ABANDON TEMPORAIRE DU CANADA
Roberval part pour l'Amérique après la guerre, et périt avec tous ceux qui l’accompagnuient.—M, Villegagnon tente de fonder une colonie dans le Brésil ; la désunion des colons cause leur ruine.—Fondation de la Caroline dans la Floride.—Massacre des Français de cette colonie par les Espagnols, en pleine paix.—Catherine de Médicis, régente, néglige d'en demander satisfaction.—M, de Gourgues les vengent.—Pendant longtemps en France on ne pense plus aux colonies.—Observations à ce sujet.—Les troubles du royaume entravent la colonisation.—Progrès des pécheries et du commerce des pelleteries.—Le marquis de la Roche veut fonder un établissement en Acadie; il échoue.—Colons abandonnés dans l'île de Sable ; la plupart périssent. Le roi envoie chercher les autres au bout de cinq ans.—M. de la Roche, ruiné par son entreprise, meurt de chagria.—Obstacles qu'éprouvait alors la colonisation.
LA guerre entre François Ier et Charles-Quint dura plusieurs années. Comme cela était déjà arrivé et devait arriver encore, le Canada fut oublié dans le tumulte des camps. Au rétablissement de la paix, Robervat, dont la réputation avait grandi sur le champ de bataille, revint à ses projets sur l'Amérique. Il organisa une nouvelle expédition pour le Canada, en s’associant avec son frère, militaire très-brave que le roi avait surnommé le gendarme d’Annibal. Mais leur voyage eut un dénouement funeste. Roberval fit voile en 1549, sous le règne de Henri IL, et périt da: 3 la traversée avec tous ses compagnons, sans qu’on ait jamais su comment ce malheur était arrivé. Cette catastrophe fit abandonner le Canada, et elle aurait probäblement eu l’effet de détourr:er pendant longtemps la France de cesentreprises hasardeuses, sans l’amiral de Coligni, qui dirigea l'attention vers d’autres contrées.
En 1555, Coligni, qui était le chef des huguenots, proposa à Henri IT de former dans quelque partie du Nouveau-Monde, une colonie où ses sujets protestants pourraient se retirer pour exercer leur culte librement et en paix. Le roi approuva G
d’abord ce dessein, qui fut ensuite abandonné, Nicolas Durand de Villegagnon, chevalier de Malte et vice-amiral de Bretagne, imbu des doctrines nouvelles, obtint sans trop de difficultés la permission de conduire des colons dans le Brésil, pays que sa température faisait préférer au Canada. Mais cet établissement eut le sort de ceux que l’on avait voulu former à l’autre extrémité du continent, quoique pour des causes différentes, Villegagnon désavoua son apostasie, et la division se mit parmi \ les Français, qui ne purent se maintenir dans le pays. Cependant les dissensions religieuses s’envenimaient en France, L’effroyable massacre des Vaudois, en 1545, avait A rempli les protestants d’une secrète terreur, La guerre civile allait se rallumer. Coligni songea plus sérieusement que jamais à trouver un asile pour les religionnaires, sur lesquels on avait recommencé à faire peser les rigueurs d’une cruelle per- (1 sécution. Il profita d’une espèce de trève, en 1562, pour intéresser la cour au plan d'établissement qu’il avait projeté » pour eux dans la Floride. Charlevoix assure que, selon toutes les apparences, il ne découvrit pas son but au roi, et qu’il ne lui fit envisager son projet que comme une entreprise avanta- A geuse à la France. Mais il est difficile de croire qu’il put en | \ imposer à la cour à cet égard. Charles IX n'ignorait rien, et il (l 1 fut bien aise, en effet, de voir que Coligni n’employait à cette | ( expédition que des calvinistes, parce que c’étaient autant | {Al d’ennemis dont il purgeait le royaume. | l L’amiral fut d’abord laissé maître de toute l’entreprise. Il | donna le commandement de l’expédition à Jean de Ribaut, ex- | cellent marin de Dieppe, qui partit pour la Floride en 1562, | accompagné de plusieurs gentilshommes. Ribaut côtoya l’A- ie mérique en remontant vers le nord. Il prit possession pour la ie France, d’une partie de la Floride et de la Georgie, en élevant ‘e une colonne aux armes du roi sur un monticule. Continuant sa route, il parvint enfin à une petite île, nommée Santa-Cruz par les Espagnols, où il fit élever des ouvrages de défense, qu’il nomma Charles-Fort, en l'honneur du roi Charles IX. Le pays offrait toutes les marques de la plus grande fertilité, et les indigènes firent le meilleur accueil aux Français. Ribaut retourna en France en 1563, laissant un de ses capitaines, norimé Albert, pour commander à Charles-Fort. Au lieu
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Le pays
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de cultiver la terre, les Français, se reposant sur leurs provisions, se mirent à chercher des mines d'or et d'argent, dont ils croyaient le sol du Nouveau-Monde rempli. Cependant les vivres commencèrent à manquer et la discorde éclata; le commandant, qui avait jusque-là dissimulé son véritable caractère, se montra barbare et cruel, Il pendit lui-même un soldat de ses pr mains; il devint bientôt si odieux qu’il fut massacré.
