‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 10 sur 64 · LE · texte numérisé non relu

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découvertes qui aient été faites parmi les hommes. Partout les différentes peuplades qu'il avait visitées l'avaient bien accueilli. A:ant perdu un de ses navires sur l’île de Saint- Domingue, il laissa une partie de ses équipages en cet endroit, après avoir obtenu du cacique de la contrée la permission d’y bâtir un fort, pour mettre ses gens à l’abri de toute attaque. Il obtint cette permission à la condition que les Espagnols, qu’il y laisserait, s’armeraient avec le cacique pour repousser les Caraïbes, peuple féroce et pillard qui habitait les îles méridionales. Les indigènes travaillèrent eux-mêmes, avec un aveugle empressement, à élever ce fort, qui fut le premier monument de leur servitude. Le 4 janvier, 1493, Colomb remit à la voile pour l’Europe, et, après une traversée orageuse, il rentra, le 16 mars, dans le port de Palos, aux acclamations de la ville, qui ne croyait plus le revoir.

L’immortel navigateur en partit aussitôt pour aller rendre compte de ses découvertes à Ferdinand et Isabelle. Son voyage jusqu’à Barcelone, où était la cour, fut une marche triomphale au milieu des populations accourues de toutes parts sur son passage. Les deux souverains voulurent le recevoir avec une pompe royale, et le trône fut dressé devant le peuple sous un dais magnifique. Le roi et la reine, entourés des grands de la nations, se levèrent à l’approche de Colomb, qui parut suivi d’une foule de seigneurs, entre lesquels il se distinguait par son port noble et imposant, et par une longue chevelure blanche qui tombait sur ses épaules. Après l’avoir fait asseoir en leur présence, honneur accordé très-rarement même aux plus grands personnages de l’Espagne, les deux souverains lui firent raconter les évènements les plus remarquables de son voyage. Ils écoutèrent son récit avec l'émotion la plus profonde; lorsqu'il eut cessé de parler, ils se jetèrent tous deux à genoux, et, levant les mains vers le ciel, ils le remercièrent, en versant des larmes de joie et de reconnaissance, d’avoir couronné leur entreprise d’un succès d’autant plus éclatant qu’il était inattendu. Tous ceux qui étaient présents les imitèrent, et un enthousiasme profond et solennel s’empara de cette auguste assemblée.

Après ce glorieux accueil, Colomb fut anobli avec toute sa postérité. Mais l’illustre navigateur devait se hâter de jouir

de ces hommages rendus à son génie; comme tant d’autres bienfaiteurs de l'humanité, il allait éprouver l'ingratitude de ses concitoyens.

La nouvelle de la découverte du navigateur génois se répandit en un instant dans toute l’Europe, et y fit, comme en Espagne, une sensation extraordinaire. Les savants, capables d’en apprécier la grandeur et les suites, se félicitaient de vivre à l’époque où ce grand événement venait de reculer si loin les bornes des connaissances et des observations de l’homme.*

Colomb fit encore trois voyages au Nouveau-Monde, ft dans lesquels il découvrit presque toutes les îles de l'archipel du Mexique. Dans le dernier, il côtoya le continent méridional, depuis la baie de Honduras jusqu’au golfe de Darien, et explora le golfe de Paria. C’est dans une de ces expéditions que François de Bovadilla, gouverneur de Saint-Domingue et ennemi de Colomb, le fit arrêter et osa l’envoyer, chargé de fers, en Espagne. Le roi fit des excuses au grand navigateur ; mais Colomb n’oublia jamais ce trait d’envieuse ingratitude. Il portait avec lui ses fers partout où il allait, et il ordonna qu’ils fussent placés dans son tombeau après sa mort. Ce tombeau, qu'a perdu l'Espagne et recueilli l'Amérique, repose aujourd’hui dans la cathédrale de la Havane. ‘“ Après avoir dans le cours de sa vie passé par sant d’orages, dit M. Marmier,f orages de la mer et orages plus cruels de l’envie, de la méchanceté des hommes, il était dans la destinée de ce martyr de la gloire de ne pas même reposer sur le sol où il rendait à Dieu sa grande âme abreuvée d’amertume. De Valladolid, ses ossements furent transportés à Séville, puis à Saint-Domingue, puis à la Havane. . . A Aiïix-la-Chapelle, au pied du chœur, le voyageur s'arrête devant une grande dalle entourée d’un cercle de cuivre, et y lit, en courbant la tête, ces deux mots qui sont toute une histoire : Carolo Magno.

