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CHAPITRE XXIV: LES AUTRES PROVINCES

Problèmes d’après guerre. Quand la paix fut rétablie en 1815 Je Souvernement du Haut-Canada se trouva en face des plus difficiles problèmes économiques. Il était assez naturel que, pour des raisons politiques, l’on tentât chez nos voisins d'empêcher l’immigration américaine; mais les conséquences de cette conduite fut de faire baisser la valeur des terres, d’enrayer dans une large mesure la colonisation et d'arrêter les progrès du commerce. Le pouvoir s’était emparé des biens de ceux qui avaient fui aux États-Unis lors de l'invasion et les avait distribués à ses amis. La milice fut mal payée et les dons en terres aux vétérans furent rien moins que généreux. Le lieutenant-gouverneur Gore (1815-17) était d’ailleurs à la tête d’un gouvernement composé comme le nôtre de fonctionnaires investis de tous les pouvoirs, et qui en plus contrôlaient pratiquement la Chambre d’assemblée en s’y faisant élire en grand nombre.

Maitland.— Sir Peregrine Maitland succéda à Gore en 1818 et fut maintenu à la tête du pouvoir jusqu’en 1828. C'était le gendre du duc de Richmond et l'ami, dit-on, du duc de Wellington. Soldat de carrière, Maitland n'avait guère les qualités de l’homme d’État et il devint bientôt l'instrument de la faction oligarchique du “Family Compact”. C’est ainsi que l’on appelait dans le

Haut-Canada l’ensemble des fonctionnaires du gouvernement. Il est bon de remarquer que le Haut-Canada avait à résoudre les mêmes problèmes politiques que le Bas-Canada : questions de subsides, omnipotence du Conseil législatif, tyrannie de l'exécutif, indépendance des juges, etc. L'Assemblée, contrôlée presque toujours par les députés-fonctionnaires, ne fit pas toujours la même

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lutte au pouvoir; partant son rôte ne doit pas étre entièrement assimilé à celui de notre législature. C’est la minorité de la Chambre haut-canadienne qui se compare davantage à la majorité de la nôtre. Là, on les appelle les libéraux, ici les Canadiens. Libéraux et Canadiens poursuivent le même objet, font la même lutte, combattent le même ennemi, commettent les mêmes erreurs, aboutissent aux mêmes résultats, au soulèvement de 1837.

Premiers agitateurs.—]a race écossaise à joué un rôle prépondérant dans le mouvement pour la liberté dans le Haut-Canada. Robert Gourlay, venu d'Écosse en 1817, ouvre la série de ces lutteurs convaincus. Homme de plus d’habileté que de sens il eut surtout le tort de ne point réussir : car si le succès a bâti bien des grands hommes, la défaite en a rejeté beaucoup dans les rangs des démagogues. Gourlay était parvenu à faire une sorte d'enquête générale sur l’état, le progrès et les besoins de tous les districts ruraux : il avait alors organisé une sorte de “convention nationale” où des délégués de toutes les parties de la province devaient exposer leurs réclamations et demander des réformes. Le gouvernement, pour lequel il devenait fort suspect par le rôle important qu'il avait assumé dans la politique de réformes, le fit mettre aux arrêts. Il fut vite acquitté par la cour : mais Je gouvernement lui ordonna de quitter ia province. Sur son refus on le jeta de nouveau en prison où il languit quelque temps; on l’expulsa finalement de la province. Son œuvre fut bientôt reprise par d’autres.

En 1821 le parlement décréta l'inéligibiiité des sujets américains. Cette loi était surtout dirigée contre les deux Bidwell, père et fils, qui furent en conséquence expulsés de la Chambre: les fonctionnaires-députés du Haut-Canada exerçaient le droit d'expulsion que leurs confrères et amis du Bas-Canada refusaient de reconnaître à la législature de Québec. La loi ayant été modifiée, Marshall Spring Bidwell, fils, fut élu au parlement de 1825, et le parti libéral de la réforme, qui y fut pour la première fois en majorité le nomma président. Le parti de la réforme conserva la majorité en Chambre pendant cinq ans. Mais, là, comme ici, on dut se contenter de faire de l’éloquence.

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car en réalité, le pouvoir appartenait tout entier au gouvernement.

