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Sous ses auspices, ies navigateurs portugais doublèrent le cap Bajador, pénétrèrent dans les régions redoutables du tropique, et explorèrent les côtes de l’Afrique jusqu’au cap Vert, entre le Sénégal et la Gambie, qu'ils découvrirent en 1474. Presque dans le même temps, Gonzalo Vello trouvait les îles Acores, à 360 lieues de Lisbonne, entre l’Europe et l'Amérique ; mais Henri mourut au milieu de ses découvertes, et plusieurs années avant que Vasquez de Gama pôût doubler le cap de Bonne-Espérance. Néanmoins c’est à ce prince qu’appartient l'honneur de cette grande entreprise.
Les découvertes des Portugais excitèrent bientôt l’attention de toute l’Europe.* Le bruit de leurs expéditions lointaines, les relations presque merveilleuses de leurs voyageurs, se répandirent dans tous les pays et y causèrent un étonnement extrême,
Les hommes les plus aventureux se dirigèrent vers le Portugal, pour aller chercher fortune, avec les marins de ce pays, dans les régions nouvelles, vers lesquelles ils s’élançaient avec une ardeur qu’excitaient tous les jours de nouveaux succès. Christophe Colomb se rendit à Lisbonne en 1470.f
Colomb, dont le nom se rattache à jamais à l’histoire du Nouveau-Monde, est né, suivant la supposition la plus vraisemblable, à Gênes, vers 1435. Son père, réduit à vivre du travail de ses mains, ne put lui donner qu’une éducation médiocre. Colomb montra de bonne heure d’heureuses dispositions et du goût pour la science géographique, qu’un penchant irrésistible pour la mer lui permit plus tard d'utiliser. A l’âge de 14 ans, il entra dans la carrière périlleuse qui devait le conduire à
* Herrera.
+ Son fils Ferdinand dit que c'est un accident fortuit qui l’'amena à Lisbonne, A la suite d’un engagement avec des galères de Venise, entre cette ville et le cap Saint-Vincent, le vaisseau de son père et celui de son ennemi prireut feu, et Colomb, obligé de se jeter à la mer, atteignit heureusement le rivage qui était à plus de deux lieues, Histoire de l'Amiral, cb, 6.
l’immortalité. On connaît peu de choses sur les ;remières années de sa vie maritime. Il paraît qu’il prit part à plusieurs expéditions de guerre contre les BarLaresques et contre les princes d'Italie; qu'il servit sons Jean d’Anjou dans la guerre de Naples et sous Louis XI; car les rois de France étaient dans l’usage à cette époque de prendre des vaisseaux de Gênes à leur solde. Il déploya dans ces courses, de l’habilité et du courage, qualités qu’il fit briller surtout dans l’expédition de Naples.*
Pendant son séjour à Lisbonne, il continua de se livrer à sa science favorite ; il étudia les découvertes des Portugais et les cosmographies anciennes et modernes. Il fit, avec les Portugais, plusieurs voyages sur les côtes de la Guinée; et il alla en Islande en 1477. Ses voyages et ses études le mirent en relation aveo plusieurs savants de l’Europe, et avec les navigateurs qui avaient pris part aux voyages qui s'étaient faits depuis le prince Henri. C’est en vivant au milieu de ce monde, dont l'imagination s’exaltait sans cesse au récit des découvertes annoncées chaque jour, qu’il conçut, en 1474, le dessein d’aller aux Indes en cinglant droit à l’ouest. Ce projet, dans ses idées, n’avait rien que de raisonnable, parce qu’il s'était convaincu, contre l’opinion des partisans du système de Ptolémée, alors reçu partout, que la terre était ronde, comme plusieurs anciens l’avaient pensé, et comme allait l’enseigner Copernic dans le nord de l’Europe quelques années plus tard. L'occasion d’ailleurs paraissait favorable. Une nouvelle application de la science à la navigation, l’astrolabe, qui est devenu l’octant nar les améliorations du célèbre Auzout, et l’usage de la boussole, qui commençait à s’introduire, allaïent permettre aux navigateurs de s'éloigner sans crainte des routes tracées.
Colomb fit part de son projet au roi du Portugal, Jean II, à qui il demanda vainement quelques vaisseaux pour tenter une entreprise, dont le succès eût jeté une gloire ineffaçable sur le règne de ce prince. Refusé, Colomb tourna les yeux vers l’Espagne, et partit pour Madrid, en 1484, avec son fils Diègue, pour aller faire les mêmes propositions à Ferdinand et Isabelle. T1 ne fut pas d’abord plus heureux ; mais il ne se découragea point, et, de jour en jour plus convaincu de la possibilité de son
# Histoire de l'Amiral (0, Colomb). Bosst.
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entreprise, il persista jusqu’à ce qu'après huit années de sallicitations, son génie persévérant eût enfin triomphé. Tout le monde connaît le fameux examen qu’on lui fit subir devant les théologiens d’Espagne, qui voulaient lui prouver son erreur, la Bible à la main. Presque dans le même temps, les rois de France et d'Angleterre, auprès desquels il avait fait faire des démarches par son frère Barthélemy, envoyaient des réponses favorables ; de sorte que la découverte de l'Amérique n’aurait pas manqué de se faire sous les auspices de l’un de ces souverains,.