‘“ Ilest des noms auxquels, dans un monument de deuil, il est défendu de rien ajouter: Charlemagne, Napoléon, Christophe Colomb. Et ceux des grands artistes et ceux des grands poëtes.”?

Colomb était de haute stature, il avait le visage long et de

+ L'un de 1498 à 1496 ; le second en 1498 et le dernier de 1502 à 1604. + Lettres sur l'Amérique,

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bonne mine, le nez aquilin, les yeux bleus, le teint blanc, tirant sur le rouge enflammé. Il avait eu les cheveux roux dans sa jeunesse; mais les périls où il s'était trouvé et ses travaux les avaient fait devenir blancs avant le temps. Il avait l’air gracieux, parlait bien et avec beaucoup d'éloquence. Il était avec cela doué d’un grand courage.

Tandis que Colomb poursuivait ainsi le cours de ses découvertes dans les régions de la baie du Mexique, d’autres voyageurs, émules de sa gloire, et marchant de près sur ses pas, tentaient des routes nouvelles dans le même hémisphère. Pinçon découvrit, en 1500, le fleuve des Amazones et le Brésil. Cabral, en revenant de Calicut, prenant trop au large pour doubler le cap de Bonne-Espérance, arrivait en présence de terres inconnues; c'était encore le Brésil. Ainsi, comme l’observe Robertson, si Colomb n’eût point découvert l'Amérique en 1492, le hasard l’aurait probablement indiquée à l’Europe cinq ans plus tard.

Les brillantes découvertes des Portugais et des Espagnols réveillèrent enfin les autres nations de leur assoupissement. Une vive émulation commença à s'emparer de leurs marins, qui tournèrent leurs vaisseaux vers ces mers mystérieuses, où naguère encore leur imagination ne plongeait qu'avec effroi. Sébastien Cabot, Vénitien * au service de Henri VIE, roi d’Angleterre, fit un voyage, en 1497, à la recherche d’un passage aux Indes par le nord-ouest. Il s’éleva vers le nord jusqu’au 58e degré de latitude, et découvrit la Floride, Terreneuve et le Labrador. Les Espagnols et les Anglais, qui se sont partagés presque tout le Nouveau-Monde, doivent ainsi ces vastes contrées au génie italien.

Cependant l’on croyait universellement que les terres découvertes faisaient partie de l’Asie, quoïqu’elles ne répondissent point aux descriptions des Indes que l’on cherchait, et on leur

* Quelques auteurs prétendent qu'il est né à Bristol; muis lu lettre qu'il écrivit au nonce d'Espagne, contient ces mots qui décident la question. “ Quand mon père partit de Venise pour s'établir en Angleterre. . . il m'emmena avec lui; j'étais fort jeune alors” Quant à la date de son voyage én Amérique, un grand nombre d'anciens auteurs, comme Her-

rera, Lopez de Gomera, Corneille Wjtfliet, Antoine Magin, R. Thorne, ete. disent que ce fut de 1507 à 1510.

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donna d’abord le nom d’Indes opéidentales, On resta dans cette erreur jusqu’en 1513, en cs de Nunez aperçut, du haut des montagnes mexicaines, la mer Pacifique, qu’un chef sauvage lui avait annoncée quelque temps auparavant. Déjà, vers cette époque, l’on commençait à donner à une partie du Brésil le nom d'Amérique, qui s’étendit ensuite petit à petit à tout le continent. Voici comment ce nom s’introduisit. Améric Velpuce, de Florence, avait accompagné Alonzo d'Ojeda dans une expédition à la Terre-Ferme, en 1499, Deux ans après, il avait cotoyé le Brésil, et plus tard il y avait fait un nouveau voyage, dans lequel il avait découvert la baie de tous les Saints pour le roi de Portugal. Il avait publié à Strasbourg, en 1505, puis à Saïint-Diez, en Lorraine, deux relations de ses voyages, dans la dernière desquelles il prétendait avoir découvert la Terre-Ferme, en 1497, l’année même où Colomb y abordait pour la première fois. Presque tous les auteurs, s'appuyant sur des documents contemporains, regardent cette dernière relation, que Velpuce a donnée sous ia forme d’une lettre au prince René de Lorraine, comme l’histoire de ses aventures, particulièrement dans le voyage qu'il fit avec Ojeda.* Mais comme ces deux relations furent longtemps les seules rendues publiques, son nom resta attaché au Nouveau-Monde, et ce nom fut ensuite consacré par l’usage.

