‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 11 sur 64 · DÉCOUVERTE DU CANADA · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DU CANADA

Paix DE CamBrai.—Projet d'établissement en Amérique.—Jacques Cartier est nommé pour commander la premiére expédition; il explore le golfe Saint-Laurent; sou retour en France.—Second voyage de Jacques Cartier; il découvre le fleuve Saint-Laurent.—Stadaconé, (Québec.)—Beautés naturelles du pays.—Hochelaga, (Montréal.)—Cartier hiverne sur la rivière Saint-Charles.—Le scorbut parmi les Français ; il en meurt 26.— Départ de Cartier pour la France.—La guerre fait suspendre les expéditions en Amérique.—Roberval est nommé gouverneur du Canada au rétablissement de la paix.—Troisième voyage de Jacques Cartier; il remonte le Saint-Laurent jusqu’au lac Saint-Louis et hiverne au Cap-Rouge. —I1 part pour l’Europe et rencontre, à Terreneuve, Roberval, qui venait au Canada, et qu’il refuse de suivre.—Roberval au Cap-Rouge; il s’y fortifie et y passe l’hiver.—Maladie qui emporte 60 personnes.—Cartier vient chercher Roberval, qui retourne en France.

Le traité de Cambrai avait rendu la paix au royaume. Philippe de Chabot, amiral de France, voyant le succès des Portugais et des Espagnols dans l’Amérique centrale et méridionale, où ils soumettaient sans effort d'immenses contrées à leur domination, proposa au roi de reprendre ses desseins sur le Nouveau-Monde, afin de tirer, comme eux, de grandes richesses des pays qu’il pourrait occuper. Les pêcheries considérables que les Français avaient sur les côtes de Terreneuve, étaient un premier acheminement vers ce but.

Le monarque, qui avait conservé le goût des entreprises lointaines, se voyant en paix avec ses voisins, agréa le projet de son amiral, et en confia l'exécution à Jacques Cartier, habile navigateur de Saint-Malo. Lorsque Ja nouvelle en parvint aux rois d’Espagne et de Portugal, ils se récrièrent. ‘Eh quoi! dit en riant François I, quand on lui rapporta leurs prétentions, ils partagent tranquillement entre eux toute l'Amérique sans souffrir que j’y prenne part comme leur frère! Je voudrais bien voir l’artiele du testament d'Adam qui leur lègue ce vaste héritage ?”

Cartier partit de Saint-Malo, dans le printemps de 1534, avec deux bâtiments de 60 tonneaux et de 61 hommes d'équipage chaëun, et parvint, au bout de 20 jours, à T'erreneuve, d’où il pénétra, par le détroit de Belle-Ile, dans le golfe Saint-Laurent. Il parcourut une partie des côtes de cette mer qui a 106 lieues de longueur sur 79 de largeur, en trafiquant avec les indigènes et en examinant le pays avec soin. 1i passa deux mois et demi à cette course.

Dans ce premier voyage, il ne fit aucune découverte importante, les parages qu’il visita étant déjà connus en grande partie des pêcheurs, qui y avaient même donné des noms à plusieurs caps.* Il reconnut cependant la côte aride et désolée du Labrador ; il longea Terreneuve jusqu’au cap de Raye, passa devant les îles de la Magdeleine et entra dans la baie des Chaleurs, à laquelle il donna ce nom, qu’elle porte encore, à cause de sa température brûlante au moment qu’il y parut. Selon la coutume européenne, il prit possession du pays pour son maître en élevant, malgré les protestations d’un vieux chef sauvage, une croix de bois sur une pointe de terre située probablement entre cette baie et le cap des Rosiers.

