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motifs les plus impérieux qui fassent prendre une pareille résolution, Aussi, lorsqu'on examine attentivement l'histoire des migrations, qui ont signalé chaque siècle sur un point ou sur un autre du globe, on trouve toujours qu'elles ont eu pour cause une nécessité absolue, comme la faim, la guerre, l'oppression, la conqu'te.
Déj' depuis longtemps les Irlandais et les Écossais abandonnaient en grand nombre leur patrie, Dès 1620, les derniers, pour se soustraire à leurs vainqueurs, émigraient dans la Pologne, dans la Suède, dans la Russie, Leurs conquérants euxmêmes, qui ont senti la pesanteur du joug des Normands jusque dans le 14e siècle, et qui se sont ensuite précipités dans les orages des révolutions, n'échappaient pas à cette influence, lorsqu'ils voyaient encore les sommités sociales de leur pays occupées par les hommes de la race sous laquelle leurs pères avaient souffert tant de maux. Les Anglais, poursuivis par cette pensée, quittèrent leur pays à leur tour pour venir fonder en Amérique les colonies qui forment maintenant la république des États-Unis.
Nous avons exposé les motifs qui avaient fait établir en France la compagnie des cent associés. En recevant le Canada et la Floride, cette compagnie reçut le droit de fortifier et de régir ces pays à son gré, d'y faire la guerre et la paix, d'y commercer seule par terre et par mer pendant quinze années. La traite des pelleteries lui fut accordée à perpétuité. Il n’y eut d'exception à son monopole que pour la pêche de la morue et de la baleine.
Le roi lui fit le don de deux gros navires, et accorda à douze de ses principaux membres des lettres de noblesse. IL pressa les gentilshommes et le clergé d’y entrer. La compagnie pouvait envoyer et recevoir toutes sortes de marchandises, sans être assujettie à aucun droit. La pratique d’un métier quelconque durant six ans dans la colonie, en assurait le libre exercice dans la métropole. Une dernière faveur fut l’entrée libre en France de tous les ouvriges qui seraient manufacturés en Canada. Cette prérogative singulière donnait un avantage à l'ouvrier de la colonie sur celui de la métropole, enveloppé de péages, de lettres de maîtrise, de frais de marque, de toutes les
entraves enfin que les idées du temps y avaient multipliées à l'infini.
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Pour répondre à tant de faveurs, la compagnie, qui possédait un fonds de cent mille écus, s’engagea à transporter au Canada, dès la première année de son privilége, c’est-à-dire en 1628, deux ou trois cents ouvriers des professions les plus utiles, et ensuite quatre mille colons des deux sexes,* dans l’espace de quinze années. Elle devait les loger, les nourrir, les entretenir pendant trois ans, et leur distribuer ensuite des terres défrichées, avec le bled nécessaire pour les ensemencer une première fois. Les colons devaient être Français et catholiques. Richelieu, le maréchal d’Effiat, le commandeur de Razilli et Champlain étaient membres de la compagnie, qui se composait de nobles, de négociants et des bourgeois des principales villes du royaume.
Une association qui était revêtue d’aussi grands pouvoirs et composée de personnes riches et puissantes, avec le premier ministre de l’État pour ehef, réveilla toutes les espérances ; le succès ne parut plus douteux. On prit sur-le-ehamp les mesures nécessaires pour secourir Québee, menacé de la famine. Plusieurs navires furent équipés et mis sous les ordres de Roquemont, un des associés. Nombre de familles et d'ouvriers s’embarquèrent avec des provisions de toute espèce ; ils mirent à la voile en 1628. Maïs ce convoi ne devait pas parvenir à sa destination. Après la destruction de Port-Royal par Argall, les Anglais avaient abandonné l’Acadie, et en 1621, le chevalier Guillaume Alexander obtenait cette province en concession de Jacques Ier pour y établir des Écossais. La concession embrassait tout le pays situé à l’est d’une ligne tirée depuis la rivière Sainte-Croix jusqu’au fleuve Saint-Laurent, dans la direction du nord : elle reçut le nom de Nouvelle-Écosse. C’est ainsi que commenca la confusion qui causa dans la suite tant de difficultés ent:e la France et l'Angleterre, l’une prétendant que Nouvelle-Écosse et Acadie étaient deux noms qui désighaient une seule et même province ; l’autre, que ces noms désignaient deux pays distincts, puisque les limites de ces deux pays n'étaient pas les mêmes.
