LORD ELGIN
Lord Elgin.—]e 29 janvier 1847 le nouveau gouverneur James Bruce, lord Elgin, arrivait à Montréal. Il avait été choisi par la reine Victoria elle-même et il était le gendre de lord Durham. L'on comptait sur sa
puissante personnalité pour réaliser l’œuvre commencée par Durham et Svdenham. Conservateur en politique, nul ne fut plus libéral dans l'exercice de ses hautes fonctions. Son administration fut marquée par des événements troublés et une grande agitation, conséquences nécessaires de la formation et du développement des partis politiques; mais la conduite caln:e et ferme du gouverneur permit au peuple de traverser cette crise politique sans trop de danger pour l'avenir. Klgin était bien résolu d'admettre toutes les conséquences du gouvernement responsable et d’y conformer sa conduite. Il demeura con-
raincu que le problème de l'établissement d'un gouvernement solide et efficace ne pouvait être résolu que par la formation de deux partis libéral et conservateur se partageant tous les groupes de la population sans distinction de race ou de religion. Angliciser les Canadiens lui parut une fausse manœuvre et même une impossibilité. “Qu'ils
s’apercoivent au contraire, disait-il, que leur religion, leurs habitudes, leurs préjugés méme, sont ici respectés plus qu'ailleurs, et qui osera dire que la dernière main qui portera le drapeau britannique sur cette terre d'Amérique ne sera pas cel'e d’un Canadien français”?
440 CHAPITRE NXXVII
Incertitude des temps.— William Draper ayant suivi M. Viger dans sa retraite, le ministère torv fut reconstitué avec Sherwood, comme chef: des tentatives de former un cabinet d'union avec Morin et Caron avaient échoué. La session fut ouverte le 2 juin et le gouvernement n’v disposa tout le temps que d’une majorité de deux à trois voix. Le pays traversait alors une période difficile et si le ministère ne fut pas renversé, ce fut sans doute à cause de l'incertitude des temps.
Le parlement britannique avant adopté une politique de libre-échange sans limites, le Canada eut particulièrement à souffrir d’un changement aussi radical: le parlement demanda des compensations à la Grande-Bretagne entre autres l'entrée libre des ports canadiens aux navires étrangers. [Le crédit de la province fut aussi grandement affecté et le commerce paralvsé amena un déficit dans le revenu provincial. Le trésor impérial dut payer les fonctionnaires publics au moven de bons de l’État et qui étaient soumis à escompte. Ainsi les événements qui vont suivre ne sont pas seulement dûs à la politique du gouvernement mais à l’état d'esprit créé par les conditions économiques qui firent jeter les veux à plusieurs du côté des État-Uriis alors très prospères.
Immigration irlandaise. Cent mille Irlandais que la famine forçait de s’expatrier arrivèrent à Québec dans des conditions de détresse épouvantabl'e. Par suite de l’aménagement défectueux des navires de transport, le tvphus s'était déclaré parmi eux et ils débarquérent à Québec dans un état déplorable. Des secours furent organisés, le peuple, le clergé, les gouvernants rivalisèrent de zèle et de charité pour ces malheureux dont un grand nombre venaient des domaines de lord Palmerston. L'épidémie avait fait plusieurs milliers d'orphelins ; ils furent recueillis dans les familles canadiennes.
Le troisième parlement. ].es Chambres furent dissoutes en décembre 1847, et les élections de janvier 1848 donnèrent une forte majorité au parti de Lafontaine et de Baldwin. La session s’ouvrit en février. Lafontaine et Baldwin furent chargés de former un nouveau
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cabinet, dans lequel entrèérent messieurs Caron, Taché, L.-M. Viger, F. Hinks et Wm-H. Blake et cinq autres Anglais. M. Morin fut élu président de la Chambre et l’on dit que Louis-Joseph Papineau, revenu au pays et élu député de Saint-Maurice, ne vit pas d’un bon œil l'élection de son collègue à la présidence. Le ministère ayant demandé la prorogation des Chambres pour se faire réélire et préparer son programme, Papineau se leva pour protester et l’on put prévoir la position que prendrait en parlement le tribun d'autrefois.
