ACADIE, (NOUVELLE-ÉCOSSE
Observations sur la civilisation de l’Europe à cette époque.—Importance des colonies pour la Frauce.—M, Chauvin, à l’instigation de Pont-Gravé, 8e fait nommer lieutenant-général du Canada et de l’Acadie, et obtient le privilége exclusif d’y faire le commerce des pelleteries.—Il meurt.—Le viniuuudeur de Chastes lui succède; il forme une société de commerce pour faciliter la colonisation.—Pont-Gravé et Champlain font un voyage au Canada.—Le commandeur étant mort, M. de Mons, calviniste, est nommé lieutenant-général de cette contrée, où l’on permet aux protestants de s'établir. —Expédition &e M. de Mons en Acadie, province découverte par les Français—M. de Mons et Champlain découvrent la baie de Fundy, et les rivières Saint-Jean, Penobscot et Kénébec.—Les colons débarquent à l'île Sainte-Croix.—Champlain explore les côtes jusqu’à 20 lieues au sud du cap Cod.—M. de Mons, ou plutôt M, de Poutrincourt fonde Port-Royal; il retourne en France.—Port-Royal concédé à M. de Poutrincourt.—Lescarbot.—Progrès de Port-Royal.—Retrait du privilége accordé à M. de Mons.—Dissolution de la societé des pelleteries—Abandon temporaire de Port-Royal.—Poutrincourt y retourne en 1610.—I] refuse d'y mener des jésuites.— Assassinat de Henri IV.—La marquise de Guercheville achète les droits des associés de M. de Mons pour envoyer des jésuites en Acadie—Difficultés entre les colons et les jésuites —Mde. de Guercheville les envoie fonder un établissement près de la rivière Penobscot.—Les Anglais de la Virginie détruisent Saint- Sauveur et Port-Royal, en pleine paix.—Le gouvernement français ne s'intéresse point au sort de ces deux colonies, qui n'étaient que des entreprises particulières.
La
Nous sommes enfin parvenu à l’époque à laquelle on peut fixer le commencement des succès durables de la colonisation francaise.
Bien des obstacles et bien des calamités en retarderont encore le cours, mais les progrès ne cesseront pas d’être réels.
Cette époque correspond «:. règne de Henri IV, un des plus grands rois qu'ait eus la France, et à celui de son successeur, Louis XIIT. La guerre étra;;vre avait fait place à la guerre civile. Richelieu achevait l'abaissement de la maison d’Autriche et la soumission de la noblesse du royaume, que Îles guerres de religion avaient divisée et affaiblie. Le caractère national, retrempé dans ces luttes longues et sanglantes, avait repris son ancienne énergie; et, rendue à la paix, la France eut besoin de nouvelles carrières pour occuper son activité.
La marche de la civilisation ne s'était pas ralentie pendant ce temps-là. Henri IV policait et faisait fleurir son royaume, rétablissait l’ordre dans les finances, réformait la justice, encourageait l’agriculture et le commerce, établissait des manufactures d’étoffes d’or et d'argent, de tapisseries, de glaces, introduisait les vers à soie, faisait creuser le canal de Briare, etc. Le commerce établissait des communications entre tous les pays, et mettait en regard leurs mœurs, leurs usages, leur civilisation et leurs intérêts. L’iriprimerie, qui commençait à se propager, en généralisant les connaissances, appelait aussi les hommes de génie à éclairer leurs concitoyens, prêts à recevoir toute impulsion nouvelle et à marcher dans la voie des progrès. Les classes moyennes, ayant enfin acquis par leur industrie de l’importance et des richesses, reprenaient le rang qu’elles doivent occuper dans la nation, dont elles font la principale force; et, en repoussant du poste qu’elle occupait depuis des siècles, cette noblesse guerrière, qui ne s’était distinguée que par la destruction et l’effusion du sang, mais qui dans son temps avait protégé la société de son épée et lui avait donné la force nécessaire pour sortir de la barbarie, les classes moyennes, disons-nous, allaient jouer leur rôle, et introduire dans l’État des principes plus favorables à la puissance et à la liberté des peuples. ‘“ Tout progrès, en effet, dit Lamennais, se résout dans l’extension de la liberté, car le progrès ne peut être conçu que comme un développement plus libre où plus complet des puissances propres des êtres. Or, dans l’ordre social, nulle liberté sans propriété; elle seule affranchit pleinement l’homme de toute dépendance.”
