STE SCHOLASTIQUE
Le Soulèvement de 1837-1838.
sins du roi au lac des Deux-Montagnes et l’on croyait faire la lutte avec quelque avantage. Des influences diverses tentèrent mais en vain, de dissuader Chénier de ses desseins ha: irdeux, mais ni les conseils ni les menaces, non plus que la défaite de Saint-Charles ne firent impression sur Chénier. Colborne résolut de porter un grand coup de ce côté, et, prenant la direction de l’entreprise, il se rendit à Saint-Eustache le 14 décembre avec une forte batterie de Campagne, de l'artillerie, de la cavalerie, près de leux mille hommes de troupes et un bataillon de volor’aires sous les ordres du capitaine
de milice Globenski. Chénier, à l’arrivée de Colborn
Commit l’imprudence de s’enfermer avec les siens dar
l’église du village après avoir rejeté les derniers appe
à la raison et au bon sens que lui fit le curé Paquin. ,
CEUX qui n'avaient pas d'armes Pour se défendre, Che
nier dit: “Soyez tranquilles, il y en aura de tués parn nous et vous prendrez leurs fusils”. Girod avait pris | fuite ; sur le point d’être arrêté il se flamba la tête. U Militaire avant mis le feu à une maison près de l’église le colonel Wetherall profita de la fumée qui environnai l'église pour disposer les troupes autour du temple e cerner les insurgés afin d'empêcher leur fuite. On tent: en vain d’enfoncer les portes à coups d'obus : Je lieutenan Lvons et le soldat Ormsly pénétrèrent alors derrière l’autel et mirent le feu à l’église pour forcer les insurgés à sortir et les tuer au Passage. Les malheureux durent bientôt fuir l'immense brasier. ils tombèrent pour la plupart sous les balles des soldats anglais, qui en firent un véritab'e carnage au cri de “remember Weir”. Chénier avait été tué dans le combat avec 70 de ses compagnons. les autres furent faits Prisonniers. Tout le village fut incendié et livré au pillage, comme au temps des conquérants barbares. Colborne se dirigea ensuite sur Saint- Benoit, qui, malgré sa soumission à l'autorité victorieuse. vit l'incendie détruire ses maisons.
sevelis sous les cendres de leurs villages. Le malheureux peuple rentra dans ses foyers dévastés, obligé de subir le sort que lui ferait Son vainqueur. La loi martiale, établie le 5 décembre. ne fut pas rappelée, l’on craignait un retour des hostilités pour le printemps: les patriotes fugitifs, de concert avec ceux du Haut-Canada, pouvaient bien en effet Préparer aux frontières quelque nouveau COUp mieux organisé. Gosford, d’allure peu martiale, avait demandé son rappel en novembre, et Colborne, bien davantage l’homme des circonstances. prit la direction des affaires en février 1838 et s’entoura de conseillers de son choix. La majorité des prisonniers avaient , .‘ relà-
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Dans la province Voisine.-—]e parti réformiste du Haut-Canada n'avait peut-être pas des motifs aussi STaves pour tenter un soulèvement populaire. Certes, les abus de Pouvoir là non plus ne manquaient pas, ei les principes de liberté, à la base de la lutte conduite par les libéraux, étaient bien identiques à ceux Pour lesquels la législature bas-canadienne combattait depuis longtemps. Mais alors que la grande masse de notre peuple était unanime ou presque dans ses revendications, la population du Haut-Canada ne manifestait pas aussi clairement Sa volonté d’user de ses droits légitimes : aussi bien la cause des réformistes, excellente en soi, manquait-elle quelque peu de sanction populaire, La rébellion éclata Pourtant,
Le parti officiel tory était au pouvoir, et les réformistes peu nombreux en Chambre se montraient plus actifs et Entreprenants au dehors. Mackenzie conçut le projet de convoquer pour le printemps une “convention nationale”, prélude d’une “assemblée nationale” avec gouvérnement provisoire, qui aurait pour chef le fameux docteur Rolph, Personnage aussi louche dans sa conduite que puissant d'intelligence. C'était bien un véritable plan de politique révolutionnaire, On posait carrément le but à atteindre, tandis que chez nous l’on s'était battu, semble-t-il, à seule fin de se battre, non Pour renverser le Souvernement établi, mais Pour l’amener à composition Par une crainte salutaire. On était loin du printemps, et comme Mackenzie avait fait organiser l'entrainement militaire de ses adeptes durant l'été, et les événements du Pas-Canada aidant, le mouvement éclata dès l'automne de 1837. Il fut même question en octobre de s'emparer U $ouverneur, sir Bond Head, tout infatué de lui-même et qui se prétendait capable de mater Jes réformistes par la seule force morale et persuasive de sa personne.
