G HISTOIRE DU CANADA
Millot, gouvernant la monarchie française, maîtrisant la faiblesse du monarque, subjuguant l'audace des calvinistes et l'ambition séditieuse des grands, étonna le monde par l'éclat de ses entreprises. Il fit couler des fleuves de sang, il gouverna avec un sceptre de fer, il rendit la France malheureuse, il fut craint et haï autant qu’admiré; mais son ministère fera une des principales époques de l’histoire par les révolutions et les événements célèbres qu'il a produits.
C'est pendant son gouvernement que naquirent la marine et le commerce extérieur du royaume. Une des grandes idées qui le préoccupaient sans cesse, c'était de donner à la France une marine redoutable ; et il sut entrevoir que pour exécuter ce projet, il fallait des colonies. Au liou done de construire des vaisseaux de guerre manquant de matelots, de ruiner les finances pour les équiper, il commença par améliorer les ports de mer et encourager le commerce maritime. Il se fit donner les fonctions de surintendant des colonies, pour les encourager lui-même par l'influence de son nom; mais bientôt, l'esprit absorbé par les révolutions que son génie faisait subir au monde, et par les luttes intestines de la monarchie, il ne put travailler assez constamment à jeter les bases d’un système colonial, propre à augmenter la puissance de la France et en même temps assez fort pour se maintenir par lui-même. Il dut même lui aussi abandonner cette tâche à des compagnies particulières, à la simple réserve à la couronne d’une redevance et d’une autorité nominales. Dès 1625, il concéda à une association Saint-Christophe, la première des îles de l’archipel du Mexique où les Français aient formé un établissement. 11 fit la même chose pour la Nouvelle-France. Ainsi les colonies finissaient par retomber petit à petit sous le monopole. Le gouvernement ne pouvant rien faire pour elles, il fallait donner des avantages commerciaux aux compagnies qui se chargeaient de les peupler. ‘“ C'était du reste l’usage d’un temps où la navigation et le cox.merce n’avaient pas encore assez de vigueur pour être abandonnés à la liberté des particuliers.”
Instruit de l’état du Canada par les plaintes de Champlain, Richelieu voulut, afin de neutraliser le vice du système, former une association assez puissante et maîtresse de capitaux assez considérables pour être en état de payer les dépenses de l’é-
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migration et de la guerre, s’il en survenait une. Mais comme le commerce était toujours le motif qui subsistait au fond, et qu’en définitive l'intérêt personnel ferait taire tout autre intérêt, il voulut élever les idées de la société, et il l'investit d’une autorité presque royale. En même temps, pour faire cesser les difficultés qui avaient si souvent troublé le pays, il résolut d'y établir un pouvoir unique, parce que personne plus que lui n'était ccnvaincu de l'importance de l'unité de pouvoir et d’action. Il organisa la compagnie des Cent Associés, et lui concéda à perpétuité la Nouvelle-France et la Floride. Le roi se réserva l’hommage et la nomination des officiers de la justice souveraine, lesquels devaient être présentés par la compagnie et confirmés par la couronne. Ainsi le Canada passa de nouveau, en 1628, du régime royal à un régime commercial, qui devint le modèle de ces sociétés puissantes dites des Indes, qui ont brillé depuis avec tant d'éclat.
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@HAPITRE III.