Toutefois cette première expédition ne fut pas sans fruit, puisqu’elle conduisit plus tard Cartier à la découverte du fleuve Saint-Laurent. Deux naturels de Gaspé, qu’il enmena en France, turent les premiers, à ce qu’il paraît, qui l’informèrent de l'existence de ce fleuve; et nous sommes porté à croire, par la route qu’il a suivie dans son second voyage, qu'il voulait surtout vérifier leur rapport, tant sur ce fleuve que sur le pays qu’il traverse depuis Montréal jusqu’à la mer.t

# Comme le cap Royal, le cap d'Orléans, près de Miramichi, le cap de Montmorenci, ete. V. Voyages de découvertes au Canada entre les années 1534 et 1549, par Jacques Curtier, imprimés à Québec, en 1843, sous la direction de la Société littéraire et historique de cette ville,

+ “I y a, entre les terres du sud et du nord, environ 30 lieues et'plus de 200 brasses de profond, Et nous ont, les sauvages, certifié être le chemin et commencement du grand fleuve de Æochelaga et chemin du Canada, lequel allait toujours en étroississant jusqu'à Canada; et puis que lon trouve l’eau douce au dit fleuve, qui va si loin que jamais homme n'avait été au bout: qu’ils eussent ouï, et qu'autre passage n’y avait que par bateaux. Et voyant leur dire, et qu'ils affirmaient n’y avoir autre passage, ne voulut, le dit capitaine, passer outre jusqu’après avoir vu le reste” des côtes au nord et au sud,—Second voyage de Cartier,

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Cependant la cause des découvertes gagnait tous les jours de nouveaux amis et d’utiles vrotecteurs. À Philippe de Chabot vint se joindre Charles de Mouy, sieur de la Maiïlleraie, viceamiral, qui s’en montra l’un des plus actifs partisans et l’encouragea de toute son influence. C'était lui qui avait recommandé Cartier au grand amiral de France. Il obtint pour son protégé, chargé de faire un second voyage, des pouvoirs beaucoup plus étendus que ceux de l’année précédente, et il lui fit donner trois navires et de bons équipages.

Suivant l’usage de cette époque, le navigateur malouin voulut, avant de se mettre en mer avec ses compagnons, implorer la protection de Celui qui commande aux flots et aux tempêtes, et qui se plaisait alors à reculer chaque jour les bornes du monde connu, par des prodiges qui étonnaient de plus en plus les hommes. Il se rendit, avec sés équipages en corps, à la cathédrale de Saint-Malo ; et là, après avoir assisté à une messe solennelle et communié dévotement, les aventureux marins reeurent de l’évêque, revêtu de ses habits pontificaux et entouré de son clergé, la bénédiction pastorale.

L’escadre, portant 110 hommes et des provisions pour un long voyage, ouvrit ses voiles à un vent favorable dans le mois de mai 1535. Cartier avait arboré comme capitaine-général son pavillon sur la Grande-Hermine, navire de 100 à 120 tonneaux ; les deux autres bâtiments, qui étaient beaucoup plus petits, étaient commandés par les capitaines Guillaume le Breton et Marc Jalobert. Plusieurs gentilshommes, tels que Claude de Pont-Briand et Charles de la Pommeraye, servaient à bord en qualité de volontaires. Dans la traversée, qui fut excessivement longue, on eut à subir des coups de vent d'orage, qui dispersèrent les trois navires au loin. Cartier lui-même n’atteignit qu’au mois de juillet la baie des Châteaux, située dans une île qui se trouve entre Terreneuve et le Labrador, et qu’il avait donnée pour rendez-vous à sa petite flotte ; les deux autres navires ne l’y rallièrent qu’au bout de plusieurs jours. Après quelque temps de repos donné à ceux-ci, Cartier se remit en route et cingla d’abord dans différentes directioms. Il vit une multitude d'îles ; et, après avoir été obligé par les vents contrai-

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dans une baïe, peut-être l'embouchure de la rivière Saint-Jean, à laquelle il donna le nom du Saint dont l’on chômait la fête, nom qui s’étendit ensuite au fleuve lui-même et au golfe par lequel ce fleuve se jette dans la mer. Sous la conduite des deux sauvages qu’il ramenait avec lui, il entra enfin dans ce fleuve et le remonta plus de 200 lieues à partir de l'Océan. Il s’arrêta au pied d’une île agréablement située, nommée depuis l’île d’Orléans. Suivant le rapport de ses guides, le pays se divisait alors en trois sections. Le Saguenay s’étendait depuis l’île d’Anticosti jusqu’à l’île aux Coudres ; le Canada, dont la principale bourgade était Stadaconé, aujourd’hui Québec, commençait à cette dernière île et se prolongeait en remontant le fleuve jusque vers Hochelaga, la dernière comme la plus riche et la plus populeuse partie du pays.