Comme les colons se voyaient menacés de la famine & que Ribaut ne revenait point, ils se construisirent un bâtiment, qui fut calfaté avec de la mousse, couvert de voiles faites avec leurs draps et leurs chemises, et de cordages faits avec de l'écorce d'arbre; et ils se rembarquèrent pour la France, sans matelots” ni pilotes pour les diriger, sans vivres en quantité suffisante pour une longue traversée, Surpris par un calme, qui se prolongea plusieurs jours, leurs provisions s’épuisèrent, l’eau douce manqua, Jls ne virent plus que l'Océan et la mort devant eux. “ Quelqu'un, rapporte Guérin, s'étant avisé de dire qu’un seul pouvait sauver la vie à tous les autres aux dépens de la sienne, non-seulement la proposition ne fut pas rejetée avec l'horreur qu'elle méritait, mais elle fut accueillie avec une sorte de joie féroce. Déjà l’on était convenu de tirer au sort pour savoir quelle serait la victime offarte au salut commun, quand un soldat nommé Lachau, plutôt que de partager ou seulement de voir le dégoûtant repas, dit à ses compagnons, comme les fils d’Ugolin à leur père : ‘“ Tenez, mangez de moi.” Il fut pris au mot, et on égorgea sur-le-champ cette généreuse victime sans qu’elle fit la moindre résistance. Son sang fut avidement et soigneusement recueilli; son corps fut dépecé avec un soin d’anthropophages ; et, de l’unet de l’autre, il fut fait un partage minutieux dont aucun ne céda ni sa goutte ni son lambeau. Ce premier acte accompli, le drame se serait trop présumablement déroulé de la même façon, de bonne volonté ou de force, si, peu de temps après, on n’eût aperçu la terre et presque aussitôt un navire qui s’approchait.”” C'était un navire anglais, les survivants furent sauvés.
