‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 6 · HISTOIRE GU CANADA · texte numérisé non relu

HISTOIRE GU CANADA

Les travaux du comité de l'éducation étaient peut-être plus importants encore pour l'avenir du pays que ceux des autres comités. Il n'existait en Canada aucun système général d'instruction publique. Il n’y avait d'écoles que dans jes villes, Les campagnes en étaient totalement dépourvues, à moins qu'on ne veuille donner le nom d'écoles aux leçons répandues par quelques moines mendiants dans leurs tournées rurales, ou à la réunion de quelques enfants par un curé, ami des lettres, qui leur enseignait les premiers rudiments de la grammaire.

Les jésuites faisaient faire un bon cours d'étude dans leur maison de Québec ; et c’est de leurs classes que sont sortis les Canadiens les plus célèbres dont l’histoire appartient aux premiers temps de nos annales. Mais cet établissement n'existait plus; et, sans les séminaires, qui changèrent en partie le but de leur institution pour venir en aide à l'éducation, le flambeau de la science se fût entièrement éteint parmi nous. Mais les institutions destinées aux garçons et dues au dévouement et à la munificence ecclésiastique, ne pouvaient répondre qu’aux besoins des cités. Le reste du pays demeurait toujours dépourvu de moyens d'instruction. Le séminaire de Saint-Sulpice, à Montréal, entretenait depuis son établissement une école gratuite, où il assista jusqu’à 300 enfants. La fabrique de cette ville avait encore un collége assez fréquenté, où l’on enseignait les belleslettres depuis 1773, et l’on commençait à y enseigner la géographie, l’arithmétique et l'anglais. Les propriétaires venaient de s'adresser à l’évêque de Québec pour avoir un professeur de mathématiques et de philosophie. Je séminaire de Québec rendait alors, comme il le fait aujourd hui, des services #minents aux lettres. Voici ce qu'en dit l’évêque de Québec, qui fut interrogé par le comité : ‘ Le séminaire se soutient de ses revenus, dont l’emploi est soumis à l’inspection de l’évêque, qui, chaque année, examine les comptes de dépense et de recette, ainsi que l’acquit des fondations. Cette maison n’est obligée par ses titres qu’à former de jeunes ecclésiastiques pour le service du diocèse. Cependant, depuis la conquête, le séminaire s’est chargé volontairement et gratuitement de l’instruction publique. Outre la théologie, on y enseigne les humanités, la rhétorique, la philosophie, la physique, la géographie, l’arithmétique et toutes les branches des mathématiques. Ilen

est sorti et il en sort tous les jours des sujets habiles pour toutes les sciences, dont ils ont la clef, et capables de faire honneur à leur patrie, Témoin M. de Léry, M. de Salaberry, M. Cugnet, fils, M. Deschesneaux, sans compter un grand nombre d’ecclésiastiques qui se distinguent dans notre clergé.”

L'évêque demanda à l'autorité de faire sortir les troupes du collége des jésuites et d'y établir des classes de droit civil, de mathématiques, de navigation, afin d’y préparer les voies d’une univérsité qu'on établirait plus tard, car il ne croyait pas encore la population assez considérable pour fournir des élèves en nombre suffisant pour occuper des professeurs. ‘“ Il y a, observait-il, quatre villes dans la province : une, William-Henri, qui est encore déserte; une autre, les Trois-Rivières, qui mériterait à peine le nom de bourg. Restent Québec et Montréal, dont le peuple, comme l’on sait, n’est pas fort nombreux.”

Le siége épiscopal était alors rempli par M. Hubert, qui avait succédé à M. d'Esglis en 1785. C'est en 1784 que, forcé par son âge et ses fatigues, M. Briand s'était démis de son évêché pour se retirer au séminaire. Le cardinal Antonelli, secrétaire «État de Sa Sainieté, lui avait alors écrit que le Baint-Siége ne pouvait assez reconnaître les services qu’il avait rendus à l’Église. M. d’Esglis, coadjuteur, était devenu évêque de Québec, et avait pris possession de son siége le 2 décembre. Il avait choisi pour son coadjuteur le supérieur du séminaire, M. Hubert, qui fut nommé évêque d’Almyre par le pape Pie VI en 1785, et sacré à Québec en 1786.

