SIR EDMUND HEAD
Ministère McNab-Taché.- Morin ayant été fait juge, le docteur Étienne-Pascal T'aché devint le coassocié de McNab dans le ministère libéral-conservateur dans lequel entra Georges-Étienne Cartier. La session n'eut rien de particulièrement remarquable et une tentative pour choisir le siège permanent du gouvernement ne devait pas encore aboutir. En 1855. le Canada prit une part officielle à l'exposition universelle à Paris et la France, voulant créer des relations commerciales avec son ancienne colonie, chargea l'amiral de Belvèze de venir étudier sur place les moyens de réaliser ce but. L'entrée de la Capricicuse dans les eaux canadiennes fut saluée
par des manifestations de sympathique enthousiasme. Cette visite de la vieille France à son ancienne colonie, causa une grande joie aux Canadiens restés bien fran. ais après un siècle d'abandon.
Ministère Taché-Macdonald.__|| y avait déjà longtemps que le chef réel des libéraux-conservateurs du Faut-Canada était John-A'exandre Macdona!d, imais MeNab continuait à se cramponner au pouvoir. Le ministére s'étant trouvé en minorité par le vote des représentants du Haut-Canada sur le choix d'Ottawa comme Capitale, tous les ministres résignèrent et tous furent rappelés à l'exception de McNab et de Drummond. C'était un coup d’État. John-A. Macdonald devint le collegue du docteur Taché au cours de la session (1856). qui vit également la réforme du Conscil législatif. Cette branche de la législature, si remuante sous l’ancien régime, était devenue plutôt un accessoire décoratif sous le régime unitaire. Le Conseil fut rendu électif en 1856 et le nombre de ses membres porté à quarante-huit, dont le quart devait être renouvelé tous les deux ans. Il de-
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vint alors comme une simple succursale de la Chambre basse où la politique de parti se donna libre cours.
Réformes judiciaires.—1)epuis cent ans que l’Angleterre avait fait la conquête du Canada, il ne s'était encore trouvé personne pour mettre un peu d'ordre dans l'ensemble de lois anglaises et françaises qui nous régissaient. Georges-Étienne Cartier entreprit cette œuvre importante et pour accomplir ce remaniement il fit nommer une commission dont il se fit l'âme dirigeante. La codification des lois ne fut terminée qu’en 1864. Cartier fut aussi le créateur de la décentralisation judiciaire par laquelle le Bas-Canada fut divisé en dix-neuf districts avant chacun son organisation indépendante : cours, juges, shérifs, pour les causes civiles et criminelles. Cette réforme judiciaire avait aussi l'avantage d’être une source inépuisable de patronage pour le parti au pouvoir. Cartier y trouva une magnifique occasion de se rendre populaire. C'est aussi vers ce temps que la population anglaise des Cantous de l'Est ayant cédé la place aux colons canadiens on étendit à ce district l'usage des lois françaises.
L'on décida enfin de confier à la reine Victoria le soin de choisir la capitale permanente des Canadas unis, aucune des provinces par ses représentants en Chambre ne voulant abandonner ses prétentions au siège du gouvernement. M. Taché, fatigué de la politique et des intrigues qui l’entouraient, offrit sa démission, elle fut acceptée et John-A. Macdonald fut chargé de réorganiser le ministère ; Cartier devint alors son collègue. Les fréquents changements dans le cabinet libéral-conservateur avaient désorganisé les partis et affaibli leur alliance. Pour éclaircir l’atmosphère politique le gouvernement décida de faire des élections générales.
Principes de division.-—Depuis quelque temps l’opposition—clear-grits de George Brown et francs libéraux de Dorion—agitait deux questions: celle de la représentation basée sur le chiffre de la population sans tenir compte des limites des anciennes provinces et la question d'établir un système uniforme d'écoles publiques pour tout le Canada uni. George Brown s'était fait le cham pion de ces deux prétendues réformes, qui lui valurent
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de faire battre trois ministres ct de s'assurer de la majorité des députés de la province d'en Haut. Mais Brown était un allié compromettant pour ses amis libéraux et Dorion ne compta que quelques partisans dans les nouvelles Chambres. Le parti libéral-conservateur s'était montré davantage diplomate et habile dans l'énoncé de sa politique et avait su se gagner de précieuses influences dans le Bas-Canada. Parmi la députation nouvelle l’on remarquait Hector Langevin, Siméon Morin, et ‘Thomas d'Arcy McGee, tous hommes de valeur qui jouérent un rôle dans l’arène politique.
Ministères éphémères. 1e ministère libéralconservateur Macdonald-Cartier avait bien la majorité en Chambre, mais il était en minorité quant au vote du Faut-Canada. Il dut démissionner sur la question du choix de la capitale. La reine, parait-il, avait choisi Ottawa sur l'avis du gouverneur. Sur proposition de M. Piché, député de Berthier, la Chambre déclara à une majorité de 14 que Ottawa ne devait pas étre le siège du gouvernement.