Trois ans après le voyage de Cabot, il paraît que les côtes de Terreneuve et du Labrador furent visitées par un Portugais nommé Cortéréal ; mais déjà vers cette époque les Basques, les Bretons et les Normands faisaient la pêche de la morue sur le grand banc de Terreneuve et sur les côtes du Canada. Charlevoix rapporte avoir vu dans des mémoires, qu’un habitant de Honfleur, nommé Jean Denis, avait tracé une carte d’une partie du golfe Saint-Laurent, dès 1506. Comment ces pêcheurs ont-ils pu se mettre en possession des bancs de T'erreneuve si peu de temps après le voyage de Colomb? C’est là une demande qu’on se fait, et qui a porté quelques écrivains à croire que les navigateurs français connaissaient ces parages. Quelques-uns même l’assurent positivement, comme l’auteur …# Hackluit.

# Témoignages dans le procès du fils de Colomb avec le roi en 1608; Las Casas, Al. Sanchez de Carvajal, Herrera.

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des “ Us et coutumes do la mer.” ÆEl soutient qu'ils ont découvert les bancs de Terreneuve cent ans avant les voyages de Colomb. Les archives de la marine, à Paris, renferment un manuscrit ancien, intitulé, “ Abrégé des découvertes de la Nouvelle-France,” dans lequel on assure que les Bretons et les Normands trouvèrent les premiers le grand banc ét l'île de Torreneuve, en 1504. Ce qu'il y a de æertain, c’est que, lorsque Sébastien Cabot visita ces parages, les naturels lui dirent que l’île de Terreneuve se nommait Bacalléos du nom d’un poisson qui se trouvait sur ses côtes ; et ce nom est celui que porte la morue dans l’idiome des Basques. Ceux-ci l’avaient. ils emprunté à la langue des sauvages, c'est ce que l’on ignore.

Quoiqu'il en soit, malgré l'intérêt que plusieurs autres nations prenaient aux découvertes d'outre-mer, le gouvernement français ne fit aucune attention à l’Amérique avant 1523. Jusqu’à cette époque les rapports qui subsistaient entre la France et l'Amérique, avaient été établis par des particuliers dans l'intérêt de leur commerce. Le commerce français était alors, relativement au temps, plus considérable qu’on ne le pense généralement. L'autorité n’était pas encore centralisée comme elle l’a été plus tard. Chaque province agissait, pour ainsi dire, pour son propre compte et indépendamment des autres: ce qui explique pourquoi l’on trouve si souvent dans les anciennes relations les désignations de Basques, de Bretons, de Normands, etc, et qu'il est si difficile d'établir l'étendue du commerce de la nation dans ces jours, plus loin de nous par les changements qui ont eu lieu depuis, que par le temps. Il est certain que la France avait un grand nombre de navires occupés à la pêche de la morue et de la baleine, dès 1517 ; que ce commerce alla : toujours en augmentant, et qu’au commencement du dix-septième siècle, elle envoyait annuellement plusieurs centaines de navires dans les parages de Terreneuve et du golfe Saint-Laurent.

Les richesses que l’on tirait de la pêche tournèrent naturellement l’attention vers les contrées voisines de ces mers. En 1518, le baron de Léry, inspiré par le bien public, disent les chroniqueurs, par la gloire de la nation et sans doute aussi par l'exemple des Espagnols, voulut fonder un établissement dans le nord de l’Acadie. C'était un homme de courage et qui

brûlait du désir de se distinguer par de grandes choses, Il partit pour le Nonveau-Monde avec des colons dans le dessein de s'y fixer lui-même avec eux, Mais les vents et d'autres obstacles firent échouer son entreprise,