Le nom de Canada, donné ici par les indigènes à une partie du pays, ne laisse aucun doute sur l’origine de ce mot, qui signifiait dans leur langue, amas de cabanes, villages.

Cartier fit mettre ces deux sauvages à terre pour s’aboucher avec les naturels, qui d’abord prirent la fuite, mais qui revinrent et environnèrent bientôt les navires de leurs nombreux canots d'écorce. Ils offrirent aux Français du poisson, du maïs et des fruits. Cartier les reeut avec politesse et leur fit distribuer des présents, Le lendemain, l’agouhanna, c’est-à-dire le chef de Stadaconé, vint le visiter ; il était suivi de douze canots remplis d’indigènes. L’entrevue fut des plus amica’ 5, et les Français ot les sauvages se séparèrent très-contents les uns des autres. Avant de partir, le chef de Stadaconé voulut baiser les bras du capitaine français, ce qui était lui donner une des plus grandes marques de respect en usage chez ces peuples.

Comme la saison état avancée, Cartier prit l’audacieuse résolution de passer l'hiver dans le pays. I] fit entrer ses navires dans la rivière Saint-Charles, nommée par lui Sainte-Croix, pour les mettre en hivernage sous la bourgade de Stadaconé, qui couronnait une hauteur du côté du midi. Cet endroit du Saint- Laurent, par la distribution des montagnes, des coteaux, des vallées autours du bassin de Québec, est l’un des sites les plus grandioses de l'Amérique. Le fleuve conserve longtemps, à partir du golfe, un aspect imposant, mais sauvage et triste. Son immense largeur, quiest de quatra vingt-dix milles à son em-

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bouchure, ses nombreux écueils, ses brouillards, ses coups de vent en certaines saisons de l’année, en ont fait un lieu redoutable pour les navigateurs. Les côtes escarpées qui le bordent pendant l’espace de plus de cent lieues ; les sombres montagnes, qui sont au nord et au sud de la vallée dans laquelle il coule et dont il occupe par endroits presque toute la largeur ; les îles, qui se multiplient à mesure qu’on en remonte le cours; enfin tous les débris épars des obstacles que le grand tributaire de l'Océan a rompus et renversés pour se frayer un passage jusqu’à la mer, saisissent l'imagination du voyageur qui le parcourt pour la première fois. Mais à Québec la scène change. La nature, si vaste et si solennelle sur le bas &u fleuve, devient ici variée et gracieuse, sans cesser de conserver son caractère de grandeur, surtout depuis qu’elle a été embellie par la main de l'homme.

S'il était permis à Jacques Cartier de sortir aujourd’hui du tombeau pour contempler ie vaste pays qu’il a livré, couvert de forêts séculaires et de hordes barbares, à la civilisation européenne, quel spectacle plus noble pourrait exciter dans son cœur l’orgueil d’un fondateur d’empire, le sublime orgueil de ces hommes privilégiés, dor' le nom grandit chaque jour avec les conséquences de leurs actions immortelles. Cartier verrait dans Québec l’une des plus belles villes de l’ Amérique, et dans le Canada l'un des pays auxquels l’avenir ne peut réserver que de hautes destinées.

Impatient de voir Hochelaga, situé 60 lieues plus loin sur le fleuve, Cartier partit de Québec le 19 septembre, avec les gentilshommes, les capitaines de ses navires et une partie des matelots ; il mit treize jours à s’y rendre. Cette bourgade était assise à peu près sur l’emplacement où se déploie aujourd’hui la florissante ville de Montréal. A l’apparition des Français, une grande foule accourut au-devant d’eux, et les reçut, comme avaient fait les habitants de Québec, avec les marques de la joie la plus vive. Le lendemain, Cartier et ses compagnons revêtirent leurs plus beaux habits et se présentèrent dans la bourgade. Hochelaga se composait d’une cinquantaine de maisons en bois, de cinquante pas de longueur sur douze ou quinze de largeur. Chaque maison, couverte d’écorces cousues ensemble, se composait de plusieurs pièces, distribuées autour