L'année suivante, le chevalier Alexander fit partir pour cette contrée des émigrants, qui, s’étant embarqués trop tard, furent obligés de passer l'hiver à Terreneuve. Au printemps, ils se
* Charlevoix et Raynal disent 16,000; mais l'acte de l'établissement de 1n compagnie dit 4,000. Voyez Ædits et Ordonnances, p. 8,
remirent en route, touchèrent au Cap-Breton, côtoyèrent l’Acadie et atteignirent enfin, après avoir visité deux ou trois ports, le cap de Sable, où ils trouvèrent les Français, qui n’avaient pas cessé d’occuper le pays depuis l'invasion d’Argall, et plusieurs aventuriers qui s'étaient joints à eux. Ils n'osèrent pas débarquer; ils retournèrent en Europe et y firent la peinture la plus exagérée de la beauté et de la fertilité du pays qu'ils venaient de côtoyer. Il y eut un instant d’engouement. Le chevalier Alexander s’empressa de faire confirmer sa concession par Charles Ier, qui, pour imiter, surpasser même ce qu'avait fait la France, fonda l’ordre des chevaliers baronnets de la Nouvelle- Écosse, dont le nombre ne devait point excéder cent-cinquante, et dont les lettres patentes accompagnées d’une concession de terre assez considérable, devaient être confirmées par le parlement.* Tout annonçait un grand mouvement de colonisation vers l’entrée du golfe Saint-Laurent.
Mais tandis que le chevalier Alexander obtenait ainsi l’Acadie, la guerre entre les catholiques et les huguenots se rallumait en France. Buckingham, placé à la tête du cabinet de Londres, était rempli de présomption, et d'autant plus jaloux de Richelieu qu’il lui était inférieur en génie; il ne manqua pas l’occasion de secourir les huguenots acculés dans La Rochelle, et de montrer par là sa haine pour le cardinal. Il vint avec une armée formidable dans le dessein de faire lever le siége de cette ville et d’envahir la France, se vantant d’aller dicter la la paix dans Paris. Mais son armée ayant été battue dans l’île de Ré, il eut la mortification d’être obligé de se retirer et de voir triompher son rival. La guerre, ainsi commencée entre les deux couronnes plutôt par vengeance personnelle que par intérêt d'état, fut portée en Amérique.
Le chevalier Alexander, devenu comte de Sterling, encouragé par la cour, saisit ce moment pour chasser les Français de Port-Royal, en profitant de l'aide du chevalier David Kertk, calviniste français de Dieppe, qui devait opérer une diversion en Canada. Dix-huit vaisseaux sortirent des ports d'Angleterre pour fondre à la fois sur tous les établissements de la Nouvelle-France. Kertk, suivi de plusieurs réfugiés de sa nation,
*Aujourd'hui ces lettres sont expédiées dans la même forme que celles des autres ordres, et le nombre des chevaliers n'est plus limité.
entre autres du capitaine Michel, qui commandait en second sous lui, fut chargé de prendre Québec. Ils’empara, dans le golfe Saint-Laurent d’un navire appartenant à la nouvelle compagnie et de plusieurs autres bâtiments, qui y faisaient la traite et la pêche, Rendu à Tadoussac, il écrivit, le 8 juillet, une lettre très-polie à Champlain. Il lui disait qu’il était informé de la disette qui régnait dans Québec ; qu’il gardait le fleuve avec ses vaisseaux, etque la ville ne devait pas attendre conséquemment de secours ; que s’il voulait rendre la place sans coup férir, il lui accorderait les conditions les plus favorables. Kertk fit porter cette lettre par des Basques, enlevés dans le golfe, lesquels étaient aussi chargés de remettre à Champlain les prisonniers qu'avait faits un détachement envoyé pour dévaster la côte et incendier la ferme du Cap-Tourmente.
Champlain, qui avait appris la veille l’arrivée de Kertk, jugea, après avoir lu sa sommation, qu’il menaçait de trop loin pour être à craindre, et il lui transmit une réponse si fière, que cet amiral abandonna le dessein d’aller l’attaquer. Pour dissimular la disette qui régnait dans la ville, Champlain avait fait faire bonne chère aux envoyés, et les avait gardés jusqu’au lendemain, tandis que les habitants étaient alors réduits à sept onces de pain par jour, et qu'il n’y avait pas cinquante livres de poudre dans les magasins. Kertk n’aurait eu qu’à se présenter pour voir les portes de la ville s’ouvrir devant lui. Mais trompé par la ferme attitude du commandant français, il brûla tous les navires qu’il y avait à Tadoussac, et regagna le bas du fleuve.