Session de 1849. L'historique session de 1849 s'ouvrit à Montréal le 18 janvier. Elgin y prononça le discours du trône en anglais et en français au grand scandale de quelques-uns. C’était comme la consécration du principe d'égalité officielle des deux langues enfin reconnu et admis par la couronne britannique. Papineau avec son état d’esprit combatif d'avant 1837 auquel s'était ajouté une forte tendance de radicalisme libéral français y fit l'exposé de son programme nouveau, il dénonca l’Acte d'union et ceux qui semblaient s' conformer, se prononça pour la représentation proportionnelle selon le chiffre de la population, ce que les Anglais sauraient bien exiger quand ils nous dépasseraient, il reprocha aux ministres de ne pas profiter des idées libérales et émancipatrices de la vieille Europe. Lafontaine défendit éloquemment sa politique qui était de tirer de l’union tous les avantages qu'elle pouvait nous assurer. Papineau fut à peine entendu dans cette enceinte où douze ans auparavant il était chef incontesté. Le ministère paraissait avoir devant lui une tâche facile lorsque tout à coup éclata une opposition formidable.
On avait cru qu'il serait aussi juste et équitable d’indemniser de leurs pertes durant les troubles de 1837 les habitants du Bas-Canada comme on l'avait fait pour ceux du Haut-Canada. Le gouvernement présenta donc une loi en conséquence qui excluait ceux qui avaient été condamnés par la cour ou qui s'étaient avoués coupables. Cent mille livres étaient affectées à cette fin. L'opposition, dirigée par Allan MeNab et Sherwood, déclara emphatiquement que c'était vouloir récompenser les rebel-
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les. La loi fut pourtant adoptée par un vote de majorité des députés des deux provinces. L'opposition au dehors tourna en véritable révolte lorsque le gouverneur sanctionna la loi. La foule insulta le représentant de la couronne à sa sortie du palais, puis, réunie sur le Champ de Mars, et soulevée par de véritables discours incendiaires passa vite du conseil à l'exécution et mit le feu au palais législatif dans la soirée du 25 avril.
La bibliothèque avec ses livres rares et ses archives uniques et précieuses fut entièrement détruite. L’émeute se continua les jours suivants. On brüla Lafontaine en effigie sur la Place d'Armes et sa maison fut entourée par les rebelles, dont l’un ayant voulu franchir la grille du jardin fut tué raide, on porta son cadavre en triomphe à travers la ville.
Elgin et Lafontaine répugnant à la répression par la force armée, sur laquelle d’ailleurs il eut peut-être été dangereux de compter, laissèrent passer l'orage sans brüler ni église, ni maison, sans établir de cour martiale et sans élever d’échafaud. Ils se contentèrent de transférer le siège du gouvernement tous les quatre ans alternativement à Toronto et à Québec.
Manifeste d’annexion.— ] à loi d’indemnité avait été le prétexte plutôt que la cause réelle de ce mouvement de révolte. On en vit bien la preuve dans le manifeste d’annexion aux États-Unis signé par plusieurs centaines de citoyens anglais les plus marquants de Montréal qui demandaient de briser amicalement le lien colonial avec la Grande-Bretagne et de passer à l’allégeance américaine. La politique libre-échangiste inaugurée par l'Angleterre avait créé dans ses colonies une situation économique vraiment déplorable. Depuis 1843, le Canada jouissait d’un tarif de faveur pour son blé et sa farine, et l’on avait vu, en conséquence, les Américains établir dans la province de grandes minoteries pour écouler sur le marché anglais la farine de blé américain sous l’étiquette canadienne. Mais la colitique libre-échangiste adoptée quelques années plus tard en ouvrant le marché à la libre concurrence de tous les pays rendait cette méthode commerciale inutile et les Américains abandonnè-
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rent ici leurs établissements. Le commerce canadien en fut bien désorganisé au point de déprécier la valeur immobilière, de réduire considérablement les échanges commerciaux et de faire baisser le crédit de la province et le taux de l’argent. Cela mettait en péril l’avenir commercial et financier des Anglais, ceux de Montréal surtout, qui choiïsirent la première occasion plausible pour montrer que la loyauté n’est pas toujours indépendante des intérêts financiers. Papineau, dont le radicalisme libéral avait déjà pénétré dans la jeune génération et qui ambitionnait d’abord de faire disparaître le régime unitaire, se rangea avec les signataires du manifeste. Ce manifeste portait les noms de Papineau, Dorion, Papin, Laflamme, Bleury, Holton, Johnson, Molson, I.-J.-C. Abbott, futur premier ministre du Canada, et de quelques centaines d’autres non moins connus.