d’une salle carrée, où se trouvait le foyer et se tenait la famille. Le village était entouré d’une triple enceinte circulaire et palissadée. 11 régnait en plusieurs endroits, vers le haut de cette enceinte, des galeries contre lesquelles des échelles étaient appuyées pour y monter; des amas de pierres étaient déposés auprès pour la défense. Dans le milieu de la bourgade se trouvait une grande place. C’est là que l’on conduisit Cartier. Après les saluts en usage parmi ces nations, des femmes vinrent étendre des nattes sur l'herbe pour faire asseoir les Français. Un instant après parut l’agouhanna, porté par une dizaine d'hommes, qui déployèrent une peau de cerf et le déposèrent dessus. Il paraissait âgé d'environ 50 ans, et (AL perclus de tous les membres. Un bandeau de fourrure rouge in ceignait son front. Après avoir salué Cartier et sa suite, il leur fit comprendre par des signes que leur arrivée lui faisait beau- ( coup de plaisir; et, comme il était souffrant, il montra ses bras | et ses jambes au commandant français en le priant de les toucher, Celui-ci les frotta avec ses mains ; aussitôt le chef sauvage prit le bandeau qu’il avait sur la tête et le lui présenta, pendant que de nombreux malades et infirmes se pressaient autour de Cartier pour le toucher, le prenant sans doute pour

(l un homme doué de facultés supérieures. | ll Cartier se fit conduire sur la cime d’une montagne qui était à un quart de lieue de distance. Il découvrit de cet endroit (il un pays sans bornes. Enchanté de la vue magnifique qu’il (y avait devant lui, il donna à cette montagne le nom de Mont- ! Royal, nom qu’elle a conservé et qui s’est étendu à la ville qui

| est maintenant au pied.

De retour à la rivière Saint-Charles, le navigateur français conçut quelques soupçons sur les dispositions des sauvages. Il fit renforcer les palissades, garnies de canons, que ses gens avaient élevées pendant son absence autour des navires. Il 4 porta ensuite ses soins sur la santé de ses équipages. Mais, : malgré toutes ses précautions, le scorbut éclata parmi eux dès | le mois de décembre avec une violence extrême. Aucun remède I - ne fut trouvé d’abord pour arrêter cette maladie qui était encore peu connue. La situation des Français devint déplorable. La rigueur de la saison augmentait chaque jour: le froid devint excessif. Sur cent-dix hommes, il n’y en eut que trois ou

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quatre en santé pendant quelque temps ; etdans un des navires il ne resta personne pour veiller auprès des malades. Trop faibles pour creuser la terre gelée, ceux qui pouvaient marcher, déposaient suus la neige leurs compagnons morts. Vingt-six hommes succombèrent avant le mois d'avril. La plupart des autres étaient à la porte du tombeau, lorsqu'un sauvage rencontra Cartier, atteint lui-même de la maladie, et lui indiqua un remède, qui les guérit en quelques jours. Au retour de la belle saison Cartier se hâta de remettre à la voile, emmenant, pour les présenter au roi, quelques sauvages, au nombre desquels était le chef Donnacona, qui se vantait d'avoir beaucoup voyagé, et d’avoir vu dans les pays occidentaux des hommes portant des vêtements de laine.*

Cartier trouva la France en proie aux dissensions religieuses, et engagée dans une nouvelle guerre avec Charles-Quint. Dès l'année précédente, des lois sévères avaient été rendues contre les nouveaux sectaires. Des échafauds et des bûchers s'étaient élevés sur toute la surface da royaume. L'empereur, qui avait su, par une politique habile, endormir François I dans ses conquêtes en Italie, profitait de ces troubles et de l’éloignement des armées françaises, pour fondre en même temps par le nord et par le sud sur les États de son rival. La voix de Cartier fut perdue dans le fracas des armes, et l'Amérique elle-même fut oubliée.

