CANADA
M. de Mons abandonue l’Acadie pour le Canada.—Fondation de Québec.— Conspiration contre Champlain punie.—Alliance avec les Algonquins et leurs alliés —Première expédition eontre les Iroquois.—Deuxième expédition contre les mêmes.—M. de Mons se retire .des affaires du Canada. —[e comte de Soissons le remplace comme lieutenant-général.—Il meurt, —Le prince de Condé lui succède.—Champlain forme une société qui obtient le privilége exclusif de la traite des pelleteries.—Opposition que ce privilége fait naître.—Le prince de Coudé vend sa lieutenance-générale à l'amiral de Moutmorenci.—Traité de‘Champluin avec les Hurons.—Il explore la rivière des Outaouais, et découvre le lac Ontario et le lac Nipissing.—Troisième expédition contre les Iroquois.—Paix entre les Algovquins, leurs alliés et les cinq cantons.—Le duc de Ventadour lieutenant-général de la Nouvelle-France. —Arrivée des jésuites en Canada.— Champlain passe deux ans en France.— Richelieu dissout la compagnie du Canada, et forme celle dite des cent associés.
2'ous avons vu dans le chapitre précédent que M. de Mons avait abandonné l’Acadie, après la perte de son privilége, en 1607. Son attention se tourna dès lors vers le Canada. Deux motifs le faisaient persister dans ses projets : l’accroissement des possessions françaises, et l’espoir de pénétrer quelque jour, par le Saint-Laurent, jusqu’à la mer Pacifique et de là jusqu’à la Chine. Le passage au grand Océan par le nord-ouest, est un problème dont on a cherché la solution depuis Colomb, et qui n’a été résolu que de nos jours.
Après avoir obtenu du roi le renouvellement de son privilége pour un an, M. de Mons prit Champlain pour son lieutenant, et arma avec ses associés, en 1608, deux navires, l’un pour trañquer à Tadoussac, et l’autre pour transporter les colons qui devaient commencer un établissement sur le Saint-Laurent.
Champlain parvint à Québec le 3 juillet. 11 débarqua sur la petite pointe de terre qu’occupe aujourd’hui la basse ville, J1 la fit défricher et y fit élever quelques cabanes. La nature semblait avoir formé le plateau, que baignent le fleuve Saint- K
Laurent, la rivière du Cap-Rouge et la rivière Saint-Charles, pour être le berceau de la colonie, et plus tard le siége d'un empire. Champlain voulut y fixer son établissement. Il mit tout son monde à l’œuvre. Les uns élevèrent une habitation spacieuse et fortifiée, les autres défrichèrent la terre ou exécutèrent d’autres travaux plus ou moins indispensables. Le mouvement et le bruit remplacèrent le silence, qui avait régné jusque-là sur cette rive déserte et solitaire, et annoncèrent aux sauvages l’activité européenne et la naissance d’une ville, qui allait devenir bientôt l’une des plus fameuses du Nouveau-Monde.
L'étyrivlogie du nom de Québec a été, comme celle du nom du & :*ad, l’objet d’une discussion entre les savants. Mais il nep 6}. y avoir de doute aujourd’hui. La ville de Québec ne doit le no: ‘:u’elle porte ni au cri d'un Normand, frappé de l'aspect tourmenté du pays en cet endroit, ni à la piété patriotique d’un Français, qui aurait transporté avec lui un nom cher à son souvenir; Champlain nous dit positivement qu’il débarqua dans un lieu que les indigènes nommaient Québec, mot sauvage qui signifie détroit, et qui désigne le rétrécissement du Saint-Laurent au Cap-Rouge, où le fleuve n’a pas plus de 500 verges de largeur.*
À peine les Français s’étaient-ils arrêtés sur le sol qu'ils devaient défricher, qu’un complot menaça de détruire leur établissement. La discipline sévère maintenue par le chef, servit de prétexte à un serrurier normand, nommé Jean Duval, pour chercher à se défaire de lui. Cet homme, qui était d’un caractère violent et qui ne manquait pas de courage, comme l’attestaient les blessures qu’il avait reçues dans la guerre svec les sauvages de la Nouvelle-Angleterre, pendant son s: r en Acadie, entraîna plusieurs personnes dans la conspiration. Les conjurés avaient résolu, lorsqu'ils auraient fait périr le gouver- Stanislas Vassal, signifie détroit. Ce monsieur, né d’une mère abénaquise, parle plusieurs dialectes des indigènes, au milieu desquels il a passé la plus grande partie de sa vie, et il nous assure que ce mot est purement sauvage.
M, Malo, missionnaire en 1843 chez les tribus du golfe Saint-Laureut, nous a assuré pareillement que le mot Kibec dans l'idiôme miemac a la même signification. Ce monsieur n'a aucun doute que le nom de notre ancienve capitale ne soit d’origine sauvage. Le sens propre du mot est fermé, obstrué,