‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 90 sur 120 · ERA EE TIENNE PTE EVE DE PE · texte numérisé non relu

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suite dix ou douze autres institutions du même genre furent fondées dans les deux provinces, entre autres Ja anque du Peuple (1835), la Banque de l'Amérique britannique l’année suivante. À cette époque le numéraire était assez rare et les changements que l'Angleterre apporta parfois à l’unité monétaire en cours étaient loin d'améliorer la situation dans ses colonies d'Amérique ; et on dut souvent recourir au papier-monncie. Les banques, en se chargeant des dépôts en espèces, devaient rendre des services, bien que leur système füt vraiment nouveau en ce pays. La crise politique de la fin du régime constitutionnel, amena également la crise commerciale et financière; et en 1837 les banques se firent autoriser à suspendre les payements en espèces.

Immigration.— Avec la conquête commence le Mouvement d'immigration anglaise en ce pays. Commer- Sants, financiers, aventuriers, chercheurs de places arrivent chaque année et pénètrent un peu dans tous les milieux dirigeants de la société canadienne, où doit se faire une Organisation nouvelle. Après les guerres napoléoniennes ce sont surtout les classes inférieures qui émigrent et chaque années les Iles britanniques déversent sur le continent américain un fort contingent de leur population pauvre. La majorité de ces émigrants se dirigent vers les États-Unis: mais un grand nombre choisissent ou se voient imposer le Canada pour nouvelle patrie. De 1820 à 1835, leur chiffre varie de 15,000 à 50,000 par année ; ces émigrés sont transportés la plupart du temps sur des vaisseaux mal aménagés où on les entasse parfois comme du vulgaire bétail. En 1834, dix-sept vaisseaux firent naufrage et près de mille personnes perdirent la vie. L'on a vu plus haut comment des milliers Moururent du typhus et du choléra. Cette classe d’immigrants n’est pas la meilleure. Au témoignage des gou- Vérneurs ce sont pour la plupart des indigents, des misé- Teux, quand ce ne sont pas des indésirables et des expulsés de l'Angleterre et de l'Irlande. Les armateurs en faisaient un véritable commerce et les agents, recevant une prime pour chaque recrue qu'ils pouvaient embarquer, ne s'occupaient pas davantage de l’état physique ou

moral des sujets, ni de leur utilité pour notre pays. Ainsi un grand nombre n’ont aucun moyen de subsistance, il faut les nourrir, les vêtir, les loger, en attendant de les établir. La plupart sont dirigés vers le Haut-Canada, les autres se fixent dans les cantons de l'Est, d’où plusieurs passeront ensuite aux États-Unis. Le parlement pour aider à supporter le fardeau de cette immigration imposa une taxe sur tous les immigrants pour couvrir les frais de secours occ"sionnés par ‘’indigence de quelques-uns.

Colonisation.—]l/on à vu comment au temps de Prescott, de Milnes et de Craig, le domaine public des terres de la couronne avait été largement mis à contribution au bénéfice des amis du pouvoir; sauf dans les cantons de l’Ést, la colonisation ne faisait que de faibles progrès. Grâce à l'immigration intense dans les deux provinces après la guerre, la colonisation se fait avec plus d'activité et d'utilité pratique. Dans le Haut-Canada, où des terres sont données aux soldats licenciés, l’on constate que beaucoup de ces militaires, improvisés cultivateurs, ne fondent à peu près nulle part d'établissements solides et durables. Quant aux immigrés ici comme làbas, ils sont davantage utiles au progrès de la colonisation. Un grand nombre sont d’abord employés au défrichement des terres et à la confection des chemins publics et la province d'en Haut encore plus que la nôtre se couvre d'établissements prospères. Deux compagnies agraires la British American Land Co. pour le Bas et la Canada Land Co. pour le Haut, obtiennent des centaines de mille acres de terre qu’elles distribuent ensuite aux colons et surveillent la mise en valeur des terres ainsi colonisées. Le parlement de Québec ne se montra guère favorable à ce système de colonisation entrepris par une compagnie dans le but, disait-on, de s’enrichir. Dans le Bas-Canada on colonise à cette époque la vallée du Saint-François et de l’Ottawa ainsi que les cantons de l'Est.

MOUVEMENT RELIGIEUX

Liberté religieuse.—Ia liberté religieuse avait été une troisième fois garantie par la constitution de 1791.