I1 fallut attendre un moment plus favorable. Ce moment arriva vers 1540. Le prince put alors s’occuper des découvertes du navigateur malouin. Le succès de la dernière expédition avait excité les clameurs du parti contraire aux colonies. Ce parti s’éleva contre la rigueur du climat du Canada, contre son insalubrité, qui avait fait périr d’une maladie cruelle une partie des équipages français, et enfin contre l'absence de mines d’or et d'argent. Ces observations laissèrent une impression défavorable dans quelques esprits. Maïs les amis de la colonisation finirent par en détruire l'effet, en faisant valoir surtout les avantages que l’on pourrait retirer du commerce des pelleteries avec les sauvages. D'ailleurs, disait-on, l’intérêt de la France ne permet point que les autres nations partagent seules la vaste dépouille du Nouveau-Monde,

* Comme les Français ne purent revenir au Canada qu’en 1541, ces gauvages moururent tous en France dans l’espace de quatre ans.

Le parti du progrès l’emporta. Dans ce parti se distinguait un gentilhomme de Picardie, nommé Jean François de la Roque, seigneur de Roberval, que François I appelait le petit roi de Vimeu. Ce seigneur, qui avait su acquérir l'estime de son souverain par sa bravoure et par sa fidélité, demanda et obtint le gouvernement des pays nouvellement découverts. Il fut décidé d'y former un établissement, et Roberval fut autorisé, par un édit du roi, du 15 juin 1540, à lever des volontaires pour aller le fonder. Cartier eut le commandement des navires destinés à porter les colons en Amérique. La difficulté de réunir tout ce qu’il fallait ayant retardé le départ de Roberval, Cartier prit les devants avec cinq navires au commencement de l'été de 1541* Après une traversée de trois mois, faite au milieu de tempêtes continuelles qui dispersèrent sa flotte, il s'arrêta à Terreneuve pour y attendre le gouverneur, qui devait le suivre à quelques jours de distance, mais qui ne vint pas ; il continua alors sa route seul et vint jeter l'ancre dans les environs de Québec. Les colons commencèrent aussitôt les défrichements. Pendant qu'ils étaient occupés à ces travaux, il partit das le dessein de remonter le fleuve au-dessus du saut Saint-Louis ; mais il ne put franchir les rapides.

L'automne arriva sans nouvelles de Roberval ; Cartier dut se préparer pour passer l’hiver dans le pays. Il renvoya deux de ses bâtiments à Saint-Malo, afin d’instruire le roi de ce qu’il avait fait, et de savoir quels motifs avaient empêché Roberval de venir en Amérique.

L'hiver se passa assez tranquillement, mais au printemps les sauvages commençant à le menacer, il crut devoir se rembarquer avec tous ses compatriotes pour la France. (C'était dans le moment où Roberval, retenu l’année précédente par des causes qu’il n’avait pu maîtriser, faisait voile pour l’ Amérique avec trois navires, deux cents colons des deux sexes et plusieurs gentilshommes. Suivant une version, qui se trouve dans une

* Suivant l'Histoire maritime de Léon Guérin, c'est en 1540 que Cartier mit à la voile; mais dans l'obscurité qui règne à ce sujet, nous pensons que c’est plutôt l’année suivante, d’abord parce que l’édit du roi n’est que du 15 juin 1540; en second lieu,parce que les difficultés, qui s'élevèrent entre Roberval et Jacques Cartier, eurent pour cause une expédition faite

en 1541, et enfin parce que Cartier ne serait pas resté deux aus en Amérique sans communiquer avec l’Europe,

