. comme étant toujours docile, content, heureux et bien disposé.
Epidémie.__Lurant l'été de 1832 une épidémie de choléra asiatique se déclara au pays: cette terrible maladie avait été apportée ici par les émigrés d'Angleterre et d'Irlande. Du 8 au 15 juin il mourut à Québec 1,421 Personnes et plus de 700 à Montréal. Le fléau suivit la 1ême route que les immigrés et se repandit dans les deux provinces. La science médicale fut inpuissante à enraver l'épidémie, laquelle cependant dura peu à cause du climat très sain de notre pays. Il est bien établi que les défectuosités des moyens de transport océanique ont été la cause de 1a maladie épidémique ; les bateaux arrivaient à Québec surchargés de monde: les enfants n'étaient pas portés sur les listes de bord et il arrivait souvent qu'un navire, pouvant accommoder 200 personnes, en contenait en réalité 500 ou 600. Ces émigrés du Royaume-Uni nous arrivaient dans le plus complet dénuement. il fallait donc leur fournir le vêtement, la nourriture et les movens
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de se rendre sur les terres où dans les grands centres : ls portérent partout l'épidémie du choléra et la panique S'empara de Ja Population au point de causer pour un temps l'arrét complet de la vie économique. Plus de 5,000 Personnes furent victimes du fléau.
Sessions de 1833-34. L'épouvantable épidémie avait modéré Pour un temps l'agitation Populaire, mais celle-ci reprit à l'automne avec une nouvelle violence : des assemblées tenues un peu partout dans la province avaient réveillé toutes les animosités, Aussi à l'ouverture de la session, ja législature, se sentant soutenue par le peuple, réaffirma-t-elle sa suprématie et son indépendance; dans des formules précises et claires elle concrétisa toutes ses demandes de réforme : s'attaquant au Consil législatif elle désaprouva sa Constitution, sa COMmposition et Proposa de le rendre électif. Avimer affirme de son côté que ce changement se ferait au détriment de la province. Le Conseil pour se défendre envoya une adresse au roi dans laquelle i] prétendait que les Canadiens aspiraient à la république. La Chambre demanda Sans l'obtenir la gérance du département des postes. Flle déclare que l'usage exclusif de la langue de la majorité ne frappe personne d'incapacité légale. Le budget tel que présenté par Ja Chambre fut cette fois encore rejeté par le Conseil. Cette session se passa tout entière dans l'agitation et Je Souverneur appréhenda de voir la Chambre demander ouvertement son rappel. Le parti anglais de son côté devenait plus agressif et des divisions profondes se Produisaient dans toutes les classes de la société Canadienne,
À la session Suivante, de très Courte durée, douze lois furent passées : Je Souverneur en désavoua une et réserva les onze autres à la sanction royale. C'était à son tour mettre des entraves au Souvernement du pays. Ce pouvoir de réserver les lois à Ja sanction roya'e était un des plus criants abus signalés par Aylmer lui-même à son arrivée; par représailles contre l’Assemb'ée, il abusa Pourtant de ce droit. Cette conduite du gouverneur était malheureuse dans les circonstances, ele amena pratiquement Ja rupture ouverte entre le représentant du roi et
ceux du peupie. C'était enrayer tout mouvement de réforme par voie constitutionnelle et mettre le parlement dans la nécessité de porter sa cause devant le peuple La Chambre avait demandé sans l'obtenir l’autorisation de convoquer une “assem ée nationale”. L'appel au peuple se fit quand même par les journaux et dans des assemblées publiques. La session de 1834, terminée sans besogne utile en apparence, a déterminé la poussée populaire qui devait aboutir au soulèvement de 1837. Les subsides n'ayant pas été votés, le gouverneur fut autorisé à payer à même la caisse militaire impériale les fonctionnaires dont quelques-uns, dit-on, avaient été obligés de vendre leurs meubles pour vivre.
Les 92 résolutions. —In mars 1834, la Chambre des députés lança son dernier appel de réformes dans une déclaration de:principes et une énumération de faits contenus dans les fameuses quatre-vingt-douse résolutions. Le document, élaboré sous l’inspiration de Papineau, et voté par 56 députés contre 24, contenait par le détail tous les griefs de la Chambre concernant les deux Conseils, la tenure des terres, le contrôle des argents publics, la colonisation, l'intervention militaire dans les élections et la conduite publique des officiers de la couronne. Mais aux griefs sérieux, on mêla des assertions risquées, des appréciations discutables et des menaces à peine déguisées d’annexion aux États-Unis. La rédaction, d’un style déclamatoire et violent, n’était pas de nature à rc'ever la logique des principes et des faits mal agencés. Le document manquait de formule précise et claire, de forme littéraire convaincante. Ce que l’on demandait pouvait être excellent, mais on le demandait mal. Ce document fut envoyé à Morin et Viger à Londres et présenté à la Chambre impériale par Tabouchère, O'Connell et Hume. Aylmer fit cors2itre au ministère son appréciation des 92 résolutions ; selon lui onze seulement étaient vraies, toutes les autres étaient qualifiées de douteuses, fausses, ridicu'es, injurieuses ou séditieuses. Le ministère ang'ais ne fit pas de réponse officielle à la déc'aration de principes de l’Assemblée et ne pouvait raisonnab'ement en faire. Le document ne servit qu’à mal
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disposer le ministère à l'égard du parlement bas-canadien, qui semblait par ses déclarations prendre les choses au tragique.