“ Gaspard de Coligni, continue le même auteur, loin de reculer devant les difficultés de tout genre qui mettaient obstacle à ses projets de colonisation calviniste, y persévérait d’autant plus que la persécution redoublait contre les huguenots, II
profita d’un moment où la cour était entrée, par ses soins, en composition avec ceux-ci, pour engager Charles IX à fournir de nouveaux moyens à ses essais d'établissement en Amérique. Charles lui accorda trois navires bien équipés. L’amiral en confia le commandement à René de Goulaine de Laudouinière,* Jamilier de sa cour, d'une insigne piété, habile en beaucoup de choses, surtout dans celles de la marine. On lui donna des ouvriers habiles et des détachements de soldats d'élite; plusieurs jeunes gens de famille et de riches gentilshommes voulurent faire le voyage à ieurs dépens. Charles IX fit compter cinquante mille écus à Laudouinière pour le voyage et pour (A ses frais une fois qu’il serait arrivé. Le but primitif de cette L seconde expédition était d’aller ravitailler Charles-Fort.” fl) Laudouinière fit voile dans le mois d’avril 1564, passa par les | Canarics et les Antilles et vint jeter l’ancre entre la rivière Re Saint-Marys et celle de Saint-Jecn, sur la côte orientale de l'Amérique du nord. Il fit élever à deux lieues de la mer un fort qu’il nomma la Caroline. Mais il n’y fut pas longtemps “sans exciter la jalousie des Espagnols. Philippe II envoya une flotte pour ‘“ combattre les hérétiques et les empêcher d’établir leur culte en Amérique.” F4 | qi Le fort de la Caroline fut assiégé et pris après une vigou- 1 reuse résistance dirigée par Laudouinière. Une partie des Fran- | | çais réussit cependant à s’échapoer ; et Laudouinière put ren- ñ | nul t(L trer en France, où il fut mal accueilli du gouvernement, disgrâce | | (( qui abrégea probablement ses jours. Ce qui fut peut-être la | (LU cause de la perte de la Caroline, c’est l’obstination de Rihaut, | revenu en Amérique, à aller attaquer les Espagnols. Il emmena pour cette attaque toute la garnison du fort de la Caroline, qui se trouva presque sans défenseurs lorsque les Espagnols pa- 4 | rurent, et le fort devint par là-même une proi? plus facile à saisir. L'entreprise de Ribaut eut une fin malheureuse. Il fut se surpris par une tempête furieuse qui s’éleva tout à coup et le rejeta à cinquante lieues au sud. Ses vaisseaux se brisèrent sur les rochers ; mais les hommes qu'ils portaient parvinrent à gagner lerivage. Ribaut ne vit point d'autre chose à faire qu’à * Lescarbot et Charlevoix se trompent en le nommant Laudonnière. Voir ce que dit Léon Guérin, notes et pièces justificatives, dans son Histoire
Maritime de France, tome IL. Laudouinière était le nom d’une terre appartenant à la famille de Goulaine,
soins, en fournir de Amérique.
’amiral en douinière,* vaucoup de donna des élite; plumes vouluit compter re et pour if de cette ort.”?
ssa par les la rivière rientale de la mer un longtemps II envoya cher d’éta-
ne vigou- » des Frane put rent, disgrâce eut-être la de Riraut, Il emmeà Caroline, agnols pas facile à se. Ilfut oup et le sèrent sur vinrent à faire qu’à
audonnière.
son Histoire erre appar-
retourner par terre à la Caroline. Pour comble de malheur il trouva les Espagnols maîtres du fort. Commeil était sans vivres, il songea à se rendre. Menendez fit à ses envoyés une réponse rassurante, en prononçant, ‘un de ces serments castillans que l’inquisition recommandait aux abominables fournisseurs de ses hautes-œuvres.
‘“ Les Français, au nombre de huit cents, se confèrent à la parole de Menendez. A mesure qu’ils se livraient, le monstre, se signant le front, insultant, dans son fanatisme aveugle, à la croix du Christ, leur faisait enfoncer un poignard dans le cœur; le brave d’Ottigny, pendant que l’on plongeait ce poignard fumant dans son sein, prenait encore le ciel à témoin de la scélératesse espagnole. Quant à Ribaut, Menendez poussa la barbarie jusqu’à le faire écorcher vif, et à envoyer sa peau et sa barbe à Séville, comme des trophées de sa victoire ; la tête du commandant français fut coupée en quatre, et exposée sur autant de piquets. Enfin les Espagnols firent rassembler tous les cadavres de leurs victimes, y compris ceux des malheureux qu’ils avaient précédemment assassinés dans le fort ou atteints dans les bois, traitèrent ces misérables restes avec une indignité sans pareille; et, avant de les livrer aux flammes, les pendirent à des arbres,” sur lesquels on mit par dérision cette inscription fanatique : ‘ Ceux-ci n'ont pas été traités de la sorte en qualité de Français, mais comme hérétiques et ennemis de Dieu.” Presque tous les colons périrent dans cette catastrophe. Cette colonie existait depuis trois ans. Les Espagnols gardèrent leur conquête, et s’y fortifièrent avec l'intention de rester dans le pays.