Attaque sur Toronto.—]e docteur Rolph, dans la journée du 4 décembre, fit Savoir à Mackenzie que l’oc- Casion était propice Pour tenter une atr. que sur Toronto.
Le colonel Fitzgibbon, Chargé à la dernière heure de
défense de la ville, faisait à la hâte une levée de volo taires, tandis que le Bouverneur ouvrait des pourparle avec les chei, rebelles en vue de gagner du temps. Rol] lui-même et Robert Baldwin étaient les émissaires « fouvernement auprès de Mackenzie. Dans la soirée « $ une première attaque fut livrée sans succès puis renot velée le 7 sans plus de résultat. Fitzgibbon donna
chasse aux rebelles qui passèrent la frontière pour la ph part et Mackenzie se réfugia à Buffalo où il s'employa comploter contre le Souvernement. Samuel Lount, con mandant en second et un nommé Matthews furent fait Prisonniers et ils furent pendus pour crime de trahiso
le 12 avril 1838.
Rébellion Canado-américaine. Mackenzie, ré
fugié à Navy Island, s'employa à de nouvelles tentati ves pour renverser le Bouvernement. Il réussit à inté resser à sa cause un certain nombre l'aventuriers amé ricains et se forma une petite armée qu’il mit sous le Commandement de Von Rensselaer. Allan McNab, ave quelques compagnies de volontaires et de réguliers, fut chargé de la défense de la province. I] semble que les rebelles trouvèrent beaucoup de Sympathies chez les Américains des États limitrophes et que le gouvernement de Washington ne leur était pas antipathique outre mesure. Il fit peu à la vérité pour empêcher ses nationaux de sympathiser avec les amis de Mackenzie. Il se produisit aux frontières plusieurs escarmouches. Les deux groupes loyalistes et ebelles se taquinaient fort sans toutefois en venir à des engagements sérieux, McNab réussit à mettre le feu au navire Je Caroline qui ravitaillait Mackenzie et le lanca dans les chutes du Niagara : les rebelles incendièrent à leur tour le Robert Peel Des attaques eurent lieu à l’île Pelée du lac Érié et à Kingston sans avantage pratique pour les rebelles. Le résultat le plus clair de toute cette échauffourée fut d'affaiblir dans Ja province les SYmpathies pour les réformistes.
Lord Durham. ]e nouveau gouverneur lord Durham arriva à Québec au Printemps de 1838, avec les pou-
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voirs presque illimités d'un dictateur et une suite nombreuse de Personnages officiels. La Constitution «ana. dienne pour le Bas-Canada avait été suspendue pour trois ans alors que la Province voisine Conservait toujours ses institutions politiques : le BoUverneur était chargé d'une mission spéciale, Concernant la forme de gouvernement qu'il conviendrait d'établir dans les colonies d'Amérique, Durk n était certes un homme d'État, de politique libérale, ue haute éducation, de manières d'aristocrate et de valeur morale et intellectuelle incontestable, I] arrivait AU pays dans un moment de grande détresse, le peuple était encore sous le coup des derniers événements tragiques, et plein d'inquiétude pour l'avenir. Durham, le jour même de son arrivée, renvoyait le conseil spécial nommé par Colborne et s'entourait d'aviseurs de son choix afin, disait-il, de ne subir aucune influence des personnes et des choses de l’ancien régime.
‘€ FOuverneur, pensant sans doute que le peuple avait été suffisamment puni de son entreprise follement harsardeuse par le répression Sang'ante et sans merci qu’en avait faite Colborne, acCorda une amnistie générale à tous CEUX qui avaient pris les armes. Furent toutefois exclus de cet acte de clémence huit des plus compromis, qui, s'étant reconnus coupables, furent déportés aux Bermu des ; et seize des chefs, qui avaient fui aux États-Unis, furent déclarés coupables de haute trahison et condamnés à mort par Contumace. Cet acte d'amnistie et de bannissement fut mal reçu en Angleterre. Lord Brougham et
sur l'appui complet et sans réserve du SO ernement anglais, ressentit vivement le désaveu que fit la Chambre des lords de son ordonnance d’amnistie, et, par un manifeste, adressé au peuple de cette Province, il en appela à l'opinion publique de Ja conduite du parlement à son égard. Durham donna ensuite sa démission et s’embarqua pour l'Angleterre Je Premier novembre 1838, cinq mois à peine après son arrivée,
Rapport de Durham.__Son Excellence, aidée de son ami Gibbon Wakefeld et de Charles Buller son secrétaire avait terminé son enquête sur l’état politique, économique et social du pays. Durham s'était d’abord montré favorable à une union fédérative des provinces Canadiennes, mais à la suite d’entrevues avec les délégués des provinces maritimes et de sa visite dans le Haut- Canada il abandonna ce projet comme étant encore prématuré et inopportun. Ayant constaté que la population anglaise s'était établie en Pays conquis et paraissait bien résolue de se gouverner toute seule ou à changer d’allégeance, il s’imagina que le seul moyen de conserver la colonie à l’Angleterre, c'était d'assurer à l'élément anglais toutes les prépondérances sur l'élément francocanadien et d'adopter une politique économique en vue de la disparition prochaine et inévitable de ce dernier groupe. “Ils sont un peuple sans histoire et sans littérature, destiné à disparaître”, avait écrit Durham. Dans un très volumineux rapport, il proposa l’union législative des deux Canadas et la création d’un gouvernement responsable. L'union législative devait fondre les deux provinces en une seule dans laquelle le groupe français serait bientôt subordonné au groupe anglais. IJ'établissement du gouvernement responsable allait d'autre part assurer l’attachement perpétuel des Anglo-Saxons aux institutions politiques britanniques. Ce mémoire remarquable devait servir de base à la constitution nouvelle que l'Angleterre allait bientôt nous donner.