et 29. In, am dis se sn 0. ES
ee ©, ts
ront encore sels.
un des plus successeur, à la guerre aison d’Aume, que Îles Le caractère lantes, avait \ France eut Ivité.
ntie pendant on royaume, stice, encoules manufacces, introduiare, etc. Le us les pays, ir civilisation se propager, s hommes de toute impuls, Les clase de l’imporloivent occuorce; et, en siècles, cette r la destrucavait protéte nécessaire disons-nous, des principes des peuples.
ans l’exten-
que comme s puissances liberté sans me de toute
ANR
Ro ESA :
RG RS
re, £ >
LE ac
| Au
La découverte du Nouveau-Monde avait favorisé ce grand mouvement, Les nations s'étaient mises à coloniser, les unes pour se débarasser de sectaires remuants, d’autres pour ouvrir an champ aux travaux des missionnaires, toutes pour se créer des sources de richesses et de puissance. La France se distingua surtout par ses efforts pour la conversion des infidèles, 11 faut attribuer à la ferveur de sa foi, l'estime que les nations sauvages ont eue pour elle dans tous les temps par préférence à tous les autres peuples.
L'Amérique fixait plus que jamais l'attention des Européens, et c'était à qui en prendrait la plus grande part. La France ne pouvait rester en arrière dans ce partage. L'’Exspagne et le Portugal s’appropriaient l'Amérique du sud ; l’Angleterre persistait à s'établir dans la Floride en dépit de ses échecs ; la Hollande promenait son pavillon sur toutes les mers et fondait la Nouvelle-York. Tout s’agitait autour d’elle. Elle ne pouvait rester stationnaire, tandis que ses ennemis et ses rivaux cherchaient à se fortifier en Amérique. Maïs les premiers hommes auxquels elle confia la tâche d'occuper une partie du Nouveau-Monde, après la mort du marquis de la Roche, n’en firent qu’un objet de spéculations.
Pont-Gravé, l’un des principaux négociants de Saint-Malo, forma le projet d’accaparer la traite des fourrures en Canada et en Acadie; et, pour le mettre à exécution, il jeta les yeux sur un capitaine de vaisseau, nommé Chauvin, qui avait des amis puissants à la cour, et qui se recommandait par les services qu'il avait rendus dans les dernières guerres. Cet officier obtint les pouvoirs qui avaient été accordés au marquis de la Roche, et débarqua à Tadoussac une douzaine d'hommes, qui seraient morts de faim dans l’hiver sans les sauvages qui les recueillirent dans leurs cabanes. Chauvin expirant, Pont-Gravé allait se retrouver dans son premier embarras, lorsque le commandeur de Chastes, gouverneur de Dieppe, se présenta avec les priviléges de Chauvin. Le commerce, dans les vues de M. de Chastes, n’était qu’un objet secondaire ; mais Pont-Gravé, qui ne songeait qu’à s’enrichir, lui démontra la nécessité de faire la traite pour subvenir aux premières dépenses de la colonisation, toujours si considérables, et l’engagea à former une société, dont plusieurs personnes de qualité et les principaux marchands de
Rouen voulurent faire partie. Un officier distingué dans la marine, le capitaine Champlain, qui arrivait des Indes occidentales et que Henri IV retenait près de lui, se chargea du commandement de l'expédition.
