‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 15 sur 64 · LL · texte numérisé non relu

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neur, soit en l'étranglant dans son lit, soit en le tuant à coups d'arquebuse, de piller les magasins et de se retirer en Espagne avec leurs dépouilles. Quelques jours avant la prise d'armes, un des conspirateurs, tourmenté de remords, vint tout avouer et nomma les complices qui lui étaient connus. Quatre des principaux conspirateurs furent arrêtés surle-champ, et dans l'ignorance où l'on était de l'étendue du complot, ils furent transférés à Tadoussac, afin de rompre la trame et d’ôter aux autres conjurés les moyens de les délivrer.

Lorsqu'on eut pris des mesures pour prévenir la sédifion, et que le conseil fut organisé, on ramena Îles coupables à Québec, pour leur faire subir leur procès ; ils confessèrent leur crime et furent condamnés à mort. Duval seul fut exécuté. Les autres furent transportés en France, où ils obtinrent leur grâce du roi. Cette prompte justice imposa aux mécontents «ie remuèrent plus.*

Champlain avait été revêtu des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire les plus amples, lesquels passèrent à ses premiers successeurs. Ces pouvoirs constituaient un despotisme tempéré par des usages et des formes, qui 4 venaient cependant chaque jour de plus en plus imaginaires. ‘ En p&’x, repos, tranquillité, disaient les instructions, commander et gouverner, tant par mer que par terre ; ordonner, décider et faire exécuter tout ce que vous jugerez se devoir et pouvoir faire pour maintenir, garder et conserver les dits lieux sous notre puissance et autorité, par les formes, voies et moyens prescrits par nos ordonnances. Et pour y avoir égard avec nous, commettre, établir et constituer tous officiers, tant ès affaires de la guerre que de justice et police pour la première fois, et de là en avant nous les nommer et présenter, pour en être par nous disposé, et donner les lettres, titres et provisions tels qu’ils seront nécessaires. Et selon les occurrences des affaires, vous-même, avec l'avis de gens prudents et capables, prescrire sous notre bon plaisir, des lois, statuts et ordonnances, autant qu'il se pourra conformes aux nôtres, notamment ès choses et matières, auxquelles n’est pourvu par icelles.”

Les gouverneurs n’avaient ainsi pour tempérer leur volonté, que les avis d’un conseil qu’ils se choisissaient, avis qu’ils n’é-

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taient pas oblig5s de suivre. Tout cela était bien vague et bien fragile. Mais tels sont à peu près les pouvoirs qui ont été délégués à tous les fondateurs de colonies en Amérique, sauf quelques exceptions dans les provinces anglaises, Ce despotisme absolu avait peu d’inconvénients dans les commencements, parce que la plupart des colons étaient aux gages d’un gouverneur ou d'une compagnie. Mais à mesure que les colonies s’étendirent et se peuplèrent, elles formulèrent leurs institutions d’après celles de leurs mères-patries, qui étaient pour elles leurs modèles, Idrsque la nature des choses ne rendait pas ces modèles impossibles à suivre.

Champlain trouva que depuis Jacques Cartier le Canada avait été bouleversé par des révolutions. Stadaconé et Hochelaga n’existaient plus ; et il paraît aussi que ce n'étaient plus les mêmes peuplades qui habitaient le pays. Leurs bourgades avaient-elles été renversées par la guerre ou transportées ailleurs par suite des vicissitudes de la chasse ou de la pêche? Cobden* rapporte que les cinq nations iroquoises avaient autrefois occupé les environs de Montréal, et qu’elles en avaient été chassées par les Algonquins, suivant une tradition accréditée chez ces nations elles-mêmes. Les révolutions de cette nature n'étaient pas rares parmi les tribus sauvages, qui errent dans leurs vastes forêts, comme les nuages dans le ciel, sans laisser aucune trace de leur passage, ni ancun monument de leur existence.