Second soulèvement. Le général en chef, surnommé le “vieux brülot”, prit de nouveau la direction du gouvernement au départ de Durham. Il entrait à peine en fonctions qu’un second soulèvement se préparait dans le district de Montréal. Des rixes et des commencements d'émeutes se produisirent dans Terrebonne, Beauharnois, Châteauguay, Rouville et ailleurs. Quelques-uns des fugitifs de l’année précédente étaient revenus des frontières avec des énergies combatives nouvelles. Une tentative sérieuse d’insurrection se produisit à Beauharnois le 3 novembre 1838. Les insurgés, un moment victorieux. firent quelques prisonniers de marque, que les 800 régu-
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SOULÈVEMENT ET E LLRÉSSION 413
liers du régiment de Glengarry délivrèrent bientôt après avoir dispersé les insurgés : le major général Macdonell acheva de briser le soulèvement à Lacolle, Odelltown, Hemmingford et Sherrington. Le doct:rnr Robert Nelson fut défait avec les siens à Odelltow-: jar un détachement de volontaires loyalistes comman:iés par le co lonel Taylor. Nelson fut fait prisonnier. ‘irice au sy:
tème de dé'ation et d'espionnage les prisous ds strict de Montréal se remplirent de Canadiens accusés de tra-
hison ou seulement Soupçonnés de sympathiser avec ceux qui avaient pris les armes.
Répressions sanglantes. Colborne, ne voulant Pas Sans doute encourir les mêmes reproches que son prédécesseur, laissa faire le procès des accusés politiques. La plupart récusèrent la juridiction du tribunal du conseil de guerre et les juges Panet, Bédard et de Saint- Réal furent relevés de leurs fonctions pour avoir mis en doute la légalité de la suspension de l’Acte d'Habeas Corpus. Les officiers de la couronne furent d’un avis contraire et le conseil de guerre, qui avait d’abord ordonné la déportation de plusieurs, rendit un verdict de mort contre quatre-vingt-neuf accusés : douze montèrent sur l'écha faud : Joseph-Narcisse Cardinal, Joseph Duquette, Pierre-Théophile Decoigne, François-Xavier Hamelin, Joseph-Tacques Robert. Ambroise Sanguinet, Amable Daunais, Charles Sanguinet, le chevalier de Lorimier, Charles Hindelang, Pierre-René Narbonne, François Nicolas.
Tous ces malheureux n'étaient sans doute pas plus coupables que les autres: mais le caractère de récidive de cette seconde entreprise de soulèvement servit de prétexte à leur exécution. Cette sévérité de la justice humaine n'était pas de nature à gagner la sympathie du public canadien à un gouvernement déjà mal vu pour l'arbitraire de sa conduite. Colborne, secondé par son Conseil spécial composé de personnes de son choix, continua de gouverner Ja Province à coups d'ordonnances jusqu” sa retraite en 1839. Dans le Haut-Canada, où le soulèver-2nt avait bien davantage la caractère d'une rébe!Hon, üu ptus grand nombre de condamnés montèrent
sur l’échafaud. Cette province cependant conserva tout le temps ses institutions parlementaires ; il n’y eut pas là de dictature.
Le Conseil Spécial.—Un décret impérial suspendit pour 3 ans la constitution du Bas-Canada (10 fév. 1838). Colborne gouverneur intérimaire se donna un Conseil spécial, composé de 11 Anglais et de 11 Canadiens. Ce conseil fut momentanément reconstitué par Durham (juin-oct. 1838), puis les anciens titulaires reprirent leurs fonctions le ler nov. 1838 pour les conserver jusqu’au 10 février 1841. Le pouvoir exécutif et législatif fut durant 3 ans exercé par ce conseil sous la direction de Colborne, Durham et Poulett Thompson. Il rendit un grand nombre d'ordonnances dont la plupart n'étaient faites que pour rééditer les lois du parlement canadien.