Emule de Papineau. Un autre Écossais, William-Lyon Mackenzie, apparut alors en scène. Il débuta dans la lutte par la fondation d’un journal le “Colonial Advocate” et s’attaqua avec une violence extrême au gouverneur Maitland et à son entourage officiel. Mackenzie fut élu au parlement en 1828 pour le comté de York (Toronto). Les libéraux étant encore en majorité, la Chambre déclara qu’elle devait être reconnue comme l'aviseur officiel de la couronne. C'était le principe du fouvernement responsable mis en évidence et qui restera désormais à la base des revendications du parti de la réforme, dirigé par Mackenzie.

Sir John Colborne.—Maitland, rappelé en 1828, fut remplacé par sir John Colborne qui garda le pouvoir jusqu’en 1836. Colborne s’aperçut bien vite des causes du malaise grandissant : manque de confiance du peuple dans les officiers de la couronne, obéissance aveugle du Conseil législatif à la direction que lui imposaient les conseillers exécutifs qui en faisaient partie et opposition populaire aux lois de naturalisation. Colborne, qui connaissait pourtant bien l’état déplorable de la politique économique de la province, ne fut pas non plus l’homme des réformes, il n’osa entrer en lutte avec ses lieutenants non plus qu'avec le ministère anglais. D'ailleurs l’évêque anglican Strachan, qui faisait partie des Conseils, était l'esprit dirigeant de la phalange officielle et c'était un rude adversaire dont la ténacité était difficile à vaincre.

Parlement réactionnaire.—]a mort de George IV amena de nouvelles élections générales en 1830. Le parti réactionnaire reprit le pouvoir. Mackenzie devint le chef de l'opposition libérale et fit une lutte à mort à l’oligarchie dominante. L'Assemblée, dirigée maintenant par le procureur général Henry Boulton et son collègue le solliciteur général Hagerman, expulsa maintes fois Mackenzie de la Chambre sous les plus futiles prétextes. Colborne et le ministère anglais désapprouvèrent cette conduite, mais les deux fonctionnaires se moquaient

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de cette censure et le Bouvernement fut forcé de les congédier ; ils dirigèrent alors leurs attaques contre le gouvernement, qu’ils avaient prétendu servir. et l’on put voir alors par leur insultant langage combien leur loyauté passée était le fait des circonstances favorables. La Chambre basse, toujours sous le contrôle des fonctionnaires, prit avantage du statut impérial de 1831 ; Celui-ci mettait tout le revenu de la couronne à la disposition des Provinces moyennant le vote d'une liste civile permanente couvrant le salaire du Bouverneur, des conseillers et des juges; la Chambre vota 6,000 livres à cette fin. Aux élections de 1834, le parti officiel fut défait. Durant la lutte électorale, Mackenzie avait publié une lettre de Joseph Hume, l’éminent économiste anglais, qui déclarait que la crise, dans les affaires du Canada, approchait rapidement, et qu’elle déterminerait l'indépendance après avoir amené Ja Séparation du Canada de la mère patrie à cause de la conduite tyrannique d’une méprisable faction A Mackenzie fit pour le Haut-Canada ce que Papineau accomplissait Pour sa province, mais il employa un langage et des moyens d'action beaucoup plus violents. Colborne se plaignit que l'influence du chef réformiste était très grande en Angleterre: cet imposteur persévérant, ce démagogue dangereux. disait-il, n'a qu’à donner sa version pour être tout de suite favorablement entendu et souvent écouté. Là comme ici, on le voit, les mêmes qualificatifs d’ignorant, de fou, de démagogue, d’imposteur éta nt appliqués à ceux qui osaient s'attaquer aux détenteurs de tout pouvoir et qui, avec sincérité sinon avec succès, luttaient pour la liberté.

Exposé de griefs. On dirait vraiment que la marche des événements est identique dans les deux provinces. En 1834 le parlement du Haut-Canada adopta lui aussi un certain nombre de résolutions qui servirent de base à une adresse au roi. Elles étaient moins nombreuses que celles du Bas-Canada, mais peut-être plus substantielles. On y demandait un ministère responsable au peuple, un Conseil législatif électif, le contrôle du service des postes. Sir Francis Head, qui avait succédé à Colborne en 1836 reçut la réponse du ministère à ces résolutions de la Cham-

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bre. Il était accordé quelques réformes, dont la plus importante était la création d'un bureau de contrôle des fonds publics au sein de l’Assemblée ; quant au ministère responsable, il n’y fallait pas songer.