La petite flotte, composée de barques de douze à quinze tonneaux, fit voile en 1603. Champlain remonta le Saint-Laurent avec Pont-Gravé jusqu'au saut Saint-Louis, De retour en France, il montra la carte et la relation de son voyage au roi. Henri en fut si content qu'il promit de favoriser le projet de tout son pouvoir, et M. de Chastes étant mort, il le remplaca par Pierre du Gua, sieur de Mons, de la province de Saintonge, gentilhomme ordinaire de sa chambre et gouverneur de Pons. Il lui donna le privilége exclusif de faire la traite depuis le cap de Raze, en ‘l'erreneuve, jusqu’au 50e degré de latitude nord. Les huguenots obtinrent dans le même temps la liberté, comme ils l'avaient alors en France, de professer leur religion dans les colonies qu’on établirait, à la condition que les indigènes seraient instruits dans la foi catholique,
On attendait beaucoup des talents et de l’expérience de M. de Mons, qui avait toujours montré un grand zèle pour la gloire de son pays.
La société formée par son prédécesseur fut augmentée par l’adjonction de plusieurs marchands de La Rochelle et d’autres villes du royaume. Quatre navires furent équipés; deux pour faire la traite à Tadoussac, visiter les côtes de la Nouvelle- France, et saisir les bâtiments qui trafiqueraient avec les sauvages en contravention à la défense du roi ; deux pour transporter les colons et chercher un lieu propre à leur établissement. Nombre d'hommes de métier, quelques soldats et plusieurs gentilshommes s’embarquèrent sur ces navires.
On a déjà pu remarquer l’entraînement des jeunes gens de famille pour ces expéditions lointaines. Cartier et Roberval furent accompagnés par des gentilshommes dans tous leurs voyages. L'esprit inquiet et aventureux, qui avait distingué à un si haut degré la noblesse française au moyen âge, lorsqu’elle portait ses exploits des rivages brumeux de l’Angleterre aux rochers arides du Jourdain, semblait renaître pour chercher en Amérique un nouvel élément à son activité. D'ailleurs
beaucoup d’entre eux, ruinés par les guerres civiles ou par d’autres
gué dans la des occidengea du com-
\ quinze tonaint-Laurent Je retour en yage au roi.
projet de tout ‘emplaca par é Saintonge, ur de Pons.
depuis le cap atitude nord.
>erté, comme gion dans les ènes seraient
rience de M.
èle pour la
gmentée par le et d’autres
; deux pour la Nouvelleivec les sauir transporter tablissement.
lusieurs gen-
nes gens de et Roberval \s tous leurs t distingué à en âge, lorsl'Angleterre e pour cher- D'ailleurs par d’autres
accidents, ne cherchaient que l’occasion de se soustraire à la sujétion que la politique du souverain faisait peser de plus en plus sur leur caste. De ce nombre était le baron Jean de Poutrincourt, qui s'embarqua avec Champlain pour venir se fixer en Amérique avec sa famille. Les navires, chargés d'émigrants des deux religions avec leurs prêtres et leurs ministres, partirent du Havre-de-Grâce dans le mois de mars 1604, et se dirigèrent vers l’Acadie, que M. de Mons préférait au Canada parce que le climat y est plus doux. M. de Mons avait voulu mettre à la voile dès le mois de février ; mais il en avait été empêché par le parlement de Normandie, qui avait refusé d'enregistrer sa nomination parce qu'il était protestant, Henri IV fut obligé d'intervenir et de blâmer le parlement. Il lui annonça qu'il faisait accompagner M. de Mons par des gens d'église d’une conduite irréprochable.
L'Acadie, fréquentée par les traitants, passait pour le plus beau pays de la Nouvelle-France. Elle possède en effet plusieurs ports excellents, un climat sain et tempéré, un sol de la plus grande fertilité, dans l’intérieur, et rempli de mines de cuivre, de fer, de charbon et de gypse le long de la mer; sur les côtes abondent toutes sortes de poissons, comme la morue, le saumon, le maquereau, le hareng, la sardine, l’alose, etc., et ceux de la plus grosse espèce, tels que le loup-ma:n, le phoque et la baleine. Outre l’avantage du climat et de la pêche, l’Acadie possède encore sur le Canada celui d’une situation plus heureuse pour le commerce maritime, étant accessible aux vaisseaux en toutes saisons.