D'après les relations de Cartier, il faudrait croire que la lutte entre les Iroquois et les autres sauvages du Canada n'était pas encore commencée de son temps. Il ne parle que des Toudaments, tribu établie sur le bord de la mer, entre l’Acadie et la Nouvelle-York. Cette tribu traversait les Alléghanys pour venir porter ses ravages dans la vallée du Saint-Laurent,

7 4 l’époque de Champlain, le pays était habité par des peuplades qui paraissaient encore plus barbares que celles qui existaient du temps de Cartier. Ces peuplades luttaient avec difficulté contre des ennemis qui leur étaient supérieurs, sinon par le courage, du moins par l’habileté et par la prudence. Dans leur désespoir, ces malheureux s’empressèrent d’accourir audevant de Champlain, pour solliciter son alliance contre les Iroquois, qui occupaient les forêts situées au sud du lac Ontario.

* History of the five Indian nations of Canada.

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Ces Iroquois appartenaient à la famille des Hurons et formaient cinq nations confédérées, dont chacune était partagée à son tour en trois tribus, qui portaient les noms allégoriques de la Tortue, de l'Ours et du Loup. Ils montraient une intelligence supérieure à celle de toutes les nations de ces contrées,

Ignorant la force et le caractère de cette confédération, et plus intéressé d'ailleurs à se maintenir en bonne intelligence avec les indigènes qui étaient près de lui, Champlain accepta peut-être trop précipitamment une proposition dont l'effet fut de doter la colonie d'une guerre qui dura plus d’un siècle. Il pensait qu'en ayant pour alliées les tribus du pays, il pourrait subjuguer facilement, non-seulement cette confédération, mais encore toutes les peuplades qui voudraient entraver ses projets par la suite, 11 ne savait pas que d'autres Européens, rivaux de la France, étaient déjà établis à côté des Iroquois, et tout prêts à les soutenir dans leurs prétentions.

Voici comment on explique l’origine de la guerre entre ces sauvages et les Algonquins, les Hurons, etc.; mais cette expliation n'est appuyée sur aucune preuve recevable. ‘“ Une année, il arriva qu’un parti d’Algonquins, peu adroits ou peu exercés à la chasse, y réussit mal. Les Iroquois qui les suivaient, demandèrent la permission d'essayer s'ils seraient plus heureux. Cette complaisance qu’on avait eue quelquefois, leur fut refusée. Une dureté si déplacée les aigrit. Ils partirent à la dérobée pendant la nuit, et revinrent avec une chasse très-abondante. La confusion des Algonquins fut extrême. Pour en effacer jusqu'au souvenir, ils attendirent que les chasseur iroquois fussent endormis, et leur cassèrent à tous la tête. Cet assassinat fit du bruit. La nation offensée demanda justice. Elle lui fut refusée avec hauteur. On ne lui laissa pas même l'espérance de la plus légère satisfaction.

“ Les Iroquois, outrés de ce mépris, jurèrent de périr ou de se venger; mais n'étant pas assez forts pour tenir tête à leur superbe offenseur, ils allèrent au loin essayer à s’aguerrir contre des nations moins redoutables. Quand ils eurent appris à venir en renards, à attaquer en lions, à fuir en oiseaux, c’est leur angage, alors ils ne craignirent plus de se mesurer avec l’Algonquin. Ils firent la guerre à ce peupie, avec une férocité proportionnée à leur ressentiment .”

“ Gonflés par des succès inouïs, ils s'appelèrent orgucilieusement Ongue honwe, c'est-à-dire hommes supérieurs aux autres hommes.” *

Ils devinrent ia terreur de l'Amérique. Lorsque les Agniers prenaient les armes contre les tribus de la Nouvelle-Angleterre, le terrible cri d'alarme courait de colline en colline : les Iroquois ! les Iroquois! et saisis d'épouvante, hommes, femmes et enfants prenaient la fuite, comme un troupeau timide poursuivi par des loups. Les Iroquois, par politique, mettaient un soin extrême à entretenir cette terreur, et cherchaient toutes les occasions de persuader qu'ils étaient invincibles.