Lorsque la nouvelle de ce massacre parvint en France, elle y excita au plus haut degré l’indignation publique. Tous les Français, de quelque religion qu'ils fussent, regardèrent cet attentat comme une insulte faite à la nation, et ils voulaient en demander vengeance. Mais la cour fut d’une opinion contraire. En haine de Coligni et des huguenots, Charles* IX, ou plutôt Catherine de Médicis, car c'était elle qui gouvernait l’État, le roi n'ayant encore que 15 ans, Catherine fit semblant de ne pas s’apercevoir de l’affront auquel elle n’avait peut-être que trop connivé. Le monarque oubliant ainsi son devoir, un simple par-
* Bancroft:— History of the United- St States,
ticulier se fit le défenseur de l'honneur national et le vengeur des Français. Le chevalier Dominique de Gourgues, d’une famille distinguée de Guienne et en outre bon catholique, était un officier d’un grand mérite, qui avait été éprouvé par des revers de fortune. Il avait soutenu près de Sienne, en T'oscane, longtemps les efforts d’une partie de l’armée espagnole avec un détachement de trente hommes seulement; tous ses soldats ayant été tués, il avait été fait prisonnier et envoyé aux galères. La galère sur laquelle il se trouvait, avait été prise quelque temps après par les Turcs, et reprise par les chevaliers de Malte. Ce dernier événement l’avait rendu à la liberté et à dl des voyages en différentes parties du monde. Il était devenu bientôt un des marins les plus habiles et les plus hardis de son | siècle. Vivement ému au récit du massacre des Français de la DL Caroline, il jara de les venger. Il vendit pour cela tout son Qi bien, et arma deux navires et une galère montés par 80 matelots L'URL et 100 arquebusiers, la plupart gentilshommes.
Rendu à l’île de Cuba, il assembla ses équipages et leur retraça avec les plus vives couleurs le tableau des cruautés inouïes que les Espagnols avaient exercées sur les Français de la Flo-
ride. ‘“ Voilà, ajouta-t-il, mes camarades, le crime de nos, l {4 } . . A . . #»
(Ut ennemis. Et quel serait le nôtre, si nous différions plus long- Se. p jN temps à tirer justice de l’affront qui a été fait à la nation fran- u UE çaise? C’est ce qui m’a engagé à vendre mon bien; c’est ce qui pi ” (At m'a ouvert la bourse de mes amis : j'ai compté sur vous, je vous ;
Mt ai cru assez jaloux de la gloire de votre patrie pour lui sacrifier *: q
(if jusqu’à votre vie dans une occasion de cette importance; me n ji suis-je trompé? J'espère donner l’exemple, être partout à
votre tête, prendre pour moi les plus grands périls ; refuseriez- r
, vous de me suivre ?’—On répondit par des acclamations à n
1 son appel; et, dès que le temps le permit, l’on cingla vers la a
Floride. Les sauvages étaient mal disposés pour les Espa- e
gnols. Le commandant français en profita pour former une à
| ligue avec eux. Les Espagnols avaient ajouté deux forts à P
celui qu’ils avaient enlevé aux Français. M. de Gourgues di- q
visa sa troupe en deux colonnes, et, aidé des sauvages, il marcha r
contre le premier fort. La garnison, qui était de soixante €
hommes, voulut l’abandonner ; elle tomba entre les deux co- Jonnes, et fut presque entièrement détruite au premier choc.
engeur des une famille >, était ur é par des e, en T'osespagnole ;; tous ses nvoyé aux t été prise chevaliers liberté et à ait devenu rdis de son nçais de la a tout son 0 matelots
et leur retés inouïes de la Flone de nos, plus longation fran- ’est ce qui s, je vous ui sacrifier ance; me partout à refuseriezmations à la vers la les Esparmer une
x forts à rgues diil marcha soixante deux colier choc.