François I venait de succéder à Louis XII. Les gnerres et une sévère économie avaient empêché le feu roi de s’occuper d’expéditions maritimes. Louis XII avait travaillé sans cesse à alléger les charges qui pesaient sur ses peuples. François I, quoique moins homme d'État que guerrier, avait des qualités brillantes et quelques-unes de celles qni distinguent un grand prince. Il sentit que ces entreprises maritimes, qui occupaient partout l'attention des peuples, pouvaient jeter de l'éclat sur sa couronne; et, au milieu de la guerre acharnée qu’il sontenait contre Charles-Quint, dont les vastes états menaçaient l’indépendance de l’Europe, il ne cessait point d’exciter l’émulation de ses sujets pour le commerce et la navigation, comme il le faisait pour les lettres et les arts, Il fit armer une expédition pour aller découvrir de nouvelles terres, dans le dessein d’y former des établissements, si le sol et le climat y étaient favorables, et il la confia à Verazzani, navigateur florentia qu’il avait pris à son service. Ce capitaire fit avec quatre navires, en 1523, un premier voyage, dont la relation ne nous &st point parvenue, mais dont il parle dans la lettre qu’il adressa au roi après un second voyage qu’il entreprit l’année suivante. Dans ce second voyage, il passa par Madère et continua sa route vers l’occident. Après avoir essuyé une tempête, dans laquelle il manqua de périr, il arriva en présence d’une terre peu élevée, qu’il côtoya l’espace d'environ 50 lieues dans la direction du sud ; mais ne trouvant point de havre, il vira de bord, et vint jeter l’ancre en pleine mer devant une côte droite et régulière, vers le 34e degré de latitude nord. Les indigènes, accoururent sur le rivage et manifestèrent une profonde surprise à la vue des Français et de leur navire. Il croissait dans leur pays des palmiers, des cyprès d’une grande hauteur, des lauriers et plusieurs sortes d'arbres qui étaient inconnus en Europe et qui répandaient un doux parfum sur la mer.

Déployant de nouveau ses voiles, le navigateur français monta vers le nord jusqu'aux terres découvertes, dit-il, au temps passé par les Bretons, sous le £0e degré de latitude.*

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Le roi fut si content du rapport de Verazzani, qu’il le chargea d’une nouvelle expédition, Ce célèbre et infortuné voyageur, s'étant remis en route, suivant l’ordre de son maître, n'a plus reparu.

Le sort funeste de Verazzani interrompit le projet qu’avaient formé les Français de s'établir en Amérique. Moins maritime encore que commerçante, la France ne pensait pas qu'il fût bien avantageux pour elle d’avoir des possessions lointaines ; et cette idée a toujours plus ou moins subsisté dans la masse de la nation; car les Français n’ont jeté sur aucun point du globe une population assez forte pour y assurer l'existence de sa nationalité.

Un autre obstacle qui les empêcha alors de fonder des colonies, ce fut l’état agité du royaume. ‘“ Des troubles intérieurs, dit Raynal, détournaient la France encore plus des grands objets d'un commerce étendu et éloigné, et de l’idée d’aller chercher des royaumes dans les deux Indes.

“ L'autorité des rois n’était pas formellement contestée ; mais on lui résistait, on l’éludait. Le gouvernement féodal avait laissé des traces; et plusieurs de ses abus subsistaient encore. Le prince était sans cesse occupé à contenir une noblesse inquiète et puissante. La plupart des provinces qui composaient la monarchie, se gouvernaient par des lois et des formes différentes. La machine du gouvernement était compliquée. La nation négociait sans cesse avec le prince. L’autorité des rois était illimitée, sans être avouée par les lois ; la nation, souvent trop indépendante, n’avait aucun garant de sa liberté. De là, on s’observait, on se craignait, on se combattait sans cesse. Le gouvernement s’occupait uniquement, non du bien de la nation, mais de la manière de l’assujettir.”’

François I eut moins de dissensions intérieures à combattre que ses prédécesseurs. Cependant la révolte du fameux connétable de Bourbon, et des émeutes populaires au sujet des impôts, troublèrent son règne. Les discordes civiles et religieuses auraient été beaucoup plus sérieuses sans les guerres avec le puissant Charles-Quint, dans lesquelles les grands

# Charlevoix et Lescarbot ne s'accordent pas sur l'étendue de pays côtoyée par Verazzani; mais sa relation est, ce semble, assez claire ; la Floride et Terreneuve sont les deux points extrêmes de sa course,

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comme les petits voyaient l'intérêt de la France profondément engagé.

A l’époque du départ de Verazzani pour son troisième voyage, on était dans le fort de l’une de ces guerres; et après la fin désastreuse de ce voyage, jusqu’au rétablissement de la paix, tout projet de colonisation fut abandonné.

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