Le coadjuteur de M. Hubert était M. Bailly de Messein, curé de la Pointe-aux-Trembles, et qui tint une conduite indigne de son rang. Il avait été nommé évêque de Capse ir partibus infidelium par le pape en 1788, et sacré à Québec en 1789. Le conseil lui fit des questions au sujet de l'éducation. Dans ses réponses, il affecta de parler d’une manière satirique de M, Hubert. Il cita le mandement du grand mufti, par allusion à ce prélat, dent il chercha à tourner les réponses en ridicule. Il était devenu la créature servile des Anglais, autant probablement par égarement d'esprit que par ambition. Heureusement qu’il ne devait point remplir le siége épiscopal ; il mourut en 1794, près deftrois ans avant M. Hubert.

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Le comité passa ensuite à l'éducation des filles, Les sœurs de la congrégation de Montréal et de Québec tenaient plusieurs écoles dans les villes et dans les campagnes, où elles se multipliaient. Les religieuses ursulines et de l'hôpital général enseignaient aussi à Québec et aux Trois-Rivières.

Après avoir recueilli tous ces matériaux, le comité présenta son rapport, et proposa d'établir :

1° Des écoles élémentaires dans toutes les paroisses ;

29 Des écoles de comté, où l’on enseignerait l’arithmétique, les langues, la grammaire, la tenue des livres, le jaugeage, la navigation, l’arpentage et les branches pratiques des mathématiques ;

39 Enfin une université pour l’enseignement des sciences et des arts libéraux, formant une corporation composée des juges, des évêques catholiques et protestants, et de seize ou vingt citoyens notables, qui se renouvelleraient à la majorité des voix.

Le comité ajoutait qu’il fallait consacrer au soutien de ce vaste système d'instruction publique, les biens des jésuites, une portion des terres incultes de la couronne, que lord Dorchester avait déjà fait arpenter pour cet objet, enfin une rente annuelle de Æ1200, léguée par le grand philosophe Boyle pour propager la religion protestante dans les colonies anglaises, legs qu’on ne pouvais plus légalement appliquer aux États-Unis depuis qu'ils étaient devenus indépendants.

Malgré son importance, le rapport du comité n'eut pas de suite ; et une partie des terres qu’on avait destinées au soutien des écoles, fut accordée plus tard à des créatures ou à des favoris du pouvoir.

L'ordre des jésuites, ayant été aboli en 1762, ceux qu'il y avait en Canada ne purent plus se recruter. Le gouvernement saisit l’occasion pour s’emparer de leurs biens. Il ne manqua point d'hommes pour lui conseiller cette spoliation. En France, les jugements qui avaient ordonné la suppression de l’ordre, avaient en même temps décrété que les colléges, les séminaires et les biens consacrés à l’éducation, conserveraient leur destina tion primitive. En Canada, le gouvernement parut vouloir imiter le système suivi en Angleterre dans le temps de la réformation, alors que les colléges, les monastères, les riches abbayes devinrent la proie d’une foule de courtisans et le prix des

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apostasies. Les biens des jésuites canadiens avaient allumé la cupidité de lord Ambherst, et George IIT, dans un moment de libéralité inconsidérée, les lui avait promis. Le collége avait été fermé par l'administration militaire, qui avait renvoyé les élèves en 1776, pour convertir les salles qui servaient aux classes, en salles d'audience, en archives, en magasins de vivres et en prison, Bien‘ôt l’on prit la plus grande partie de l'édifice pour le logement :.6s troupes, laissant le reste, avec la chapelle, aux jésuites qui vivaient encore. Mais lorsque les officiers de la couronne à Londres demandèrent les renseignements nécessaires

pour dresser les lettres patentes en faveur de lord Anherst, il | côté, | s’éleva sur la nature, l’étendue et le caractère de ces biens, des me anglai

difficultés qui s’accrurent chaque jour et devinrent plus tard in-

surmontables, Après plusieurs années de recherches en C:äna- Ces

da, en Angleterre et en France, le gouvernement, mieux ren- gleterr A seigné sur la validité du titre qu’elle s’attribuait, accorda une FPE indemnité à la famille Amherst, et déclara que ces biens reste- Sy aide ï raient affectés à l'éducation publique. La suppression des jé- rial, pa d. suites fut signifiée à l’évêque de Quéhec par le Saint-Siége, ve ji mais ne fut pas dévulguée immédiatement. D'après les lois qui de f régissent les biens ecclésiastiques, c’est à l’évêque que devait Me at l passer l’administration des propriétés du monastère supprimé. JOSTRA