Les Micmacs, ou Souriqueis, qui habitaient cette contrée, étaient très-braves et avaient en même temps des mœurs fort douces ; ils accueillaient toujours les Français avec une bienveillance qui ne s’est jamais démentie. Tout contribuait donc a justifier au premier coup-d’æil ie choix qu'avait fait M. de Mons.
On fit terre d’abord au port Rossignol, aujourd’hui Liverpool ; ensuite l’on côtoya la péninsule jusque dans le fond de la baie de Fundy, appelée par M. de Mons la baie Française.
Chemin faisant, l’on entra dans un bassin spacieux, entouré de collines riantes d’où coulaient plusieurs rivières. Poutrincourt, charmé des beautés naturelles du pays, voulut s’y fixer ; il l'obtint en concession, et lui donna le nom de Port-Royal.
Après avoir parcouru la baie, M. de Mons continua de descendre vers le sud, et Champlain, qui avait pris les devants découvrit la rivière Saint-Jean, et ersuite la rivière Sainte-Croix. Ce fut dans une île située à l’entrée de cette rivière que M. de Mons débarqua sa colonie, à cause de l’état avancé de la saison. Mais l'hiver venu, il s’y trouva sans eau et sans bois, et, pour comble de malheur, en proie aux ravages du scorbut qui emporta trente-six personnes. Au retour de la belle saison, il se hâta de quitter une terre si funeste et continua de descendre vers le sud. Après avoir exploré les côtes jusqu’au cap Cod, dans le Massachusetts, M. de Mons, n’apercevant point de localité qui réunît tous les avantages qu’il désirait, vira de bord et retourna en Acadie, où Pont-Gravé arriva d'Europe avec quaraute nouveaux colons. Ce secours, venu à propos, releva tous les courages, que les souffrances de l'hiver et les ravages-de la maladie avaient beaucoup abattus. Les colons se dérigèrent alors vers Port-Royal, où ils jetèrent, en 1605, les fondements de la ville qui porte aujourd’hui le nom d’Annapolis.
Dans l’automne, M. de Mons repassa en France. Il trouva les esprits très-hostiles à son entreprise, par suite des bruits que les marchands de pelleteries, que son privilége avait privés de leur négoce. faisaient courir contre le climat de l’Acadie et l'utilité de ces établisscinents dispendieux. El craignit un moment de voir se dissoudre la société, sans laquelle il ne pouvait rien faire de durable ; il résolut done de rester en France pour empêcher un pareil événement de s’accomplir, et M. de Poutrincourt qui était passé en Europe pour rassembler des émigrants, se chargea du gouvernement de la jeune colonie et repartit pour Port-Royal. Il y arriva au moment où les colons, se croyant délaissés, étaient déjà embarqués pour repasser en France.
Celui qui rendit alors les plus grands services à Port-Royal, fut le célèbre Lescarbot, homme très-instruit et le premier qui ait indiqué les vrais moyens de donner à un établissement colonial une base durable. Il représenta que la eulture de la terre était la seule garantie de succès; qu’il fallait surtout s’y atta. cher; et, passant des paroles à l’action, il donna lui-même l'exemple à ses compatriotes, Il animait les uns, dit un auteur, il piquait les autres d'honneur, il se faisait aimer de tous, et ne s'épargnait lui-même en rien. Il inventait tous les jours quel-
L de descenants découainte-Croix.
> que M. de le la saison.
pis, et, pour but qui emsaison, il se e descendre au cap Cod, int de locaa de bord et 8 avec qua- ,releva tous avages-de la e dérigèrent fondements ÊX , Il trouva :s bruits que it privés de l’Acadie et ignit un mol ne pouvait france pour M. de Pouer des éminie et reparons, Se Croyen France.