Ferdinand et Isabel!° donnèrent à Colomb trois petits navires, dont deux n'avaient pas de pont. Le plus gros se nommait Santa-Maria. Colomb fit voile de Palos, le 3 août, 1492, avec le titre d’amiral des terres qu’il pourrait découvrir. Il était accompagné des trois frères Pinçon, qui voulurent hasarder leur fortune et leur vie dans cette expédition mémorable. La petite escadre avait à bord pour douze mois de vivres, et portait quatre vingt-dix hommes, parmi lesquels se trouvaient quelques aventuriers qui suivaient la fortune du capitaine. La traversée ne fut pas orageuse ; mais une crainte superstitieuse, qui s'était emparée de l’esprit des matelots, leur faisait voir sans cesse mille dangers imaginaires. Cette terreur fut encore augmentée par les variations du compas, qui furent observées alors pour la première fois. Ils crurent que les lois de la nature changeaiïent à mesure qu’ils avançaient, et, dans leur effroi, tantôt ils tombaient dans le plus grand découragement, tantôt, pleins de colère, ils poussaient des cris de révolte, jusqu’à menacer un jour Colomb de le jeter à la mer. La fermeté de ce capitaine ne l’abandonna point ; il réussit à les maîtriser et à relever leur courage. Il y avait 70 jours qu’ils avaient quitté Palos, lorsque, dans la nuit du 12 octobre, une lumière, qui allait et venait à quelque distance des bâtiments, frappa tout à coup la vue de Colomb, qui, n’osant s’en rapporter à ses yeux, la fit observer à quelqu'un qui était près de lui. Ils attendirent le jour avec la plus grande anxiété. A ses premières lueurs, ils aperçurent une terre couverte d’une végétation brillante et vigoureuse, sous un beau ciel rempli d’une multitude d'oiseaux de toutes sortes de plumages, A ce spectacle, tout Je monde fut transporté de la plus vive allégresse sur les
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trois navires, et le Te Deum fut entonné à haute voix en action de grâces, au milieu des larmes de joie qui coulaient de tous les yeux.
Au lever du soleil, toutes les chaloupes furent mises à la mer et armées : chacun portait ses plus beaux habits. Colomb, ayant fait déployer les drapeaux, donna l’ordre de ramer vers le rivage aux accents d’une musique guerrière. Le premier, il sauta à terre, une épée nue à la main.” Tous les Espagnols le suivirent et tombèrent à genoux sur la rive qu’ils embrassèrent comme une nouvelle mère, ou plutôt comme une conquête qui ne devait plus se perdre. Ils y plantèrent une croix et prirent possession du pays au nom de la couronne de Castille et de Léon, C'était une des îles Lucayes, ou Bahama, que Colomb nomma San-Salvador.
Les Espagnols trouvèrent la rive couverte de sauvages qui manifestaient, par leurs gestes et par leurs attitudes, le plus profond étonnement. La blancheur des Européens, leur costume, leurs armes, leurs navires, tout excitait leur admiration. Ils prirent 8 Espagnols pour les fils du soleil, rendant visite à la terre, surtout lorsque ceux-ci firent usage de leur artillerie. Les canons, dont l'explosion imite le bruit du tonnerre, les remplirent d'épouvante, et contribuèrent à les persuader que ces étrangers étaient d’origine céleste. Mais si les aborigènes étaient dans l’étonnement, les Espagnols n'étaient pas moins surpris, de leur côté, de tout ce qui frappait leurs regards. Le teint cuivré, la mine farouche des habitants, les animaux, les oiseaux, les arbres, les plantes, tout présentait une différence avec ce qu'offrait l'Europe. Le sol, qui paraissait d’une grande fertilité, ne portait aucune trace de culture, aucun indice de civilisation.
Après avoir examiné le pays, Colomb remit à la voile pour continuer ses découvertes. Il visita le reste des îles Lucayes ; ensuite il gagna l’île de Cuba et celle de Saint-Domingue, où il trouva le tabac, dont les indigènes faisaient usage pour fumer, pratique inconnue des Européens, et la pomme de terre, humble tubercule peu apprécié alors, dit Washington Irving, mais dont l’acquisition fut plus précieuse pour l’homme que toutes les épices de l'Orient. Il prit encore possession de ces nouvelles contrées pour l'Espagne, vers laquelle il songea alors à retourner, pour aller lui annoncer une des plus grandes
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