Dans le même temps Roquemont, qui ne s'attendait point à rencontrer d’ennemis sur son chemin, puisque la paix était faite, apprenait avec surprise des sauvages, en entrant dans le golfe, que Québec était tombé aux mains des Anglais. A cette nouvelle, il dépêcha onze hommes dans une embarcation légère avec ordre de remonter jusqu’à cette ville poui s’assurer de la vérité de ce rapport. Mais cette barque s'était à peine éloignée, qu’elle aperçut six vaisseaux sous pavillon anglais; et le lendemain elle entendit une vive canonnade. C'était Kertk qui en était venu aux mains avec Roquemont, dont les bâtiments plus petits, pesamment chargés et manœuvrant avec difficulté, furent pris avec tous les colons qu’ils portaient. Koquemont, oubliant que ses vaisseaux renfermaient toute la ressource d’uno eolonie
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près de succomber, loin de chercher à éviter le combat, avuit paru le rechercher. Son imprudente arüeur laissa Québec en proie à une famine toujours croissante, qui fut la cause de sa reddition l’année suivante.
Le gouverneur, auquel le rapport dé la barque détachée par Roquemont, avait fait pressentir la perte des secours qui lui étaient envoyés, ne fut point découragé par ce malheur, aggravé encore par le manque de récoltes. Il prit toutes les précautions nécessaires pour faire durer le plus longtemps possible ce qui lui restait de vivres : il acheta tout le poisson qu’avaient les sauvages, chez lesquels il envoya une partie de ses gens, pour diminuer le nombre des bouches à nourrir durant l’hiver. A l’aide de ces mesures et à force de privations, il put atteindre le printemps.
Dès que la neige eut disparu, ceux qui étaient encore en état de marcher, se mirént à parcourir les bois pour ramasser des racines. Beaucoup de personnes cependant ne pouvaient en trouver assez pour satisfaire aux demandes de leuts familles épuisées par la faim. Champlain les encourageait, donnait l’exemple de la patience et excitait tout le monde à supporter avec couragé des souffrances qui allaient sans doute bientôt finir, car les secours attendus d'Europe devaient arriver d’un moment à l’autre. Mais des jours, des semaines, des mois entiers $e passèrent ainsi sans qu'aucun navire se montrât. On était rendu au mois de juillet, en proie à une famine qui allait toujours én auginentant, car les racines qu’on allait chercher jusqu'à plusieurs lieues de distan’ e, devenaient plus rares de jour en jour, lorsqu’enfin trois vaisseaux sont signalés derrière la Pointe-Levy. La nouvelle s’en répand aussitôt avec rapidité; l’on court sur le port; mais la joie ne dure qu’un instant. On reconnaît avec douleur un pavillon ennemi au bout des mâts. C’étaient Louis et Thomas Kertk, envoyés par leur frère l’amiral, revenu lui-même en Canada, mais resté à Tadoussac avec le gros de la flotte. Dans l’état où l’on se trouvait, personne ne pouvait songer à se défendre, et la ville se rendit le 29 juillet 1629. Les conditions accordées et les bons traitements faits aux habitants, les eng'agèrent poür la plupart à rester dans le pays.