Port-Royal, premier qui ement coloà de la terre ut s’y atta+ a lui-même t un auteur, tous, et ne jours quel-
que chose de nouveau pour l'utilité publique, et jamais on ne comprit mieux de quelle ressaurce peut être, dans un jeune établissement, un esprit cultivé par l'étude, et qui se sert pour le bien commun, de ses connaissances et de ses réflexions. J'est à lui que nous sommes redevables des meilleurs mémoires que nous possédions sur la fondation de l’Acadie. On y trouve un auteur exact et judicieux, un homme qui a des vues étendues et qui est aussi capable d'établir une colonie que d’en écrire l’histoire.
Une activité aussi intelligente porta bientôt ses fruits. On fit du charbon de bois; des chemins furent ouverts dans la forêt, on construisit un moulin à farine, lequel, étant mu par l’eau, épargna beaucoup de fatigues aux colons, qui avaient été obligés jusque-là de moudre leur bled à bras, opération des plus pénibles ; l'on fit des briques et un fourneau, dans lequel fut placé un alambic pour clarifier la gomme de sapin et en faire du goudron ; enfin tous les procédés des pays civilisés étaient mis en usage pour faciliter les travaux dans le nouvel établissement. Les sauvages, étonnés de voir naître tant d'objets, qui étaient des merveilles pour eux, s'écriaient dans leur admiration : “ Que les Normands savent beaucoup de choses !”
C'est pendant que chacun se félicitait de ces succès, qni couronnaient trois ans de pénibles efforts, que deux malheurs vinrent fondre sur Port-Royal et détruire de si belles espérances. D'abord toutes les pelleteries que la société avait acquises dans une année de trafic, furent enlevées par les Hollandais conduits par un transfuge; ensuite, les marchands de Saint-Malo firent révoquer le privilége exclusif de la traite qui avait été donné à la société. Celle-ci aurait peut-être résisté au premier choc; mais le second lui fut fatal et causa sa dissolution. Les lettres, qui contenaient ces nouvelles, furent lues publiquement aux habitants de la colonie, qui durent se résigner à quitter Port-Royal. L'entreprise était abandonnée au moment même où le succès en paraissait assuré, car, dès l’année suivante, les habitants auraient pu suffire à leurs besoins.
Poutrincourt, qui avait toujours gouverné la colonie, s'était fait chérir des indigènes. Ils versèrent des larmes en le reconduisant sur le rivage, lorsqu'il alla s’embarquer pour la France, T'el était le respect de ces peuples pour les Français que, lorsque
ceux-ci revinrent au bout de trois ans, ils retrouvèrent le fort et les maisons dans l’état où ils les avaient laissés, et les meubles mêmes encore à leur place. C’est en 1607 que Port-Royal fut ainsi abandonné.
Poutrincourt était parti dans le dessein de revenir, s’il trouvait des associés assez riches pour l'aider à continuer l'œuvre de la colonisation. Des personnes de qualité l’amusèrent pendant deux ans de leurs vaines promesses; mais s'étant désabusé à leur égard, il tourna les yeux ailleurs et conclut, vers 1610, avec deux négociants considérables de Dieppe, nommés Dujardin et Duquêne, un arrangement qui combla ses vœux. Il repartit pour l’Acadie avec des artisans et des colons appartenant aux classes les plus respectables. Malheureusement c’est dans cette année-là même que fut assassiné Henri IV. Cette calamité eut des suites plus funestes encore pour la lointaine et faible colonie de la baie Française, que pour le reste du royaume. L’intrigue et la violence, qui remplacèrent, sous Marie de Médicis et sous son ministre Concini, la politique conciliante du feu roi, vinrent troubler jusqu'aux humbles cabanes de Port- Royal, et amenèrent pour la seconde fois leur ruine.