Sir Poulett Thompson, le miristère anglais pouvait difficilement choisir un meilleur homme pour appliquer sa politique d’union législative telle que proposée par Durham. De caractère et d’esprit éminemment supérieurs, Thompson devait amener les énergies diverses à accepter les idées et les vues du ministère sur sa nouvelle politique coloniale. Il devait prendre tous les moyens de persuasion pour parvenir au but, et il y parvint dans une large mesure. Sa tâche fut plutôt facile dans la vieille province à laquelle il ne s'agissait que d'imposer l'union, l’état politique et social résultant des derniers événements ne permettait à personne de s’y opposer efficacement ; tandis qu’il était facile au gouverneur d'obtenir le consentement officiel du Conseil spécial où seul Neilson fit entendre quelque protestation inutile : quant au peuple il était opposé en bloc à l’union, mais ce peuple, que l’on destinait à l'extinction, ne comptait plus dans les conseils de l’État. Il devait en être autrement dans le Haut-Canada, où l'opposition à l’union pouvait encore se manifester librement. À peine débarqué à Québec à la fin d'octobre, Thompson fit reconnaître le principe de l'union par le Conseil spécial et se rendit à Toronto où il convoqua les Chambres le 3 décembre. Ce peuple d'ultra-loyalistes ne pouvait admettre un partage quel-
conque du gouvernement représentatif avec les “rebelles” du Bas-Canada. Tout au plus accepterait-il l'union à condition de contrôler par le nombre et les avantages spéciaux le nouveau mode de gouvernement. Thompson leur démontra que le partage égal de la députation tel qu’il le proposait était encore au désavantage des Canadiens étant donné la supériorité numérique de ces derniers, et qu'il serait peut-être avantageux pour le Haut-Canada de faire payer partie de sa dette par l’ancienne province. Cet avantage financier détermina les ultra-loyalistes à abandonner leurs prétentions exorbitantes : ils voulurent bien consentir à l’union.
L'union réalisée.—Au mois de décembre 1839, le parlement haut-canadien adopta le principe de l'union sur les bases suivantes : représentation égale pour les deux provinces, dette du Haut-Canada assumée par les provinces unies, la langue anglaise seule officielle. Le parti du “Family-Compact” resta quand même l'adversaire de l'union. Quant à la responsabilité ministérielle, Thomp-
son et le secrétaire des colonies, lord John Russell, ne la croyaient pas réalisable, et le parlement britannique avait résolu en 1839 de ne pas l’accorder. En 1840, le parlement anglais réunissait les deux provinces sous un gouvernement constitutionnel unitaire établi sur les principes ci-dessus. L'union proposée par Durham était en partie réalisée; mais les deux courants que l’on prétendait ainsi mêler en un seul, ne devaient pourtant pas se confondre; allant dans une même direction, ils restèrent toutefois bien distincts jusqu’à la Confédération.
DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
Commerce général.-]l'institution du régime constitutionnel coïncide avec les débuts d’un plus grand developpement économique du pays. Les législatures locales remplacèrent peu à peu les statuts impériaux par leurs propres lois du commerce que jusque-là l'Angleterre avait seule contrôlé. En 1796 le traité anglo-américain leur donna occasion de légiférer dans le sens des intérêts canadiens et d'ouvrir notre marché à la concurrence commercia'e de nos voisins. Cependant les importations étaient toujours à cette époque beaucoup plus importantes que les exportations ; les bois de construction étaient le principal produit que le Canada pouvait avec quelque avantage Jeter sur le marché étranger. Le Canada achetait donc plus qu’il ne vendait: ce manque d'équilibre dans les échanges, aurait à la longue tari nos sources de richesses monétaires si l'Angleterre n'avait jeté annvellement dans la circulation plus d’un million de numéraire pour l'entretien de ses troupes. En 1808 la différence des échanges commerciaux qui était de £400.000 à notre désavantage tait en grande partie compensée par le budget de l’armée D'autre part presque tout cet or étranger allait aux ma:sons commerciales anglaises plus solidement établies parce qu’elles étaient mieux patronnées que les nôtres. Les maisons canadiennes françaises faisaient davantage le commerce du détail. Le commerce des fourrures était presque exclusivement aux mains de nos concitoyens, plus favorisés de la fortune et jouissant des influences en haut lieu. Le Bas-Canada qui produisait surtout du blé en exportait 300,000 minots en 1794, et plus d'un million en 1802; cette marche ascendante se con- ‘inue sans arrêt durant toute cette époque.