Louis Keértk fut chargé du commandement de la ville. Thomas désceridit avec Champlain à Tadoussac pour retourner en
Europe. En descendant, il rencontra M. de Caën, qui arrivait de France avec des vivres, et l’enleva après un combat opiniâtre. Le chevalier Kertk fit voile ensuite pour l’Angleterre; Champlain alla à Londres rendre compte à l’ambassadeur de France de ce qui s'était passé en Amérique, et le presser de réclamer Québec, enlevé deux mois après la conclusion de la paix. En effet, sans cette paix, la ville eût été renforcée avant l’arrivée de Kertk, car la compagnie avait donné ordre au convoi du Canada d’aller à Brouage ou à La Rochelle, se mettre sous la protection de l’escadre du commandeur de Razilli, qui devait le convoyer jusqu’à Québec; mais la guerre ayant cessé sur ces entrefaites, le commandeur avait été envoyé contre le Maroc, dont l’empereur avait mécontenté la France. Les bâtiments de la compagnie, quiavaient attendu quarante jours Razilli, étaient partis sous les ordres du capitaine Daniel, dans le mois de juin. Au reste, la prise de Québec n’avait pas entraîné la perte de toute la Nouvelle-France, car plusieurs points étaient encore occupés par les Français en Acadie; et l’île du Cap- Breton avait été reconquise aussitôt que perdue comme on va le voir. Le capitaine Daniel, qui accompagnait le convoi de M. de Caën, ayant été séparé de ce convoi par une tempête sur les bancs de T'erreneuve, fut rencontré dans ces parages par un navire anglais, qui vint se mettre le long de lui à portée de pistolet avec l'intention de l’attaquer; mais en apercevant 16 pièces de canon en batterie sur le pont de Daniel, l'ennemi voulut en vain s’enfuir ; Daniel l’accrocha et le prit à l’abordage sans beaucoup de difficulté.
Après cette capture, Daniel, au lieu de chercher à rallier la flotte qu’il convoyait, la croyant déjà en sûreté, ne s’occupa plus d’elle et cingla vers le Grand-Cibou, sur la côte orientale du Cap-Breton, pour avoir des nouvelles de Québec. Il apprit là, d’un capitaine de Bordeaux, que lord Jacques Stuart, ayant trois vaisseaux sous ses ordres, s'était emparé, deux mois auparavant, d’un bateau de pêche de Saint-Jean-de-Luz; qu'il avait envoyé ce bâtiment avec deux des siens à Port-Royal, et que lui-même, resté en arrière avec son troisième vaisseau, avait construit un fort au port aux Baleïines, prétendant que l’île du Cap-Breton appartenait à l'Angleterre. A cette nouvelle, Daniel résolut de s'emparer du fort de Stuart, et de remettre toute
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l’île sous la domination française. Il arriva devant la place dans le mois de septembre; il débarqua aussitôt à la tête de cinquante-trois hommes armés jusqu'aux dents et munis d’échelles et marcha à l'escalade. L'attaque fut très-vive; la garnison se défendit longtemps avec courage; mais les portes ayant été enfoncées à coups de hache, Daniel pénétra un des premiers dans le fort et fit 1c capitaine Stuart et une partie de ses gens prisonniers.
Daniel rasa le fort, en fit bâtir un autre à l’entrée de la rivière du Grand-Cibou, l’arma de huit pièces de canon, y laissa une garnison de trente-huit hommes avec les PP. Vimont et Vieuxpont, puis il fit voile pour la France. En passant il débarqua quarante-deux de ses prisonniers à Falmouth, et emmena le reste, au nombre d’une vingtaine avec leur chef, à Dieppe.*
Le capitaine Stuart faisait probablement partie de la flotte de l’amiral Kertk, qui, suivant le rapport d'Haliburton, soumit le Cap-Breton sans éprouver de résistance, et y bâtit un fort avant de remonter le Saint-Laurent.
Tandis que Kertk s’emparait de Québec et que son lieutenant perdait le Cap-Breton, l’extrémité méridionale de l’Acadie repoussait les attaques de deux bâtiments de guerre, commandés par Claude de la Tour, protestant français passé récemment au service de l’Angleterre.
Cet homme entreprenant, possesseur d’une grande fortune, avait été fait prisonnier sur un des navires de Roquemont, et conduit à Londres, où la cour l’avait fort bien accueilli. Pendant qu’il était en Angleterre, il épousa une des dames d'honneur de la reine et fut fait baronnet de la Nouvelle-Écosse. Tant de marques de bienveillance achevèrent d’éteindre le reste d’attachement qu’il conservait encore pour sa patrie. Ilobtint une grande concession de terre sur la rivière Saint-Jean, et prit des arrangements avec le chevalier Alexander pour y établir des colons écossais ; il devait en même temps travailler à la soumission de son fils, qui commandait un fort français au cap de Sable.