Dès que le ministre italien fut au pouvoir, les jésuites, par son influence, forcèrent M. de Poutrincourt à les recevoir dans son établissement en qualité de missionnaires. Ses associés, qui étaient huguenots, ou qui avaient des préjugés contre ces religieux, qu'ils regardaient comme les auteurs de la ligue et de l’assassinat de Henri IV, préférèrent se retirer de la société plutôt que de consentir à les admettre dans la colonie. Ils furent remplacés par la marquise de Guercheville, qui s'était déclarée la protectrice des missions de l'Amérique. La marquise acheta les droits qu'avait M. de Mons sur l’Acadie, et qu’elle se promettait de faire revivre afin de mettre Poutrincourt lui-même dans sa dépendance. En effet le fils de celui-ci fut obligé, peu de temps après, de conclure avec elle, un arrangement par lequel la subsistance des missionaires devait être prise sur les produits de la pêche et même de la traite des pelleteries; ce qui était ôter,
selon Lescarbot, à ceux qui auraient eu la volonté d'aider à la réussite de l’entreprise, le moyen d’y prendre part, ‘“$'il fallait donner quelque chose, ajoute cet écrivain, c'était à Poutrincourt et non au jésuite, qui ne peut subsister sans lui.
ae
int le fort et les meubles rt-Royal fut
ir, s’il trour l'œuvre de ‘ent pendant désabusé à s 1610, avec Dujardin et I] repartit rtenant aux c’est dans Cette calalointaine et ste du royous Marie de mciliante du es de Port- À ites, par son oir dans son associés, qui itre ces reliue et de l’asociété plutôt s furent remdéclarée la se acheta les e se promet- -même dans ligé, peu de t par lequel les produits ui était ôter, d'aider à la part. ‘S'il
(n c'était à ter sans lui.
PA
LR ANNE UE |: LPS ARE LME Re
gt"
sk
Je veux dire qu’il fallait premièrement aider à établir la république, sans laquelle l’Église ne peut être, d'autant que, comme disait un ancien évêque, l’Église est en la république, et non la république en l'Église.”
Les profits que donnaient les pelleteries se trouvèrent ainsi en partie absorbés pour le soutien des missions au préjudice de Port-Royal. Les protestants et les catholiques, partisans de la politique de Sully, composaient ce qu’il y avait de plus industrieux en France, et par cela même de plus favorable aux progrès du commerce et de la colonisation. Les dissensions ne tardèrent pas à éclater. Elles furent portées au point que les jésuites, agissant au nom de leur puissante protectrice, firent saisir les vaisseaux de Poutrincourt, et causèrent des emprisonnements et des procès qui le ruinèrent, et qui réduisirent les habitants de Port-Royal, auxquels il ne put envoyer de provisions, à vivre de glands et de racines tout un hiver. Après avoir ainsi épuis” : ; ressources de Poutrincourt, la marquise de Guercheville se retira de la société, et cher.a à établir les jésuites ailleurs, laissant Port-Royal sortir de 1 .bîme comme il le pourrait. Champlain fit tout ce qu’il put pour l’engager à s'associer avec M. de Mons; mais elle refusa parce que ce dernier était calviniste. Au reste, les jésuites voulaient former en Acadie un établissement semblable à celui qu’ils avaient dans le Paraguay, afin qu’il fût entièrement dans ieur dépendance ; mais leur tentative, comme on va le voir, eut les suites les plus malheureuses.
Leur protectrice, aidée de la reine-mère, fit armer, à Honfleur, un navire, et en donna le commandement à La Saussaye, un de ses favoris. La Saussaye alla prendre les jésuites à Port-Royal, et se dirigea vers la rivière Penobscoi (Pentagoët), que le P. Biart avait explorée l’année précédente. Mais arrêté par la brume, il fut obligé de débarquer sur l’île des Monts-Déserts, où il commença, en 1613, un établissement qu’il nomma Saint- Sauveur. Tout alla bien d’abord, et il se flattait déjà d’un succès qui allait dépasser toutes les espérances, lorsqu’un orage inattendu vint fondre tout à coup sur la colonie et l’étouffer dans son berceau.