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Mais si le principe lui-même était incontestablement reconnu, son application ne fut pas toujours incontestée. L'on avait bien admis la politique de séparation de l'Église et de l’État, quant à ieurs rclations de puissance à puissance, mais le gouvernement, tout ei voulant bien accorder pleine et entière liberté en matière de dogme et de morale, avait la prétention de soumettre à son pouvoir et à ses vues la discipline et la conduite extérieure de l’organisation hiérarchique. On voulait assurer e: quelque sorte le même rôle que les rois de France s'‘taient arrogé dans l’Église canadienne. Les deux plus actifs défen-

seurs de ces théories furent le gouverneur Milnes et le secrétaire Ryland.

Monseigneur Plessis. Mer Joseph-Octave Plessis était alors évêque de Québec. Canadien de naissance—il était né à Montréal en 1763—Mgr Plessis avait été l'élève brillant du séminaire de Québec. Ordonné prêtre en 1786, puis élevé à la dignité épiscopale en 1801, comme coadjuteur de Mgr Denauit. il devint évêque titulaire de Québec en 1806. ” Ce titre d'évêque catholique n’était Pas reconnu officiellement, la constitution défendait même de le donner au chef de l'Église, que l’on appelait dans les actes officiels Monsieur le surintendant de l'Église romaine; ce dernier titre lui donnait droit à un traitement et le faisait considérer comme un fonctionnaire de l’État. Vers 1800 Mgr Denault prit cependant ouvertement le titre d’évêque de Québec, Mgr Plessis en agit de même : seul l’évêque anglican s’en formalisa, les ministres et Je souverneur finirent par reconnaitre cette qualité officielle en 1818.

Les instructions royales données aux gouverneurs déclaraient que nul ne pouvait être ordonné et avoir charge d’âmes sans obtenir ja Permission du chef du gouvernement; cette règle, à laquelle l’on n'avait soumis que les prètres de Saint-Sulpice pour les empêcher de se recruter en France, on voulut l’étendre à tout le clergé canadien. Tour à tour et sur l’avis de Londres Milnes, Sewell, Monck, Craig et Ryland tentèrent auprès de l’évêque Plessis des démarches dans le but de rétablir cette obligation Pour tous les pasteurs Catholiques. Mgr Plessis opposa

aux prétentions du pouvoir une résistance énergique. Il lui fut facile d'établir que, à ‘étant pas officiellement reconnue comme telle par le roi d’Ang'eterre, l’Église catholique ne pouvait étre régentée par lui en aucune façon. L'évêque, dédaignant les faveurs du gouvernement, refusa toujours de devenir un fonctionnaire de l’État.

La Compagnie de Saint-Sulpice.—1Ia question des biens du séminaire de Saint-Sulpice de Montréal s'agitait depuis de nombreuses années. Le pouvoir civil avait mis longtemps des entraves au recrutement de la Compagnie en France, dans l'espérance peut-être de voir tomber ses biens en déshérence pour pouvoir s’en emparer plus facilement. Durant 30 ans l'abbé Roux, supérieur du séminaire, s’emplova à établir les droits et les mérites des fondateurs de Montréal. Son plaidoyer, solidement établi sur la justice du droit et la logique des faits, ne put être infirmé par les officiers de la couronne. En 1838 fut enfin réglée la question des biens de Saint- Sulpice. Une ordonnance rendue par le Conseil spécial reconnaissait l’existence légale du séminaire de Montréal, lequel était en même temps confirmé dans la possession de ses biens à la condition de les emplover surtout aux œuvres éducationnelles. Les seigneurs durent cependant abandonner une partie de leurs droits seigneuriaux en faveur de leurs censitaires qui pouvaient à l'avenir racheter toutes les redevances féodales. Depuis 1838 le régime seigneurial est donc aboli pour toute l'ile de Montréal.

Jésuites et Récollets.—C'est en 1800 que la mort du Père Cazot amena l'extinction de l’ordre des Jésuites au Canada. À la suggestion même du dernier propriétaire, la couronne s’empara de tous les biens qui ne comprenaient pas moins de 900,000 arpents de terre divisés en sept grandes seigneuries et propriétés de ville. Amherst, à qui le roi les avait promis, mais auquel ils ne furent jamais donnés, reçut une compensation dans la suite. Ces biens furent administrés par une commission de trois membres et les revenus, qui ne furent jamais considérabies, furent employés à des fins diverses mais sur-

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tout à l'instruction publique p'acée sous le contrôte de l'Institution royale. Le dernier des Récollets disparut aussi dans le même temps et les modestes biens de cet ordre passèrent à la couronne.