Mesures de progrès. Toute cette agitation ne doit pourtant pas faire oublier l'œuvre importante du ministère Lafontaine-Baldwin. C’est pendant cette administration que l’Angleterre abandonna au gouvernement canadien le contrôle du service postal qui prit dès lors un développement prodigieux. Les taux de poste considérablement réduits augmentèrent la circulation des lettres et des journaux et favorisèrent le commerce et les entreprises pratiques. Le gouvernement adopta une politique de colonisation locale qui permit à la population devenue trop dense d’ouvrir de nouveaux territoires et de multiplier ses foyers à côté des anciens. Le gouvernement municipal fut altéré, amendé, amélioré, mis sur une base mieux appropriée au progrès matériel. Le pays leur doit la création et le développement rapide du chemin de fer du Grand-Tronc et du Great Western, qui reliaient le Canada avec les États-Unis, le creusage du Saint-Laurent au lac Saint-Pierre, l'élargissement des canaux reliant les deux provinces.
Fin d’un ministère.— Durant les dix premières années du régime unitaire l’on avait repris l’étude des problèmes politiques de l’ancien régime auxquels des hommes d’État éminents ont apporté une solution satis-
faisante. Ils ont introduit dans les lois statutaires les principes féconds du gouvernement constitutionnel responsable au peuple. C'est une œuvre en partie accomplie à l’époque où nous sommes arrivés, et il semble que la politique s'oriente déjà dans une d‘rection nouvelle d’orure pratique ; dans ces conditions Lafontaine et Baldwin, idéalistes et politiques profonds, se sentent moins à l'aise dans l’atmosphère parlementaire, leur œuvre est accomplie, une autre va commencer. La question des réserves du clergé et celle de l'abolition de la tenure seigneuriale s'imposent à l'attention du parlement et le ministère est loin d’être unanime sur la solution à donner aux deux problèmes. C’est alors que Baldwin, froissé par un vote des députés du Haut-Canada abolissant la cour de chancellerie, décide de se retirer et Lafontaine le suit bientôt dans sa retraite à l'automne de 1851.
Evolution des partis.— Jusqu'ici les deux nrovinces du Bas et du Haut-Canada avaient appareminent conservé leur caractère politique distinct, produit du régime précédent ; la première était franchement libérale, l’autre était restée conservatrice dans ses tendances et donnait une majorité de réformistes à l’occasion. Ainsi en 1851, le Haut-Canada comprenait une faible majorité de réformistes libéraux dirigés par M. Hincks, ün fort parti de conservateurs modérés dirigés par Allan MeNab et John-A. Macdonald, quelques tories “extrémistes” débris de l'antique “Family Compact” et enfin quelques “clear grits” ou francs rouges menés par George Brown. Dans le Bas-Canada l’on comptait une grande majorité libérale de l’école de Lafontaine et maintenant dirigée par Morin, un petit groupe de radicaux libéraux organisé par Papineau ct dirigé par Antoine-Aimé Dorion. Tous ces groupes Sont encore distincts mais l’heure n’est pas éloignée où il se fera des alliances qui amèneront la formation de deux grands partis définitifs.
Ministère Hincks-Morin. Les libéraux anglais et canadiens devaient garder le pouvoir jusqu'en 1854 avec Hincks et Morin comme chefs du gouvernement. Ce ministère n’eut pour ainsi dire qu'une session active
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celle de 1853. Le progrès économique du pays, le travail d'évolution des partis, les énergies nouvelles dans le parlement, tout cela tendait à donner à la politique une autre orientation ; les hommes et les choses avaient besoin de réformation.