Au reste le procureur et le solliciteur général Monk et Wil- ‘ape Ë

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liams disuient, en 1788, que les jésuites ne pouvaient avoir d’ex- soliste

istence civile en Canada et que leurs biens passaient au roi.* à He |

Les rapports des divers comités furent successivement pré- éd pie

sentés à lord Dorchester, qui les transmit aux ministres en An- resovait:

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| Une grave difficulté s'élevait alors. En 1764, le Canada pe avait été divisé en deux grands districts, Québec et Montréal. british e

En 1783, lord Dorchester, pour se conformer à une ordonnance of that la

du conseil, en donnant une espèce de gouvernement spécial aux vernment

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* IL été publié plusieurs mémoires sur les biens des jésuites en Cana- to the bei

da. Entre autres une ‘“ Note sur les biens que les jésuites possédaient en Ca- du9au1

nada, et sur l’affectrtion que ces biens doivent recevoir aujourd’hui.”

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érigé le territoire qu’ils occupaient en cinq grands départements : un sur le bas Saint-Laurent, qui prit le nom de Gaspé, et quatre dans ie Haut-Canada, auxquels, par une singularité étrange, on donna les noms allemands de Lunenbourg, Mecklembourg, Nassau et Hesse. Ils embrassaient une vaste étendue de pays. On voulut y porter les lois françaises; mais les réfugiés américains n’entendaient ni ces lois ni la langue dans laquelle elles étaient écrites : il fallut modifier le régime existant par une nouvelle ordonnance en 1789. Les anglificateurs profitèrent de cet embarras pour essayer encore une fois de faire mettre de côté, comme inexécutable, la loi de 1774, à laquelle ils voulaient absolument se soustraire, et pour demander les lois anglaises.

Ces débats finirent par fixer sérieusement l’attention de l’Angleterre. En 1788 ou 9, au début du grand mouvement qui se préparait en France et ailleurs, les pétitions des partisans du système représentatif furent évoquées par le parlement impérial, pour deveñir iu sujet de ses délibérations, à la suite de nouvelles requêtes qui venaient de lui être présentées. Il régnait toujours beaucoup d’agitation en Canada sur la nature du gouvernement qui lui convenait, quoique, suivant leur usage, les journaux gardassent un silence presque absolu sur cette importante matière, comme sur tout ce qui avait rapport à la politique.*

* La ‘“ Gazette de Québec ” contient à peine un article politique de 1783 à 1792, espace de 9 ans ; c’est un recueil d’annonces, de nouvelles étrangères et de pièces officielles. Le ‘“ Quebec Herald” n’était guère plus hardi. 11 recevait néanmoins des correspondances anonymes ; et c’est dans un de ces écrits, signé Lepidus, contre l'établissement d'un gouvernement représenéa tif, que se trouve le passage suivant sur les motifs auxquels nous avons attribué l’acte de 1774. “ It is of public notoriety that the Quebec act was passed about the commencement of the late rebellion in the american colonies, which issued in an extensive and complicated war, that shook the whole british empire and lopt of thirteen provinces; now the obvious purport of that law was to attach the new king’s subjects more firmly to his government. For, when the other provinces took up arms, they had in agitation to invite this colony to accede to the general confederacy ; therefore to frustrate this measure, the british government thought proper to pass the aforesaid act, by which His Majesty’s canadian subjects were entitled

to the benefit of their own laws, usages and customs.” Le ‘ Quebec Herald” du 9 au 16 novembre 1789.

Dans la crainte probablement que l'influence des marchands de Londres ne donnât lieu à quelque décision défavorable aux intérêts canadiens, les habitants de Québec et de Montréal opposés à l'établissement d’une chambre d’assemblée, dressèrent de nouvelles pétitions à lord Dorchester, pour déclarer qu’ils persistaient à demander la conservation des lois françaises et le maintien de la constitution existante. Ils en présentèrenx d’autres l’année suivante, dans lesquelles ils se prononçaient avec encore plus de force contre l'introduction des lois anglaises et d’une chambre élective. Dans les pétitions de 1784, ils se plaignaient qu’ils ne jouissaient de leurs lois qu’imparfaitement, et que le conseil, composé au deux tiers d’Anglais, les changeait au gré des désirs ou des intérêts de la majorité de ses membres.