Vicariats et missions. Au commencement du siècle dernier l’on songea à diviser l'immense diocèse de Québec qui couvrait presque la moitié du continent nord américain. La couronne britannique approuva la fondation de quatre vicariats apostoliques. Vicariat de la Nouvelle-Écosse (1818) : le premier titulaire, Mgr Edmund Burke, d’origine irlandaise, était venu comme missionnaire en 1786. Vicariat du Nouteau-Brunsivick : Mer PB. À. MacFachern, qui le fonda, devint titulaire de Charlot. tetown en 1839. Vicariat du Haut-Canada ; l'abbé Alexander MacDonell, d’abord aumônier d’un régiment écossais les G'engarry Fencibles s'était OCCUPÉ activement d'établir une colonie de ses compatriotes écossais dans la vallée située entre le Saint-Laurent et l’Ottawa : il devint le premier vicaire apostolique de la province du Haut- Canada en 1819, puis évêque titulaire, (1826) avec siège épiscopal à Kingston: il est nommé au Conseil législatif du Haut-Canada. Vicariat de la Rivière Rouge: Mgr Joseph-Norbert Provencher en est le premier titulaire en 1829; deux ans plus tôt il s'était rendu avec l'abbé Dumoulin dans la colonie fondée par Selkirk où il prit la direction spirituelle des quelques familles métissées canadiennes, écossaises et allemandes établies autour du fort Gibraltar, (fort Garry). Quelques autres prêtres les suivirent et établirent parmi les sauvages les missions catholiques du Nord-Ouest que les Pères Oblats ont développées si magnifiquement dans la suite.

Diocèse de Montréal.—La création du diocèse de Montréal ne se fit pas aussi aisément que celle des quatre vicariats apostoliques. Londres n'était pas encore disposée à laisser s'établir un diocèse indépendant de celui de Québec : on ne pouvait cependant dans un district aussi important fonder un simple vicariat : d'autre part Mgr Panet était déjà coadjuteur de Québec: on décida done de confier le district de Montréal à un évêque auxiliaire et

l'abbé Jean-Jacques Lartigue, prêtre de Saint-Sulpice, fut élu à cette charge avec le titre d'évèéque de Telmesse le premier février 1820. Les premières années de son épiscopat furent marquées par quelques difficultés d'organisation et des malentendus avec certaines personnes ecclésiastiques. Mgr Lartigue devint évêque titulaire de Montréal en 1836; l’année suivante il se donna un coadjuteur, Mgr Ignace Bourget ; il mourut en 1840.

Les Eglises protestantes.—]'Église d'Angleterre, reconnue et subventionnée par l’État n'était pas florissante. Lors de l'érection du diocèse en 1793, il n’y avait pas un seul temple dans le Bas-Canada et l’on comptait LT ie deux ou trois misérables chapelles dans le Haut : 35 ans après le conquête, il n'y avait pas dix ministres pour près de 100,000 âmes partagées entre plusieurs sectes. Les anglicans de, Québec se réunissaient dans une église après les offices du culte catholique. Le premier évêque anglican, le très révérend Jacob Mountain, se construisit une cathédrale vers 1804. Le protestantisme n’était pas très prospère malgré les avantages que la constitution et les lois britanniques lui assuraient. Le manque presque complet de ministres du culte amena devant la législature du Haut-Canada la question de la validité des mariages. La population étant disséminée sur un vaste territoire, que ne pouvaient parcourir deux ou trois ministr-. les mariages étaient contractés devant un citoyen, ou u .ant un juge de paix ; c'était la coutume généralement suivie. On mit en doute la validité de telles unions au regard de la loi civile. Le parlement adopta donc une loi pour valider ces mariages et légaliser leurs conséquences civiles. L'Église d'Angleterre, si lente à s'établir dans la vieille province, fit plus de progrès dans le Haut-Canada lorsque l’archidiacre Strachan en prit la direction. Cet homme énergique et volontaire employa toutes les ressources de son intelligence féconde et de sa volonté d'homme supérieur à promouvoir les intérêts de sa croyance et pendant un quart de siècle il fut en politique, en économie religieuse et éducationnelle la figure la plus marquante de sa province.

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