Le deuxième fort fut pris après quelque résistance, et ses défenseurs subirent le sort de leurs camarades ; ils furent cernés dans leur fuice et taillés en pièces. Le troisième fort, celui de la Caroline, qui était le plus grand, renfermait deux cents hommes. Le commandant français disposait ses troupes autour des murs pour les escalader, lorsque les assiégés firent avec quatre-vingts arquebusiers, une sortie qui hâta leur perte. Gourgues, au moyen d’un stratagème, attira les assaillants loin de leurs murailles, et leur coupa la retraite. Attaqués vivement de tous côtés, ils furent tués jusqu’au dernier après avoir fait la plus vigoureuse résistance. Les soldats qui fgrmaient le reste de la garnison, désespérant de tenir plus longtemps, voulurent se sauver dans les bois et tombèrent, comme les autres, sous le fer des 'rançais et des sauvages, à l'exception de quelques hommes qui furent réservés pour une mort plus ignominieuse. Onfitun butin considérable. Les prisonniers furent amenés au lieu où les Français avaient subi leur supplice, et où Menendez avait fait graver sur une pierre, pour qu’on en conservât le souvenir, ces mots: “Je ne fais ceci comme à des Français, mais comme à des Luthériens.” Après leur avoir reproché leur cruauté et leur mauvaise foi, Gourgues les fit pendre à des arbres, et à la place de l’ancienne inscription, il fit mettre celle-ci, écrite sur une planche de sapin: “Je ne fais ceci comme à Espagnols, mais comme à traîtres, voleurs et meurtriers.”
Après avoir ainsi vengé la mort de leurs frères, les vainqueurs, trop faibles pour garder le pays, rasèrent les forts et mirent à la voile pour la France, où le peuple accueillit avec satisfaction la nouvelle de cette vengeance nationale, qui fut regardée comme un acte de justes représailles. Mais la reinemère et la faction des Guises auraient sacrifié M. de Gourges au ressentiment du roi d'Espagne, sans l'influence de ses amis et surtout du président de Marigni, qui le cacha quelque temps à Rouen. La conduite de Gourgues fut hautement approuvée par les autres nations, et par la reine Elizabeth d'Angleterre, qui fit offrir au chevalier français un poste avantageux dans sa marine. Il remercia cette princesse de ses offres généreuses, et le roi lui ayant rendu ses bonnes grâces, il se préparait à aller prendre le commandement de la flotte de don Antonio, qui disputait à Philippe II la couronne du Portugal, lorsqu'il
mourut à Tours, en 1567, emportant dans la tombe le regret de ses compatriotes, et laissant après lui la réputation d’un des meilleurs capitaines du siècle, aussi habile sur mer que sur terre.
La faiblesse de Catherine de Médicis dans cette affaire, semble autoriser les bruits que les Espagnols firent courir pour atténuer la barbarie de leur conduite. Ils assuraient que Charles IX s'était entendu avec leur roi, son beau-frère, pour exterminer les huguenots établis à la Floride. Quoique Charles IX se soit refusé à demander satisfaction de cette sanglante violation du droit desygens, et que d’autres ac::.s de son règne ternissent encore beaucoup plus sa mémoire, 1l était trop jeune alors pour être personnellement responsable de cet attentat. Il est même difficil de condamner tout à fait Marie de Médicis, la véritable souve.: ne, parce qu’en pareille matière, la connivance peut bien être présumée, sans être encore certaine.