L'Angleterre réclamait le pays jusqu’au 45e degré de latitude septentrionale, c’est-à-dire tout le continent en remontant au
Nr 1
nord jusque dans le cœur de l’Acadie. La France, au contraire, prétendait au territoire, en descendant au sud jusqu’au 40e degré. Il résultait de ce conflit que, tandis que La Saussaye se croyait dans les limites de la Nouvelle-France à Saint-Sauveur, les Anglais pensaient qu'il était sur leur territoire. Pour soutenir leur prétention, le capitaine Argall, de la Virginie, résolut d’aller le déloger. Il était excité à la fois par l’espoir de faire un riche butin et par ses préjugés contre les catholiques, auxquels il attribuait la ruine de Poutrincourt.
I1 parut tout à coup devant Saint-Sauveur avec un vaisseau de 14 canons, et jeta l’épouvante parmi les habitants, qui étaient sans défense et qui le prirent d’abord pour un corsaire. Le P. Gilbert &a T'het voulut en vain résister, il fut tué. L’établissement fut ensuite enlevé et livré au pillage. Tout fut saccagé.*
Pour légitimer cet acte de piraterie, car &’en était un, Argall déroba la commission de La Saussaye, et fit semblant de les regarder, lui et les siens, comme des gens sans aveu. Peu à peu cependant il parut se radoucir, et il proposa à ceux qui avaient un métier de le suivre à Jamestown, d’où, après avoir travaillé un an, ils seraient rendus à leur patrie. Une douzaine d’hon.mes acceptèrent cette offre. Les autres, avec La Saussaye et le P. Massé, préférèrent se risquer sur une frêle embarcation pour atteindre la Hève, où ils trouvèrent un bâtiment de Saint- Malo, qui les transporta en France.
Ceux qui s'étaient fiés à la parole d’Argall, furent bien surpris, en arrivant à Jamestown, de se voir jeter en prison et traiter comme des pirates. Ils réclamèrent en vain l’exécution du traité conelu avec lui; ils furent condamnés à mort. Argall, qui n’avait pas songé que la soustraction de la commission de La Saussaye aurait des conséquences aussi graves, ne crut pas devoir pousser la dissimulation plus loin; il remit cette commission au gouverneur, le chevalier T'homas Dale, et avoua tout.
Ce document et les renseignements puisés dans le cours de
* Les Français tenaient à l’Acadie parce qu'elle couvrait les pécheries ; les Anglais parce qu'elle se trouvait sur leur chemin.
Argall ne craignit point de l’envahir en pleine paix. A part ses motifs personnels, il counaissait l'opinion de ses compatriotes, qui voulaient trancher la question par une prise de possession,
u contraire, squ’au 40e a Saussaye
Saint-Sauoire. Pour Virginie, rél'espoir de :atholiques,
in vaisseau qui étaient ire. Le P.
L’établisut fut sac-
un, Argall t de les re- Peu à peu qui avaient ir travaillé ine d’hon.paussaye et mbarcation t de Saint-
t bien sur-
prison et ’exécution . Argall, mission de e crut pas ette comvoua tout, à cours de
s pécheries ;
ses motifs laient tran-
l'affaire, engagèrent le gouvernement de la Virginie à chasser les Français de tous les points qu'ils occupaient au sud de la ligne 45. Une escadre de trois vaisseaux fut mise sous les ordres d’'Argall pour exécuter cette résolution, et les prisonniers de Saint-Sauveur y furent embarqués avec le P. Biart, qu’on accusa ensuite, avec trop äe précipitation sans doute, d'avoir servi de pilote aux ennemis à Port-Royal, en haine de Biencourt, qui en était gouverneur et avec lequel il avait eu des difficultés en Acadie.