Le parti libéral canadien, réuni au parti libéral anglais, répondit par des pétitions, dans lesquelles il demandait un gouvernement libre. La division des Canadiens en deux sections presque égales, était maintenant distincte, l’une en faveur d’un gouvernement représentatif et l’autre contre. Dans l’une et l’autre section se trouvaient beaucoup de citoyens notables et de grands propriétaires; mais moins dans le parti libéral que dans le parti conservateur. Les libéraux anglais demandaient seulement l'introduction des lois anglaises qui avaient rapport au jury et au commerce. Les Canadiens ne désiraient qu’une constitution et des réformes favorables à la conservation des lois françaises. Ils pensaient avec raison que ces choses seraient mieux sauvegardées par une chambre, où la majorité serait canadienne, que par le conseil législatif, où la majorité ne l'était pas. Quant au parti anglais, il avait abandonné l’idée de priver les cathoïiques de leurs droits politiques. Le gouvernement, la majorité des chambres métropolitaines, étaient opposés à cette exclusion depuis la perte des anciennes colonies. Aussi Masères, qui avait montré un fanatisme si exclusif, ne cessa-t-il de dire au parti protestant après 1783, qu’il n’obtiendrait point de constitution libre sans le concours des Canadiens.

Les conservateurs n’eurent pas plutôt appris les représentations des constitutionnels, qu’ils se mirent en mouvement pour répliquer. Les pétitions de Montréal du 22 décembre 1788, furent signées par 2,800 citoyens ; mais celles de Québec ne purent obtenir que 194 signatures, ce qui démontra que cétte ville voulait

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un changement. L'inspection des signatures au pied de ces pièces, prouve que toutes les classes de la société et même les familles étaient divisées sur l’importante question du jour, et que plusieurs seigneurs et riches proprétaires anglais, favorables à l'établissement d’une chambre élective en 1774, y étaient opposés en 1788.

Toutes ces requêtes furent successivement soumises au parlement impérial, de 1785 à 1790 ; mais la multiplicité des affaires en fit ajourner la considération jusqu’à cette dernière année. Deux ans auparavant, la chambre des communes avait promis de s’en occuper. L'année suivante, lord Grenville, parvenu au ministère des colonies, avait envoyé un projet de constitution à lord Dorchester, pour que ce gouverneur lui transmît ses observations. L'indépendance des États-Unis portait la métropole à modifier considérablement sa politique. De graves questions s’agitaient aussi dans son sein. Les Antilles étaient fermées aux États-Unis, en attenAsnt qu’un plan général de fortifications pour leur défense fû. .uri par les chambres. L’opposition faisait de grands efforts pour faire révoquer la loi du test et reconnaître en pratique le principe de la liberté de conscience, reconnu par les républicains américains comme une des bases de leur constitution. Le célèbre Wilberforce proposait l’abolition de la traite des noirs, mesure dont les conséquences sont incalculables pour l'avenir des États à esclaves de l’Union américaine ; enfin le gouvernement, abandonnant ses antiques préjugés, avait préparé une constitution pour le Canada dans le but avoué d’attacher les populations franco-catholiques à l’Angleterre. Tous ces projets avaient pour objet, soit de paralyser les idées libérales de la jeune république, soit de se mettre en garde contre son ambition future, soit enfin de lui ouvrir une plaie toujours saignante dans le flanc, en prêchant, du haut des îles libres de l’archipel du Mexique, des doctrines d’affranchissement et de liberté, que le vent de la mer irait ensuite répandre dans les huttes des esclaves américains.

Le projet de constitution recu par Dorchester, divisait le Canada en deux provinces, contrairement à l’opinion de cs gouverneur qui donna ses raisons au ministre. A l'ouverture du parlement impérial, le roi appela l’attention des chambres sur l’état du Canada et sur la nécessité d'en réorganiser le gouvernement ;

et bientôt après, le chancelier de l’échiquier, M. Pitt, invita les communes à passer une loi pour diviser la province de Québec en deux provinces distinctes, sous les noms de Haut et Bas-Canada, et pour donner à chacune d’elles une ch&mbre élective. ‘ Le projet que j'ai dessein d'introduire est fondé surtout sur le message royal, qui recommande de diviser la province en deux gouvernements. Cette division fera cesser la rivalité qui existe entre les émigrants anglais et les anciens habitants français, laquelle occasionne des dissensions, de l'incertitude dans les lois, et d’autres difficultés d’une moindre importance. J'espère qu’elle pourra se faire de facon à donner à chaque peuple une grande majorité dans la partie qu’il occupe, parce qu'il n’est pas possible de tirer une ligne de séparation parfaite. Les inconvénients qu’on peut craindre de la circonstance que des Canadiens-Français se trouveront compris dans le Haut-Canada, et des émigrés britanniques dans le Bas-Canada, trouveront Jaur remède dans la législature qui sera établie dans chaque province.