Session de 1853.-—On crut que 84 députés n'étaient pas suffisants pour expédier le travail parlementaire, l’on en porta le chiffre à 130. C'était réduire l'importance individuelle des députés en en augmentant le nombre. George Brown, farouche continuateur de la politique de Papineau au sujet de la représentation proportionnelle au chiffre de la population de chacune des anciennes provinces, profita de l’occasion pour pousser sa théorie. Le Haut-Canada comptait alors 60,000 habitants de plus que l’ancienne province de Québec. Cette théorie mise en pratique aurait permis aux députés anglais réunis de gouverner toujours à leur guise. Admettre en principe que c’est la majorité qui gouverne ne paraissait que juste, mais, comme on avait refusé d'appliquer ce principe quand il était à l'avantage des Canadiens, il parut peu convenable au parlement de limposer maintenant que les rôles avaient changé. Quoi qu'il en soit le parlement impérial prit sur lui d'enlever de la constitution la clause qui exigeait le vote des deux-tiers de la Chambre pour altérer le chiffre de la représentation. Cette protection accordée au Haut-Canada ne fut pas jugée nécessaire à la sécurité du Bas-Canada. Le gouvernement fit passer plusieurs mesures au sujet des chemins de fer, de la navigation transatlantique, et de la création d’un ministère de l'Agriculture. L'on demanda aussi sans l'obtenir de rendre électif le Conseil législatif.
Quatrième parlement. \u commencement de la session suivante en juin, les jeunes radicaux provoquèérent un vote sur la question des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale, il semblait que les ministères depuis quelques années craignaient d'aborder franchement l'étude de ces problèmes. Le gouvernement, mis en minorité, en appela au peuple et fut battu.
Le parti libéral-conservateur. — À |: reprise de la session de 1854, le cabinet donna sa démission ct les trois partis conservateur, libéral et réformiste s’unirent pour donner au pays un gouvernement de coalition. John-A. Macdonald, l'âme dirigeante des conservateurs du Haut-Canada, avait fait alliance avec Georges-Etienne Cartier, chef d’arrière plan des libéraux canadiens. Tous les deux avaient réuni leur parti sur un terrain d'entente et s'étaient assuré le concours du chef reconnu des réformistes. Cette coalition prit le nom de parti libéralconservateur d'où sortira plus tard le parti conservateur. Cette alliance devait en provoquer une autre, celle des jeunes libéraux canadiens, dirigés par Dorion avec les “clear-grits” ou libéraux avancés de George Brown, ce fut le parti libéral que l’on appela le parti des rouges par Opposition au parti des bleus de Macdonald-Cartier. Ces deux derniers sont bien les véritables dirigeants de la coalition qu’ils ont formée alors que Morin et MeNab conservent encore le titre de chefs du pouvoir.
Ministère McNab-Morin.— McNab et Morin ouvrent la série des hommes d’État qui ne s'imposent plus à leurs suivants, mais à qui leurs suivants s'imposent ; ils marquent l’inauguration de l'influence politique des partis qui font et défont les ministères. Le ministère libéralconservateur dut entreprendre de régler la question des réserves du clergé et celle de la tenure seigneuriale.
Réserves du clergé.—] 2 conquête avait fait passer dans le domaine de la couronne britannique les terres canadiennes non concédées sous le régime français. Le ministère, qui avait la propriété et la gérance exclusive de ces terres, avait stipulé que le septième de chaque canton, livré à la colonisation, serait réservé pour les établisse. ments religieux, et dont une faible partie seulemen!: avait été donnée aux institutions anglicanes. Depui: nombre d'années la question se posait de savoir si ce: biens du clergé devaient être partagés entre toutes le: églises protestantes ou donnés à la seule branche angl cane, reconnue par l’État. Les réformistes voulaient tou simplement les appliquer aux besoins de l'instruction pu
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blique. Thompson fit adopter par la législature du Haut- Canada une loi donnant tous ces biens aux dénominations religieuses protestantes au prorata de leur importance numérique. Les catholiques furent exclus du partage.