La flotte commença par aller ruiner tout ce qui restait de l’ancienne habitation de Sainte-Croix, vengeance inutile, puisque cette habitation était abandonnée depuis plusieurs années. Eile cingla ensuite vers Port-Royal, où elle ne trouva personne, tout le monde étant aux champs à deux lieues de là, et en moins de deux heures eile eut reduit en cendres toutes les maisons avec le fort. En vain le P. Biart voulut persuader aux habitants, attirés par les flammes, de se retirer avec les Anglais ; en vain il leur dit que leur chef ruiné ne pourrait plus les soutenir, ils repoussèrent ses conseils avec hauteur, et l’un d’eux leva même une hache sur lui pour le tuer, en l’accusant d’être la cause de tous leurs malheurs. C'était la troisième fois que Port-Royal était détruit par divers accidents. Mais cette fois sa destruction était complète. Une grande partie des habitants se dispersa dans les bois ou se mêla parmi les indigènes ; une autre partie gagna l'établissement que Champlain avait fondé sur le fleuve Saint-Laurent. Épuisé par ce dernier désastre, Poutrincourt lui-même, qui était toujours resté en Acadie, abandonna pour jamais l’ Amérique.
Il entra dans l’armée et alla se faire tuer au siége de Mérisur-Seine, qu'il avait été chargé de prendre dans les troubles qui survinrent à l’occasion du mariage du roi. Poutrincourt peut être regardé comme le véritable fondateur de Port-Royal et de l’Acadie elle-même, dont sa persévérance assura l’établissement; car la destruction de Port-Royal n’amena pas l’abandon de toute la province, qui continua toujours d’être occupée, sur un point ou sur un autre, par la plupart des anciens colons, auxquels vinrent se joindre de rombreux aventuriers.
Le gouvernement français n’avait pris aucun intérêt direct à cette colonie. La cour de la régente, livrée aux cabales et aux
factions des grands, qui finirent par se soulever et par mettre la monarchie sur le bord de l’abîme,* ne songea point à venger la cause des pauvres colons de l’Acadie et à punir les actes de piraterie d’Argall. Poutrincourt, qui n’avait pas assez d’influence auprès de Marie de Médicis, pour espérer qu’elle se chargeût de la défense de ses intérêts, n’avait fait aucune démarche auprès d’elle. Il s'était contenté d'adresser à l’amirauté de Guienne des plaintes inutiles contre le P. Biart. Mais la marquise de Guercheville envoya La Saussaye à Londres, pour demander réparation des dommages qui lui avaient été faits contre le droit des gens; et avec l’appui sans doute de l’ambassadeur de France, elle réussit à se faire indemniser d’une partie de ses pertes. Elle reconnut alors, dit-on, mais trop tard, la faute qu’elle avait commise de ne pas avoir laissé l’Acadie à Poutrincourt, comme Champlain le lui avait conseillé, faute que celui-ci rejette indirectement sur le P. Cotton, confesseur de Louis XIII. Mais entraînée par un faux zèle, elle croyait qu'il n’y avait pas de sûreté à confier à un calviniste la direction d’un établissement, dont le but à ses yeux était principalement de répandre la foi catholique parmi les sauvages.
Telles furent les premières vicissitudes des établissements français en Amérique.
* « L'ambassadeur d'Espagne, voyant ce déchaînement presque général, écrivait à son roi de profiter de cette circonstance pour démembrer la France, au lieu de lui procurer, par le meriage de sa fille, une trarquillité dont la monarchie espaguole pourrait souffrir.”—Anquetil.
DA DR DR n en ner en eee en e ss
par mettre la t à venger la les actes de assez d’influelle se charne démarche amirauté de Mais la marres, pour dent été faits de l’ambasd’une partie trop tard, la 6 l’Acadie à lé, faute que nfesseur de croyait qu'il rection d’un ement de ré-
1blissements
esque général, émembrer la he trarquillité