La longue période qui s’écoula entre l’expédition de Roberval et celle du marquis de la Roche, en Acadie, en 1598,* est entièrement remplie par la grande lutte avec l'Espagne et avec l'Autriche, et par les longues et sanglantes guerres de religion, rendues si tristement fameuses par le massacre de la Saint- Barthélemi. L’attention des chefs de l’État, absorbée par ces événements mémorables, qui ébranlèrent la France jusque dans Québec,” tendant à faire voir que ce n’est pas en 1598, mais bien en 1578, que le marquis de la Roche est venu en Amérique, “ Ici nous nous trouvons, dit-il, en contradiction avec la relation du P. Charlevoix, (Histoire et description générale de la Nouvelle-lrance,) suivie ensuite par l'abbé Prévost (Histoire générale des voyages), et de nos jours par M. Léon Guérin (Extrait des Navigateurs Français), qui disent que La Roche ne se servit pas de la première commission de Henri IIE Nous pensons donc que si La Roche n’a fait, comme il est probable, qu’un voyage en Amérique, ce fut en 1578 et non en 1598, et nous rejetozs également comme faibles, les obstacles que le P. Charlevoix affirme “que des personnes puissantes, à qui le “zèle du marquis pour la religion catholique ne plaisait pas, trouvèrent ‘moyen de susciter pour arrêter les effets de la bonne volonté du roi à son “égard.” Pour contredire l'opinion de M. de Courey, M. H. Emile Chevalier a cité dans le Pays, un grand nombre d'auteurs et un extrait des lettres-patentes accordées par Henri IV, le 12 janvier 1598, au marquis de la Roche, montrsnt clairement que ce dernier n'avait pas profité des lettres semblables que lui avait octroyées Henri III, en 1576-8,
le regret de n d’un des 1er que sur
aire, semble ir pour atque Charles ur extermi- Jharles IX lante viola- 1 règne tertrop jeune itentat. Il de Médicis, e, la conniaine.
| de Rober- 1598,* est ne et avec de religion, e la Saintjée par ces sque dans ‘Journal de ien en 1578, is nous trou- (Histoire et l'abbé Prééon Guérin se servit pas c que si La e, ce fut en s, les obstaes, à qui le trouvèrent u roi à son mile Chevaait des letrquis de la des lettres
ses fondements, ne put se porter sur le Nouveau-Monde. Lorsque le calme fut un peu rétabli, et que Henri IV fut bien assis sur le trône, on revint aux projets formés sur le Canada, mais avec des motifs de moins pour la colonisation depuis la pacification des huguenots.
Au reste, si nous avons dit qu’au milieu des guerres religieuses la France ne put songer à l'Amérique, nous devons cependant excepter une partie de la nation.
Les Normands, les Basques et les Bretons continuèrent toujours à faire la pêche de la morue et de la baleine vers l’embouchure du Saint-Laurent, comme si leur pays eût joui de la plus grande tranquillité. Tous les ans ces navigateurs habiles agrandissaient le cercle de leur navigation. En 1578, cent cinquante navires français vinrent à T'erreneuveseulement. Un autre trafic, presoue aussi profitable que la pêche, nous voulons parler de la traite des pelleteries, s'était établi avec les indigènes des côtes. Les traitants, courant à la recherche de cette marchandise, se répandaient sur une partie des rivages du continent, et dans les rivières qui tombent dans la mer. Ils remontaient le Saint-Laurent jusque au-dessus de Québec, côtoyaient les îles du golfe et les pays d’alentour. Noël et Châton, neveux et héritiers de Cartier, étaient engagés dans ce négoce et le faisaient avec tant de succès qu'ils excitèrent la jalousie des autres traitants, qui brûlèrent plusieurs de leurs berges. Pour ne plus être exposés à ces attaques, Noël et son associé sollicitèrent de Henri III le renouvellement des priviléges qui avaient été accordés à lour oncle, de commercer avec les sauvages ; et en outre le droit d'exploiter les mines qu'ils avaient découvertes. En considération des services du grand navigateur, des lettres-patentes leur furent accordées en 1588. Mais aussitôt que la chose fut connue, les marchands de Saint-Malo se pourvurent au conseil privé et réussirent à faire révoquer ces priviléges, sans cependant en profiter beaucoup eux-mêmes, car dès l’année du rétablissement de la paix, c’est-à-dire en 1598, le marquis de la Roche, qui était de la Bretagne, fit confirmer par le roi la charge de lieutenant-général du Canada, de l’Acadie et des pays circonvoisins, que lui avait déjà accordée Henri IIT, et dont les troubles du royaume l'avaient empêché de jouir. Il obtint en même temps des pouvoirs qui H