‘“ Je proposerai donc’ d'établir, à l'instar de la constitution de la mère patrie, un conseil, composé de membres nommés à vie par la couronne ou siégeant en vertu d’un titre héréditaire, que le roi aura le privilége d’attacher à certains honneurs, et une chambre des députés, élus de la manière ordinaire. Toutes les lois et ordonnances actuelles demeureront en forcs tant qu’elles n’auront pas été changées par les nouvelles législatures. Le pays conservera en conséquence les lois anglaises qui y ont été introduites jusqu’à ce jour, ou celles qu’il voudra garder, et il aura les moyens d’en adopter d’autres s’il le juge à propos. La loi de l’Aabeas-corpus a déjà été introduite par une ordonnance de la province; et, comme elle consacre un droit précieux, elle sera maintenue comme loi fondamentale, Ce sont là les points les plus importants de la constitution; mais il y en a d’autres sur lesquels je veux appeler aussi l’attention de la chambre. Il faudra pourvoir au soutien du clergé protestant dans les deux provinces, en le dotant en terres à proportion de cel'es qui y ont déjà été concédées ; et comme dans l’une de ces provinces, la majorité des habitants est catholique, il sera déclaré que la couronne ne pourra sanctionner aucune loi des deux chambres canadiennes, octroyant des terres pour l'usage

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des cultes, sans qu’elle ait été préalablement soumise au parlement impérial. La question des tenures, qui a donné lieu à beaucoup de débats, sera réglée dans le Bas-Canada par la législature locale ; dans le Haut, où les habitants sont pour la plupartsortis de la Grande-Bretagne ou de ses anciennes colonies, la tenure sera libre. Et pour prévenir le retour des difficultés qui ont amené la séparation des États-Unis d'avec l'Angleterre, il sera statué, que le parlement britannique ne pourra imposer d’autres taxes que des droits sur le commerce ; et encore, afin d'empêcher l’abus de ce pouvoir, la législature dans chaque province pourra-t-elle disposer du produit de ces impôts.”

T'elles sont les paroles mémorables par lesquelles le premier ministre de la Grande-Bretagne annonça aux Canadiens, au nom de son pays, que leur nationalité, conformément au droit des gens, serait respectée ; et que, pour plus us sûreté, le Canada serait divisé en deux provinces, afin qu'ils pussent jouir sans trouble de leurs lois et de toutes leurs autres institutions dans la partie qu’ils occupaient.

Après l'introduction du projet de loi annoncé par Pitt, les pétitionnaires anglais qui avaient demandé un gouvernement constitutionnel, et qui comptaient donner le change à tout le monde, aux ministres, à l’'Ang.sterre et aux Canadiens, furent étonnés de ses dispositions, surtout de celles qui donnaient les mêmes droits électoraux aux hommes des deux races ; ils brisèrent leur masque et se montrèrent furieux. Ils chargèrent leur agent à Londres de protester hautement contre les principes du projet, contre lesquels s’élevèrent aussi quelques marchands de la métropole. Adam Lymburner avait déjà transmis à lord Grenville un plan de représentation, mais si outré qu’il avait été aussitôt rejeté. Le parti de l’opposition fut entendu à la barre des communes. Il appuya principalement sur ce que l'intérêt britannique était sacrifié, et sur les inconvénients qr'a les marchands et les colons anglais allaient éprouver, si l’on mettait la législation entre les mains des Canadiens, si attachés aux lois françaises.* marchands de Québec pour prier les chambres de rejeter la nouvelle constitution, attendu qu'après en avoir pesé toutes les conséquences, ils crai-

guaient qu’elle ne fût la source d'une infinité d'embarras et de maux pour le commerce,