Pont-Gravé, lui ayant amené d'Europe deux barques remplies d'hommes, Champlain partit avec ses alliés pour marcher contre les cantons. Le 29 juillet 1609, il rencontra leurs forces sur les bords du lac qui norte son nom. De part et d'autre l'on se prépara au combat, Les sauvages passèrent la nuit à danser, à chanter et à se provoquer d’un camp à l’autre, à la facon des Grecs et des Troyens d'Homère, et lorsque le jour fut arrivé, ils s'armèrent et se rangèrent en bataille. Les Iroquois, au nombre de 200, s'avancèrent au petit pas avec beaucoup de gravité et d'assurance, sous la conduite de trois chefs, qui se distinguaient par de grands panaches. Les alliés de Champlain, qui n'avait que trois Français avec lui, les autres étant restés en arrière, se séparèrent en deux corps et le mirent lui-même à leur tête. Ils lui dirent de tirer surtout sur les chefs. Les Iroquois s'arrêtèrent à trente pas et le regardèrent quelque temps avec surprise, puis les deux partis firent une décharge de flèches, que suivit le feu des Français. Deux chefs iroquois tombèrent roides morts, frappés par les balles, et le troisième s’affaissa mortellement blessé, A ce spectacle les alliés poussèrent un grand cri de joie, et les ennemis, saisis d’épouvante, prirent la fuite dans les bois, en perdant encore plusieurs hommes, qui furent tués ou faits prisonniers.

Cette victoire ne coûta que quinze ou seize blessés aux vainqueurs, qui, après avoir pillé le camp des ennemis, dans lequel ils trouvèrent du maïs et des armes, commencèrent une retraite précipitée dès le jour même. Le soir, les sauvages prirent un

* Rayual, Charlevoix :—Journal historique d'un voyage en Amérique. Cobden.

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de leurs prisonniers et lui firent entonner le chant de mort, pour préluder, suivant leur coutume, aux cruels tourments qu'ils allaient lui faire endurer, Champlain, révolté de leur barbarie, ne put obtenir la permission d'achever ce misérable, qu'après qu'ils eurent épuisé leurs tortures,

Vers l'automne Champlain s’embarqua pour l'Europe. Henri LV l’accueillit fort bien à Fontainebleau, et écouta avec intérêt le rapport qu'il fit sur la situation de la Nouvelle-France, nom que ce prince voulut alors donner au Canada.

Mais M. de Mons fit des efforts inutiles pour obtenir le renouvellement de son privilége de la traite ; il échoua devant les intérêts trop puissants qui s'y opposaient, Quoiqu'il ne lui restât plus que la ressource de ses associés et les profits qu'il comptait faire malgré la concurrence, il osa croire qu'il aurait encore de quoi couvrir les dépenses de la colonie naissante ; ce qui l’engagea à renvoyer Champlain le printemps suivant aveo deux navires à Québec.

Les indigènes attendaient avec impatience le retour du chef français pour faire une nouvelle campagne contre les Troquois, qu'ils ne craignaient plus maintenant d'aller attaquer jusque chez eux, A peine Champlain fut-il débarqué qu'il partit pour aller se mettre à leur tête, à l'embouchure de la rivière Richelieu.

On ne marcha pas longtemps sans rencontrer les ennemis, que l'on croyait bien plus loin. Ils s'étaient fortement retranchés pour se mettre à l'abri des armes meurtrières des Européens, armes dont ils avaient vu l'effet au combat de l’année précédente, et ils repoussèrent les assaillants dans une premier assaut. Mais à la seconde attaque, le feu de la mousqueterie décida encore la victoire, qui avait été longtemps disputée et qui valut une blessure à Champlain. Les ennemis furent taillés en pièces, et ceux qui échappèrent au casse-tête périrent dans une rivière dans laquelle ils furent culbutés. Deux cents Hurons arrivèrent après

combat. La plupart, n'ayant jamais vu d’Européens, regarderent les Français, leurs habits, leurs armes longtemps avec un étonnement extrême, sans prévoir plus que les autres la destinée de ces nouveaux venus.

C’est au retour de cette courte, mais brillante campagne que Champlain apprit la mort tragique du roi, dont la nouvell:

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