Pour l'exécution de cette dernière partie du projet, l’Angleterre mit sous ses ordres deux vaisseaux de guerre, sur lesquels il s’'embarqua avec sa jeune femme. Rendu au eap de Sable, il
* Champlain: mémoire à la fin de l'édition de 1632, N
eut avec son fils une entrevue, dans laquelle il lui peignit Ia flatteuse réception qu’on lui avait faite en Angleterre, les honaeurs dont on l’avait comblé, et les grands avantages qui l’attendaient lui-même s’il voulait se mettre, avec la place qu’il commendait, sous le sceptre de cette puissance. ‘“ Dans ce cas, ajouta-t-il, je suis autorisé à vous en laisser le commandement, et à vous conférer en outre l’ordre d’une chevalerie.” A cette proposition inattendue, le jeune La Tour fit une réponse pleine de noblesse. ‘“ Si l’on m'a cru, dit-il, capable de trahir mon pays à la sollicitation de mon père, on s’est grandement trompé. Je n’achèterai pas les honneurs qu’on m’offre au prix d’un crime. Je sais apprécier l'honneur que veut me faire le roi d'Angleterre ; mais le prince que je sers est assez puissant pour payer mes services, et dans tous les cas ma fidélité me tiendra lieu de récompense. Le roi mon maître m'a confié cette place, je la défendrai jusqu’à mon dernier soupir.” Le jeune La Tour, dans un placet présenté au roi en 1627, avait demandé le commandement du pays. On voit avec quelle fidélité il le défendait. Le père désappointé par la réponse de son fils, retourna sur ses vaisseaux, et lui adressa une lettre écrite dans les termes les plus pressants et les plus tendres, sans plus de succès ; il employa la menace qui fut aussi inutile. Jl fit alors débarquer ses soldats avec un corps de matelots, et attaqua la place avec une vivacité extrême. Repoussé une première fois, il renouvela ses efforts pendant deux jours avec un acharnement inouï, lorsqu’enfin ses troupes complétement rebutées, refusèrent de s’exposer davantage. Il se vit contraint de les faire rembarquer et de s'éloigner, confus d’avoir subi une défaite en combattant contre son propre sang et contre sa patrie,
N'osant reparaître ni en France, n:en Angleterre, où sa conduite coupable ne pouvait être enpréciée que comme elle le méritait, La Tour resta en Acadie avec sa femme, qui ne voulut pas l’abandonner dans ses malheurs. Son fils, craignant de l’admettre dans son fort, eut cependant pitié de lui ; il lui fit bâtir, dans son voisinage sur le bord de la mer, une petite maison très-proprement meublée, où le père passa quelques années, C’est là que l’auteur de la Description des côtes de l'Amérique, M, Denis, le visita en 1635.
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Cependant l'invasion du Canada après la conclusion de la paix, avait fait jeter d’abord les hauts cris à Paris, parce qu'on avait cru l'honneur du royaume engagé; mais après réflexion, une partie du conseil opina nour ne pas demander la restitution de Québec, disant que l’on n’avait rien perdu en perdant ce rocher, que le climat y était trop rigoureux, que l’on ne pourrait point peupler un pays aussi vaste sans affaiblir le royaume ; et de quelle utilité serait-il si l’on ne le peuplait pas? L’Asie et le Brésil avaient dépeuplé le Portugal ; l'Espagne voyait plusieurs de ses provinces presque désertes dépuis la conquête de l'Amérique. Charles V, avec tout l'or du Pérou, n'avait pu entamer la France, tandis que François Ier, son rival, avait trouvé dans son trésor de quoi tenir tête à un prince dont l’empire était plus vaste que celui des premiers Césars. Cherchons donc plutôt à améliorer la France, disait le parti de l’abandon.*
On répondait à ces raisons, que le climat était très-sain au Canada, et le sol extrêmement fertile, que le pays était capable de fournir toutes les commodités de la vie ; que c'était la retraite des Maures qui avait épuisé d'hommes la péninsule espagnole ; qu’il suffisait de faire passer un petit nombre de familles et de soldats réformés tous les ans en Amérique ; que la pêche de la morue était à elle seule capable d’enrichir le royaume, et que c'était une excellente école pour former des matelots ; que les forêts canadiennés, les plus belles de l’univers, pourraient fournir à jamais le bois nécessaire à la construction des vaisseaux ; enfin, que le seul motif d'empêcher les Anglais de se rendre trop puissants en Amérique, en ajoutant le Canada à tant d'autres provinces où ils avaient déjà de hons établissements, était plus que suffisant pour engager le roi à recouvrer Québec, à quelque prix que ce fût.