anéantissaient la liberté des marchands de Saint-Malo. Il était autorisé à prendre dans les ports de France, les navires, les matelots et les capitaines dont il pourrait avoir besoin; à lever des troupes, à faire la guerre et à bâtir des villes dans les limites de sa vice-royauté; à promulguer des lois, et à les faire | exécuter; à concéder des terres aux gentilshommes, à titre de fiefs, seigneuries, baronnies, comtés, etc., et enfin à régler le commerce qui était laissé sous son contrôle exelusif. Ainsi mis en possession d’une autorité absolue, il partit pour le Nouveau- Monde avec soixante hommes. Aucun marchand n’osa élever la voix contre le monopole de ce seigneur, comme on l'avait fait contre celui des neveux de Cartier : son rang imposa silence. LT Mais d’autres causes devaient ruiner ses projets. (A Le marquis de la Roche, craignant la désertion de ses gens, (NL composés de repris de justice, les déposa dans l’île de Sable, sui) à l'entrée du golfe Saint-Laurent. Cette île, en forme de croissant, étroite, aride et d’un aspect sauvage, ne porte ni arbres, ni fruits ; il n’y pousse qu’un peu d'herbe et de mousse autour d’un lac placé au centre. Après avoir jeté ses colons sur cette terre désolée, entourée d’écueils battus par la mer, La Roche passa en Acadie. En revenant, il fut surpris par une tempête qui le porta en dix ou douze jours sur les côtes de France.
JAN Il n’eut pas plutôt remis le pied dans sa patrie qu’il s« trouva : AL enveloppé dans une foule de difficultés ; le duc de Mercœur, € LATE qui était en guerre contre Henri IV, le garda prisonnier pen- i j 1] dant quelque temps en Bretagne. Ce n’est qu’au bout de cinq Û YA ÿ ans qu’il put raconter au roi, qui se trouvait à Rouen, ce qui S [L lui était arrivé dans son voyage. Le monarque, touché du sort (
| des malheureux abandonnés dans l’île de Sable, ordonna au | pilote qui les y avait conduits, d’aller les chercher. Celui-ci ‘4 t ( n’en trouva plus que douze sur quarante qui y avaient été débar- : © qués. Dès qu'ils avaient été livrés à eux-mêmes, ces hommes, 2 Ô accoutumés à donner libre cours à la fougue de leurs passions, : à ji) n'avaient plus voulu reconnaître de maître. La discorde les l avait armés les uns contre les autres, et plusieurs avaient péri Y (El dans des combats qui avaient encore empiré leur triste situation. nl A la longue cependant la misère avait dompté leurs caractères n
intraitables, et ils avaient fini par prendre des habitudes plus paisibles et plus favorables à leur conservation. Ils s'étaient
o,. Il était javires, les in; à lever s dans les t à les faire , à titre de à régler le
Ainsi mis e Nouveau- ’osa élever l'avait fait osa silence.
le ses gens, e de Sable, me de croise ni arbres, usse autour ns sur cette r, La Roche ne tempête de France.
il se trouva e Mercœur, onnier penout de cinq uen, ce qui ché du sort ordonna au . Celui-ci t été débares hommes, rs passions, Liscorde les vaient péri e situation.
caractères tudes plus s s'étaient
construits des huttes avec les débris d’un navire échoué sur les rochers de la plage, et ils avaient vécu pendant quelque temps de la chair des animaux que le baron de Léry y avait débarqués quatre-vingts ans auparavant, et qui s'étaient propagés dans l’île* Ils en avaient même apprivoisé quelquesuns qui leur fournissaient des laitages. Mais cette ressource étant venue à leur manquer, il ne leur resta plus que la pêche pour fournir à leur subsistance. Lorsque leurs vêtements furent usés, ils s’en firent de peaux de loup-marin. A leur retour, Henri IV voulut les voir dans l’accoutrement qu’ils portaient lorsqu'ils avaient été trouvés. Leur barbe et leurs cheveux, qu’ils avaient laissé croître, pendaient en désordre sur leur poitrine et sur leurs épaules ; leur figure avait déjà pris un air farouche, qui les faisait ressembler plutôt à des sauvages qu’à des hommes civilisés. Le roi leur fit distribuer à chacun cinquante écus, et leur permit de retourner dans leurs familles sans pouvoir être recherchés de la justice pour leurs anciennes oïfenses.