À la clôture des débats à la Chambre, l'agitation politique se continua au dehors par l’action des comités populaires. Le parti canadien, appelé dès lors le parti des “résolutionnalistes”, avait déjà son organisation extérieure dans les villes et même dans plusieurs districts ruraux ; le parti anglais, appelé le parti des ‘“‘constitutionnalistes” s’organisa aussi: il eut Surtout dans les villes ses comités de propagande qui envoyèrent des agents à Londres déposer au pied du trône des adresses loyales. “Le parti anglais, disait Aylmer, a décidé de ne plus se soumettre à la domination de l’Assemblée et a formé des comités constitutionnels. Neilson pourrait bien être leur agent à Lonures. Ce monsieur ne serait pas inconséquent avec lui-même bien qu'il ait déjà représenté le parti adverse; car il a toujours été un constitutionnel, et, sur les affaires de la province, on peut s’en rapporter à lui plus qu'à tout autre”. Ainsi, l’homme, qui avait refusé d’accréditer Viger comme agent de l’Assemblée et régulièrement élu par elle, s’empressa de recommander à la bienveillante attention du ministère Neilson et Walker agents du parti constitutionnaliste, qui ne pouvait avoir aucune existence légale. Il sentit lui-même le besoin d’avoir un agent actif à Londres et il y envoya son aide de camp, le capitaine McKinnon. pour renseigner le ministère. Les affaires du pays, dit-il. sont rendues à un point que l'intervention du gouvernement impérial est devenue nécessaire. (C’était se donner un certificat d’incompétence.
Situation alarmante. Au mois de septembre 1834, l'agitation populaire devenait presque alarmante et au comité central des Canadiens à Montréal, il fut fortement question de prendre les armes. En octobre, Aylmer, suggère l'envoi d’une commission parlementaire britannique, “à condition d’en bien choisir les membres” pour s’enquérir de l’état politique de la colonie. Dans le cas d'un soulèvement, dit-il, la minorité a l'avantage de la richesse, de l'énergie et des moyens supérieurs, ils se lèveront comme un seul homme pour la défense du gou-
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vernement, tandis que les sujets déloyaux, “n’ont comme armes que leur langue et leur plume”. En novembre, voyant que la situation devenait de plus en plus difficile, il émit l’idée d’un changement dans la direction du pouvoir. Il se plaignait d’autre part d’être mal soutenu par le ministère dans la défense de sa conduite fortement critiquée par les représentants de la Chambre à Londres. Le comité d'enquête du parlement impérial rendit un verdict de non fondé sur toutes les accusations portées par la Chambre, mais l’on refusa d’en publier la preuve, ce qui laissa subsister le doute dans bien des esprits. Aylmer, qui s'attendait à une justification éclatante de sa conduite, fut sensiblement affecté par cette demimesure.
Le dernier parlement.Ies élections générales curent lieu à l'automne de 1834. Le gouverneur, désireux d'éviter tout soupçon d’ingérence dans la lutte, pria les officiers du gouvernement de ne point se porter candidats et de laisser le champ libre aux seuls politiciens de carrière. C'était habile et très correct de sa part. L’élection se fit au milieu de la plus grande effervescence populaire, la force armée dut être appelée à certains endroits pour maintenir l’ordre. Ce fut la lutte ouverte de Canadiens contre Anglais et Irlandais. La nouvelle Chambre étant composée à peu près des mêmes hommes que l’ancienne, Aylmer désespéra d'en tirer un meilleur parti. La session, ouverte le 23 février, fut close au milieu de mars de 1835. Le gouverneur avait, comme malgré lui, approuvé l'élection de Papineau à la présidence. La Chambre ayant demandé des renseignements au receveur général, ce dernier, soutenu par le gouvernement, refusa de les fournir sous le prétexte que telle demande devait être faite par le gouverneur. La Chambre le fit mettre aux arrêts. Le ministère trouva le procédé peu courtois mais reconnut que l’Assemblée était dans son droit et censura le gouverneur. La sanction d’un vote de £18,000, pour payer les dépenses de la législature, ayant été refusée sans bonnes ïaisons, les députés désertèrent la Chambre et Aylmer dut clore la législature faute de législateurs. Ce vote de non confiance, donné dans sa forme
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la plus énergique, la plus brutale même. Avlmer ne sut même pas le Comprendre. En avril 1835, reçoit l’annonce qu’une commission d'enquête est nommée pour les affaires canadiennes et au mois de juin, il est tout étonné d’apprendre qu'un successeur lui est donné. Malgré la forme courtoise de son rappel par lord Aberdeen. il Constata avec amertume et un très vif sentiment de dépit que le roi, qu’il avait pourtant cru si bien servir, lui enlevait sa confiance. (Cest ainsi que, jusqu’à la dernière heure, lord Aylmer, vécut dans l'illusion.