Ces raisons, dont l’on avait déjà fait valoir plusieurs du temps de Jacques Cartier, ne persuadèrent pas tout le conseil. 11 n’y eut que des motifs d’honneur et de religion qui purent déterminer Louis XIII à ne point abandonner le Canada. Pentêtre aussi que l’orgueil du ministre qui gouvernait alors la France, et qui regardait l’irruption des Anglais, comme son injure personnelle, puisqu'il était lui-même à la tête de la compagnie, fit-il changer d’avis, comme l’avance Raynal, Quoiqu'il HE Re as SR ete ae sente 0e LIRE 2 ol
* Charlevoix,
en soit, le roi d'Angleterre promit la restitution de la Nouvelle- France ; mas Richelieu voyant l’affaire traîner en longueur, fit armer, pour hâter les négociations, six vaisseaux qu'il mit sous les ordres du commandeur de Razilli. Cette démonstration eut l'effet désiré ; et par le traité de Saint-Germain-en-Laye, signé le 29 mars 1632, l'Angleterre abandonna tous ses droits sur les provinces qui composaient la Nouvelle-France. ‘“ On peut dater de ce traité, dit Chalmers, le commencement d’une longue suite de calamités pour la Grande-Bretagne et pour ses colonies, les difficultés provinciales qui s’élevèrent ensuite, et en quelque sorte le succès de la révolution américaine.”
En effet, c’est au berceau des nations et des empires que se déposent les germes d’une foule d'événements qui se dévelop pent plus t&rd. Le voisinage des Français contribua beaucoup à faire relâcher les rênes des colonies anglaises à leur mère-patrie, qui les ménageait souvent plus qu’elle ne l’aurait fait, si le drapeau de son ancienne rivale n’eût pas flotté aussi près d’elle sur le rocher de Québec, et entraîné tant des hordes barbares à sa suite. Pour faire tête à ces belliqueux voisins, il fallait être armé; et l’on sait que l’homme armé est plus exigeant, moins facile à dominer que l’homme sans armes. L’Angleterre dut se montrer très-libérale. Le sang versé pour sa cause demandait un retour, et pour le colon encore ce retour était la liberté. Au reste il était passé en Amérique pour jouir de cette liberté dans toute sa plénitude. Il voulut être satisfait, et l'Angleterre eut la sagesse de céder à un enfant exigeant, plutôt que de chercher à lui imposer de force un joug qui aurait tout fait périr au profit de ses ennemis.
Le voisinage des Français fut donc favorable à la liberté américaine, et par suite à celle de plusieurs autres nations, mas par un enchaînement d'événements dont personne ne pouvait encore prévoir les conséquences.
Le récit de cette guerre nous montre sans cesse des Français armés contre des Français, et dépouillant la France à l’envi les uns des autres au profit de ses ennemis.
La conduite des huguenots donnait de la force aux paroles des catholiques, qui ne cessaient de dire qu’il n’y avait pas de sûreté à les laisser s'établir dans le voisinage des colonies anglaises, peuplées de protestants comme eux, parce qu’à la moin-
uvelleeur, fit ’il mit tration à, Signé sur les ut dalongue 8 Colo- , et en
que se évelopaucoup -patrie, le draelle sur es à sa ait être , moins > dut se
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paroles pas de hies ana moin-
dre difficulté aver le gouvernement, ils se joindraient à elles, comme le chevalier Claude de la Tour venait d'en donner l’exemple, et feraient perdre tout ce que l’on avait en Amérique.
La Nouvelle-France fut rendue, comme on l’a dit, à son ancienne mère patrie par le traité de Saint-Germain-en-Laye. Peu de temps après, le 13 novembre 1632, le roi en son conseil condamnait les cent associés à payer 40,000 livres à Marie et Salomon Langlois, Raymond de la Ralde, Nicolas Canu, David Michel, Paul Languillez et autres, pour avoir saisi trois navires envoyés par M. de Caën à la pêche sur les côtes du Canada.
De Thou, l’ami de Cinq-Mars, pour lequel il donna sa vie sur l’échafaud, fut le rapporteur de cet arrêt, qui contient le nom de Cabot, bourgeois de Dieppe, et celui de Duquesne, capitaine de marine et père du grand Duquesne,
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