Grands travaux publics.—{En dépit de la lutte politique très vive la nouvelle province, grâce à une immigration constante et à l'esprit d'entreprise de sa population, marchait rapidement dans la voie du progrès. À vrai dire elle avait cet avantage sur l’ancienne que tout était à faire chez elle: là, point de cette misérable routine qui arrête trop souvent les élans nouveaux. Le colon anglais, obligé de vivre aux côtés du colon américain très €ntreprenant sentit le besoin, il y était d’ailleurs porté par nature, d'améliorer sans cesse ses conditions de vie: de grands travaux publics furent entrepris pour développer l’agriculture, le commerce et l’industrie. Le canal

ideau pour relier l'Ottawa au lac Ontario fut construit de 1825 à 1832; il a 125 milles de long: le canal Welland

fut aussi vers ce temps creusé entre les lacs Érié et Ontario.

Il se forma aussi une compagnie des terres la “Canada Land Company” qui jeta des milliers de colons sur le territoire du lac Huron, ouvrit quelque deux cents milles de chemins publics et livra en quelques années à la culture plus de deux millions d’acres de terre mis en valeur par une population de 100.000 habitants. Guelph fut fondée en 1827, Goderich en 1829. Tout cela fut l’œuvre d’un autre Écossais. journaliste lui aussi, du nom de John Galt, qui fut l’instigateur et le principal instrument de cette vaste entreprise.

Un gouverneur vire-capot.—]le secrétaire des colonies, Glenelg, qui avait pensé remplacer avantageusement Colborne par Head, fut vite détrompé. Réputé libéral avancé, le lieutenant-gouverneur porta au Conseil exécutif trois membres de la majorité réformiste de la Chambre dont le plus marquant était Robert Baldwin : mais il annonça bientôt que tout le gouvernement c'était lui-même ; il déclara qu’il n'était pas tenu d'agir d’après les décisions du Conseil. Tous les conseillers démission-

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nérent alors, et de nouveaux furent choisis parmi la fac. tion du ‘Family-Compact”. Le Bouverneur entra aussitôt en lutte avec la Chambre qui, pour la première fois refusa de voter les subsides. Des élections générales furent ordonnées ; le parti réformiste battu, Mackenzie défait à Toronto, Head Passa avec fracas dans les rangs du parti tory. Le fouverneur se fit l’antagoniste irréductible de toutes réformes et prit tous les moyens pour rendre complète la ruine du parti libéral réformiste, et ieter tout le discrédit possible sur ses chefs tels que Mackenzie, Bidwell, Baldwin et les autres. Gonflé de triomphe et d’orgueil il alla jusqu'à désobéir aux ordres formels de Glenelg et Préféra envoyer sa démission plutôt que d’obéir à ses chefs. (25 novembre 1837). Toute sa conduite avait été celle d’un fat, et il fit plus que toute la Campagne du parti réformiste pour précipiter la révolution dans cette province.

La Nouvelle-Ecosse.— A1 temps des guerres napoléoniennes, la Nouvelle-Écosse avait profité très largement di commerce de l'Angleterre. Les années qui suivirent furent moins prosnères, et sa population se dirigea davantage vers l’agriculture: l’état politique de la province fut plutôt paisible, Sir James Kempt, qui gouverna de 1820 à 1828, à laissé la réputation d’un homme d'activité pratique : les ressources du gouvernement furent employées à ouvrir de nouvelles routes, à perfectionner les anciennes, et à encourager la colonisation. L'ancien lieutenant-gonverneur du Haut-Canada, Maitland, succéda à Kempt (1828). Durant cette époque, il se fit beaucoup d'agitation au sujet d’une rente foncière imposée par Lawrence en 1759. Ce gouverneur avait établi une taxe annuelle d’un schelling pour chaque 50 acres des terres concédées par la couronne. On négligea Pourtant de prélever cet impôt et lorsqu’en 1811 on tenta de faire rentrer dans le trésor les arrérages, qui en bien des cas couvraient Presque la valeur des terres. le peuple se souleva contre cette prétention et la Chambre se refusa à aucun compromis ; finalement (1834), je roi

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