3rown et Dorion formèrent un cabinet: le nouveau ministère commandait bien le vote des députés du Haut- Canada, mais il avait presque tous les députés canadiens contre Jui. Il n’eut même pas le temps d'exposer son programme, la Chambre le culbuta quatre jours aprés sa formation par un vote de non confiance.
Ministère Cartier-Macdonald.—{)ui allait gouverner le pays? Les principes de la stricte morale politique avaient déjà perdu quelque peu de leur rigidité : si l’on parvenait tout de méme à s'entendre un peu pour ne pas laisser le pouvoir dans un trop complet désarroi! Et le ministère Cartier-Macdonald en prit de nouveau la direction ; pour éviter les embarras et les frais d'une é'ection, les anciens ministres du cabinet Macdonald-Cartier échangèrent leurs portefeuilles momentanément et les reprirent le lendemain: cette double jonglerie casuistique était évidemment plus légale que recommandab'e. (1)
(1) Un règlement de la Chambre permettait à un iilistre de remettre son portefeuille et d'en accepter un autre dans le délai d'un mois.
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452 CHAPITRE XXVIL
Plan de fédération. \ la session de 1858 le parlement s'était enfin décidé à la majorité de cinq voix de ratifier le choix de la reine au sujet de la capitale canadienne. Toute cette agitation précédente avait déterminé un mouvement très fort en faveur d’un changement radical dans le mode de gouvernement. Il était devenu évident pour tous que la loi constitutionnelle de 1840, ne répondait plus aux exigences, aux besoins, aux prétentions mêmes des deux populations. L'idée d’une fédération des provinces britanniques faisait du chemin dans tous les partis. En 1858 trois ministres, MM. Cartier. Galt et Ross se rendirent à Londres pour y exposer leurs vues et sonder le sentiment du ministère anglais. Le cabinet de Londres ne vit pas l'opportunité de faire un changement aussi radical, les autres colonies n'étant pas préparées à l'accepter.
Tarif de protection. M. Alexandre Galt, alors ministre, entreprit de doter le pays d'un tarif douanier protecteur dans le double but d'augmenter les sources de revenus et de permettre à l’industrie naissante de s’implanter solidement. Des droits ad valorem(sur la valeur ) au lieu des droits spécifiques (sur la quantité) furent établis ou augmentés sur les produits manufacturés, alors que les matières premières furent admises en franchise. L'Angleterre, qui prétendait de son côté conserver le monopole de la politique douanière, voulut faire des représentations mais la législature canadienne fit répondre par son ministre des finances, M. Galt, que le parlement du Canada avait le droit de contrôler sa politique fiscale, même s’il arrivait malheureusement que cette politique encourüt la désapprobation du ministère impérial; que s'il n'était pas permis aux colonies de régir elles-mêmes leur organisation économique et commerciale la métropole devait également sé charger de toute l’administration des affaires publiques sans tenir compte des sent: nents du peuple. L'école libérale du Haut-Canada, George Brown en tête, se déclara contre cette politique de protection, qui ne devait à leur dire, ne profiter qu'au Bas- Canada.
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LES PROVINCÉS UNIES 453
Faits divers.—],c gouvernement avait à faire face à une opposition systématique à tous ses actes. Brown dans son journal et à la tribune lui faisait une guerre acharnée. En 1859 il réunit une convention de ses partisans qui adoptèrent des résolutions énergiques et catégoriques demandant l'union fédérative qu'il tenta vainement de faire adopter en Chambre. Mais toute cette dispute, accompagnée de menaces de révolution où d'annexion, rendait plus profond l'antagonisme des races, La visite du prince de Galles en 1860, détourna pour un temps cette agitation malsaine. Le jeune prin.. (plus tard Édouard VII) passa à travers le pays au milieu d« acclamations populaires et reçut partout l'accueil le plus loyal. (1) Le prince de Joinville, fils de Louis-Phili; visita aussi le Canada la même année.
Chute du ministère.—I.es élections de 186: ap portèrent peu de changements dans la composition de. partis. Les deux chefs libéraux Brown et Dorion étaicat pourtant battus. Alexandre Mackenzie, qui, de modeste ouvrier devint plus tard premier ministre, [.-B. Éric Dorion, surnommé l'enfant terrible, Joly de Lotbinière, Taschereau, Blanchet étaient au nombre des nouveaux députés. La session fut ouverte en mars 1862 avec un ministère reconstitué. Les États-Unis étaient alors en pleine guerre civile et l'Angleterre fut sur le point d’entrer dans le confit, à la suite de l'affaire du Trent: le Canada dut se préparer à la guerre. Macdonald présenta en conséquence un projet de loi autorisant le gouvernement à lever 50,000 hommes de milice qui devaient suivre un entrainement annuel de quelques semaines. Ce n'était donc pas encore la milice permanente. Le projet ministériel obtint sept voix de majorité des députés hautcanadiens, mais il fut rejeté par une majorité de treize représentants du Bas-Canada. La population canadienne n'avait guère d'inclination vers le militarisme même sous sa forme la plus restreinte. Le ministère donna sa démission.
{1} Ïf présida à Finauguration du pont Victoria au mois de
juin 1860.