‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 94 sur 120 · SIR CHARLES METCALFE · texte numérisé non relu

SIR CHARLES METCALFE

Retour aux prérogatives.—Sir Charles Bagot, homme d’une grande sensibilité, avait mal accepté la critique que Londres fit de sa politique de concession pourtant très juste, et, malgré sa forte constitution il fut terrassé en quelques jours par une maladie cardiaque. Il fut sincèrement regretté par tous ceux qui avaient la notion juste et équitable de la future grandeur de ce pays. L’Angleterre nous envoya sir Charles Metcalfe, qui avait, dit-on, présidé avec succès au gouvernement des Indes. Par principe, il refusa sa confiance au parti canadien qu’il tenait en suspicion constante à la suite des événements de 1837-38; il ne croyait pas davantage à la loyauté du parti réformiste, dirigé par Baldwin: il n’avait de confiance que dans les restes de l’ancien parti anglais, l’instrument docile du défunt “ Family Compact”. Plein d'énergie et d’activité, il entendait prendre une part active au gouvernement, en s’entourant des hommes qu'il estimait les plus capables de le seconder, sans tenir compte des partis auxquels il ne croyait d’ailleurs pas. Toute cette politique nouvelle des partis en formation lui semblait un acheminement vers l'indépendance de fait qui serait bientôt suivie de l'indépendance de droit. Dans ces dispositions d'esprit Metcalfe devait entrer en lutte ouverte avec le parlement. C'était comme la reprise de la politique élaborée par Robert Shore Milnes, et développée par Craig, Dalhousie, Aylmer, politique des seules prérogatives royales.

Metcalfe dans une impasse, — La session fut ouverte le 28 septembre 1843. La Chambre, sur l'avis du ministère, choisit Montréal pour le siège du gouvernement au lieu de Kingston; elle adopta aussi une loi

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Pour empêcher le gouverneur de sanctionner la loi. Le parlement décréta l’exclusion des employés publics de la législature et adopta des mesures pour assurer l’indépendance des juges. Metcalfe cependant s'affirmait davantage dans les délibérations du Conseil exécutif, et, sans consulter ses aviseurs, faisait parfois des nominations dans les bureaux publics. La nomination de Powell au greffe d’une cour de circuit amena la déclaration des hostilités entre le 8ouveérnement et le ministère. Lafontaine et Baldwin représentèrent à Metcalfe que l'exercice du patronage appartenait exclusivement aux ministres, seuls responsables aux Chambres de l'administration interne aussi bien que du Souvernement extérieur. Met- Calfe prétendit que c'était ]à une des prérogatives de la couronne qu'il ne pouvait abandonner au Conseil. On crut que la démission du ministère s'imposait, ‘lous résignérent à l'exception de l'irlandais Dominique Daly ; on l’appela l’inamovible Dominique. La chambre par un vote de 46 contre 23 aPPprouva la conduite des ministres démissionnaires.

Question de principes, — Denis-Ben jamin Viger, l’ardent patriote de 1837, et William Draper acceptèrent de faire partie du cabinet composé du seul Daly, qui pendant quelque temps fut tout le gouvernement. L’attitude

plie dans la suite ne Permet pas de placer Viger au rang des banqueroutiers politiques. D'autre part la démission

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que toujours fatale au personnage qui s’y conforme: il perd généralement son influence, son prestige, quelquefois son avenir politique et cela souvent sans résultat pratique pour les intérêts en cause.

Deuxième parlement.—Ce ne fut qu'après neuf mois de difficultés de toutes sortes que le ministère Draper-Viger put compléter ses cadres. Monsieur Viger lui-même était ministre sans être député. Aux élections, à l'automne de 1844, le parti conservateur eut la majorité du vote populaire, le grand chef orangiste Gowan et John À. Macdonald furent élus alors que les réformistes hautcanadiens étaient défaits. C'était le résultat sans doute du changement de capitale comme aussi de la dernière loi contre les sociétés secrètes. Le Bas-Canada restait fidèle à Lafontaine, et Viger, Barthe, Noël, Neilson et Cuvillier du groupe conservateur furent défaits. Les ministériels avaient une faible majorité en Chambre, le parti libéral réformiste avait perdu du terrain malgré que'aues bonnes recrues nouvelles telles que L,. T. Drummond, Joseph Cauchon, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau. Le souverneur, dit-on, avait pris une part très active à la lutte électorale.

Un ministère actif.—]e ministère, qui ne pouvait compter que sur une infime majorité dans la nouvelle Chambre, se maintint cependant au pouvoir par une politique plus habile que glorieuse assurément, qui consistait à prendre à son compte les projets de l'opposition et les présenter comme siens. C’est ainsi que des mesures très libérales furent proposées par un gouvernement très conservateur : reconnaissance légale du français dans les procés-verbaux et les procédures des Communes, votée par acclamation et approuvée cinq ans plus tard seulement par Londres; amnistie générale accordée à la suggestion de Lafontaine aux proscrits de 1837-38: lois concernant les organisations municipales sur une base plus démocratique; loi scolaire établissant par toute la province le système des commissions scolaires élues par le peuple et dirigées par un surintendant général de Pinstruction publique. Tout cela certes parut être de la bonne besogne.

Là

Sir Charles devenu lord Metcalfe déc'arait à Stanlev qu’il résignerait sa charge plutôt que de subir un ministère Lafontaine-Baldwin :; mais le caractère vraiment démocratique et libéral des mesures passées au temps du ministère tory de son choix rermet de croire que le gouverneur et ses ministres subirent à leur insu l'influence de ces deux grands patriotes canadiens.

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