Ce parti, qui était hostile aux Canadiens et qui avait voulu les faire exclure de la représentation en 1774, sous prétexte qu’ils étaient catholiques, s'étant vu obligé, après la révolution américaine, d'obtenir leur concours dans la demande d’une chambre élective pour avoir quelque chance de succès, s'était rapproché d’eux dans le but d'obtenir leurs signatures. Il se proposait de faire agir ensuite les sympathies anglaises pour se faire donner la prépondérance en tout, comme il l’avait eue jusque-là. Lorsqu'il apprit qu’on voulait diviser le Canada en deux provinces, il reconnut, mais trop tard, qu’il avait manqué son but, que la domination qu’il avait rêvée ne serait pas complète, et qu’enfin sa longue dissimulation était peine perdue. ‘ La loi, dit M. Powys, leur avocat dans les communes, ne satisfera pas ceux qui désirent une chambre, parce qu’elle ne la leur donne pas.” Les conservateurs canadiens raillèrent les constitutionnels sur leur alliance avec leurs prétendus amis. On se contenta de leur répondre que si l’on avait montré une bonne foi, peut-être trop crédule, on n’était pas solidaire de la mauvaise foi de ses alliés, et qu’au reste on avait ce qu’on désirait.

A la troisième lecture du projet, lord Sheffield présenta en opposition une nouvelle requête de Lymburner, qui se donnait pour l’agent des Canadiens dits constitutionnels, preuve du danger qu’il y a de charger de missions politiques des hommes dont les sentiments et les intérêts ne sont pas parfaitement en harmonie avec ceux de leurs commettants. Mais ces oppositions furent vaines.

Après quelques amendements, dont l’un avait pour objet d'augmenter le nombre des représentants, la loi passa sans division dans les deux chambres.

Elle reçut l’assentiment de l’illustre Burke. ‘ Essayer, dit cet homme d'État, d’unir des peuples qui diffèrent de langue, de lois et de mœurs, est un projet absurde. C’est semer des germes de discorde, toujours fatals à un nouveau gouvernement. Que la constitution soit prise dans la nature de l’homme, la seule base solide de tout gouvernement.”

Fox, comme membre du parti whig, auquel appartenait le commerce, se prononça contre la division de la province ; mais dominé par ces grands principes qui se plaisent surtout chez les

esprits élevés et généreux, il proposa que le conseil législatif fût.

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électif, parce qu'il n’y avait point de noblesse ou de corps qui méritât ce nom en Canada, et qu: la chambre représentative fût composée de cent membres. “ Il est important, observa-t-il, que cette colonie, susceptible de liberté et de progrès, n’ait rien à en. vier à ses voisins. Le Canada doit rester attaché à la Grande- Bretagne par la volonté de ses habitants : il est impossible de le conserver autrement. Mais pour cela il faut que les habitants sentent que leur situation est aussi heureuse que celle des Américains.”

C’est dans le cours de ces débats que les digressions de Burke sur les idées révolutionnaires de la France, amenèrent une de ces malheureuses disputes qui divisent à jamais deux anciens amis. Burke et Fox étaient liés d'amitié depuis l’enfance ; leurs grands talents oratoires, leur vaste intelligence, n’avaient fait que resserrer l’affection qu’ils se portaient mutuellement. Mais le premier avait pris en haine Ja révolution française ; le second au contraire l'avait embrassée avec ardeur, et il y fit quelque allusion en discutanf la loirelative au Canada. Par une de ces tournures imprévues que les discussions prennent parfois, Burke se crut desservi par son ami sur une question d'ordre, et s’en plaignit avec amertume. Il fit des reproches à Fox sur le refroidissement qu’il apercevait en lui depuis longtemps, et laissa échapper ces paroles :‘“ Il est sans doute indiscret en tout temps et surtout à mon âge, de provoquer des inimitiés ou de donner lieu à mes amis de m’abandonner ; néanmoins, s’il faut que mon attachement à la constitution britannique ait ce résultat, j’en courrai les risques. Soumis aux dictées du devoir et de la prudence publique, je ne cesserai point de dire : Repoussez la constitution française!’ Fox lui ayant répondu qu'il n’y avait point d'amis perdus, Burke repartit: ‘“ Allez, je connais les suites de ma conduite : j’ai rempli un devoir au prix d’un ami; notre amitié est rompue.” Ïl parla encore longtemps avec une extrême chaleur. Fox se leva ensuite pour s’expliquer; mais il était si ému qu’il fut plusieurs minutes sans pouvoir proférer une parole. Il avait le visage baigné de larmes, et il faisait vainement des efforts pour exprimer des sentiments qui se manifestaient assez pour faire connaître la sensibilité de son cœur.

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