Mais après quelques années il parut exorbitant d’abandonner au clergé protestant prés de trois millions d'acres de terre, (1) alors que l’état financier des pouvoirs publics était plutôt mauvais. Le parlement, à qui l'autorité impériale avait abandonné le soin de régler cette question, décréta que tous les revenus de vente, de location ou d'exploitation de ces terres seraient employés à créer un fond pour l'administration municipale dans chacune des anciennes provinces: les titulaires ecclésiastiques qui en retiraient des bénéfices, devaient jouir de cet avantage jusqu’à leur mort. On doit reconnaitre que le clergé protestant s'est montré fort raisonnable dans le règlement de cette délicate et importante question.
Abolition de la tenure seigneuriale.—].e parlement décréta également l'abolition de la tenure des terres seigneuriales devenue onéreuse, dans un pays de progrès et de développement rapide :
1° droit de cens et rentes, redevances annuelies du censitaire envers le seigneur, peu é'evées dans la plupart des cas.
2° droit de lods et ventes, qui obligeait le vendeur à remettre au seigneur le douzième du prix de vente à chaque mutation de propriété.
3° droit de banalité qui obligeait le cultivateur à faire moudre son grain au moulin banal et d’en donner le trei-
zième au meunier seigneurial.
4° droit de retrait, par lequel le seigneur pouvait à volonté reprendre sa propriété en en payant la valeur.
Le droit de lods et ventes était de tous le plus onéreux, Car il s’ajoutait à la valeur accrue et non pas à la valeur primitive de la propriété et l’on conçoit quelle source de revenus il devait être pour le seigneur dont les fiefs
(1) Ces réserves du clergé s'accumulaient depuis près d'un siècle, elles égalaient je Cinquiéme des terres publiques livrées à la colonisation.
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étaient divisés en lots de ville ou même de village ; le douzième était payé non seulement sur la terre concédée mais aussi sur les constructions et améliorations de tous genres. Tous ces droits seigneuriaux furent abolis, les censitaires eurent cependant le privilège de racheter le capital du droit de censive ou de continuer de payer la rente. Une commission royale de quinze membres fut nommée pour établir la valeur des intérêts en cause et déterminer les sommes de remboursement. Ce n'est qu'en 1859 que la question fut définitivement résolue et le gouvernement dut débourser 10 millions pour indemniser les seigneurs; une somme égale dut être employée comme compensation dans la province du Haut-Canada : tout le fardeau retomba donc sur la province française qui avait pourtant été appelée à solder la dette de sa sœur dix ans auparavant.
Traité de réciprocité.— Après six ans de négociations de toutes sortes lord Elgin signait au nom de l'Angleterre un traité de réciprocité commerciale avec les États-Unis (5 juin 1854). Le traité portait surtout sur les produits naturels, tels que les grains, la farine, le bétail, et les matières premières des produits manufacturés. Il reconnaissait aux Américains le droit de navigation libre sur le Saint-Laurent, les grands Lacs et à travers nos canaux, et le droit de pêche sur les côtes des provinces canadiennes. Ce traité ratifié par les Chambres marque une ère de grande prospérité pour le commerce canadien.
Départ du gouverneur. Sans bruit et sans fracas, lord Élgin avait accompli une œuvre durable. Agissant dans les strictes limites constitutionnelles il avait favorisé le plein épanouissement du gouvernement populaire. Il fut d'opinion que les colonies, sans briser eur allégeanc: à la couronne impériale, pouvaient atteindre au complet développement social et politique auquel des hommes libres ont le droit d’aspirer. La reine d’'Angleterre, disait-il, doit-elle régner sur un granü empire qui étendra ses racines dans un sol nouveau et fécond pour Y puiser une vitalité toujours croissante, ou doit-elle pren-
doucédée tous s, les er le er la s fut se et ju’en gour les mme ut le avait ans
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LES lROVINCÉS UNIES 419
dre sa puissance et son pouvoir de la Grande-Bretagne ct de l'Irlande seules? C'était bien Jà de la politique impériale, mais de celle qui ferait du Canada non pas un vassal de l'Angleterre, mais une colonie indépendante,