Le marquis de la Roche, qui avait engagé toute sa fortune dans cette entreprise, la perdit par suite de malheurs, qui ne cessèrent de l’accabler. Ruiné et sans espérance de pouvoir reprendre un projet qu’il avait toujours à cœur, le chagrin s’empara de lui et le conduisit lentement au tombeau. On a reproché à La Roche plusieurs fautes, qu’il est inutile de rapporter ici, car on ne saurait blâmer des plans qu’il n’a pas eu le temps de développer. Qu'il suffise de dire que, comme victime de ses efforts pour la cause de la colonisation, il a laissé un nom qui sera toujours respecté en Amérique.
Tous les désordres qu’on aperçoit à cette époque dans les tentatives de colonisation, étaient le fruit des agitations sociales qui bouleversaient l’Europe depuis près d’un siècle. Le choix d'hommes de guerre pour fonder des colonies n'était pas propre à diminuer le mal. En outre le manque de suite et d'ensemble le disputait à l’insouciance des gouvernements, comme l’imprévoyance au peu de moyens des individus. Toutefois ce mal n'était pas particulier à la France. L'histoire des États-Unis nous apprend que l’Angleterre s’y prit plusieurs fois avant de pouvoir se fixer sur ce continent d’une manière permanente. Sans
# Laët :— Histoire de L'Amérique
parler de la première colonie qu’elle y envoya en 1579, et qne les Espagnols, maîtres de la mer et jaloux des projets des autres nations, attaquèrent en route et forcèrent à rebrousser chemin,* le chevalier Humphrey Gilbert, quatre ans après, commenca un établissement à Saint-Jear de Terreneuve, et, malgré les espérances qu’on en conçut d’abord, l’indiscipline des colons amena une fin désastreuse. Le célèbre Walter Raleigh, élève de Coligni, dont il avait contracté l'esprit et la persévérance, voulant continuer les desseins de son beau-frère Gilbert, n’eut pas plus de succès à Rœnoke dans la Floride, et au bout de trois ans l’amiral Drake fut obligé de ramener dans leur patrie les colons qu’il y avait débarqués ; ? en 1586, une autre colonie fut établie dans la Virginie, et tous les habitants moururent de misère ou furent massacrés par les indigènes ; en 1602 encore, les Anglais ne furent pas plus heureux sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre ; enfin il en fut ainsi dans la suite de diverses autres tentatives, dont quelques-unes cependant furent plutôt des expéditions commerciales que des commencements de colonisation. De tous ces échecs, dus à des causes diverses, l’on se tromperait pourtant beaucoup, si l’on voulait conclure que le temps n’était pas arrivé de coloniser l'Amérique. Les guerres politiques et religieuses étaient des causes d’émigration presque aussi puissantes que le sont aujourd’hui la misère et la surabondance de population. # Les partis vaincus et persécutés avaient besoin d’un lieu de refuge, et l'Amérique s’offrit à eux comme un bienfait de la providence, ils y coururent et y jetèrent, dans les larmes de l'exil, les fondements de plusieurs empires aujourd’hui florissants. * Oldys:—American Annals.
+R. Beverley :— The History of Virginia.
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579, et que projets des rebrousser ans après, eneuve, et, indiscipline Walter Raesprit et la n beau-frère Floride, et mener dans 1 1586, une 8 habitants digènes ; en eux sur les insi dans la unes cepenue des com- , dus à des oup, si l’on s de colonises étaient e le sont auation. # Les u de refuge, providence, xil, les fon-
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