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des pièces au dépôt de la marine, à Paris,* les deux escadres se rencontrèrent à peu de distance de Québec, et Roberval fit rebrousser chemin à Cartier pour commencer un établissement à l’île d'Orléans. Suivant une autre version, qui est plus probable, cette rencontre eut lieu à Saint-Jean de Terreneuve, et Cartier ne voulut pas suivre Roberval, parce qu’il s’aperçut que celui-ci voulait s'approprier une partie de ses découvertes. Quoiqu'il en soit, il est certain que Roberval parvint à sa destination ; qu’il renvoya dans l’automne deux de ses navires en France, pour informer le roi de son débarquement et demander des vivres pour l’année suivante ; que cinquante colons périrent dans le cours de l'hiver, et que malgré ce désastre le gouverneur partit, dans le mois de juin, avec soixante-dix hommes, pour voir s’il ne serait pas plus heureux que Cartier, et s'il ne pourrait pas atteindre le pays où les sauvages disaient que l’on trouvait des pierres fines et des métaux précieux. Mais il paraît qu’il n’alla pas loin, si l’on en juge par le silence qui règne à ce sujet; car, malgré la perte d’une partie de sa relation, si Roberval eût fait quelque découverte, il nous en serait sans doute parvenu quelque chose. Dans cette course Roberval perdit une de ses barques et huit hommes qui se noyèrent, Cependant la nouvelle de son débarquement en Canada était arrivée à Paris au moment même où la guerre allait recommencer entre François I et Charles-Quint. Au lieu de lui envoyer les secours qu’il demandait, le roi, suivant Lescarbot, chargea Cartier, en 1543, de ramener Roberval en France, où sa valeur et son influence sur les populations de la Picardie, qui allait | Documents de Paris, vol. 1,p. 6. Société littéraire et historiqus, Québec. + On met en doute ce quatrième voyage du navigateur de Saint-Malo, auquel Lescarbot seul paraît avoir fait attention et qui depuis a été perdu de vue. Mais cet auteur dit positivement : “ Le roi occupé à de grandes affaires qui pressaient la France pour lors, il n’y eut moyen d'envoyer nbuveau rafraichissement de vivres à ceux qui devaient avoir rendu le pays capable de les nourrir... et que le dit de Roberval fut mandé pour servir le Roi par decà : car je trouve par le compte du dit Quartier qu'il employa huit mois à l'aller quérir, après y avoir (Roberval) demeuré dix-sept mois.” Histoire de la nouvelle France par Lescarbot (1618). La relation de Roberval confirme cet historien en ce qui concerne la demande de vivres : — Roberval renvoya en France deux navires. ..afin de donner avis au roi, et

de revenir l’année suivante avec des victuailles et autres fournitures ainei qu’il plairait au roi.”

devenir le théâtre des host ités, pouvaient lui,être utiles. La colonie entière se serait rem wrquée avec lui.

Ainsi finit le premier essai ‘5 colonisation fait par la France dans l'Amérique septentrionale, il y a plus de trois cents ans, si l’on excepte celui du baron de Léry.

Le nom de Jacques Cartier, immortalisé par la découverte du Canada, disparaît de l’histoire après ce voyage. Mais si l’on en croit la demande que firent ses neveux, près d’un demi-siècle plus tard, pour obtenir la continuation des priviléges accordés à leur oncle, l’on doit supposer qu'il fit encore pendant longtemps la traite des pelleteries avec les indigènes du Canada.

Cartier s’est distingué dans toutes ses expéditions par un rare courage, Aucun navigateur de son temps, si rapproché de celui de Colomb, n'avait encore osé pénétrer dans le cœur même du Nouveau-Monde, et braver la perfidie et la cruauté d’une foule de nations barbares. En s’aventurant dans le climat rigoureux du Canada, où, durant six mois de l’année, la terre est couverte de neige et les communications fluviales sont interrompues ; en hivernant deux fois au milieu de peuplades sauvages, dont il pouvait avoir tout à craindre, il a donné une nouvelle preuve de l’intrépidité des marins de cette époque.

Avec lui commence la longue file de voyageurs qui ont fait des découvertes dans l’intérieur de l'Amérique du nord. Le Saint-Laurent, qu’il remonta jusqu’au saut Saint-Louis, conduisit successivement les Français à la baie d'Hudson, dans la vallée du Mississipi, et aux Montagnes-Rocheuses.

Pour récompense de ses découvertes, on dit qu’il fut anobli par le roi de France,* honneur qu’il méritait, puisqu'il avait placé son nom à la tête des annales canadiennes, et ouvert la première page d’un nouveau livre dans la grande histoire du monde.

* Recherches de M. Cunatsur Jacques Cartier, consignées dans une pièce annexée au procès-verbal de la commission nommée par M. Hovius, chevalier de la Légion d'honneur, maire de Saint-Malo, pour recevoir et reconnaître les débris de la Petite-Hermine, le 12 décembre 1848; duquel procès-verbal

copie est déposée dans les archives de la Société littéraire et historique de Québec,

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